‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 9 sur 132 · Tome II. I · texte numérisé non relu

Tome II. I

miers jours de mai, ils font une sortie en règle du côté de Toulouse, où, par ordre du parlement, venait d'être exécuté le gouverneur Rapin. Au mois de novembre ils laissèrent bon nombre de leurs hommes et de leurs principaux chefs sous les murs de Castelsarrasin, qu'un traître leur livra à prix d'argent. Sur ces entrefaites, le roi, par redit du 25 septembre publié à Montpellier, avait déclaré ne vouloir qu'une seule religion en France, avec ordre à tous les ministres de sortir du royaume, et à tous les parlements de n'établir pour officiers de justice que des catholiques. En même temps il obtenait du Souverain- Pontife l'autorisation de prélever sur les ecclésiastiques 50,000 écus de rente, pour pouvoir lutter contre le parti huguenot, auquel la reine d'Angleterre fournissait des troupes et de l'argent. L'impôt frappé par le roi eût été relativement peu de chose pour notre clergé, si, a l'instigation delà reine de Navarre, idole du Protestantisme, il n'avait été résolu que l'on vendrait les domaines du roi et les biens ecclésiastiques, là où les protestants dominaient1. En conséquence des commissaires furent envoyés àMontauban, au mois de février 1569, et tous les biens du clergé furent mis k l'enchère. En même temps les Montaitalbanais approvisionnaient leur ville au moyen du butin qu'ils faisaient dans les environs 2. Ils avaient pour but a ce moment de dissiper les forces catholiques ramassées sur certains points, autour d'eux, et toujours prêtes à leur faire échec. A cette fin ils firent le siège de Montech avec 6,000 hommes de pied et 600 chevaux. Mais ce fut à leur honte, malgré les ruses du baron d'Arpajon qui, a l'aide d'un déguisement, était venu tout près des murailles pour activer le siège. Il y laissa la

* Voir dans la Revue des questions historiques, le magistral, article sur V allé nation des biens du clergé sous Charles IX, liv. avril 1881, p. tt8-i(J0. C'était le prélude des spoliations de 1790.

3 Un volume ne suffirait pas à faire le relevé des objets et matériaux qui arrivaient de tous les points du diocèse. Jour par jour ils sont consignés dans les Livres de Comptes de la commune. C'étaient cloches, ferrures de portes, tuiles, solives, planches, cordes, pierres tombales, degrés d'autel, appuis de communion, horloges, etc.. etc.

vie *, et les troupes- durent se retirer devant la bonne résistance des habitants. De Montech ils se dirigèrent sur Les Bar thés, où, après avoir promis aux assiégés la vie sauve, ils les firent mettre en chemise, les torturèrent cruellement et en jettèrent partie dans le Tarn, partie dans des bûchers.

43. Arrivèrent les journées de Jarnac et de Moncontour (23 mars 1569). Les calvinistes ayant perdu leur chef, Condé, on pensait que leur audace se calmerait. 11 n'en fut rien cependant. Coligny ranime leur courage, met a la tête des troupes le jeune roi de Navarre, et traverse la Guyenne, frappant partout des impôts exorbitants, sans compter le pillage qu'il faisait en coupe réglée. Avec son astucieuse politique la reine-mère arrêtait le vainqueur juste au moment où il allait recueillir les fruits de la victoire. Le Protestantisme était à deux doigts de sa perte. Mais la paix de Saint-Germain vint, le 11 août 1570, accorder aux exigences des réformés, non-seulement la liberté entière de leur culte, mais encore, chose incroyable, quatre places fortes importantes: La Rochelle, Montauban, Cognac et la Charité.

Grâce à cet édit, publié le 8 septembre dans notre ville et le 9, en audience publique, dans la salle du sénéchal, une ère nouvelle de triomphes s'ouvrit pour les réformés. Forts des concessions, ils ne tinrent aucun compte des obligations qui leur étaient faites par ce même traité. Ainsi le comte de Méharon, qui gouvernait alors la cité, ne continua pas moins ses sorties avec la garnison. 11 se jeta à l'improviste sur Piquecos, et en emmena plusieurs personnes et tout le bétail, sous prétexte d'une contribution qu'il disait lui être due. D'autre part le rétablissement du service divin dans Montauban éprouvait des difficultés sans nombre. Le chapitre cathédral n'osait sortir de Castelsarrasin, car les ministres protestants, refusant de lui

1 Gâches nous apprend qu'on porta le cadavre d'Arpajon à Montauban, « où il fut ense- ▼ely avec grand honneur. »

rendre ses anciens domaines, allaient jusqu'à vendre les bois des boulevards pour s'assurer de beaux émoluments. Ceux de la collégiale, divisés entre eux, habitaient les uns Villemur, d'autres Toulouse, quelques autres Montech et Beaumont. Les plus influents de ce collège, poussés par leur doyen Jean de Tournoir, choisirent pour résidence la ville de Toulouse, et sur leur demande le pape Grégoire X11I les autorisa, par induit, à célébrer le service divin dans l'église du Taur.

