Tome II. I
82 HISTOIRE DE i/ÉGLISE DE MONTAUBAN.
faire un second voyage dans le Midi, sur les derniers jours de ' l'année 1578. Une grande conférence fut convoquée à Montauban, où Catherine ne put obtenir qu'une suspension d'armes *. Les consuls, tout en s'assurant si les forts étaient en bon état de défense, et si on pouvait compter sur les pièces d'artillerie constamment aux créneaux des forts et des bastions, firent annoncer que la communauté était parfaitement disposée à recevoir les ecclésiastiques, et à permettre l'exercice de la religion catholique dans l'enceinte de la ville. Jacques Des Près invita aussitôt les consuls à se rendre à son château de Piquecos, où il tenait à leur témoigner de son affection pour eux et la ville épiscopale. c A cet avis, dit Perrin, on députa vers lui deux des consuls suivis de quelques-uns des bourgeois pour le saluer au nom de la ville, et lui offrir tout service avec quelque présent de vin ou autre, selon la coutume. * Les consuls n'étaient pas plutôt rentrés dans les murs de Montauban, qu'ils apprirent l'arrivée de Henri de Navarre et du jeune Condé. Plusieurs assemblées y furent tenues, et nombreux articles rédigés en faveur du Protestantisme et des villes où ce parti régnait en maître. Henri interrompait les séances pour aller avec ses troupes attaquer les cités voisines, notamment Cahors, dont l'attachement à la foi catholique donnait grand souci aux réformés, et où ils se portèrent à des excès de vandalisme et de brutalité, quand la place tomba en leur pouvoir, malgré la vigoureuse défense du brave Vezins. Les ligueurs aussi n'avaient pas beau jeu ; il ne se passait pas de jour où l'on n'apprît l'exécution atroce de quelqu'un d'entre eux.
* La reine se rencontra avec sa sœur, qui avait pris sa résidence au château du Claux, aujourd'hui sur la paroisse de Labaslide-Sainl Pierre. « Le 12 aoust 1578, relatent les livres de comptes, a esté payé à Pierre Foissac, libraire, pour avoir ramassé des bouviers et chevaux de bast, et fait aultres services pour conduire les hardes de Madame la princesse, seur du roy de Navarre, lorsquelle vouleist aller domourer quelqua tempsau Claux (f» 74). » — La description de la réception faite à l'escorte royale est aux Archives de Montauban, Litre Noir, f» 31. Henri présida les Étals de la province le 1er août, au château royal. Le livre des Comptes, an. 1578, f» 87, 88, relate les divers dons de vin blanc et clarel que leur firent les consuls, ainsi que la récompense de deux sou? donnée à l'exécuteur, pour avoir fouetté des laquais de l'escorte, qui s'étaient rendus coupables do larcin.
56. Nos consuls, comme si c'eût été en temps de paix, entretenaient des relations avec Jacques Des Près. De rechef ils vinrent le trouver en sa demeure de Piquecos, et lui proposèrent l'érection d'un Collège avec son consentement et l'approbation du roi '. Nous avons déjà dit2 que Jean de Lettes avait eu la première idée de ce projet. L'évêque entra pleinement dans leurs vues; l'autorisation royale fut obtenue3, mais toutefois Jacques ne donna son plein consentement qu'à la condition que le Collège servirait pour tout le diocèse ; que lui et ses successeurs en nommeraient les régents, et enfin que la communauté s'engagerait à faire observer en son entier redit de pacification. Selon les membres du consulat, c'était trop demander, au moins par la dernière de ces clauses. Les conditions épiscopales furent en conséquence repoussées. De son côté, l'évêque ne pouvait prêter son concours à une institution qui devait être une arme nouvelle dans les mains des protestants. U
1 II D'est pas sans intérêt pour l'histoire religieuse de notre pays, de connaître les motifs que firent valoir les consuls lorsqu'ils sollicitèrent auprès du roi, en 1579, l'autorisation de fonder un collège dans leur ville. « Exposant les habitans de Montauban que les guerres passées ont tellement desbaucbé la jeunesse qu'elle est entièrement desbordée, et ne s'adonne qu'à dissolution, sans auculnement vacquer à l'estude des bonnes lettres, dont aussi les moyens sont ostés en ceste ville et ez environs, pour ce qu'il n'y a escolle ni collège, ja soit la ville soit très commode pour y dresser et entretenir un collège, tant à cause qu'elle est assise en bon et fertile pays, que aussi pour la commodité des lotgis, pour y lolgor les escolliers ; comme a esté fait d'autre fois, car en Iadicte ville y a eu d'autres fois aux escolles de douze à quinze cents escolliers ; estant notoire qu'il n'y a auculne bonne escolle ez environs, que bien loing, estant les plus près ez villes de Toulouse et Cahours, distant de la dicte ville d'une grande journée. • (Livre BalhonatJ» IG1.)
