II. 4791 AU 4 DÉCEMBRE
Cette conciliation entre les partis extrêmes ne fut pas de longue durée. Les brochures politiques se multiplièrent, et si le ton de leurs auteurs était souvent déplorable, les principes qu'ils émettaient respiraient la justice et l'équité; en effet, ils demandaient le droit de bourgeoisie pour tous les protestants nés sur le territoire genevois; ils réclamaient l'abolition des distinctions civiles entre les citoyens. Ces prétentions, qui seraient injustes et dangereuses au sein d'une population mélangée d'étrangers nombreux et sans demeure fixe, étaient naturelles à Genève, où tous les habitants professaient le même culte et comptaient des aïeux parmi les victimes des persécutions religieuses.
Après une nouvelle prise d'armes dirigée contre les natifs et les paysans qui voulaient s'emparer de la ville, un nouveau code fut élaboré et voté par le Conseil général le 14 novembre 1791 . Cette constitution donnait la liberté et l'égalité complète à tous les Genevois; les vœux des natifs et de leurs adhérents étaient satisfaits , et la république aurait retrouvé la paix, sans la désastreuse influence des émissaires français qui surexcitaient les passions populaires. Après une année d'intrigue, les révolutionnaires
s'emparèrent du gouvernement, et le h décembre 1792 remplacèrent les Conseils et les magistrats par des comités de sûreté et d'administration. Cette troisième révolution s'exécuta toutefois sans effusion de sang.
Voici quels furent le rôle el la position de l'Église durant ces deux années :
En février 1791, la Compagnie enjoignit à chacun de ses membres d'éviter absolument de se mêler de politique. Elle décida que les pasteurs porteraient toujours en public leur costume, savoir le manteau et le rabat, afin de pouvoir être reconnus immédiatement et d'exercer ainsi plus aisément leurs fonctions médiatrices.
Le lendemain du jour où ces mesures étaient votées (15 février 1791), les pasteurs se jetaient au travers d'une émeute, et avec un zèle et un patriotisme chrétiens ils parcouraient la ville, se présentant sur tous les points où le tumulte avait lieu; ils adressaient des paroles de paix et de concorde aux hommes les plus irrités, et leur influence prévint de tristes violences.
Quelques jours plus tard on apprit que, dans les campagnes, les ministres avaient subi de grossiers traitements de la part de leurs paroissiens. — M. Juventin, pasteur de Chêne, l'un des ecclésiastiques les plus distingués par l'énergie de son caractère, ses talents et sa profonde piété, fut envoyé dans les pans. 28
roisses rurales; il portait, de la part de la Compagnie, des paroles de consolation et de sympathie à ses collègues. Son rapport diminua la gravité des appréhensions. «On a, dit-il, beaucoup exagéré les » choses; les pasteurs n'ont point éprouvé de désa- » grémenls personnels; ils ont même réussi à retenir » plusieurs paysans entraînés contre la ville par de » mauvais conseils. Le peuple de la campagne serait «tranquille si on le laissait à lui-même; mais on » souffle sans cesse le feu, et l'on détruit le bien que » font ceux qui veulent le calmer. »
Pendant qu'on reconstituait à grand'peine l'édifice politique de Genève, l'Église jouissait d'une véritable faveur, et les pasteurs purent mettre au jour des idées utiles pour le pays. Une commission travaillait à réorganiser le collège; la Compagnie demanda la création d'une série de classes destinées aux jeunes gens qui ne voulaient pas suivre la carrière du droit ou du ministère évangélique (10 avril 1791). Malheureusement cette idée ne trouva pas faveur auprès des comités organisateurs. Elle fut repoussée après mûr examen. Un peu plus tard, lorsque le nouveau projet touchant le collège fut publié, les pasteurs, trouvant de graves lacunes dans l'instruction religieuse, obtinrent que les leçons seraient confiées comme par le passé à la Société des catéchumènes, qui depuis soixante ans avait si bien mérité de la pa-
trie. L'esprit public ne fut pas moins favorable au clergé dans les modifications apportées à la constitution ecclésiastique. Le 4 5 mars 1792, l'administration créa deux nouvelles places de pasteurs, en sorte que la ville de Genève fut desservie par quinze officiants. Voici leurs noms en 1792 : à Saint-Pierre, MM. Sarasin et Martin aîné; à Saint-Gervais, Chenevière et Peschier ; à la Madeleine, Cardini et Francillon; au Temple-Neuf, Pasteur et Mouchon; à Saint- Germain, Gasc et Thouron ; Catéchistes, Martin, Rejet Mange. Le clergé témoigna une vive reconnaissance de cette heureuse innovation, et, se sentant appuyé sur la majorité des citoyens bien pensants, il reprit un nouveau courage pour faire son devoir.
