‹ Histoire de l'eglise de GeneveChapitre 42 sur 88 · Reg. Comp. 14 déc. 1714, 2 août · texte numérisé non relu

Reg. Comp. 14 déc. 1714, 2 août

penseurs, le fait de la rédemption était l'objet des doutes les plus sérieux au point de vue philosophique et moral. De Roches prouva que les grands dogmes de l'Évangile sont d'accord avec les lumières de la raison et avec les lois de la conscience; il voulut essayer de concilier ces difficultés, et voici son argu mentation :

« Si Dieu approuve cette charité fervente de son Fils pour des créatures misérables, s'il a été touché de cet abaissement profond, auquel une personne aussi excellente se réduisait pour les sortir de cette misère ; s'il a écouté favorablement les ardentes prières que Jésus humilié lui adressait pour elles ; s'il a pu être engagé à leur accorder quelques grâces , en considération d'un Fils qui intercédait en leur faveur; s'il a senti tout le prix de l'obéissance de ce Fils subissant les douleurs et l'ignominie; s'il lui a su gré de s'être ainsi prêté « à l'exécution du dessein que sa » sagesse avait formé, de sauver le genre humain de » cette manière. Qui peut le trouver étrange? »

Les amis de l'Évangile le remercièrent de cette bonne œuvre.

Tels étaient les préliminaires de la lutte ; mais la grande croisade genevoise contre l'incrédulité française ne commença que lorsque Voltaire se fut établi, en î 756. sur le territoire de la métropole protestante.

Voltaire. Nous devons envisager l'œuvre de Voltaire à Genève sous trois points de vue: la théologie, la morale et la liberté de conscience ; et notre appréciation produira des résultats divers dans chacune de ces catégories.

Nous voulons d'abord, en parlant des relations de Genève avec la France, applaudir aux efforts de Voltaire et de son école, pour briser la puissance du fanatisme, doter le monde entier de la liberté de pensée, et rendre impossible le retour des persécutions religieuses. Ici notre tâche est douce et facile, et si Voltaire se fut concentré sur cette œuvre immense, il serait l'homme le plus vénéré et le plus admiré de l'Europe entière. Malheureusement Voltaire s'est appliqué encore à une œuvre lamentable, indigne d'un homme de bien ; il a travaillé à la destruction des principes du christianisme, à l'anéantissement de la morale évangélique; et cette œuvre de destruction, il l'a poursuivie pendant vingt années; mais aussi, pendant ces vingt années, les pasteurs genevois travaillèrent à maintenir vivants, dans leur antique cité, les dogmes et la morale de Jésus-Christ.

C'est la partie dogmatique de cette œuvre que nous allons maintenant présentera nos lecteurs1. Voltaire, las du séjour de Lausanne, s'adressa, le 20 janvier

1. Les tendances immorales de Voltaire sont exposées dans le chapitre intitulé la Vie religieuse.

1 755, au Conseil de Genève, pour obtenir la permission de résider sur le territoire de la République. Sa requête fut accordée. Les Genevois, partisans de la licence française, dé la légèreté des paroles et des croyances puisées dans le séjour de la capitale, virent avec plaisir l'arrivée de Voltaire. Les hommes religieux conçurent des craintes sérieuses, et le professeur Vernetlui écrit en juin 1755 la lettre suivante : « Monsieur, la seule chose qui trouble la satisfaction générale de voir arriver parmi nous un homme aussi célèbre que vous êtes, c'est l'idée que des ouvrages de jeunesse ont donnée au public sur vos sentiments par rapport à la religion; je ne vous dissimulerai point que les gens sages qui nous gouvernent, et la bonne bourgeoisie, ont manifesté, dans leurs discours, de graves inquiétudes à ce sujet; j'espère que vous les dissiperez complètement. Si chez nous les théologiens, les jurisconsultes et les philosophes sont d'accord sur la religion, c'est que les pasteurs ont la sagesse de s'en tenir au pur Évangile, et les gouvernants savent que l'Évangile est nécessaire. Ainsi, Monsieur, nous espérons que vous entrerez dans nos vues, et que vous vous unirez à nous, quand l'occasion s'en présentera, pour détourner notre jeunesse de l'irréligion, qui conduit au libertinage. Soyez sûr qu'alors vous serez honoré, chéri de tous, et craint de personne. »

Le correspondant adulé, choyé par les plus brillants cercles de l'Europe, dut trouver cette franchise républicaine un peu dure; néanmoins il dissimula, et répondit comme suit : « Mon cher Monsieur, ce que vous me dites est fort raisonnable. Je déteste l'intolérance et le fanatisme; je respecte vos lois religieuses; j'aime et je respecte votre République; je suis trop vieux, trop malade et un peu trop sévère avec les jeunes gens. Vous me ferez le plaisir de communiquer ces sentiments à vos amis. »

Voltaire1 détestait le clergé protestant, peut-être même plus que les prêtres romains. II ne croyait pas possible qu'un homme sensé, maître de sa conscience, pensant et parlant en toute liberté, pût admettre la divinité révélée de l'Évangile ; or, ce phénomène étant fort commun dans Genève, il importait de le détruire, et de montrer au monde qu'il n'existait pas de station possible sur le champ de la vérité, entre la soumission aveugle et sans réserve aux dogmes romains et la religion réduite aux éléments d'une haute philosophie.

Ce que Voltaire détestait le plus, c'était le terme moyen, savoir, les hommes croyant de tout leur cœur à la révélation de Jésus-Christ, et en même temps défenseurs ardents de la liberté de pensée.

Pour les réduire à l'impuissance2, Voltaire affecta

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