44. Les catholiques montalbanais avaient donc le droit de se plaindre. Escortés par le duc d'Anjou, à qui le roi venait de donner le Quercy en apanage, ils obtinrent l'envoi de deux commissaires pour rétablir la paix* Ce fut Charron, valet de chambre du roi, et le comte de Caylus. Ceux-ci se rendirent à Montauban le 27 mai 1572, accompagnés de Jean Prévost, lieutenant principal, de Nicolas Dumas, juge ordinaire du Quercy, de B. Toussains, procureur du roi, de Jean Lacroix, conseiller au sénéchal, et de quelques autres catholiques. Ils convoquèrent une assemblée des plus notables habitants dans la salle d'audience du sénéchal ; et, après leur avoir montré les ordres du roi, Charron les entretint d'abord de la mission qu'ils avaient reçue de faire sortir les garnisons calvinistes des villes, qui n'avaient été cédées que pendant deux ans comme places de sûreté. Les habitants répondirent que depuis deux ans ils exécutaient Pédit ponctuellement, qu'ils avaient cessé tous actes d'hostilité, et même prévenu la demande des commissaires, en renvoyant la garnison qui, en effet, n'était plus dans la ville. Charron insista sur la liberté de l'ejercice de la religion catholique et sur la restitution des églises; l'assemblée promit solennellement l'un et l'autre en levant les mains, et jura une entière obéissance aux ordres du roi. Cependant les catholiques ne pénétraient dans la ville qu'avec méfiance, et y séjournaient le moins possible. Non-seulement ils ne pouvaient s'y livrer à l'exercice de leur religion, mais souvent ils étaient vexés pour les choses les plus simples. Le temps aurait sans

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doute, en multipliant les relations, émoussé les haines qui divisaient les partis, mais les déplorables massacres de la Saint- Barthélémy vinrent attiser les feux de la discorde dans les horreurs de la guerre civile *.

45. Volontiers nous jetterons un voile sur les tragiques événements de cette nuit de sang. Toutefois rendons à qui elle appartient la terrible responsabilité, dont on a voulu charger le parti catholique, de ce crime et de ses déplorables suites. Henri de Guise sera toujours réputé le meurtrier de Coligny; mais c'est en vain que Catherine de Médicis voudra livrer à l'exécration et a la vengeance des calvinistes le trop obéissant exécuteur de ses conseils, et par un calcul infâme rejeter sur les catholiques l'horreur de cet attentat. Personne ne s'y trompa; et aujourd'hui, tout en usant d'une juste sévérité pour les excès de quelques partisans, la postérité et l'histoire lavent le catholicisme de la tâche dont on avait voulu le souiller, flétrissent le meurtrier de Coligny, mais elles réservent leur mépris et leur aversion pour versatile et perfide Catherine de Médicis.

La lugubre nouvelle n'arriva à Mon tau ban que le 2 septembre. L'épisode qui la porta dans nos murs mérite d'être raconté. Nous emprunterons à M. Mary-Lafon ce récit, extrait et rajeuni de nos vieilles chroniques. Deux barons du Quercy, Vezins et Reyniès, que divisaient la religion, les haines de parti et une mortelle offense, n'attendaient plus que le moment de se couper la gorge sur le pré, lorsqu'au milieu de cette nuit fatale, Reyniès, le protestant, vit tout à coup entrer dans sa chambre le catholique Vezins-* suivi de deux soldats, l'épée nue. Croyant toucher à sa dernière heure, il se jette à genoux pour prier. Mais Vezins, le relevant doucement, lui ordonna de le suivre. Il obéit. Lorsqu'il fut dans la rue, on lui montra un cheval qui l'attendait, et Vezins, le plaçant au milieu d'une quinzaine de cavaliers, sortit de Paris par la porte Saint-Michel,

* Lh Brel annote, l. II, p. 61, G>, «53.

et le conduisit, à petites journées, aux bords du Tarn, jusque sans tes murs de son château. Là, ayant fait éloigner ses hommes : « Mon honneur et la bonne opinion que j'ai de ton cûaragc m'ont empêché, lui dit-il, de t'ôter la vie par un assassinat. Maintenant la partie est égale, et je suis prêt a te satisfaire, —Je n'en ai plus, répondit Reyniès, ni la volonté, ni la force. Assurez-vous que, comme ma vie a été à votre disposition huit jours durant, elle sera toujours à votre service. — Tu choisiras à loisir ce que tu voudras être, » répartit Vezîns, en piquant des deux, et prenant au galop la route de Siini-Autonin. Et, aussi courtois que généreux, ce noble ennemi refusa de reprendre le cheval que lui renvoyait Reyniès avec de grands remerciements '. Celui-ci revêt sa cuirasse, et vole au sirmirs des protestants montalbanais ; plus d'une fois, quoique année en âge et travaillé par la goutte, il les mènera a la victoire.