La bonne volonté du gouvernement réagissait sur la jeunesse, et cette année un assez grand nombre d'étudiants vinrent s'inscrire pour entrer en théologie. Toutefois, comme l'avenir offrait peu de sécurité, les pasteurs crurent devoir insister sur les difficultés nouvelles du ministère, et les professeurs, MM. Picot, Claparède et de Roche, adressèrent aux proposants ces solennelles paroles (25 mai 1792) : « Ne déses- » pérez pas du maintien d'une religion que son au- » teur saura bien défendre; mais il ne faut pas se dis- » simuler que la tâche devient tous les jours plusdif- » ficile; aussi, avant d'aller plus loin, examinez bien » votre vocation. Faites les plus grands efforts pour
» vous perfectionner; surtout sachez qu il est essen- » tiel de ne pas regarder en arrière; quels que soient » les périls qui vous attendent, il faut persévérer «jusqu'à la fin » Les appréhensions des professeurs étaient fondées; trois ans plus tard, la tourmente révolutionnaire avait balayé la plupart de ces jeunes hommes si bien disposés.
Vers la fin de Tannée, des circonstances désastreuses donnèrent aux pasteurs l'occasion de montrer leur patriotisme. — L'invasion de la Savoie par l'armée française avait paralysé le commerce et réduit à la misère un grand nombre d'industriels. Une collecte générale fut annoncée (le 4 5 octobre 1792), et malgré la gêne universelle, cette souscription produisit 4 4,000 écus. Les pasteurs donnèrent 112 louis d'or, et comme leur position respective de fortune variait beaucoup, afin que la plus fraternelle égalité régnât dans cette offrande, il fut décidé que chacun dirait à l'oreille du caissier de la Compagnie le montant de sa cotisation, et que la somme totale serait remise à l'État sans que personne pût connaître le chiffre des souscriptions individuelles.
Celte seconde période de la révolution genevoise fut terminée le l décembre 1792. Un gouverne ment insurrectionnel abolit l'ancienne forme politique de l'État, et remplaça les magistrats et les conseils par des comités de sûreté et d'administration.
Les pasteurs eurent le cœur brisé eu voyant disparaître les magistrats avec lesquels ils avaient travaillé depuis tant d'années. Mais le devoir parlait plus haut que les anciennes sympathies; il fallait songer au salut de l'Église. Du reste, les rapports entre l'administration et le clergé ne subirent pas, dès l'abord, de graves altérations. La Compagnie prit l'initiative et décida de faire une adresse au gouvernement provisoire, pour lui parler du maintien de la religion, du culte public, et protester du dévouement des pasteurs à la patrie et de leur zèle pour son bonheur.
Voici l'adresse que M. Roustan présenta le 5 janvier 1793 :
« Nous avons le désir d'entretenir avec le corps administratif les mêmes relations que, dès l'origine de la république, le législateur établit si sagement entre les fonctionnaires civils et religieux. Les pasteurs de cette Église ne seront point les derniers à adopter les principes d'une égalité convenablement établie et qui ne préjudiciera nullement au maintien de l'autorité légitime, de la subordination, de l'ordre public et des mœurs. — Nous verrons avec joie le moment où une législation, mieux perfectionnée d'à-
près le vœu universel des citoyens, fixera pour toujours dans notre patrie l'union, la confiance et la paix. Le plus sûr moyen d'atteindre ce but est incontestablement que les sentiments religieux reprennent chez tous les citoyens une nouvelle activité, et que les administrateurs auxquels les intérêts de l'État viennent d'être confiés ne négligent rien pour assurer à la religion toute son influence, pour réprimer les scandales, pour maintenir l'autorité paternelle, l'honnêteté des mœurs et l'observation exacte des devoirs du culte. »
Le président répond : « A la conduite patriotique des pasteurs, nous reconnaissons les fidèles ministres d'une religion faite pour procurer à l'homme toute la liberté qui peut lui convenir et dont il est susceptible. Le comité vous soutiendra de tout son pouvoir dans vos offices, et s'empressera en toute occasion de vous donner des marques du cas très-distingué qu'il fait de votre Compagnie et de chacun de vous en particulier. »
Une assemblée nationale fut nommée pour rédiger une quatrième constitution. Plusieurs pasteurs en furent élus membres. Ce choix tomba sur MM. Picot, Ànspach, Chenevière, Gasc, Peschier, Roustan et Mouchon.
