‹ Histoire de l'eglise de GeneveChapitre 39 sur 88 · LA DOCTRINE TELLE QU'ELLE EST CONTENUE DANS LES SAIN · texte numérisé non relu

LA DOCTRINE TELLE QU'ELLE EST CONTENUE DANS LES SAIN

tes- Écritures, et de repousser tout engagement à des formulaires humains. Cette décision fut prise d'un accord presque unanime. Voici le texte de cette solennelle délibération, qui plaça l'Église de Genève à

la tête du monde chrétien qui aspirait à la liberté de conscience.

Le 22 mai 172S et le 1er juin, la Compagnie est convoquée pour revoir le formulaire dont on s'est servi depuis 1 706, à la réception des ministres et des professeurs.— Modérateur, Samuel furretin. Membres présents: MM. Butini, J.-A. Turretin, Gallatin, Fatio, Maurice, Desprez, Penaut, Bessonnet, Bordier, Vial, Vautier, Le Fort, Rocca, Léger, Crommelin , Dentand, De la Rive, Beaulacre, Joli-Rilliet, Le Clerc, Senebier, Lambercier, Calendrin, De Rochemond, Perron, Zwalen, Mestrezat, Lullin, Flournois, Tron- ■chin, Piolet , Lhuillier, De Labarre.

La Compagnie, opinant sur le formulaire de 1706, dont on s'est servi dès-lors à la réception des ministres, après deux tours de scrutin, I'avis unanime, à deux voix près, a été de ne plus se servir désormais du dit formulaire, mais de s'en tenir à l'article 6, titre 1er, chap. 1er des ordonnances, dont on lira les termes suivants :

« Vous protestez de tenir la doctrine des sainls prophètes et apôtres, comme elle est comprise dans les livres du Vieux et du Nouveau Testament, de laquelle doctrine nous avons un sommaire dans notre catéchisme. »

En même temps,, le modérateur sera chargé d'intimer à ceux qu'il recevra au saint ministère, de ne

traiter dans les chaires aucune matière curieuse et inutile qui tende à troubler la paix.

« Ce qui a porté la Compagnie a prendre celte résolution, c'est :

» i ° Que les disputes qui ont donné lieu à la protestation de 1706 ayant cessé, cette protestation devient inutile,

» 2° La Compagnie considère qu'on ne peut conserver ce formulaire, sans faire de la peine à quelquesunes des Églises réformées où l'on a des idées contraires à celles des confessions de foi qu'on s'engageait à respecter.

» 3° La Compagnie a remarqué qu'en gardant cette protestation, on fait ce que les puissances protestantes ont désapprouvé dans d'autres Églises, puisqu'on s'engage à ne point enseigner contre le Consensus.

» 4° Nous avons égard aux luthériens que le synode de Dordrecht et le Consensus éloignent extrêmement de se réunir avec nous. »

Enfin, ce qui a engagé la Compagnie à reprendre l'engagement que contiennent les ordonnances eu y ajoutant des exhortations pour éviter tout ce qui pourrait troubler la paix, c'est que les paroles de nos ordonnances ne renferment rien que de sage.

Qu'elles nous engagent uniquement à suivre et à enseigner la doctrine de l'Écriture, engagement sous lequel doivent être tous les ministres de VEvangile.

Que si les ordonnances parlent du catéchisme, ce n'est pas pour l'égaler à l'Écriture, ou pour nous engager à le suivre en tout; mais simplement pour témoigner que nous reconnaissons qu'on y trouve le sommaire de la doctrine chrétienne.

Que d'ailleurs ces engagements pourvoient à tout ce qu'on cherche par la voie des formulaires , puisqu'ils obligent la conscience des ministres à enseigner d'une manière pure, et à ne rien avancer qui puisse occasionner des disputes.

Qu'enfin, on se remet sous la règle des réformateurs qu'on aurait dû suivre, et sous laquelle noire Église a vécu plus d'un siècle.

Cette décision capitale étant adoptée par l'unanimité du clergé de Genève, l'Église conserva une organisation régulière et puissante, au milieu des débats politiques et des luttes contre l'incrédulité qui occupèrent les esprits durant le cours du dix- huitième siècle. Peu à peu « ce qui restait des Églises de France, » les communautés du refuge et les Églises vallones, adoptèrent la formule genevoise, et nous trouvons une correspondance avec la Hollande, décembre 1720, qui établit clairement la position de Genève au sein de l'Europe réformée. Les Églises vallones veulent obtenir des détails très-circonstanciés sur l'organisation religieuse de notre ville. Voici la réponse de la Compagnie:

