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L'ÉGLISE PENDANT LA RÉVOLUTION ET L'EMPIRE

Les pasteurs à la révolution de 1782. — Veines banni et réintégré. — Médiation de Claparède. — Courage des pasteurs en 1789. — Le pasteur Peschier et le capitaine de Combes. — Révolution de 1792. — Conduite ferme et conciliante des pasteurs. — Mort de Charles Bonnet. — Auspach et Mouchon. — Accusation de MM. Duby et Vaucher, 1794. — Persécution des pasteurs. — Les clubs. — Banissement et démissions à la ville et à la campagne. — Mouchon à l'Assemblée nationale. — Genève réunie à la France. — Organisation de l'Eglise. — Société Economique. — Le décadi. — Les cloches. — Le Concordat. — Mort de M. Martin-Rey. — Dévouement des Genevois à leur Eglise. — Les proposants et le service militaire. — L'impôt du sang. — Genève redevient Suisse.

Vers la fin du dix-huitième siècle le clergé genevois se trouvait dans une position aussi délicate que pénible. La lutte avec le matérialisme qui durait depuis cinquante années, avait épuisé les forces des pasleurs, et le relâchement généra! des croyances reli-

gieuses dans l'Europe centrale se faisait sentir dans

toutes les classes de ia société genevoise. Les jeunes gens subissaient l'influence de l'esprit du temps, et préféraient la carrière militaire à l'étranger et les occupations mondaines, aux études sérieuses en honneur chez leurs ancêtres.

A Genève, en 1777, le corps des pasteurs était composé d'hommes âgés, usés par les travaux et les épreuves d'un long ministère, et l'on voyait avec tristesse le nombre des étudiants en théologie diminuer chaque année. Les citoyens attachés à l'Évangile examinèrent sérieusement les causes de cette fâcheuse situation; ils reconnurent que les tendances frivoles de la société n'étaient pas la seule cause du mal, mais que des obstacles inhérents à l'organisation ecclésiastique éloignaient forcément les jeunes hommes de cette carrière. En effet, l'étendue et la multiplicité des fonctions pastorales dépassaient la mesure des facultés humaines, et les honoraires conservés tels qu'ils étaient fixés depuis un siècle, se trouvaient absolument insuffisants pour entretenir le pasteur et sa famille.

De nombreuses requêtes furent adressées par les citoyens au gouvernement, « afin qu'il fournît à la jeunesse les encouragements nécessaires pour suivre la plus belle et la plus utile des vocations. »

Ces sollicitations étaient appuyées sur l'autorité du célèbre docteur Tissot,' qui, dans un mémoire médi-

cal, démontrait que « les hommes les plus robustes, soumis à la fatigue hebdomadaire imposée aux pasteurs genevois, devaient avoir la santé irrévocablement compromise avant cinquante ans. »

Les magistrats se rendirent à ces sollicitations, et comme ils ne pouvaient créer de nouvelles paroisses, ils diminuèrent le nombre des prédications, et portèrent le salaire des pasteurs à une somme suffisante pour subvenir au strict nécessaire du genre de vie le plus simple \

Les pasteurs de la ville reçurent 2460 francs, et ceux de la campagne 1600 francs. Lorsque ces propositions, adoptées par le Conseil des Deux-Cents, furent portées au Conseil Général, ce corps vota l'augmentation des honoraires ecclésiastiques, mais ne consentit point à la réduction des services religieux.

Quoique cette décision ne répondît pas entièrement aux vœux des amis de l'Église, cette manifestation d'une sympathie active chez les citoyens les plus éclairés ranima le zèle chrétien des jeunes gens, et huit années plus tard, en 4 784, on constatait que jamais l'auditoire de théologie n'avait été plus nombreux et mieux composé.

Telle était la position du clergé genevois lorsque commencèrent les révolutions qui, dans l'espace de

1 Reg. Cons. 17 juillet 1778.

seize aimées, amenèrent la ruine et la chute de notre ancienne République.