4G. La réaction occasionnée par les événements du 24 août eut humus d'effet dans Montauban qu'on n'aurait pu le croire. Mais la situation de la ville explique suffisamment ce fait. Le petit unmluv de catholiques qui s'y trouvait prit la fuite; les calvinisUs, du haut de leurs bonnes murailles, se promettaient de faire lurte résistance en cas d'une attaque. D'autre part, les r.onsuls montrèrent de la fermeté. Ainsi, sur l'intention manifesta par certains hommes passionnés, de proposer la confiscation tëgaîe des biens du clergé, ils émirent, le 6 septembre, un édit qui li*ur défendait de nié faire ny médire. En outre, ils firent prèveoiT Dumas et Prévost qu'ils pouvaient rentrer et reprendre h'iirs charges au sénéchal et à la -justice. Ces deux magistrats voulurent se rendre à leur poste; mais le peuple, ameuté par les ministres, leur ferma les portes.

Ce fut le signal d'une nouvelle guerre ; l'audace des calvinistes, que la perte de leurs chefs avait plongés dans une espèce

* UbUm r d'une ville protestante, p. 73, 74. Nuus croyons avoir lu quoique pari, que tout al qu'une pure fiction.

de stupeur, se réveilla tout a coup. « Des gentilshommes et des pasteurs, assemblés k Montauban, rédigèrent même un projet de fédération religieuse et politique, en attendant qu'il plût à Dieu* de changer le cxur du roi, ou de susciter un libérateur à ce pauvre peuple affligé. Chaque ville devait nommer un conseil de cent personnes, sans distinction de nobles, bourgeois ou paysans, pour diriger toutes les affaires de justice, de police, de taxes et de guerre, et ces conseils devaient élire un chef général. On recommandait d'exercer toute rigueur envers les séditieux armés, mais d'user de toute modération et douceur envers les catholiques paisibles !. > Tout fut exécuté selon ce plan, que nous expose un auteur non suspect, tout excepté la dernière clause. Mais aussi comment en eût-il été autrement, puisque, selon le même historien , « la Réforme avait donné aux plus petits le sentiment d'une conscience personnelle qui ne relevait que de Dieu, et cette nouvelle sorte d'indépendance préparait dans les esprits l'avènement du droit moderne *. » Sous cette influence, les protestants de Montauban aidèrent Reyniès à s'emparer de Villemur, où il exerça contre les catholiques de cruelles représailles. En même temps ils prêtaient main-forte au vicomte de Gourdon, qui battit près de Castelsarrasin quelques troupes de Montluc, et fournissaient des secours à d'autres chefs, bientôt maîtres de Bioule et de Caussade. Fiers de ces succès, ils firent les élections du conseil à leur guise ; et, après avoir pris des mesures pour garantir les fortifications des Jacobins, ils s'approvisionnèrent abondamment dans les campagnes voisines en toutes sortes de vivres, meubles et bétail. Les catholiques étaient toujours leurs fournisseurs. Le roi, que de tels désordres faisaient trembler sur son trône, manda aux gouverneurs généraux des provinces de s'assurer de l'obéissance des calvinistes et de les porter à abjurer leur prétendue religion réformée. Par le même édit il exhortait les archevêques et évêques à résider dans leurs

• Histoire des protestants de France, par G. de Félice. p. 220. Md, p. 221.

diocèses, et y faire prêcher pour la conservation de la foi, mais surtout à ramener les ecclésiastiques dans leur devoir. C'est pourquoi Jacques Des Près songea un instant à rassembler les membres de la collégiale dispersés de ça et de là. Ce fut en vain ; le plus grand nombre réuni dans l'église du Taur refusa de se rendre. Ceux qui restaient consentirent toutefois à s'établir à Montech, le 24 décembre de l'année 1572.

