‹ Histoire de l'eglise de GeneveChapitre 29 sur 88 · Reg. Comp. 10 mars 1637: 20 nov · texte numérisé non relu

Reg. Comp. 10 mars 1637: 20 nov

une occasion où elle fut directement mise en cause avec l'arminianisme. — Un théologien écossais, Cameron, était soupçonné de partager les idées du théologien hollandais. « M. Diodati rapporte que son livre est imprimé aux deux tiers par Chouet ; on décide de faire suspendre l'impression. — Les professeurs de théologie et le Petit Conseil déclarent que, bien que des passages soient trouvés erronés, l'ouvrage n'est pas hérétique et ne choque point les articles de notre foi; du reste, il est approuvé par le synode national de Castres, par plusieurs autres synodes, et enfin par les Écossais qui pourraient s'offenser de notre interdiction. Avis est de permettre sans autre la publication. »

Les grandes controverses agitent longtemps sourdement les esprits, et puis elles éclatent au sujet d'un individu qui concentre sur sa personne les ferments de discorde épars dans les divers partis. Ce fut le cas d'ÂLEX André Morls. Ce théologien, originaire de Castres, fit ses études à Saumur, et vint à Genève en 1641 1 pour être admis au saint ministère. La Vénérable Compagnie temporisa pendant quelques mois et ne put se décider à consacrer le postulant. Celui-ci se plaignit au Petit Conseil, qui demanda « que Morus

1. Reg. Cops. 26 juin, 10 juillet 1641 ; 25 avril 1646; Reg. Comp. 9 janv. 1646.

fût immédiatement examiné sur tous les points de la confession de foi et sur les faits dont on l'avait chargé, afin de juger s'il y avait quelque chose qui l'empêchât d'être reçu au saint ministère. » MM. Dupan et Mollet rapportent « que les délais ne doivent point être imputés à aucune prévention contre la personne de Morus, mais que celui-ci est imprégné de la doctrine de Saumur; il penche vers les principes d'Amiraut sur la grâce universelle et vers ceux de Laplace touchant le péché originel. » Un examen plus précis ayant eu lieu, Morus déclara qu'il signerait de son sang la confession de Genève et le catéchisme , mais qu'il ne pouvait condamner ni rejeter la doctrine de Saumur.

Le Petit Conseil, magistrat souverain pour régler les affaires de doctrine, se déclare satisfait, « et ordonne qu'on baille texte au sieur Morus, et qu'on le consacre après les délais voulus, pourvu que cela n'aille pas trop loin. »

Morus fut consacré : le Conseil le nomma de suile professeur de philosophie, puis, un an plus tard (8 oct. 1642), sur l'indication des magistrats, la majorité de la Compagnie lui confia la place de professeur de théologie, succédant à Spanheim. Enfin, en 164-5, le 25 avril, il fut nommé recteur. La faveur publique était donc à son comble, et Morus la méritait sous certains rapports : c'était un prédi-

cateur brillant, incisif, original; iî avait l'art de fixer l'attention des foules; mais des défauts sérieux compromettaient ces éléments de succès. Abusant de sa facilité d'improvisation1, il montait en chaire mal préparé et distrait par d'autres pensées. De là, de l'obscurité dans ses paroles. C'était même parfois pire que de l'obscurité. Il arrivait à Morus d'oublier les convenances et de commettre des erreurs de jugement impardonnables. En voici un exemple:

« Dans le royaume des cieux, dit-il un jour, la foi sera changée en vue, la loi sera abolie. Singulier royaume où il n'y aura plus ni foi ni loi ! »

Vers l'an 1646, les disputes recommencèrent touchant les opinions dogmatiques de Morus. On s'attaqua vivement en chaire, et Morus dépassait les bornes, malgré la bienveillance inaltérable des magistrats. (Reg. Cons., 15 août 4 648.)

Des citoyens, membres du Conseil des Deux-Cents, vinrent reprocher à la Compagnie « de n'avoir pas relevé les paroles de Morus contre ses collègues qui, selon lui, prêchent « fables et fatras; ils ont l'ignorance sans conscience, et l'impudence sans science.» (Reg. Comp., 9 janv. 1646).

En dehors des injures , la discussion portait sur les points suivants: Morus niait publiquement l'imputation du péché d'Adam, et affirmait que le 3me

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