‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 11 sur 132 · VICAIRE-GÉNÉRAL ADMINISTRATEUR · texte numérisé non relu

VICAIRE-GÉNÉRAL ADMINISTRATEUR

Sommaire. — 1. Situation politique et religieuse de la France. — 2. Nomination et qualités de l'administrateur. — 3. Le XIV- concile de Toulouse. — 4. Un évêque évincé ; épisodes tragiques. — 5. Insuccès de la Ligue à Montauban et dans le diocèse. — 6. Abjuration du roi; menaces des protestante. — 7. Deux compétiteurs à l'évêché. — 8. L'Académie de Montauban; édit de Nantes. — 9. Rentrée des chapitres dans la ville épiscopale. — ; 10. Querelles soulevées par la réintégration des chapitres.

1 . Après la fin tragique de Jacques Des Près, le siège épiscopal resta vacant environ dix ans. La France était plongée dans la plus affreuse anarchie. Catherine de Médicis, qui avait précédé notre évêque dans la tombe de vingt jours seulement, emportait les malédictions des catholiques et des protestants, et laissait un fils impuissant et méprisé de tout le royaume. Digne de sa mère, Henri III, par une Saint-Barthélémy, dirigée cette fois contre les catholiques, trempe les mains dans le sang du duc de Guise. La Ligue, qu'on croyait atterrée par ce coup, se releva plus menaçante. À l'exemple de Paris, les villes se révoltent ;

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le Pape lance ses anathèmes contre le meurtrier du Balafré et du cardinal son frère ; l'Université enfin proclame Henri III un c tyran exécrable et déclare le peuple affranchi du serment de fidélité. > Se voyant abandonné de ses meilleurs serviteurs, le roi n'eut d'autre ressource que de se jeter dans les bras des huguenots et d'accepter les secours d'Elisabeth la régicide. Les protestants' triomphaient. Comme premier gage d'alliance, ils voulurent que le roi reconnût solennellement pour son successeur Henri de Navarre. Les États de Blois, le Parlement, l'Université, le Pape enfin, l'avaient déclaré indigne et à jamais incapable de régner. Un huguenot pouvait-il s'asseoir sur le trône de saint Louis? La réponse n'était pas douteuse, et les calvinistes seuls, avec leur souplesse habituelle, prêchant hier l'indépendance des villes et le morcellement du royaume, se faisaient aujourd'hui les champions du droit divin, qui transmet en dépit de tout la couronne avec le sang. Qui mettre alors sur le trône? Celui-là même que les protestants désirent, mais que la voix de sa conscience va forcer à redevenir catholique. Henri III tombe sous le poignard du fou Jacques Clément, et le 1er août 1589 la couronne de France appartenait au protestant Henri IV* Mais pour la consolider sur sa tête, il comprit qu'il fallait aller à Saint-Denis abjurer, sur le tombeau de ses aïeux, une religion qui causait la désolation de la patrie et la perte des âmes. Le 25 juillet 1593, Henri faisait sa profession de foi catholique.

2. Comme le reste de la France, notre Église ressentait, à cette heure, les déplorables effets des divisions dont les protestants savaient retirer tout le bénéfice. Se conformant aux ordonnances de Charles IX, relatives à la nomination des ëvêques et des abbés {, le chapitre cathédral pourvut, immédiatement après la mort de Jacques II, à l'administration du spirituel du diocèse et à l'économat des fruits de l'évêché, en nommant pour grand-

« Ci-dessus, p. 19, 1 10,

vicaire administrateur noble Claude de Gbampaigne '. Claude, que nous avons vu 2 recevoir, au nom de Tévêque, intimation du rescrit pontifical concernant la collégiale du Tescou, avait par ses mérites obtenu l'unanimité des voix pour cette charge, que les circonstances rendaient grosse de responsabilités. Le chapitre collégial lui-même applaudissait à cette élection, et le lui témoigna par son doyen Pierre de Garric. Tous savaient l'estime que Jacques Des Près avait pour cet ecclésiastique qui, de simple hebdomadier de la collégiale, devint successivement grand-chantre, second archidiacre, prévôt après le décès de Dariat, et simultanément vicaire-général du diocèse. Pour partager le poids de l'administration, Champaigne manifesta le désir d'avoir un aide, et le 13 juin 1590 on lui donna François de Prévost, bachelier et chanoine de la cathédrale 3.

3. Sur les conseils du Souverain-Pontife, auprès duquel il avait passé plusieurs mois, s'attristant avec lui des malheurs de la France et des désastres occasionnés par l'hérésie, le cardinal de Joyeuse, archevêque de Toulouse, convoqua dans sa ville métropolitaine les évêques ses suffragants, pour y tenir un concile. Ce fut le quatorzième réuni dans la capitale de POccitanie, et l'un des plus célèbres de- cette Église. À son appel se rendirent, au mois de mai, Alexandre de Bardis, évêque de Saint- Papoul, Jean-Baptiste Du Bourg, évêque de Rieux, et Horace de Birague, évêque de Lavaur, ainsi que les procureurs de Pierre de Lancran, de Lombez, de Pierre, de Pamiers, de Pierre

« Quelques auteurs le nomment Champanier ou Champagne. Plusieurs signatures, passées sous nos yeux, attestent que notre administrateur portait le nom que nous lui donnons. — Ce nom de Champagne et Champaigne était aussi porté, a cette môme époque, par l'illustre peintre belge qui fit le remarquable portrait de notre grand évêque Pierre de Berthier. M'y aurait-il pas des liens de parenté entre notre vicaire-général administrateur et l'artiste Philippe?

* Ci-dessus, p. 86.

* Les auteurs n'avaient désigné jusqu'ici que le premier comme seul administrateur ; mais les Bénédictins ayant découvert la nomination de Prévost, nous en concluons qu'ils furent tous deux chargés de l'administration du diocèse. {Gallia, t. XIII, col. 251, et ci-avant dans la Notice, p. 93.)

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