* Tome I, fascicule XI, p. 37-40.
9 Dans ses lettres-patentes, le roi de France et de Pologne, Henri III mettait en avant les considérations suivantes conservées dans un des livres des Archives communales. « Il y a grand nombre de jeunesse qui s'est tellement desbauchô, qu'à présent il est bien difficile de la pouvoir ranger à quelque bonne instruction et enseignement, et doresnavant pour obvier à tels desbordemens, l'instruction aux bonnes lettres et arts libéraux est le vray moyen de la retirer et l'acheminer à la vertu. . . Après avoir fait voir à notre conseil le consentement de l'évesque de la dicte ville, permettons de faire bastir un collège, en la ville de Montauban en tels lieux et endroits publics ou lalans que la commodité requerra ; sinon par achapts de gré & gré, ou rachapts des rentes au denier quinze, suivant nos ordonnances. Les rôgens servant actuellement en icèiuy collège, et ceux qui auront été mis, nommés par les dicts évesque, consuls et habitons, jouiront des honneurs, autorités, prérogatives, franchises, libertés, droits, esmolumens qui y appartiennent, et tout ainsi qu'en jouissent les autres des autres collèges de nostre royaume. • ( Livre Bailhonat f° 164, v°.)
envoya donc -au syndic cette réponse décisive : « Il ne seroit raisonnable que luy et son clergé contribuassent à l'instruction de la jeunesse en aultre religion que de la catholique, apostolique et romaine ; et au surplus proteste de ce qu'il peut et qu'il doit1. > Poursuivant leur idée, les consuls n'en fondent pas moins leur Collège, qui plus tard devait prendre le nom d'Académie, dans l'hôpital de Parias. Ils eurent la hardiesse, dit Perrin, de demander à l'évêque et à ses deux chapitres deux prébendes préceptoriales pour en joindre le revenu aux 800 livres que les États généraux du Quercy, tenus depuis peu à Moissac, avaient imposées pour son entretien. Le roi de Navarre offrit gracieusement 200 livres de plus, à prendre sur ses domaines, et le comte de Terride leur en concéda 50 sur ses biens.
En leur remettant cette somme, ce dernier signifia aux Montalbanais (mars 1580) de se mettre sur leur garde, car le bruit courait qu'on cherchait à surprendre la cité. La crainte pénétra si avant dans la population, que l'entrée de la ville fut refusée aux forains le jour de la foire de Saint- Joseph, qu'on fit tenir en dehors des murs. Henri de Navarre profita de ces alertes pour prescrire à Duplessis-Momay de renforcer, sur ses propres plans, les fortifications du faubourg du Tarn, appelé depuis Ville-Bourbon, et celui de Saint-Antoine, qui prit le nom de Ville-Nouvelle. Le duc de Mayenne, que les Toulousains pressaient vivement d'assiéger Montauban, y renonça quand il fut instruit de ces préparatifs. Ce que Mayenne redoutait, les seigneurs du Claux et de Bressols, neveux de Terride, commandant de la ville, le tentèrent (1585), se proposant de la surprendre plutôt par des intelligences qu'ils. avaient ménagées dans la place, que par le coup de feu et l'assaut. Les Montaibanais, craignant que Terride ne les compromît dans la lutte contre ses neveux, Péloignèrcnt de chez eux, et le plan des
1 Livre Bailhonat, f» 161. Cf. les éludes déjà signalées do MM. Devais et Bourbon, sur les écoles et le collège de Montauban.
catholiques échoua. Ce fut un motif impérieux pour Mornay, seul commandant de la ville, d'augmenter les résistances des forts et des murailles. Il y employa les matériaux des églises, surtout de celle des Jacobins et de la cathédrale, et le produit de la vente des biens du clergé et des autres catholiques, dont on acheva de démolir les maisons. Pendant ces préparatifs Duplessis faisait main-basse sur les campagnes et petites villes des environs, principalement sur Lafrançaise, qui, ayant essayé de résister, fut prise de force et horriblement saccagée.