Durant les sessions de cette constituante, une nouvelle souscription patriotique fut proclamée ; le 1 5
mars 1795, la Compagnie donna vingt louis d'or sur ses fonds, et chaque pasteur sacrifia le tiers du trimestre courant de ses honoraires. Quelques jours plus tard (5 mai 4 713), le gouvernement fonda un comptoir patriotique pour venir en aide aux industriels; la Compagnie prit dix actions.
Au mois de juin, les clubs proposèrent et l'administration adopta un serment civique qui serait exigé de tous les citoyens et mettrait fin aux désordres et aux prétextes de violence. Les partisans de l'ancien ordre de choses refusèrent ce serment, « ne voulant point reconnaître les gouvernants actuels. » Toutefois cet, acte était conçu en termes modérés. — Il portait simplement : « Je jure d'être fidèle à la nation, de défendre la liberté, l'égalité, l'indépendance de l'État, de concourir de toutes mes forces à maintenir l'ordre et la liberté individuelle, de respecter les autorités constituées, de leur obéir, de vivre en paix et fraternellement avec tous les Genevois. » (10 juin 1793.)
La Compagnie déclara qu'elle consentait à prononcer ce serment, à condition toutefois que les pasteurs le prêteraient devant les administrateurs et ne seraient pas obligés de se rendre sur une place d'armes, comme cela était requis pour les autres citoyens. La formule étant lue, M. Mouchon, modérateur, adressa ces paroles aux membres du gouvernement :
« Nous allons plus que jamais faire tous nos efforts » pour observer un ministère de réconciliation; nous » nous adressons au Dieu protecteur des Genevois, » le priant de répandre son esprit de douceur et de » sagesse, et d'incliner tous les cœurs et toutes Ses » pensées de nos concitoyens au plus grand bien de » notre chère patrie. »
Nous devons maintenant exposer quelques faits qui démontrent l'énergie et la vitalité des institutions religieuses à Genève. Certes, pendant ces mauvais jours les idées d'obéissance aux lois et de subordination à une autorité quelconque, obtenaient peu de faveur auprès des citoyens. Aussi l'on aura peine à croire que les privilèges et la discipline du Consistoire fussent respectés, et que ce corps pût, comme auparavant, réprimer des délits moraux. Néanmoins les registres consistoriaux de 4 795 à 1797 rapportent un grand nombre de remontrances et de punitions infligées à des personnes citées devant les anciens, et les troubles politiques n'entravent point l'action de cette législation morale.
De son côté, le gouvernement accueille favorablement les réclamations des pasteurs, touchant le bon ordre extérieur de la ville. — Des mendiants étrangers se sont établis sur les places et dans les rues, des jeunes gens chantent à toute heure du jour d'indignes chansons, les agents de police négligent de faire
observer le silence autour des -temples à l'heure du culte. La Compagnie adresse de sévères remontrances sur ces abus, et les administrateurs répondent en prenant des mesures efficaces pour les réprimer et les faire disparaître (6 janvier, 28 février 1795). La protection donnée aux lois morales par le gouvernement de 95 s'étend plus loin encore : le 14 janvier les pasteurs signalent l'existence de plusieurs maisons où Ton joue des jeux de hasard à très-haut prix, et où les pertes et les scandales sont considérables. Une proclamation conçue dans les meilleurs termes interdit ces réunions, et des actes de vigilance effective les dispersent.
Durant cette année, une liberté véritable fut laissée aux pasleurs pour la discussion publique de leurs sentiments, et une controverse qui s'éleva entre MM. Mouchon et Anspach, au sujet de Charles Bonnet, montre* jusqu'où s'étendait le respect pour la pensée et pour ses manifestations extérieures.
