Reg. Cons. et Comp. 25 juin
lient avec la résolution suivante : « Commeles différents sentiments qui se font voir parmi Ses pasteurs, concernant la doctrine delà grâce, pourraient engendrer des discussions et animosités de grande conséquence, le Conseil ordinaire arrête : Que l'on fait défense aux pasteurs et professeurs de cette Eglise et Académie, d'enseigner, ni en public, ni en l'Église et en F école, ni en particulier, la doctrine de la grâce, en autre manière qu'elle a été enseignée ci-devant en cette Église, conformément aux règlements de la Vénérable Compagnie faits sur ce sujet, et approuvés par le dit Conseil. En telle sorte néanmoins que ce soit sans dispute, et user de réfutation des raisons contraires, mais se contenteront d'établir la doctrine reçue pour éviter toute dispute et contestation, afin de maintenir la paix et union en cet état et en cette Église, à peine d'être pourvu et procédé contre les contrevenants. »
« Le dit arrêt a été expédié aux spectables Philippe Mestrezat, Jean Martine, Louis Tronchin, et enjoint aux dits de l'observer ponctuellement, »
Ainsi, par ordre du Conseil, il sera pourvu et procédé contre les contrevenants, c'est-à-dire que les ordonnances punissant l'hérésie par l'exil, l'amende, la prison ou la mort, pourront être remises en vigueur et appliquées aux pasteurs soupçonnés ou entachés d'hétérodoxie.
Cette menace inquisitoriale devait soulever les esprits dans le clergé. Pendant qu'on délibérait sur la conduite à tenir, Baie, Berne, Zurich et Schaffhouse, enveniment la question en écrivant « qu'ils ont entendu parler des dissensions et de l'arrêt des magistrats touchant les nouvelles doctrines; si elles existent dans la Compagnie, on n'enverra plus les étudiants à Genève, et cela occasionnera une rupture. »
Cet incident amène de pénibles récriminations; l'arrêté des magistrats devait être tenu secret, et les alliés en avaient eu connaissance (R. Comp. 50 juillet 4 669). M. Tronchin s'élève contre cette violation du serment, qui défend de rien révéler des délibérations du corps.
Le recteur F. Turretin, sans répondre à cette attaque, « déclare que ces arrêtés et règlements ayant été sagement faits par nos prédécesseurs, qui étaient pour le moins aussi sages que nous, nous ne devons ni ne pouvons nous en écarter. »
M. Tronchin. « Ceci est propos de papiste et de l'antechrist; si on Pavait toujours suivi, il n'y aurait jamais eu de Réformation. »
M. Turretin. « Tous les membres de la Compagnie ont signé et se sont soumis aux règlements; ils ne peuvent revenir en arrière. »
M. Tronchin. « Je n'ai rien promis à cet égard, et quand je l'aurais promis, serment qui n'est pas de
faire n'est pas de tenir. Pourrais-je tenir ma parole si j'avais promis des choses contradictoires et incompatibles, comme la promesse d'enseigner une doctrine contraire à la Parole de Dieu, ou d'en condamner une conforme? »
M. Mestrezat. « Il n'est plus question de se soumettre à ce règlement; il suffit qu'on promette la conformité à la Parole de Dieu, au catéchisme et à la confession de foi. — Le règlement du Conseil est chose indigne ! Défendre les conversations particulières! ne pas permettre aux frères de conférer ensemble sur les diverses méthodes touchant la grâce, c'est intolérable! Il faut que Messieurs réforment leur arrêté pour laisser la liberté de réfuter les raisons contraires, de quoi on promet d'user avec modération. »
A la suite de ces débats on envoie , le 3 août 1669, au Conseil, MM. Sartoris et Chabrey. Ces Messieurs établissent que la défense de discuter sur ces doctrines anéantit les travaux théologiques: ils supplient qu'on retire cet arrêté, qu'on laisse pleine liberté d'examen, non pas pour s'emporter, mais pour s'éclairer en parlant avec modération, prudence et charité; on demande également la suppression des clauses pénales qui terminent cette ordonnance. Le 4 août, le Conseil modifie l'article touchant la défense de discuter, enlève la pénalité, et maintient le reste1.
i. Reg. Cons. 4, 25 et 28 août 1669; Reg. Corap. 13 août 1669.
Ce point réglé, on délibéra en Compagnie sur l'opportunité de reprendre les thèses de 1649, et comme plusieurs ne les avaient pas signées, les calvinistes voulaient obtenir les signatures de tous leurs collègues, avec le sic sentio, sic docebo et nil contrariumdocebo vel publiée velprivatim . Ils espéraient que tous signeraient pour le bien de la paix, et menaçaient les opposants de la rigueur des lois. En effet, ils déclarèrent qu'ils pourvoiraient contre les refusants, et , le 28 aoûl, les partisans de la liberté d'examen, MM. P. et A. Mestrezat, de Chabrey, Tronchin, J. Martine, D. Cropet et/. Gallatin, « signèrent par amour de la paix. »
L'affaire semblait apaisée; mais on ne termine jamais une affaire de principes avec des arrêtés légaux et des mesures despotiques; aussi, de pénibles complications ne lardèrent-elles pas à se présenter. Douze jours ne s'étaient point passés qu'une affaire de la plus haute gravité établit clairement que les arminiens ne devaient espérer aucune tolérance1.
Le professeur de philosophie, M. de Wys, était mort. On fit un programme pour pourvoir à le remplacer2 ; « la Compagnie désirait attirer les habiles et les personnes de mérite; mais elle voulait prendre ses précautions contre les gens inconnus et dangereux; donc elle demandait authentiques témoignages