57. Du côté de la Gascogne le parti réformiste n'occasionnait pas moins de désordre. Aussi le chapitre collégial, se sentant depuis 1577 peu tranquille dans la résidence que l'évèque lui avait assignée à Beaumont, songea à retourner à Toulouse. Le doyen Guillaume de Tournoir, successeur de Jean, son parent, qui vu les difficultés s'était démis de sa charge, recourut au parlement. Renvoyé à l'archevêque Paul de Foix, il n'en fut pas écouté. Les chanoines se résignèrent, en conséquence, à se retirer à Montech . De là ils firent connaître à Jacques Des Près certaines modifications que la nécessité des circonstances les avait déterminés à faire à leurs règlements. Elles portaient principalement sur les droits du semainier venant à mourir dans l'exercice de la semaine, et le temps de l'entrée pour celui qui devait lui succéder ; sur le droit d'un chanoine en procès pour son canonicat dans le cours de la première année de sa réception, et sur celui que donnent les ordres sacrés dans le cas de vacation des bénéfices. L'évèque approuva ces changements et soumit leur requête au Souverain-Pontife. Elle fut renvoyée de Tusculum avec cette formule : Fiat ut petitur, et cette restriction sine alicujus prœjudicio ac salvis decrelis Concilii Tridentini ' . Dès sa réception le chapitre de Tescou fit intimer le rescrit à l'évèque par Pierre Jullia, prêtre et vicaire de Saint-Sauveur
1 Voir ce rescrit dans YHisloire manuscrite de Perrin, p. 423-427. Il est daté de Tusculum» au 3 dos ides de février 158 .\ et la 10* année du pontificat de Grégoire XIII.
de Castelsarrasin, parlant à son grand- vicaire, Claude de Champaigne.
58. Les paroisses n'étaient pas moins frappées que les chapitres. A diverses époques les rois s'étaient enquis de la situation faite au bas clergé. 11 ne pouvait plus payer les décimes royaux; les bénéfices usurpés par les calvinistes ne subvenaient plus aux dépenses royales et étaient trop épuisés pour supporter les impôts accoutumés. Aussi, à la demande et des gouverneurs et de l'évêque, qui devaient justifier le dégrèvement des charges imposées aux églises, on fit dans les diverses judicatures du diocèse des enquêtes, tant t sur les excès et usurpations commis par les calvinistes de Montauban et de Gascogne, envers les ecclésiastiques et les catholiques du Quercy, Gascogne et Languedoc, que sur les ravages exercés par la peste. > Le procès- verbal, dressé t le 12 novembre 1588, à Chasteau-Sarrazin, * fera connaître la situation générale et partielle de notre Église, situation qui ne s'améliora guère jusqu'à la venue de Richelieu. Le texte de ce document sera le meilleur résumé de la période que nous venons de parcourir :
c Jehan de Laroche, docteur ez droictz, conseiller du Roy nostre Sire, son juge de Villelongue... Savoir faisons et attestons... avoir comparu Messire François Prévost, sindic et chanoyne du Chapitre de l'esglise cathédralle de Montaulban, recteur de Garganvillar, les depputés du présent diocèse de Montaulban. lequel audict nom, pour luy servir vers le Roy et ailheurs où il appartiendra, a requis sommaire aprisie et attestatolre de notoriété estre faite avec les acistans, comme ceulx de la nouvelle oppinion se sont eslevés en armes puis longues années, et assemblés nombre de compaignies tant de pied que de cheval ez environ tant de la présent ville de Chasteau-Sarrazin que aultres quarthiers de Quercy, Gascoigne et Languedoc, mesme les régimens de Turenne, Sabaillan, Tarabelle, Fontarailhe, Fanjas, Panyssants, Daubourc et aultres de ladicte oppinion tenans et occupans la ville de Montaulban, la Poinete de l'Aveyrmi, la
TROISIÈME PÉRIODE. — JACQUES lf DES PRÈS-MONTPEZAT (4556-89). 87