47. Il n'était pas aisé aux ecclésiastiques de rentrer dans Montauban. Là se rendaient les calvinistes qui s'étaient signalés dans quelque entreprise contre les catholiques des provinces voisines. Leur nombre, en augmentant les forces de la ville, excitait l'humeur guerrière des habitants. Ainsi avait fait le capitaine Sérignac, frère de Terride. Après avoir pris par ruse, sur ses neveux, le château de Terride, il pénétra dans l'abbaye de Belleperche, à l'aide des valets qui lui en ouvrirent les portes. Persuadé, dit Le Bref, que les moines avaient caché les ornements de leur église et les trésors qu'il leur supposait, il les fit gehenner avec des cruautés inouïes, pour les forcer à les lui découvrir, et puis les précipita dans la Garonne. Le prieur seul, Laurens Aubin, se sauva à la nage et se réfugia à Castelsarrasin, emportant une croix d'argent, ornée de turquoises, de topazes et d'émeraudes. Sérignac tourna sa fureur contre les bâtiments, qui étaient comptés parmi les plus beaux de la province ; il fit abattre l'église et une grande partie des cloîtres et des dortoirs. Après cette expédition il se rendit à Montauban. Mais bientôt arriva l'amiral de Villars, lieutenant du roi en Guyenne. A la tête de bons soldats, il s'était emparé de quelques petites places de la Gascogne, entr'autres du château de Malauze, et avait repris celui de Terride, où il fit pendre les soldats qui refusèrent de se faire catholiques. Néanmoins le redoutable état de défense de Montauban l'effraya ; il disparait promptement et court sur Caussade, qu'il doit aussi aban-

1 Édition annotée, t. II, p. 66, 67.

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donner, prétextant, pour sauver son honneur, qu'il était appelé par le duc d'Anjou devant Lia Rochelle. Le duc, tout occupé de son élection au trône de Pologne, sur lequel s'éteignait la dynastie des Jagellons, décida le roi à conclure, le 25 juin 1 575, un nouveau traité qui fut nommé Paix de La Rochelle. C'étaient toujours les mêmes bases : liberté de conscience, restitution des biens ecclésiastiques, rentrée des membres du clergé dans leurs diocèses respectifs, avec cette clause nouvelle: les exercices du culte protestant ne pourront être faits publiquement que dans les- trois villes de La Rochelle, Nîmes et Mon taliban.

48. t On est fatigué, dit l'historien du Quercy, de voir dans l'histoire de ce temps-là cette foule d'édits qui se contredisent sans cesse, ainsi que ces traités- multipliés, presque aussitôt rompus que signés par le mauvais et variable système du gouvernement f. » De fait, la paix de La Rochelle ne fut profitable qu'aux Rochelais. Partout ailleurs les calvinistes refusèrent de mettre bas les armes, prétendant qu'on avait traité sans le consentement des Églises. Ils se sentaient forts, car le nombre des places qu'ils occupaient était grand, et pas un d'entre eux n'en ignorait. Le roi s'inquiétait par dessus tous. Aussi sur la lin de l'année (25 octobre) avait-il donné ordre au seigneur de Fourquevaulx de dresser la statistique officielle t du comportement de ses sujets, ecclésiastiques, noblesse, justice et peuple des divers diocèses du Languedoc et Guyenne. * Le rapport, que le délégué présenta au roi le 23 janvier de l'année suivante, n'était pas fait pour rassurer sur la cause catholique et monarchique. Pour la seule partie du diocèse comprise dans le Languedoc, les réformistes possédaient 33 localités sur 37. « Au bas-diocèse de Montauban> de ce qu'est de Languedoc, écrit Fourquevaulx, Villemur, ville-maîtresse, Villebrumier, Orgueil, Fignan, Verlhac, Rainiès, Mollins (Moulis), Montbeton, Mont-

1 Cathala-Colure, f. II, p. 8.

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becquin (Monbéqui), Villemade, Corbarieu, Mezens et autres; de sorte que de trois villes-maîtresses et treute-sept lieux, châteaux ou villages audit bas-diocèse , le roy ne jouit que de r.isUîl-Sarrasin, Montech, qui sont viHes-maitresses, et de Saint- IWquier et les Cathalenx (Escatalens) . Le chapitre, ajoute-t-il, et siège épiscopal dudit Montauban s'est retiré en ladite ville de Castel-Sarrasin ; lequel collège vit sans mauvais exemples, ni donner plainte de soy, et les autres ecclésiastiques y vivent modestement '. »

