‹ Histoire de l'eglise de GeneveChapitre 32 sur 88 · RÉDEMPTION · texte numérisé non relu

RÉDEMPTION

1° La venue de J. C., sa satisfaction et le salut, ne sont destinés

paroles suivantes : Sic sentio sic docebo et nil contrarium hisce docebo, vel publiée vel privatim. « Ainsi

qu à ceux à qui Dieu a résolu de toute éternité de donner la Foi et la Repentance, et à qui II la donne dans le temps. L'Ecriture et l'expérience de tous les siècles combattent l'universalité de la Grâce salutaire.

2° J.-C. n'a été destiné qu'à un certain nombre d'hommes, qui composent le corps mystique des élus.

3° Ce n'est que pour ceux-là que J.-C. a voulu mourir, et ajouter l'intention efficace et particulière de sa volonté.

4° Les expressions générales de l'Ecriture ne doivent pas s'entendre de tous et un chacun des hommes; mais à l'universalité du corps de de J.-C. ou à l'économie du Nouveau Testament qui abolit la distinction des peuples.

Erreur rejetée.

Que J.-C. est mort pour tous et un chacun des particuliers, (sous la condition qu'ils croient) et cela non-seulement à l'égard du prix de sa mort, mais aussi à l'égard de son intention, et qu'il faut expliquer ainsi Ezéch. XVIII, 21 ; XXXIII, 11 ; Jean III, 16 ; 1 Tim. II, 4; 2 Pier. III, 9. 4° Disposition a la grâce.

1° Les moyens de salut étant impossibles aux réprouvés, Dieu ne peut avoir une volonté conditionnelle de les sauver, à moins qu'il n'y ait en Lui une volonté vaine et sans effet.

2° Le bon usage de la lumière naturelle, subjective ou objective, ne peut conduire l'homme au salut, ni obtenir de Dieu aucuu degré de lumière nécessaire pour y avoir part.

Erreurs rejetées.

1° Qu'il y a une vocation au salut universelle pour tous les hommes, et qu'ils peuvent tous, s'ils veulent, croire et être sauvés. 2° Que par sa volonté révélée Dieu veut sauver tous les hommes.

5° Promesses et privilèges des fidèles.

1° La vie promise par la Loi n'est pas seulement temporelle et terrestre, mais céleste et éternelle.

2° Les fidèles avant J.-C. ont eu le même Sauveur et Médiateur que nous, et le même esprit d'adoption.

Erreurs rejetées.

1° Que les promesses et les devoirs de l'Alliance légale n'étaient que naturels et temporels.

2° Que les Pères du Vieux-Testament n'ont pas eu l'arrhe du Saint- Esprit.

je pense, ainsi j'enseignerai et je n'enseignerai rien de contraire à cette doctrine chrétienne, ni en public ni en particulier. »

Morus ayant signé ce formulaire, ses amis lui conseillèrent de quitter Genève et d'accepter le poste offert par l'Église de Middelbourg; il y consentit, et la scène de ses adieux à la Compagnie fut caractéristique : « Je supplie mes collègues de me pardonner si j'ai manqué à la déférence et au respect qui sont dus à ce corps. La différence des pays et des lieux peut avoir contribué à la diversité qui s'est manifestée entre nous; c'est un défaut chez moi plutôt qu'une volonté déterminée. Les difficultés de doctrine viennent de ce que, dans mes leçons et en chaire, distrait et mal préparé, j'ai eu souvent de l'obscurité dans mes paroles. Mais je prends Dieu à témoin que je n'ai jamais voulu donner une autre doctrine que celle contenue en la parole de Dieu et la créance de notre Église, et bien qu'il y ait eu des difficultés, je prie qu'à mon départ on reste en bonne affection.» (2 juillet 1649.)

M. Butini, modérateur, lui répondit : « La Compagnie est joyeuse de ce que les débats soient terminés; elle vous souhaite bénédiction et prospérité en votre voyage; puissiez- vous faire usage à la gloire de Dieu, avec la prudence nécessaire, des beaux dons qui vous sont départis ! Nous vous baillons la main cordialement. »

Les conseillers défendirent qu'on parlât davantage de ce qui s'était passé.

Morus et les pasteurs de Genève souffrirent également de la fausse position créée par la lutte entre la liberté naissante et les habitudes despotiques du calvinisme. Morus, afin de conserver sa place, faisait parfois bon marché de sa croyance afin de désarmer ses pius ardents adversaires; et, de leur côté, les pasteurs genevois ne possédant plus la législation qui punit les croyances divergentes, employaient les persécutions personnelles pour éloigner les hommes qui rejetaient une partie des idées de Calvin.