tour de Cappou, la tour de Merlannes, la tour de Moncamp, la tour de Salit, Laguarde, Meuzac, Ventilhac, La Bastide, Gassaras, Montbeton, Albefeilhe, Bésolz, Lacourt Saint-Pierre, Causas, Orgeuilh, Le Terme, Villemur, Bondigous, VEscabelle, Roquemawe, Vilelte, Real, Mascalle, SaintrSiricy, Conqueltes, Montlougua, Saint- Angel , Saint-Sébastien, Monvalen, MongaiUiard , Le Boni , Varènes , Villebrumier , La Vinouze , Sainl-Germier, Verlhac, Moncla, Mondurosse, La Salvetat, Bourniquel, Nègrepelisse, Albias, Sainl-yieufère, Combarieu, Monbarlier , Mercyé , Saint-Estienne de Toulmon , Leajac , Génébrières, Courondes, Sainl-Marsial, Belaguarde, Bonrepaulx, Mondurosse, Lapeyrière, Reyniès, Molis, Tauriac, Lafraneoise, Beauvais, Ijiyrac, Millepoix, La Souque, Leytoure, Mont fort 9 Pougect, Le Mas-Grenier, Monvesin, Serinhac, Vigueron, La Bourgade, Garganvilar, Terride, Monbéqui, La Valade, Ricaud, et plusieurs aultres villes catholiques et lieux, que ont mis en perpétuelle ruyne , entretenant dans iceulx gendarmes, cappitaines quy sont entièrement tous les villes et villaiges des quarthiers de Quercy, et des quatre partz les troys des quartiers de Gascoigne et Languedoc, et soldatz qui courent journellement et ravaigent jusques aulx portes des villes et lieux catholiques, ayans faictz et tenans prisonniers ung infini nombre de personnes qu'ilz traictent cruellement, emprisonnent, bruslant, saquageant, prenant et emportant tout ce qu'ilz peuvent rencontrer, et réduict les pouvres habitans desdictes villes et lieux en perpétuelle ruyne. Et oultre ce, ont empêché et empêchent la jouyssance des fruictz et revenus des bénéfices du Fau, du vin de Montaulban, Bas-païs, Saint-Geniès, Saint-Jean de Villemur, Causas, Fabas, Courbarieu, Saint-Urcize, Belleguarde, Saint-Angel, Verlhac, Bonrepaux, La Vinouze, Saint- Sébastien, Mondurosse, Roquemaure et leurs annexes, Saint- Martin, Monbousaull, qui sont les toutalz bénéfices du sieur evesque de Montaulban, du quarthier- dudict Montaulban et Quercy, et des quatre partz les troys de sa table ; et des béné-
fices de Taurieœ, Le Born, Vilette, Sainb-Urcize, de Belmontet, Charros, Millepoix, Masqualle, Real, le petit vin de Roquenmure, Belleguarde, Chaustrac, Courondes, Ginibrières, Leujac, Ysiamade. Bonne fim9 Bas-païs, lou grand sol de Brésolz, le pergecl dudict Brésolz, Plantières^ Saint-Mmriee del Saula, Saint- Pieme de Campredon, et le treitze de Bm-païs, qu'est les tootalz bénéfices de l'Esglize cathédrale, estans sictuez près le toùtal environ dudict Montaulban ; ensemble les revenus dès bénéfices de BressolZy Pqntières, La PailloUe, Gassaras, Laeourt, Monbeton, Saint-Martin, La Peyrière, Denpy, Caubiac, Le Grez, Saint- Beufîère, Blanquefort, estans lesdictz lieux fort près des villes de Montaulban, Le Mas-Grenier et Villemur, occuppés par lesdicts rebelles ennemis, faisant lesdicts lieux occuppés des quatre parties les troys des bénéfices du chappitre de l'es* glize collégiale Saint- Estienne de Teseou; comme aussy les bénéfices de Monbéquin et ses annexes, es seuls audiet diocèze dudict sieur evesque de Montaulban, appartenans à M. l'abbé du Mas ; comme atissy les bénéfices de Meuzae^ Sérfnkae, qui sont, la moitié des bénéfices que le sieur abbé de Moyssac a au présent diocèze de Montaulban ; ensemble les bénéfices de Garganvillar et Angeville, Sérinhac, apartenans a M. l'abbé de Belleperche, estans scitués tant contré la ville du Mas, chasteau de Terride, que sont la quatrième partye en valeur des bénéfices dudict sieur abbé. Comme aussi se sont emparés ceulx de ladicte Religion des bénéfices de l 'archidiacre- tnaige de l'esglize cathédralle de Montaulban, du chantre de ladicte esglrâe, du prioré Saint-Jaques dans ladicte ville de Montaulban*, de la reetorie du Fau, du prioré et reetorie de Saint- iXauphaire, de la reetorie de Cottrbanieu, de la rectorye de Villebrwmyer, de la rectorye de VUlemur, de la rtctorie de Bondiogom, de la rectmie de Verlhac, du priorè et reetorie de (loiiqueUes, du prioré et tectorie de Layrac, du prioré de Monciar, pour Mondurosse, la rect&rie de* La Vinouze, le prioré et reetorie de Montlogm, Varchiprêtré de Itoquemaure, te reetorie de Tauriac,