49. Charles IX avait eu à peine le temps de prendre connaissance de cette pièce, lorsqu'il mourut (50 mai). Sa mort occasionna de nouveaux malheurs. Déjà Catherine, qui voulait s'assurer la régence, au préjudice de son fils le duc d'Alençon, s<: montrait toute dévouée à la cause catholique, et prenait des mesures pour que les évêques veillassent au bien de leurs troupeaux. De Paris, en date du 7 juin 1574, elle faisait adresser la lettre suivante à Jacques Des Près, comme à tous ses collèjuios dans l'épiscopat : « Monsieur de iMontauban. Le feu roy Monsieur mon fils, cognoissant combien le résidence des Archewsques et Evesques en leurs diocèses, est salutaire et sert k contenir le peuple en l'amour et la crainte de Dieu... ordonna que tous eussent à aller résider dans leurs dits diocèses... A quoy j'estime que la pluspart ont satisfait. Toutefois jugeant qu'il n'y a rien aujourd'huy qui soit plus nécessaire et que le vniy moien d'appaiser l'ire de Dieu, que par beaucoup de signes évidents l'on voit estre concitée alencontre de nous... le vous ay voulu escrire ce mot de lettre pour vous prier... vous aiez à faire ordinaire résidence en vostre diocèse... Vous asseurant que là où vous feriez faute de satisfaire... je serois contrainte de faire procéder à la saisie de vostre temporel K * A cette affectation de zèle catholique, Catherine joignit une union plus

1 Histoire de Languedoc, l. IX, p. 512-551. * Archives départementales, série G, l'.Kî.

étroite avec les Guise. Les calvinistes mécontents attirèrent de leur côté le duc et ses partisans, pour tenter un coup de main. La reine y mit ordre en faisant arrêter les princes et monter sur l'échafaud les principaux chefs ou confidents du parti qui lui était hostile. Il n'en fallut pas davantage pour que les huguenots se crussent autorisés à de cruelles représailles. Pour leur part, ceux de Montauban, qui n'avaient pas suspendu un seul jour leurs excursions dans les campagnes environnantes, vendirent les maisons des catholiques, s'emparèrent de leurs métairies, les démolirent, coupèrent les arbres de leurs champs et utilisèrent le tout à la réparation de leurs murailles. Au bout de quelques mois la cité présentait un front redoutable depuis le fort des Jacobins jusqu'à la porte du Moustier. Mais c'était à peu près en cela seulement que consistait sa force. Les vivres manquaient ; il n'y avait pas de bons chefs pour commander, car Montauban, avec ses goûts démocratiques, abhorrait les nobles, et, par suite, était dépourvu d'hommes instruits et capables de mener ses troupes au combat l ; enfin les garnisons catholiques le serraient de près.

50. Jacques Des Près, qui ne perdait jamais de vue la situation de la ville épiscopale, faisait constamment des courses jusqu'à ses portes, et finit par s'emparer de tous les environs.

1 Nous dc prétendons pas Dior qu'il y eût des nobles dans le camp protestant. Le procès- verbal d'une réunion du 9 septembre 1571, tenue dans le chaleau royal, par les calvinistes, prouve le contraire. Celle assemblée, que quelques-uns ont qualifiée du litre d'Étals du Qnercy,el n'était en réalité qu'une réunion des seigneurs protestants de la province, où tes catholiques s'abstinrent de paraître (si du moins ils y furent convoqués), so composait • des seigneurs de Revoies, d-3 Verlhac, de Monlbeton, de Saint-Nauphary, de Bell égard e, de la Penche et de Meauzac : d'Yole, gouverneur dc Buzet, et de Delbosc, gouverneur de Bruniquel;dc Bonencontre, consul de Montauban; de Bertrand, consul de Lauzerle; de Pegorier, consul de Caussade, et de Furno, consul de Bruniquel, assistés de M0 Raymond de Buzo, notaire, et dc Savignnc, consul de Nègrepelisse ; do Taba, docteur, pour Bressols et Albias; de Lalauze. docteur, pour Leviac (Léojae); de Ré?is, consul de Villemur, et de Ferrand, licencié, consul du Sain I- Antonio : de Galvet, Conslans, do Valada, Escorbiac et Leclerc, conseillers au conseil de la ville de Montauban ; de Détailles, ministre de l'Évangile, et de Delparens, syndic de Montauban. » (Cf. Monuments historiques, par Devais, p. 54, 55). — Tous ces nobles, Montauban préférait les savoir ferraillant autre part pour sa cause, quo oummandaut dans ses murs. Cotte ville subissait ses consuls et les destituait lorsqu'elle croyait qu'ils portaient atteinte à ses tendances démocratiques.