ïiï. 12

« Nos ministres emploient quatre années à la théologie, aux langues saintes, à l'histoire ecclésiastique. Us font ces études sous cinq professeurs. Us doivent composer huit propositions qu'ils récitent en présence de leurs professeurs et du modérateur qui y est toujours invité, puis une thèse qu'ils soutiennent devant les magistrats et la Compagnie. Ils sont grabelés en l'absence de leurs parents. On les reçoit à vingt-quatre ans, après l'examen le plus sévère de leur conduite. Ils font deux propositions d'examen, composées et apprises en quarante-huit heures. Us font des examens pour les langues saintes, la philosophie, la théologie, l'analyse d'une épître, l'histoire ecclésiastique, la morale, sur laquelle ils font un discours composé en trois ou quatre heures, sans autre livre que la Bible, dans un lieu enfermé, sous l'inspection de trois pasteurs; puis, la Compagnie délibère à nouveau par halo îles; elle examine surtout la bonne et saine connaissance que le candidat peut avoir de l'Écriture-Sainte, et pour éviter tout danger du côté des sentiments, il fait publiquement la protestation solennelle composée par notre grand Calvin, dont on explique encore aujourd'hui régulièrement le catéchisme, deux jours par semaine, dans chacune de nos trois paroisses. »

Les Hollandais répondent que la formule de consécration de Genève est la même pour les Églises ^alloues.

La modification de la formule de consécration, ou de la confession de foi de l'Eglise, étant le résultat de la doctrine admise par la généralité des fidèles, avant d'exposer le dernier changement opéré dans l'engagement des ministres, nous devons offrir à nos lecteurs un rapide exposé de la dogmatique genevoise au dix-huitième siècle.

Nous consultons les ouvrages de Jacob Vernet, principal directeur de l'opinion religieuse, et défenseur intrépide du christianisme contre l'incrédulité, et voici le système de doctrine que nous y trouvons :

Jésus-Christ est issu de Dieu avant la création du monde; Dieu l'a comblé de tout le pouvoir, de toute la gloire, de toute la sagesse, de toute la sainteté, de toute la perfection dont il peut revêtir un être créé; c'est ainsi que Jésus Christ est devenu le premier-né et l'image empreinte, la splendeur de la gloire divine.

Voici le sort de l'homme : tous ont péché, tous sont condamnés pour n'avoir pas observé complètement la loi.

Mais Jésus apporte l'alliance de grâce, la promesse que Dieu pardonne tous les péchés dont nous nous sommes repentis, et que nous voulons essayer de réparer à l'avenir par une meilleure conduite. La certitude de ce pardon est indispensable pour travailler à la sanctification, à la régénération de son âme; sans elle, l'abattement, et un invincible découragement se-

raient notre partage, puisque jamais les efforts pour l'avenir ne pourraient absoudre la condamnation du

passe.

Jésus est le seul auteur de ce salut complètement gratuit. Il nous adonné la loi infaillible et parfaite; il est mort pour affirmer par sa mort la vérité de ses paroles, pour nous donner la certitude de notre résurrection en reprenant lui-même la vie. Sa mort est le sacrifice qui abolit toutes les offrandes que l'humanité offrait, et offre encore, pour la rançon de ses crimes ; elle est le gage, le signe du pardon que Dieu nous donne ; elle nous engage à répondre à cet amour, à ce martyre, par le sacrifice de nos passions. Voici l'exemple tiré des choses qui se voient : un père qui aurait tout fait pour sa famille, un bienfaiteur mourant pour ses amis, s'il exigeait d'eux qu'ils se pardonnassent réciproquement, qu'ils se fissent quelque restitution, qu'ils s'abstinssent de quelque chose pour l'amour de lui, il n'est aucun d'eux qui ne consentît de bon cœur à lui donner une telle marque d'attachement et de reconnaissance, lors même qu'il s'agirait d'une chose dure et pénible. Ainsi, plaçons-nous au pied de cette croix , contemplons Jésus-Christ mourant pour nous sauver, et nous demandant la repentatice et la i>ai.ctificatiosi, pour l'amour de son sang répandu pour nous : voilà la foi qui nous sauve.

L'évolution de la doctrine est facile à suivre.

Trois systèmes personnifiés dans trois hommes résument notre histoire dogmatique : Calvin, Turretin, Vernet.

Chaque système présente au complet le résultat du christianisme, savoir, le salut de l'homme obtenu par l'œuvre miséricordieuse de Jésus-Christ tout seul. Durant ces trois siècles, l'Église de Genève a proclamé qu'il n'y a point de salut par aucun autre; qu'il n'y a sous le ciel aucun autre nom par lequel nous puissions être sauvés. Le fait suprême demeure; mais les interprétations individuelles varient. Qui a possédé la vérité dans les détails? Nous le saurons lorsque nous connaîtrons comme nous avons été connus.