la rectorie* de Montgailhard, la rectorye de Jlfontvalent, la rectorie de Saint- Angel, la rectorie de Saint- Urcize, la rectorie de Cumont, la rectorie de Béarnais, la rectorie de Varennes, la rectorie de Saint- Sébastien, la rectorie de Glutens, la rectorie du Born, la rectorie de Meeens, la rectorie de Gassaras lès Montaulhan, la rectorie de Bressolz, la rectorie du Cause, la rectorie de La Bastide, la rectorie du Terme, la rectorie de Brial, la rectorie de Causas, le prioré et rectorie de Montbartier la rectorie de Gariès, la rectorie de Canalz, la rectorie de Dieupentalle et Finhan, la rectorie de Lacourl, la rectorie de Meuzaç, la rectorie d'Albefetthe, ayant le roy de Navarre ou ses officiers œnstrainctz plusieurs rentiers leur payer les arrentemens desdicts bénéfices, et les aul très ont esté pillés, ayant constrainctz les consuls dedicts villaiges de leur payer toutes tailhes rqyaulx et tributz, et pour cest eiTect érigés de recepveurs tant ez villes de Alontaulban, le Mas que Yillemur ; n'y ayans dans ledict diocèze et quarthier de Quercy et Languedoc que seullement la présent ville foClèasteau-Sarrazin, Saint- Porquier, les Cuthalenx, Montech et Finhan, et Dieupantalle , que tiennent fort pour la religion catholique, et desquelles mesmes les villes de Moyssac et les Cathalmx, bénéfice dudict sieur abbé dudict Moyssac, comme aussi La Vit, Solommiac, Coutures, Castel* mairan, Sabalhan, assiz au quarthier de Gascoigne, ensemble la ville de Montech et les Barthes sont saisis, de la maladie contagieuze* dans lesquelles sont les priorés et curçs desdicts Hem* ensemble audict Montech le bénéfice dudict sieur evesque de Montaulban et la grange de La Salle, seul bénéfice au présent diocèze apartenant à H. l'abbé de Grand-Sel ve, et en icelles villes et lieux pays ung au sont mortz ung infing nombre de personnes. A cause de quoy et de la guerre les porthes desdictes villes où Dieu a voleu conserver la saincté sont fermées à tontz voyageurs ; mesmes aux babitàns cT icelles, qui en sortent pour voyager, ne leur est après de longtemps permis l'antrée pour le doubte de ladicte maladie. Qu'est cause que
ne s'ozans les personnes acouster ne fréquanter les ungz avec les autres, toutes trafiques ont cessé et cessent, et les terres demeurent incultes et inlaborables, n'ayans moyen les bénefficiers sus-desnommés, tant pour estre privés de leurs revenus à cause de Postillité et contagion, de satisfaire aux taixes des décymes, oultre plus temporel milion, ne aultres impositions extraordinaires sur eulx mises par Sa Majesté, pour n'en pouvoir jouir, moingz s'entretenir, que de lsurs particuliers moyens, ayans la plus grand part d'iceulx quicté la robbe et prins les armes, pour n'avoir aultre moyen de vivre et s'entretenir. *
Les témoins signés au présent acte répétaient textuellement dans leur déclaration les faits qu'on vient de lire. Six ans après (20 décembre 1394), un rapport, presque identique, partait de la même judicature de Villelongue; de même en 1393, les sièges de Beaumont et de Montech avaient adressé les leurs pour la partie qui les concernait '. A quoi donc servaient les ordonnances royales, voulant que les biens des ecclésiastiques fussent restitués? Il est vrai que déjà alors la force primait le droit!