Il força Cayrac, dont les Montalbanais avaient pris possession et chassé le chapitre, qui se réfugia à l'Albenque, jusqu'au jour où l'évoque de Cahors le transféra définitivement k Castelnau-Montratier. Maître des forts qui longeaient l'Aveyron, Jacques tenait la ville presque investie ; bientôt même, par un habile coup de main, il rejoignit les garnisons de ceux qui étaient au-delà du Tarn ; et tous ensemble ils en formèrent le blocus. Lanoue, tout on négociant la paix, voit le péril de la place. Il demande un prompt secours au vicomte de Turenne qui, oubliant sa devise favorite : « Mieux être chien que huguenot, » arriva en toute hâte, et pénétra dans la ville le 1er mai 1575, suivi de 3,500 hommes. La place était sauvée et conservée au parti protestant, pour lequel le vicomte se déclara et dont il devint le chef dans le haut Languedoc et la haute Guyenne. Ce nouveau gouverneur n'eut rien de plus pressé que d'arrêter les courses de L'évêque, le seul ennemi redoutable. Avec des troupes infiniment supérieures en nombre à celles de Des Près, il lui reprend la campagne pied à pied. Pour mettre le territoire de Montauban k l'abri de nouvelles attaques, il résolut de s'emparer des châteaux d'alentour. Puygaillard fut sa première conquête. 11 prit ensuite Meauzac. Revenant sur ses pas, il passe l'Aveyron, attaque Cayrac, dont la. petite garnison se rend après quelques volées de canon, et en rase entièrement le fort. Afin d'avoir communication avec Caussade, il assiégea Réalville le 23 mai.. Après avoir souffert le feu du canon pendant cinq jours entiers, cette petite ville capitula le 28. Ainsi tout le pays entre le Tarn et l'Aveyron, k l'exception de quelques châteaux sur les bords de cette dernière rivière, resta au pouvoir des Montalbanais jusqu'à Caussade, Bruniquel et Villemur.

51. Pendant ce temps, Lavalette qui commandait avecCossé pour le parti catholique, dans le Languedoc, avait formé le blocus du Mas-Grenier. Cette ville était tombée au pouvoir des protestants, partis de Finhan sous la conduite de Montbartier,

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le il mars 1574. Quand on avait vu ce chef calviniste passe? la Garonne avec une poignée de gens, nul ne songeait au coup qu'il allait porter. Aussi le Mas Tut-il pris sans aucune résistance. Tout fut mis à feu et à sang. Les habitants, chassés de leurs demeures et poursuivis hors des murs avec acharnement, se rallièrent devant l'abbaye, que les religieux avaient barricadée en toute hâte. Là, soutenus par la population rurale qui était accourue à leur secours, ils firent volte-face et tentèrent un retour offensif ; mais repoussés avec perte par les soldats aguerris de Montbartier, ils furent contraints à prendre la fuite1. Les uns cherchèrent un asile à Verdun, les autres se dirigèrent vers Maubec qui, durant les guerres de la Réforme, fut la place de refuge des catholiques. Montbartier se tourna alors vers l'abbaye, où les religieux désarmés tenaient ferme avec quelques hommes résolus. Il force l'enceinte, envahit les lieux réguliers que les religieux défendent pied à pied jusqu'à la dernière extrémité, s'y maintient sans peine, et contraint tous ceux qui étaient voués à leur défense, à les abandonner au milieu des tourbillons de flamme et de fumée qui les enveloppaient. De tous les bâtiments de l'abbaye, il ne resta debout qu'un des quatre piliers qui soutenaient le clocher. Les religieux se réfugièrent à Verdun dans le dénûment le plus complet, Montbartier se montra généreux envers eux, il faut le reconnaître. Celui qui remplissait dans la communauté l'office claustral de chantre, ayant été fait prisonnier par les soldats calvinistes, fut traité avec humanité et rendu à ses frères moyennant une faible rançon. Après avoir mis fin au pillage, le chef protestant donna au Mas, devenu une colonie de Montauban, une organisation civile et religieuse semblable à celle de cette ville. On n'y reconnut d'autre autorité que celle des consuls, et d'autre culte que le culte réformé. Le presbytère fut converti en

* En remuant la terre autour de l'abbaye, on retrouve encore les restes de. ceux£qui y perdirent ia vie. Dans un champ voisin, on a découvert, il y a quelques années, des cadavres tout droits.

temple, et l'emplacement occupé par l'église paroissiale, que les flammes avaient presque entièrement dévorée, en un lieu de sépulture. Montbartier fonda au Mas une église consistoriale, sous le gouvernement de laquelle devaient venir se placer les autres églises calvinistes de la contrée. Mais La Valette- Cornusson ne lui laissa pas le temps de mettre la dernière main à cette organisation : parti de Toulouse, il vint porter secours à la place, refoula l'épée aux reins les armées protestantes qu'il rencontra sous les murs de Verdun, et les tint bloquées jusqu'à ce que Turenne avec les Montalbanais le força à déguerpir. Dès ce jour les calvinistes se fortifièrent dans le Mas et en firent un de leurs boulevards si respectable, qu'il figura en 1576 parmi les huit places de sûreté accordées aux réformés par Henri III ! .