La plus entière franchise a toujours régné dans les évolutions de la dogmatique genevoise. Les pasteurs de cette Église ont tenu compte des nécessités du temps, et suivant les circonstances ils ont insisté sur divers points fondamentaux. Au dix-septième siècle, au milieu des luttes ardentes avec le catholicisme, le dogme de la prédestination et du salut par la grâce fut la préoccupation constante de Genève. Pendant le dixhuitième siècle, en face du matérialisme dominateur, le clergé genevois parla surtout de la réhabilitation morale de l'homme, au moyen des forces divines; il insista sur la sanctification, et laissa dans l'ombre le pardon par grâce. Les dogmes fondamentaux de i'exis-

lence de Dieu el de Jésus-Christ étant constamment niés, les Genevois s'efforcèrent, durant cinquante années, de les défendre. Ainsi, chaque génération de l'Eglise de Genève a combattu contre l'esprit du temps»

Au commencement du dix-neuvième siècle, la Compagnie des Pasteurs accomplit deux actes qui couronnent la conduite honorable qu'elle a tenue dans la grande question de la liberté de la pensée. Au milieu des orages de la révolution et de l'empire, elle a publié en 1805 une version de la Bible. Et voici à ce sujet une délibération qui, sous le rapport de la franchise et de l'indépendance de la pensée, peut être offerte pour modèle à toutes les écoles de théologie. — L'ensemble du clergé n'admettait plus la formule calviniste de la trinité. La discussion s'engagea sur le passage Rom. IX, v1 S (Reg. Comp. i juin 4 802). Une voix s'éleva pour adopter la doxologie. savoir, ce passage entendu comme une formule de bénédiction, Christ qui est au-dessus de tous : « Que Dieu soit béni éternellement! » L'ancienne version genevoise porte : « Le Christ qui est Dieu au-dessus de toute chose, béni éternellement. Amen. »

Les pasteurs inscrivent les paroles suivantes en leurs archives : « Comme ce passage sera recherché par ceux qui, à tort ou à droit, soupçonnent les sentiments de l'Église de Genève, nous pensons que la

traduction littérale est la seule qu'on doive faire. Nous disons : Christ qui est au-dessus de toute chose; Dieu béni éternellement; amen. L'idée delà doxologie ou bénédiction est insoutenable1, et ce passage de saint Paul demeure le plus fort argument pour la divinité de Jésus-Christ. »

Les personnes familiarisées avec l'histoire ecclésiastique savent que, dans les temps anciens, les partis ont maintes fois falsifié les passages des manuscrits concernant la divinité de Jésus-Christ. Mais l'Église de Genève s'est toujours placée au-dessus de ces mesquines passions et de leur intervention dans le domaine de la vérité religieuse.

Le vénérable Cellérier père fut chargé de composer la préface de cette version. C'est un travail où l'éloquence de la forme fait ressortir la noble simplicité des idées. En voici quelques paroles:

« La Bible, dit-il, conserve le dépôt des archives du genre humain ; elle expose à nos yeux les premiers monuments de l'histoire des nations qui ont babité la terre; elle développe les voies de la Providence divine dans le gouvernement du monde moral ; elle instruit l'homme, sans obscurité, de son origine, de sa destination, de ses rapports avec Dieu et avec ses semblables; elle lui découvre la nature du souverain bien,

i. Christ qui est au-dessus de toute chose! Que Dieu soit béni éternellement ! Amen.

les vrais fondements de la législation el de la morale, les ressources de l'homme pécheur et malheureux; et certes, ce sont là les grands intérêts de l'humanité, sur la plupart desquels les anciens philosophes, quoique doués d'une grande force de raison, ont reconnu leur incertitude et leur ignorance. »

Les formulaires étant l'expression générale de la croyance d'une Église, le clergé genevois ayant abandonné l'usage du catéchisme de Calvin, la formule de consécration de 1725 ne pouvait subsister; elle fut en conséquence modifiée comme suit (Reg . Comp. 25 janv. 1806): «Vous promettez d'enseigner la vérité divine, telle qu'elle est contenue dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, et dont nous avons un abrégé dans le symbole des apôtres. »

Enfin, en 1810, l'Église ne voulut mettre aucune parole humaine entre la conscience de ses membres et la parole divine; elle supprima la mention du symbole, et adopta de cette manière la plus entière et la plus absolue liberté de conscience sur le champ de l'Évangile de Jésus-Christ.

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