39. Les forces de Montauban, grâce aux secours de Duplessis-Mornay, étaient plus imposantes que jamais. Ce gouverneur avait élargi jusqu'au Tescou et à l'Aveyron le cercle des forts qui resserraient la ville. Mais les protestants n'oubliaient pas que l'évêque Jacques' Des Près leur infligeait depuis trente ans des pertes parfois irréparables. La mort de « ce fils Bélial, » comme l'appelaient les ministres, fut résolue dans un consistoire tenu à Caussade vers les premiers jours de janvier 1589. Informés de son départ de Montpezat le 22 du même mois, veille de la fête des saints Vincent et Anastase, martyrs, quelques fanatiques, sur le rapport de Godeffroy, chanoine de Montpezat, cci-
1 Cf. Archives communales : Livres des délibérations an. 1373, 1388, 1593, K>9i ; Ilem Cartulaires De cals, n» XII, p. 52-55; 58-60; 61-fil; 60. —Pour rectifier le nom des diverses églises ot propriétés ecclésiastiques, aussi bien que pour comparer la parti o qui était aux mains des protestants et celle qui restait aux catholiques, que le lecteur se reporte à la nomewlnture de la composition du diocèse, t. I. fascicule IV. p. T>8-13.
gnirent le glaive et allèrent lui tendre un piège dans les chemins qu'il avait coutume de suivre1. Sous la conduite d'un nommé Tabouret, natif d'Espanel, autrefois son muletier, à qui il avait quelque temps auparavant fait donner le fouet pour vol domestique, la troupe calviniste attendit en embuscade la compagnie de Tévêque, au lieu de Mondoumerc, près de Loubéjac. Les saisissant à Pimproviste le 25, elle eut bientôt raison de celte poignée d'hommes. Quelques-uns s'évadèrent ; pour les autres la lutte devint acharnée. Ils offrirent de se constituer prisonniers, notamment l'évêque qui, pour sa rançon, proposa 10,000 écus. Mais abusant de leur force, les agresseurs n'acceptent point de proposition ; il fallut se battre ou plutôt se laisser égorger. Presque tous les partisans de l'évêque jonchèrent le sol ; Jacques Des Près se trouva parmi les morts. Il avait vécu en soldat, il mourait les armes à la main ; peut-être Dieu voulait-il, par cet exemple, rappeler la grande parole de nos saints Livres : c Celui qui frappe par l'épée, périra par l'èpée. »
Nous avons remarqué, dès le début de cette vie chevaleresque, que beaucoup devait être pardonné à la mémoire de ce vertueux et courageux prélat ; néanmoins, dans son zèle pour la foi, il usa d'armes qui auraient mieux convenu à d'autres mains, quoique les siennes n'eussent jamais été consacrées. — Le corps du valeureux champion de la cause catholique fut relevé du sol qu'il avait trempé de son sang, et transporté à Montpezat, où on l'inhuma, le 26 janvier, a l'entrée du chœur de la collégiale, sous une tombe de marbre* bleu. 11 avait occupé le siège épiscopal pendant trente-deux ans, dix mois.
Jacques H portait les armes des Montpezat, décrites à la biographie de son parent et homonyme Jean IV Des Près 2.
Mémoire inédit des faits et gestes des évèques seigneurs de Montpezat • Perrin, p. 124. Cf. celle biographie, t, 1. fascicule* XI, p. ?7.
NOTICE EXTRAITE DU GALLIA CHRISTIANA
Antonii Francise marescalli et Occitaniae proregis deuterogenitus l filius Jacobus, frater autem Melchioris domini de Monte-pesato et de Piquecos, clericus Cadurccnsis patruo cedenti successit 4 maii 1556, ex regestis Vatieani, admissusque est 19 novembris sequentis. Decanus quoque ecclesiae Montis-pesati comraendis Loci-Dei Ruthenensis, Stella; Pictaviensis, Nobiliaci, S.-Benedicti Quinciacensis et Monasterii-novi potitus est 2.
