‹ Histoire de l'eglise de GeneveChapitre 75 sur 88 · ville; 4000, banlieue · texte numérisé non relu

ville; 4000, banlieue

dation des mœurs et des souffrances de la religion.

Le Conseil témoigna sa surprise de ce que « la Compagnie eût délibéré sur ce sujet sans y avoir été invitée par les magistrats; elle n'a rien à y voir. »

Les pasteurs répondent que « bien que l'État soit souverain, l'esprit des édils leur accorde le privilège des représentations, et que la conduite du Conseil n'est convenable ni pour le fond ni pour la forme. »

Lorsque des débats sont empreints d'une pareille aigreur, il est heureux que des hommes influents emploient leur autorité morale à calmer les esprits. MM. Claparède, professeur, etTrembley, ancien syndic, se chargèrent de cette mission auprès des personnes les plus compromises dans la discussion. Leurs efforts furent couronnés de succès. Les Conseils admirent le projet des amis de l'Église, rejeté en 1777. On conserva le même nombre de pasteurs et Ton réduisit à peu près des deux cinquièmes le chiffre des services religieux.

Voici la distribution des cultes pour une année/ dans la ville de Genève : treize pasteurs, 1714 actes de culte, se décomposant comme suit : 592 sermons, 112 catéchismes, 1010 services liturgiques.

L'issue favorable de ces pénibles débats exerça une bonne influence sur la discipline intérieure de l'Église. De graves abus s'étaient introduits pendant les derniers troubles politiques; des habitudes irréli-

gieuses avaient pris la place de l'ancienne austérité. On peut juger de la gravité du mal en étudiant un mémoire de MM. Thouron et Claparède sur la despectueuse observation du dimanche. « A l'heure des sermons, disaient-ils, les rues et les places sont pleines de monde, les boutiques sont ouvertes, surtout à Rive et à Saint-Gervais; les ateliers retentissent du bruit des instruments de travail, comme pendant la semaine, et les catholiques se distinguent dans ce& excès par une insolente affectation. »

Les magistrats reprirent leur ancienne sévérité, et défendirent, sous peine d'amende, l'ouverture des boutiques, des auberges et des cafés durant le service divin.

On atteignit ainsi l'année 1 789 ; la paix sociale qui régnait à Genève couvrait de sombres rancunes. La constitution de \ 782 irritait les esprits; les principes de la révolution française exaltaient les jeunes gens, et tout faisait présager une crise prochaine. Ces pressentiments n'étaient pas trompeurs. Durant l'hiver de 1789, à l'occasion de la cherté du pain, la ville fut bouleversée par des émeutes successives. A diverses reprises les citoyens prirent les armes, le sang coula, et les Conseils délibérèrent à nouveau pour fabriquer une constitution plus libérale.

Les pasteurs essayèrent de calmer les esprits irrités; mais en général le succès fut loin de répondre à

leur dévouement. Ainsi, le 27 janvier 1789, ils rapportent au Conseil : « Nous avons désiré être utiles pour ramener la paix ; mais notre intervention n'a pas réussi auprès des personnes ameutées. Plusieurs citoyens ont hué et insulté les plus aimés et les plus respectés d'entre nous. »

Toutefois, l'un de ces dignes ministres, M. Peschier, pasteur à Saint-Gervais, put remplir son devoir au péril de sa vie.

Un rassemblement de forcenés s'était emparé de la porte de Cornavin, et se disposait à fusiller M. de Combes, capitaine du poste. M. Peschier accourt, et, se plaçant devant l'officier, il s'écrie : « Vous tuerez votre pasteur en même temps que votre capitaine. » Comme M. Peschier était de très-petite taille, on ajustait les fusils par-dessus sa tète; aussitôt ie courageux ministre monte sur une chaise, et, embrassant la poitrine de M. de Combes, il s'écrie : «Tirez maintenant, et faites deux victimes! » Les armes s'abaissèrent, et l'officier eut la vie sauvée.

La constitution issue de ces troubles satisfit un grand nombre de citoyens; cet acte donnait la bourgeoisie gratuite aux natifs de la quatrième génération; on cassa les procès politiques de 1782, et la plupart des exilés rentrèrent dans leur patrie.

Le retour de M. Vernes (11 décembre 1789) fut une véritable fête populaire : ses anciens paroissiens

lui serraient les mains, baisaient ses vêlements, et une brave femme, qui vendait des fleurs, mil le comble à l'enthousiasmée» s' écriant: « Puisque notre bon pasteur nous est rendu, je donne aujourd'hui mes bouquets pour rien ! »

M. Vernes reprit sa place officielle parmi les pasteurs; mais l'épreuve avait brisé ses forces et sérieusement altéré sa santé; il ne put recommencer ses fonctions actives, et mourut deux ans plus tard, le 24 octobre 1794.

La révolution de 4 78-9 étant terminée, et la paix paraissant rendue pour longtemps à la République genevoise, la Compagnie des Pasteurs envoya l'adresse suivante aux Conseils :

« Nous espérons que les suites de la dernière crise seront heureuses. Nous ferons sentir à ce peuple le bonheur d'avoir à sa tête des magistrats qui ne connaissent point de litres comparables à celui de pères de la patrie. Nous nous trouvons heureux d'avoir vu se déployer, parmi ce même peuple auquel nous avons consacré notre ministère, un caractère de bonté, de sensibilité, de patriotisme, dont nous avons constaté de nombreuses marques durant ces mauvais jours. Nous prenons avec joie, entre les mains de ce Conseil, l'engagement de travailler de toutes nos forces à entretenir ces sentiments dans nos paroisses pour la conservation de la prospérité de la patrie. »

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