Reg. Corap. 2 août
2. Reg. Cons. 21 mai 1757 ; Reg. Comp. 14 mai, 8 juill., 16 oct. 1757,
de confondre les doctrines chrétiennes et les effets des passions humaines s'exerçant sous le manteau de l'Évangile. « Je trouve la religion de Jésus -Christ extravagante, injurieuse à Dieu, pernicieuse aux hommes, autorisant les rapines, les séductions, la révélation du secret de famille, etc. Je suis dans l'obligation de mépriser ceux qui la prêchent4. »
D'après ce programme, où Voltaire confond l'Évangile avec la politique des Borgia, tous les ministres de la religion devaient disparaître de la scène du monde.
À Genève, la position du clergé était basée sur une croyance sincère, raisonnée, acceptée par la majorité de la nation.
Voltaire voulut compromettre les pasteurs protestants auprès de leurs concitoyens et des étrangers, en les faisant passer pour incrédules.
Pour y parvenir, il écrivit en 4 757 dans le Mercure français, rédigé par Marmontel : « Ce n'est pas un petit progrès de la raison humaine qu'on ait imprimé à Genève, dans mon Essai sur l'histoire, et avec Y approbation publique, que Calvin avait une âme atroce, aussi bien qu'un esprit éclairé. Le meurtre de Servet paraît aujourd'hui abominable. »
Le prof. Vernet répondit avec autant de justesse que de dignité à cette attaque. Condamnant sans réserve le
i. Correspondance générale, 1768, page 399.
ni. 15
supplice deServet, il monlra que ce fait lamentable était le résultat du code hérétique auquel toutes les Églises étaient soumises au seizième siècle. Nulle Église n'avait alors le droit d'attaquer sa rivale, toute la chrétienté, Rome, Wittemberg et Genève, acceptant le maléfice de cette déplorable législation. Quant à la prétendue approbation officielle obtenue à Genève, Voltaire fut obligé, deux ans plus tard, de se rétracter en ces termes: «Cette lettre, écrite de Lausanne à M. Thiriot, est presque entièrement supposée. C'est troubler la société que d'imprimer les lettres des particuliers; il est encore plus contre les bonnes mœurs de les falsifier4. »
Cette attaque2 fut jugée à son véritable point de vue par la Compagnie des Pasteurs de Genève. Elle pensa que son devoir était d'accepter franchement la lutte. Un étonnement «énéral avait saisi les Genevois à la lecture de Y Essai sur V histoire universelle. « Dans ce livre, » disait la Compagnie , « se trouvent des choses injurieuses à la Réformation et capables de nuire aux protestants qui vivent dans des États monarchiques. M. de Voltaire représente nos frères comme des adversaires irréconciliables des rois; cette insinuation peut aboutir à allumer de plus en plus contre eux le feu de la persécution. »
1. Mémoire adressé à l'Académie de Lausanne, Année littéraire. 1760, t. 5, page 308.