Vir fait ferocis animi, pro fide tamen catholica quantum potuit zelo llagrare videri appetens, sed non secundum scienliam Dei ; hanc enim non episcopali dignitale, qua nunquam consrcratus dicitur, nec litteris quibus carebat, sed armis et militibus quibus ad ultimum usque vitae spiritum prasl'uit, tutari voluitet heresœos enasrentis incrementa in sua diœcesi annis 1560 et 1562 extirpare totis viribus est aggressus3. Cumeniman. 1560 Montalbani paululum primo grassari cœpisset haeresis, ubi novatores furtim conventicula liabebant, sequenti anno fere omnes invasit, unde per vim ejectis ecclesiasticis et mêlions notae calholicis, statim basilicas, sacella et quaecumque ad ecclesiam spectabant diripuere, ut ex archivis urbis ipsisque sectariorum libris comprobalur, inter quae novem parochiae consulatus urbis vastatae direptaeque fuerunt, nempe S.-Michaelis quae erat parochialis antiquae urbis de Pechauriolo, S.-Stephani, S.-Jacobi, Gassarœ, Albifolii, du Fau, de Léviac (Léojac), S.-Martialis, et de Falqueriis, quae très postrcmœ sunt jurisdictionis Cadurcensis episcopi, quanquam patronatus earum Montalbanensis juris sit, sicut et S.- Pétri Campi Redonii, et de Montalzatfa\)\ià Cadurcos. Scctarii ergo in urbe potiores rebellarunt, ecclesias ac monasteria diripuerunt, cleri bona inva-
* Lisez : Terliogenilus.
* Éouméralion incomplète; voir ci-avant, p. 10.
s On a vu dan» le cours do la biographie que, plus que dans ces deux années, notre évoque lutta les armes à la main contre l'hérésie.
TKOISIÈME PÉRIODH. — JACQUES II DES PRÊS-MONTPEZAT (4556-89). 93
sere, et catholicos rapina, vulneribus caedibusque et probris afflictos e propriis domibus expulere, nec non instrumenta publica ecclesiae igné combussere. Ex catholicorum partibus non minore aestu actum in rebelles sectarios, ab ipso Jacobo de Patris, quem mss. asserunt bello Montalbanenses vexavisse, maxime cum anno 1562 a Monlucio per menses plures urbis obsidione cincta est; quos enim haereticos intercipiebat Jacobus, eos in ferox plerumque procumbenles pede suffocabat, ulturusforteinjuriamquamsecredebata Montalbanensibus accepisse, quod durante obsidione, ipsum cum cardinale Strozzio depictum publiée ex propugnaculo civitatis suspendissent. Sic ex utràque parte ssevitum est, et cum omnes pietatem et religionem obtenderent, plures injurias privatas ulciscebantur. Tandem Jacobus cum armatus inter Bello-fortium et Montem-pesatum incederet, ab héereticis e Caussada oppido egressis insidiis oppressus, cum diu vitam ferro propugnasset, eamque spe 10000 nummorum redimere tentasset, proditione familiaris cujusdam nomine Tabouret sui aliquando mulionis perfide enecatus est 25 januarii 4589 in loco dicto Mondomere (Mondoumerc) prope Loubejac. Corpus ejus Montem-pesatum delatum ibidem terne conditur in ecclesia.
Dum viveret 4558 legitur emphiteutici dominii jura percepisse sententia senescalli civitatis, nec non ex urbis publicis instruments consensisse 5 augusti 1579 in caslello suo de Piquecos, postulantibus consulibus gymnasiumconstrui '. Henricus autem III rexstatuit mense octobri ejusdem an ni professores subditos episcopo tum ab eo tum a consulibus eligendos. Ipse est qui, ut jam observavimus, organa et peripetasmata ecclesiae Montalbanensis Montem-pesatum transtulit 2, forte ne sectariorum pneda fièrent.
Defuncto Jacobo, canonici elegerunt vicarium generalem in spiritualibus, et 43 junii 4590 administratorem in temporalibus Franciscum de Prévost 3 baccalaureum et canonicum ejusdem ecclesiae.
* Voir ci-avant de quelle manière Jacques II consentit à la fondation du collège.
3 Au sujet de ces orgues et des tapisseries, voir ce que nous en avons dit au 1. 1, biographie de Jean IV Des Près, fascicule XI, p. 26, avec les explications de la note 1.
* Dans le chapitre suivant nous indiquons quelle fut l'élection faite par le chapitre, et sur qui elle porta,
VACANCE 3DTJ SIEGE.