LIBERTÉ DR CONSCIENCE
J.-A. Turretin et sa théologie. — Enseignement théologique. — Lutte au sujet du Consensus, 1706. — Affaire Vial De la Rive. — Modification partielle de la formule de consécration des ministres. — Efforts pour obtenir la paix des Églises issues de la Réforme. — Circulaires de J.-A. Turretin et Bénédict Pictet. — Lettres du roi de Prusse et de l'archevêque de Cautorbéry. — Modification définitive de la confession de foi genevoise, dans le sens de la liberté de pensée, en 1725. — Dogmatique genevoise au 18e siècle. — La Bible de 1803. — Dernier changement au formulaire de consécration, en 1806 et
J.-A. Turretin, dont le nom demeurera impérissable dans l'histoire des progrès de la théologie protestante vers la liberté de pensée, était fils de François Turretin. On s'étonnera peut-être devoir le zélé partisan de la tolérance sortir d'une demeure où l'on avait combattu avec tant de persévérance pour « l'établissement de l'absolutisme dogmatique. » Mais un semblable résultat est naturel. Lorsqu'un fils, homme de cœur et de génie, a dû souffrir des exagérations politiques ou religieuses de son père, il garde long-
temps le silence; puis, quand la mort a enseveli toutes les considérations personnelles, ce nouvel ami des principes sages met son expérience et son zèle au service de la vérité.
Tel fut le sort de J.-A. Turretin : à l 'inflexibilité paternelle il préféra la tolérance chrétienne de son professeur Louis Tronchin. Ses études furent brillantes et rapidement achevées. Jeune encore, il voyagea dans le nord, se concilia l'affection des chefs du protestantisme en Hollande, en Allemagne, en Angleterre1. De retour à Genève, il fut consacré au saint ministère, le 50 mai 4 694. Voici le procès-verbal de celte admission2 :
« D'après les preuves que M. Turretin a données de son grand savoir, aussi bien que de sa capacité pour édifier l'Église de Dieu, la Compagnie Ta jugé unanimement admissible au saint ministère, sous la prôna sse qu'il a faite de n'enseigner rien que de conforme à la Parole de Dieu contenue dans l'Ancien et le Nouveau Testament; à notre confession de foi, au synode de Dordrecht, et de signer le règlement de la Compagnie des Pasteurs. »
Trois ans plus lard, Turretin fut nommé professeur d'histoire ecclésiastique, et en 1705 il remplaça Louis Tronchin dans la chaire de dogmatique.