52. Lorsque le vicomte de Turenne sortit de Montauban, la reine-mère, tremblant devant une armée d'Allemands, qui se préparait à entrer en France avec le parti du jeune Condé, força son fils à signer une trêve de six mois, à commencer du 22 novembre 1575. Pendant ce temps on devait travailler à la paix. Dans nos régions le parti calviniste feignit d'ignorer cette suspension d'armes, et la petite guerre continua sans relâche. Valada, qui avait été nommé capitaine de la garnison de Réalville, faisait de continuelles sorties dans tout le pays, n'épargnant que ceux dont il espérait tirer une grosse rançon. L'évêque de Montauban, irrité de ces brigandages, ému de compassion sur le sort des populations catholiques, se mit en mesure de surprendre ce capitaine. Il se servit de deux braves soldats de sa compagnie, que Valada avait vainement essayé d'embaucher à prix d'argent, après la prise de Réalville. Ces deux hommes, simulant d'être mécontents de l'évêque, se rendirent auprès de Valada, lui demandèrent d'être incorporés dans sa troupe, et proposèrent une entreprise sur la personne du prélat.

« Cf. Jouglar, Monographie du Mas-Grenier, p. 134, 135, 136.

Le piège était grossier; néanmoins le capitaine calviniste y donna en plein. Au jour assigné, 6 janvier 1576, il se trouva au rendez-vous. L'évêque y était déjà, mais mieux accompagné. Le combat ne fut pas long. Valada se défendit en brave, et dut céder au nombre. On le conduisit au château de Montpezat. Les barons de Cornusson et de Loubéjac se hâtèrent de traiter pour sa rançon ; ils offrirent quatre prisonniers catholiques, et s'engagèrent à indemniser un gentilhomme nommé Escalhabel, dont Valada avait fait brûler la maison. Trois des prisonniers catholiques furent amenés à Montpezat par des gens qui, à l'aide d'intelligences secrètes, tentèrent de surpendre cette place, pendant qu'on attendait la livraison du quatrième prisonnier, et le règlement des dommages pour la maison incendiée. Les traîtres furent refoulés avec vigueur, et révoque, indigné de cette perfidie, ne voulut plus entendre parler de l'échange de Valada, qu'il fit étroitement enfermer dans une tour du château. Une des nuits suivantes, Valada se mit à couper par bandes les draps de son lit, les noua les unes aux autres, les attacha par un bout aux barreaux de fer de la fenêtre, et se laissa glisser doucement. Mais la tour était haute, et le prisonnier avait dû couper les bandes fort étroites pour atteindre les rochers d'où sortaient les fondements du vieux château. La corde trop légèrement façonnée se rompit ; le malheureux capitaine tomba sur les rochers, et se brisa les deux cuisses. Quelques soldats accoururent au bruit de sa chute, et le rapportèrent dans sa prison, où il expira après quelques heures de souffrance '.

55. Les calvinistes de Caussade projetèrent de se donner une revanche éclatante, par un coup de main sur Cahors. Vernède, baron de Loubéjac, et Sandrail, bourgeois de Montpezat, s'étaient ménagés quelques intelligences dans cette ville. Tous les protestants du pays étaient de la partie: ceux de Montauban, qui avaient d'abord hésité, y entrèrent, pressés par le seigneur de

* Pour cet épisode voir Le Bret annoté, t. II, p. 75, 76, et Cathala-Colure, t. II, p. 13, 17.

Loubéjac. Presque au moment de l'exécution , l'entreprise échoua, déjouée par le zèle infatigable de l'évêque qui, l'œil au guet, épiant les allées et venues de Sandrail, le fit arrêter. On surprit également Vernède, sur un faux avis que Sandrail fut forcé de lui donner. Ils furent conduits à Cahors, où le couperet du bourreau et la potence en firent justice, le 5 avril.