Formule de consécration. Environ dix années se passèrent sans discussions extérieures. Mais le coup était porté, et plusieurs personnes adoptaient les doctrines d Àmiraut reproduites par Morus.

La Compagnie voulut se préserver autant que possible de toute innovation; elle décida en 1659 (Reg. Comp.) que tous ses membres signeraient la déclaration suivante :

« Vous promettez de fuir les nouveautés de la doctrine sur l'universalité de la grâce et de la non imputation du péché d'Adam. »

« Vous n'enseignerez rien qui ne soit conforme à la confesson de foi des Églises réformées de France, aux arrêtés du synode de Dordrecht et à notre catéchisme. »

31M Humbert-Viollier et Vautier signèrent les premiers ce formulaire.

Les deux partis énonçaient avec une admirable clarté leurs doctrines favorites. Les partisans cV Amiraut disaient tous qu'il y a une vocation universelle au salut pour tous les hommes; ils peuvent tous, s'ils le veulent, croire et être sauvés.

Les Calvinistes affirmaient que les moyens de salut sont impossibles aux réprouvés, et que le bon usage de la lumière naturelle ne peut nullement sauver l'homme.

Les divergences sur le péché originel furent exposées comme suit :

Calvinistes. Le péché d'Adam est imputé à sa postérité par un jugement de Dieu, d'où la corruption se répand sur chacun.

Arminiens. 1er degré. L'imputation du péché d'Adam est postérieure aux péchés de l'individu.

2e degré. Le péché d'Adam n'est pas imputé à sa postérité.

On imposa rigoureusement la signature de cette formule d'abord à tous les ecclésiastiques, puis aux membres de l'Académie, à qui la constitution ouvrait les rangs de la Compagnie; enfin on l'exigea autant que possible de tous les professeurs enseignant à Genève.

Le premier qui souffrit de cette réaction calviniste

fui le fameux philosophe logicien De Rodon 1 . Ce savant possédait une réputation universelle et il était redouté en France à cause de l'énergie invincible de ses syllogismes. Ayant composé un ouvrage intitulé le Tombeau de la messe, il fut privé de tous ses grades académiques et se réfugia à Genève. On lui confia l'enseignement de la logique; mais bientôt après, quelques propositions ayant paru s' écart de la doctrine calviniste, on l'obligea, le 12 juillet 1665, à signer non-seulement le formulaire, mais encore la condamnation de la grâce universelle et de la non imputation du péché d'Adam.

Malgré ces précautions, le professeur demeura toujours en haute défiance; on essayait par mille taquineries de dégoûter les étudiants de suivre ses cours. Cette mesquine persécution dura cinq années, puis De Rodon tomba sérieusement malade; alors il demande à la Compagnie de lui envoyer quelques-uns de ses membres pour recevoir une déclaration de principes qui enlève les sinistres idées que quelques personnes ont de ses croyances. « Le 15 août 1664, MM. Mestrezat, Turretin et Tronchin se rendent chez le vieux professeur, qui depuis deux mois est détenu de périlleuse maladie. Messieurs, dit-il, sentant que Dieu m'appelle, je veux qu'on entende mes opinions, sur lesquelles quelques-uns ont voulu m'accuser d'hé-

1. Reg. Comp. 4 octobre 1663, 12 août 1664, mort de de Rodon.

térodoxie — Je me résigne à la volonté de Dieu; je me confie en la miséricorde de Jésus-Christ mon Sauveur, et j'attends la vie éternelle selon les promesses de son évangile.

» Je déclare en outre : 1° que l'essence divine est une en nombre, spirituelle, infinie, toute puissante, de laquelle dépendent toutes choses tant actuelles que possibles ;

» 2° La Trinité est une essence unique en trois personnes distinctes réellement;

» 3° En Jésus-Christ, la nature humaine est unie au verbe d'une union toute autre que les saints dans le Ciel sont unis à Dieu, celle-ci étant parastatique et l'autre hy postatique; néanmoins, c'est un mystère incompréhensible à l'espèce humaine;

» 4° Le Franc Arbitre, Dieu Fauteur de tout bien, détermine l'homme efficacement à toutes les bonnes œuvres qu'il sent et dont la gloire lui est due, loin d'attribuer quelque force ou quelque bon mouvement au franc arbitre pour le bien.

