DÉFENSE DC CHRISTIANISME AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
Commencement de l'incrédulité.— Dictionnaire de Bayle. — De Roches et la religion essentielle à l'homme. — Voltaire à Genève. — Premières attaques contre la Réformation; Calvin et Servet. — Article sur Genève dans l'Encyclopédie. — Pamphlets licencieux brûlés à Genève. — Voltaire et Vernet. — Histoire de Giannone. — Calomnies de Voltaire; ses rétractations; nouveaux pamphlets. — Description officielle de la propagande voltairienne par Vernet. — Dernières années et mort de Voltaire. — L'apologétique genevoise au dix-huitième siècle. — Vernet, De Roches, Roustan, Claparède, Vernes.
Nous avons dit, en terminant l'exposé des discussions concernant la liberté de conscience à Genève, que les enseignements théologiques varient suivant les nécessités du temps. Le clergé genevois en fit l'expérience au milieu du dix huitième siècle. Il avait défendu la foi évangélique contre les efforts de Rome; maintenant c'était la religion chrétienne elle-même dont il fallait montrer la vérité divine en face des philosophes incrédules qui surgissaient de toute part : Bayle en Hollande, Hobbes en Angleterre, l'École encyclopédique en France. Proclamer la vérité révélée dans les Saintes-Écritures, au milieu de ces phi-
losophes qui employaient à la combattre l'esprit, la raillerie et la science , c'était une œuvre courageuse et chrétienne, et nous allons voir comment l'Église de Genève poursuivit cette noble tâche.
Les premiers symptômes de cette lutte se manifestèrent dans notre ville, à l'occasion du Dictionnaire de Bayle.
Le Dictionnaire de Bayle était publié, et le succès en retentissait en Europe1. Un jour, la Compagnie apprend que les MM. Fabri et Barillet impriment une édition de ce livre, sans l'avis et l'autorisation des seigneurs scoiarques, contrairement à la loi, qui exige cette permission pour tout livre sorti des presses genevoises.
Le professeur Calendrini supplie Messieurs, au nom des pasteurs, d'arrêter cette impression. « Ce livre, dit-il, est très-dangereux; il établit le phyrronisme, et tend à rendre douteuses les vérités les plus claires, sape les fondements essentiels de la religion. Si l'auteur n'ose pas nier ouvertement l'existence de la divinité, il avance des choses qui y tendent indirectement; il fortifie les objections et affaiblit les réponses. Il rétablit le manichéisme, la doctrine des deux principes, l'un bon, l'autre mauvais, qui gouvernent le monde. Ce livre, du reste, est rempli d'obscénités, et la lecture en est d'autant plus dangereuse qu'il est
i. Reg. Comp. 7 avril 1713 ; Reg. Cons. 4 et 14 avril 1713.
écrit avec beaucoup d'esprit, de dextérité, de délicatesse, et plein d'érudition. Très-honorés Seigneurs, conclut M. Calendrini, serait-il dit que Genève, qui a été de tout temps, par la bénédiction divine, une source heureuse d'édification, et quia répandu partout de bonnes instructions par les livres qui en sont sortis, devienne une source empuantie et empoisonnée pour répandre ailleurs le venin mortel de l'impiété? Quel déshonneur ce serait pour cette Église! »
Les imprimeurs supplièrent les magistrats « déconsidérer que depuis trois moisils travaillent à ce livre, qui est imprimé partout avec la permission des Etats, et qu'ils ont déjà plus de 400 feuilles d'imprimées sur 700. »
Le Conseil1 leur défendit de continuer; puis, dix jours plus tard, sur le rapport d'une commission, la majorité déclara « qu'il faut fermer les yeux, tolérer cette impression, vu les grands frais des imprimeurs, moyennant qu'il ne paraisse pas qu'elle ait été faile en cette ville. »
La Compagnie, apprenant cette résolution, déclare au Conseil « que le tout est une injure contre Dieu et la religion, » et cinq ans plus tard, les pasteurs constataient comme suit le progrès que faisaient les doctrines du philosophe hollandais : « Vu que dans les cafés de la ville on ne joue plus, mai son donne à lire