Charles Bonnet mourut le 51 mai 1795. « Sa mémoire nous sera chère, inscrit la Compagnie en ses registres, à cause du bel usage qu'il fit de ses lumières en faveur du christianisme. » — Le 8 août de la même année, on posa sur !a maison du Molard l'inscription en l'honneur de l'illustre philosophe genevois. M. Anspach, pasteur, très-engagé dans le mouvement révolutionnaire, lit le discours d'inaugu-
ration et parla de toutes les œuvres de Bonnet, excepté de ses admirables démonstrations en faveur de la divinité de l'Évangile. Cette triste condescendance envers l'esprit du temps fut sévèrement relevée par M. Mouchon dans le Journal de Genève. «Pourquoi, » dit-il, en rendant compte des ouvrages de Bonnet, » a-t-on absolument passé sous silence un de ceux » qui lui font le plus grand honneur? Pourquoi dis- » simuler celui de ses écrits qui a le plus servi au » bonheur des hommes, en présentant avec tout l'ap- » pareil de ses preuves une religion qui portera tou- » jours son empreinte céleste aux yeux de tout bon » esprit qui daignera l'étudier! »
Aucune réponse ne fut faite à ces justes observations.
Sur un autre terrain, dans les séances de l'assemblée nationale, MM. Mouchon et Ànspach soutinrent une très-vive polémique touchant l'Église genevoise. Ànspach demandait qu'il ne fût pas nécessaire, pour exercer les droits de citoyen, de professer à Genève la religion dominante, et que la nation s'engageât à salarier les ministres des cultes, sans en particulariser aucun. (Journal de Genève, 16 janvier 4 794.) Mouchon, soit dans la chaire, soit à la tribune nationale, plaida avec une chaleureuse éloquence la cause de l'Église réformée. Il prouva qu'elle était la mère de toutes les libertés vraiment dignes de ce nom, et
que Genève lui avait dû son existence durant 2130 années. Mouchon obtint un avantage décidé sur son collègue, et à la majorité de 2808 suffrages contre 582, rassemblée nationale « maintint le culte de la religion chrétienne réformée et toutes les institutions qui se rattachent à son observation dans la république »
La Compagnie (18 octobre 1795) avait été sollicitée de donner un préavis sur cette question. Elle répondit : « Nous n'émettrons aucune opinion à cet égard, ayant pleine confiance dans le zèle et la piété des membres de l'assemblée nationale pour le maintien de la religion chrétienne et de la vraie liberté à Genève. »
L'événement prouva que les ministres avaient bien jugé leurs concitoyens; mais si les corps légalement constitués se comportaient avec une pleine loyauté vis-à-vis de l'Église, les clubs révolutionnaires organisèrent une persécution aussi lâche qu'injuste contre les pasteurs. Les envoyés de Robespierre excitaient les plus mauvaises passions; le représentant des terroristes français, l'infâme Soulavie, prêtre apostat, rampant devant le pouvoir, insolent avec les faibles, provoquait sans cesse l'injure et la violence. Son influence fut irrésistible sur les cercles des Montagnards et des Marseillais, qui voulurent bientôt imiter les horreurs commises à Paris.
Vers la fin de l'an 4 795, la liberté de discussion fut absolument entravée, et les plus odieuses violences accueillirent les publications opposées aux utopies révolutionnaires.
Si les pasteurs avaient montré une large et sérieuse impartialité dans leur conduite politique, ils n'avaient nullement abdiqué le droit de censure pour les tendances et les actes contraires aux principes chrétiens; ils faisaient fréquemment revenir dans leurs discours les recommandations à la tolérance et à la charité. MM. Mouchon, Duby, Chenevière, Sarasin et Mestrezat, étaient spécialement signalés à la malveillance publique pour ces délits de culte.
Le premier symptôme de ce despotisme touchant la liberté cle la chaire se manifesta le 19 septembre 1793. Le club fraternel des révolutionnaires genevois se plaint de quelques prédicateurs qui propagent, par leurs discours, des maximes contraires aux principes de la révolution. Le comité provisoire engage les spectables pasteurs à réfléchir à l'extrême réserve que prescrivent les circonstances actuelles, et à écarter de leurs sermons tout trait direct ou indirect à la politique. Mais comme aucun fait positif n'était articulé, la Compagnie ne crut pas devoir répondre.
Bientôt une accusation plus grave pesa sur quelques ministres (15 janvier 1794). Une brochure
anonyme fut publiée sous le litre : Déclaration des citoyens anti-anarchistes. Les fauteurs du désordre étaient rudement censurés dans cet opuscule, et comme les extrêmes se touchent et que le despotisme engendré par la licence politique est identique à la tyrannie de l'inquisition, on voulut connaître et punir l'auteur de ces injures à la majesté des clubs. De vagues indices accusèrent les pasteurs d'une connivence avec le coupable pamphlétaire, et le sieur Guérin, instigateur de tous ces mauvais procédés, fut chargé d'interroger à ce sujet les ecclésiastiques suspects. Pour simplifier la procédure, on leur demanda d'affirmer par serment qu'ils n'avaient aucune connaissance de l'affaire.