» Quant au mal, Dieu n'en est ni n'en peut être l'auteur, mais il provient de l'homme seul, quoique Dieu le permette.

» Sur le péché originel, je crois que tous les enfants généralement en sont souillés, et qu'au regard des enfants des fidèles mourant en bas âge, je crois qu'étant en l'alliance de Dieu ils sont sauvés. Les enfants des

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enfants des infidèles ayant un moindre péché, ils souffrirent moindre peine, sans admettre les limbes.

« S'il y a des choses dans mes livres contraires à la doctrine de nos Églises, je demande qu'on y applique la présente déclaration. — Signé, Mestrezat, François Turre™, L. Tronchîn, témoins. »

11 nous est difficile de croire que tout fût libre dans celle déclaration de De Rodon : dix mois auparavant il imprimait dans sa Métaphysique que les personnes de la Trinité diffèrent quant à l'espèce (speciej. L'œii inquisilorial d'un pasteur, M. Léger, découvrit cette hérésie : elle fut biffée; c'était naturel , car celui qui admettrait cette diversité fondamentale dans la nature divine ne pourrait signer sans contrainte les premiers articles de la confession suprême du vieux logicien.

Les trois pasteurs qui furent témoins de cetle mort suivirent une carrière théologique fort différente. François Turretin demeura calviniste rigide, et rédigea plus tard le fameux Consensus qui fît couler des larmes et du sang dans les Églises suisses. Mestre zat et Louis Tronchin dirigèrent le mouvement arminien qui aboutit à l'établissement complet de la tolérance et de la liberté religieuse dans l'Église de Genève.

Après le professeur vint le tour de l'étudiant, et en 4 667, un proposant, nommé Rogère, de Bergerac, fut accusé, par ses camarades, « d'avoir dit que m 9

les Pères de l'Ancien Testament ne connaissaient pas la Trinité; de plus, il lit les livres de l'école de Saumur et approuve les opinions d'Arminius. » Rogère avoua ces faits, et déclara en outre « qu'il croyait à l'imputation sans en comprendre la nature, et pensait que l'homme ne pourra être sauvé que par la foi en Jésus-Christ: pour la grâce universelle, il voulait être renvoyé à son Synode. »

La Compagnie lui accorda un témoignage « où elle faisait mention du soupçon qu'on avait de lui et de la déclaration précédente; elle exigea que l'étudiant souscrivit la confession de foi des Églises de France, la liturgie, le catéchisme et les actes de Dordrecht.

A la suite de cette aftaire, de violentes discussions s'élevèrent parmi les proposants, dont la plupart approuvaient les opinions de leur collègue. La Compagnie les censura.

Affaire de la grâce. Pendant deux années les disputes continuèrent entre les arminiens et les partisans de la doctrine de Calvin, et MM. Tronchin, pasteur, Martine et Mestrezat, professeurs en théologie, jugèrent qu'ils devaient proclamer hautement leurs opinions personnelles (Reg. Comp. il juin 1669.)

Une occasion favorable se présenta pour eux lors de la consécration au saint ministère de Charles Maurice, ministre français. Le il juin 1669, dans la

discussion concernant le candidat, un grave incident fut soulevé. Lorsque le modérateur, après avoir formulé, selon l'usage, les recommandations à faire au jeune homme, en vint à ces mots: « On l'exhortera notamment à n'enseigner aucune doctrine nouvelle, comme l'universalité de la grâce et la non imputation du péché d'Adam, » MM. Meslrezat et Louis Tronchin déclarèrent que leur conscience leur défendait d'exiger du candidat une semblable affirmation, vu qu'ils étaient eux-mêmes partisans de ces doctrines. Des paroles d'une violence extrême furent échangées 4 ; M, Tronchin s'écria : « Ne nous arrêtons plus à ces pédanteries et à ces formalités, et contentonsnous d'exiger la conformité à la Parole de Dieu, à la confession de foi, à la liturgie et à notre catéchisme. » M. Mestrezat se joignit à son collègue, et après la séance ces deux ecclésiastiques se rendirent chez le syndic Dupan, et demandèrent au Petit Conseil la permission de prêcher librement leurs opinions.

Le 25 juin, M. François Turretin se plaint à la Compagnie de cette démarche, et propose qu'on mette ordre à cette prétention. Au moment où l'on délibère, le sautier arrive et prie le modérateur et son collègue de se rendre au Conseil . En les faisant partir, « la Compagnie leur ordonne de tout entendre et de ne rien répondre sans avoir rapporté. » Ils revien-

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