84. Le 10 mai suivant (1576), la paix fut enfin signée et suivie du cinquième édit de pacification, le plus favorable que les religionnaires eussent obtenu jusqu'alors. Il leur accordait la liberté du culte dans tout le royaume, sauf Paris; des cimetières distincts ; une chambre mi-partie dans chaque parlement ; la faculté d'être admis dans toutes les charges ; et plusieurs villes de sûreté, où ils devaient tenir des garnisons payées par le roi. Qu'auraient-il pu souhaiter de mieux? Cependant, vu les articles qui assuraient aux catholiques la paix et la défense de leurs droits, les plus séditieux des huguenots montalbanais s'opposaient à sa publication. La majorité l'emporta néanmoins, et le 7 juin la nouvelle paix fut publiée officiellement dans les rues de la cité. A cette annonce notre évêque, « ne pouvant souffrir dans Toulouse les chanoines de la collégiale, résolut à les obliger à se remettre dans son -diocèse *. » Il s'adressa au pape Grégoire XIII. dont il obtint des lettres, en vertu desquelles le vicaire-général de Cahors, comme son délégué, les obligea a se rendre, dans quinzaine, au lieu de son diocèse qu'il leur marquerait par une de ses ordonnances. Les chanoines obéirent bien qu'avec peine, et se retirèrent avec tous leurs confrères à Beaumont. Ils pouvaient cependant choisir entre cette ville, Montech et Villemur.

Le nouvel édit donna naissance à la Ligue. Quoi qu'aient dit les écrivains du XVIIIe siècle, suivis par D. Vaissette, Cathala- Coture et plusieurs autres de nos historiens, cette grande et noble création, qu'ils qualifient de t coupable * et de c funeste

« Perrin, Histoire manuterite, p. 405.

a la Religion et à l'État, » portait cependant en elle l'espoir et le salut de la patrie. Établie avant tout pour la défense du catholicisme, à l'extinction de la branche des Valois, elle se jeta dans les bras des Bourbons, conserva pure des souillures de l'hérésie la couronne de saint Louis, de Louis XII et de François Ier, et ne la remit qu'au prince réconcilié avec l'Église. Les deux tiers de la France, engagés dans ce parti pour la cause de la monarchie et de la vraie foi, ne sont pas solidaires des cabales et des crimes de quelques ligueurs. Dès ce jour les protestants se trouvèrent en face d'un puissant adversaire, et alors qu'ils croyaient que les États réunis à Blois allaient "conclure en faveur de (a Réforme, ils se virent complètement battus 1.

55. Après la seconde séance, tenue le 17 janvier 1577, le roi Henri III, qui était à la tête des ligueurs, révoqua le dernier édit, et défendit l'çxercice de toute religion autre que le catholicisme. Devant la contre-ligue que se hâtèrent de former les protestants, le roi, faible et pusillanime, lit traité sur traité, à Bergerac, à Poitiers, aigrissant tour à tour protestants et catholiques. La reine-mère, dans un intérêt politique, crut devoir

* Nos historiens ont tellement faussé la vérité sur la Ligue, que nous croyons devoir signaler au lecteur un travail imporlant publié par M. Pingaud, dans le Correspondant du 25 août 1875. Il met dans son vrai jour cotte association si attaquée : « Comment expliquer celte apparition soudaine de la Sainte-Union do 1576, surgissant comme un État dans l'État, arméde toutes pièces ? Les intrigues des Guises ou l'or espagnol n'auraient pu amener en un instant celte irrésistible prise d'armes... Dès le début des guerres de religion, en face des huguenots unis entre eux pour le triomphe de leurs doctrines, les catholiques de tout rang et de toute condition avaient compris le besoin de s'appuyer. Us formèrent çà et là des associations armées, sous la surveillance des lieutenants du roi. On a attribué au cardinal de Lorraine la première idée de ces ligues, qui plus tard devaient si bien servir les intérêts de sa maison. Il serait plus juste de dire qu'elles furent l'œuvre de tout le monde parmi les catholiques. Le gentilhomme qui voulait voir, même à l'église, tous ses vassaux derrière lui, le bourgeois qui craignait la guerre civile en permanence autour de sa maison, le magistrat et le prêtre qui ne séparaient pas l'unité de la loi de l'unité dans la foi, virent tout d'abord quelle force l'union donnait à leurs adversaires, et ils s'empressèrent de leur emprunter leurs armes pour les combattre. » Gaspard de Saulx, comte de Tavannes, mort maréchal de France en 1578, fut le chef des catholiques en Bourgogne et l'âme du mouvement général. Ses Mémoires inédits, à l'aide desquels M. Pingaud raconte les Origines de la ligue, nous le montrent « esclave de la consigne quelle qu'elle fût, » attaché à la lutte à outrance qui était « le plus sacré des devoirs et la meilleure des politiques. Il se croyait tenu de combattre les hérétiques par son serment de chevalier, comme le roi par son serment du sacre. » Las vrais ligueurs en étaient la, quoi qu'en dise l'histoire .

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