31. de la Saussaie, jeune ministre, témoigna quelque répugnance à engager ainsi sa parole, puis il s'exécuta après beaucoup d'hésitations. Vinrent ensuite deux amis spécialement incriminés, MM. Duby et Vaucher. Aux questions de Guérin, ils répondent : «Citoyen! ce que vous nous demandez est impossible à dire; nous ne sommes responsables qu'envers notre conscience; nous ne parlerons pas et nous ne prêterons point le serment exigé! » — « Il est donc notoire, dit Guérin, que l'auteur et les distributeurs du libelle vous sont connus ?» — Les ministres gardent ie silence. — « Votre obstination à ne pas répondre dépose contre vous ; j'ordonne qu'on
vous conduise en prison jusqu'à ce que votre procès soit instruit. »
Un quatrième ministre fut interrogé. Hélas! le courage lui manqua, et il indiqua le citoyen Duval- Lasserre comme ayant eu entre les mains le manuscrit qu'il tenait du citoyen Duroveray; le malheureux crut pallier sa lâcheté en ajoutant que « cet ouvrage avait été communiqué aux régents Duviilard et Couronne, ainsi qu'aux ministres Vaucher et Duby, afin de recevoir leurs observations. Les critiques furent très-sévères, en sorte que si le libelle a été publié, c'est contrairement à leur avis. »
Cette déposition signée fut communiquée aux ministres captifs, qui dès lors, voyant que le silence ne pouvait aucunement servir leurs amis, confirmèrent la vérité des faits révélés par leur collègue. On les censura vivement, et après quelques jours de prison ils furent relâchés. MM. Duval-Lasserre et Duroveray furent décrétés de prise de corps, et en leur absence on fit contre eux la grande procédure (sic)??
(16 avril 1794.) La nouvelle constitution commençait à fonctionner. Les administrateurs montraient une fermeté impartiale, et les bons citoyens reprenaient l'espoir de retrouver des temps meilleurs. La Compagnie accepta ces favorables prévisions et envoya une députation aux nouvelles autorités.
« Magistrats constitutionnels, leur dit le modéra-
kkl
» teur, puissent vos succès justifier pleinement la con- *> fiance que la nation a mise en vous ! Puisse le calme » revenir par vos soins, et Genève ne former bientôt » qu'un peuple de frères! Ce bonheur, citoyens, elle » le dut jadis à ses mœurs pures et simples, à la re- » ligion dépourvue de toute erreur! Nous en recom- » mandons le dépôt à votre vigilance. Cette liberté, » que serait-elle sans Tordre public et la vertu? et la y> vertu sans la religion n'est-elle pas une chimère?
» Nous sommes convaincus que les moyens qui » avaient élevé Genève au rang des cités florissantes » sont les seuls capables de l'y replacer; la nation » pense de même! son vote vient de le prouver. y> Nous ne fûmes pas inutiles à l'instruction publique » tant qu'elle fut soumise à notre inspection. — Et » maintenant que la loi en a ordonné autrement1, il » nous reste assez d'influence morale pour consoler » efficacement les malheureux et nous opposer aux » progrès du vice ! Nous ne regretterons pas nos pri- » viléges.
Le citoyen Janot, président du Conseil administratif, répondit :
« Je suis très-sensible à ces paroles, et persuadé
i. La loi sur l'éducation nationale, votée le 25 février 1794, enlevait à la Compagnie des Pasteurs la direction de l'instruction publique tout en lui laissant sa part légitime d'action dans l'enseignement théologique et religieux. Ud département de l'éducation nationale, composé de Tingt-trois membres, réglait l'instruction publique.
de l'importance des mœurs et de la religion, je ferai tous mes efforts pour en assurer le règne. »
Hélas ! ces vœux et ces efforts devinrent bientôt inutiles! Les terroristes genevois, toujours plus excités par les agents français, bouleversèrent la constitution qui comptait à peine trois mois d'existence, et le 19 juillet 1794 commença dans Genève le règne de la plus sanglante anarchie qu'une révolution puisse produire.