En 1782, l'État de Genève se composait des citoyens et des bourgeois qui seuls possédaient les droits politiques, la jouissance des biens nationaux et le libre établissement du commerce et de l'industrie. A côté de cette classe privilégiée se trouvaient les habitants et les natifs issus des réfugiés de la Révocation, et qui ne participaient aux privilèges des citoyens qu'après avoir soldé les 4 2 ou 1500 francs, prix delà bourgeoisie. Ces hommes, dont les familles vivaient à Genève depuis près d'un siècle, réclamaient l'entrée effective dans la famille républicaine, et l'égalité des droits politiques et sociaux. Plusieurs bourgeois appuyaient leurs demandes; mais le plus grand nombre les repoussaient. Des troubles incessants agitant la ville, le gouvernement suivit les exemples du passé, sollicita l'intervention armée de la France, du Piémont et des cantons suisses; la révolution fut comprimée, et on fabriqua une constitution dont le libéralisme laissait beaucoup à désirer; car la liberté des citoyens reçut de graves atteintes, et les natifs et leurs amis furent exilés du territoire genevois.

Voici maintenant quelle fut la conduite des pasteurs durant cette triste année.

Ces courageux ecclésiastiques acceptèrent sans balancer leurs fonctions médiatrices. Dès l'abord, ils se

réunirent à «ne société de conciliation, qui n'épargna aucune démarche pour apaiser les esprits. A la tète de ces généreux pacificateurs se trouvaient MM. Vernes et Claparède, qui profitaient habilement de leurs relations de famille pour calmer les personnes les plus irritées dans le parti des magistrats. Ce zèle déplut aux plénipotentiaires étrangers chargés d'éteindre les discordes et qui avaient déjà dressé des listes de bannissement. À leur sollicitation, M. Claparède fut mandé ]e 20 juin 1782 devant les syndics; mais ce pasteur, au lieu de s'excuser, parla ainsi :

« Messieurs , je vous supplie de choisir les voies les plus douces; la vraie gloire consisterait maintenant à céder et à ne pas prendre à la rigueur la déclaration qui ordonne à quelques personnes de sortir de la ville. *

La Compagnie appuya les démarches de M. Claparède; mais ce fut en vain ; les exilés prirent le chemin de la terre étrangère, et le deuil politique attrista tous les cœurs bien disposés.

Les pasteurs eurent un sujet spécial de chagrin; M. Vernes, dont les sympathies s'étaient ouvertement prononcées en faveur des natifs, fut impitoyablement cassé de ses fonctions et banni pour dix ans. Le souvenir des services signalés rendus à la cause religieuse par M. Vernes, son dévouement et ses succès dans la lutte contre Voltaire, ne purent le protéger. En vain les pasteurs supplièrent-ils les plénipotentiaires de

l'épargner; en vain la Compagnie entière déclara-t-elle « qu'elle rendait le plus éclatant hommage aux intentions de M. Vernes et à ses efforts réitérés pour terminer les discordes par une heureuse conciliation. » Cette intervention fut inutile, il dut partir pour l'exil, et la Compagnie inscrivit en ses archives une proteslalion en date du 21 novembre 1 782, portant hue la Compagnie est vivementaffligéede ceque M. Vernes a encouru l'animadversion des plénipotentiaires, et ne peut que rendre pleine justice à son talent et à la manière dont il a exercé ses fonctions pastorales.

De sérieuses discussions eurent lieu touchant la position du clergé pendant les années qui suivirent la révolution de 1 782.

En 1 785, le Conseil proposa de nouveau la diminution des services religieux; mais en même temps le retranchement d'un professeur de théologie et de deux places de pasteurs, qui étaient remplies par quatre titulaires.

Le nombre des pasteurs se trouvait ainsi réduit à huit ecclésiastiques pour la ville. — La Compagnie déclara qu'elle accueillait avec douleur ce projet; elle affirma que le culte serait gravement compromis, et qu'il était impossible à huit ministres de remplir convenablement les fonctions pastorales dans une ville de 29,000 âmes1, et au milieu de la dégra-

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