‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 12 sur 132 · Tome II. I · texte numérisé non relu

Tome II. I

Donault, de Mirepoix, et du chapitre de Montauban, à la tête de ceux-ci était Claude de Champaigne. Sous la présidence du métropolitain furent rédigés plusieurs canons, destinés à faire pénétrer davantage dans la province les prescriptions du concile de Trente. Baronius et quelques autres annalistes nous ont conservé le texte de ces décrets. Après l'exposition de la foi catholique, on y voit tracés en première ligne les devoirs des évêques, des chapitres et chanoines; des curés, des prêtres et clercs ; des prédicateurs, des vicaires forains, des religieuses. La seconde partie traite des sacrements en général et de chacun en particulier ; puis des morts, des sépultures, des reliques et images, des indulgences, des viandes défendues, des fêtes chômées, des vœux et pèlerinages. Dans la troisième partie il s'agit des églises et oratoires, des chapelles qui sont sur les chemins, des écoles et congrégations de la doctrine chrétienne, des universités et collèges, des séminaires, des clercs, des hôpitaux et maladreries, des confréries et assemblées. La quatrième partie a pour objet l'excommunication, la juridiction ecclésiastique, la justice et la cour de l'évêque ; les affermages ou aliénations des biens ecclésiastiques ; les dîmes et offrandes ; la simonie et confidences ; les provisions et résignations de bénéfices; la résidence, la visite, le droit de patronage, la sainte inquisition, les livres prohibés, les hérétiques, magiciens, sorciers et astrologues; les blasphèmes, l'usure, les testaments, les legs-pies, les exempts et privilèges. Avant de clore leurs réunions, tous les membres de l'assemblée s'engagèrent à observer et faire observer fidèlement tous et chacun des décrets; ils statuèrent aussi qu'on adresserait au pape plusieurs questions sur des points débattus, avec promesse de se conformer exactement aux réponses du siège apostolique. Enfin, après avoir indiqué pour le mois d'avril 1593 le futur concile, que les circonstances ne permirent pas de tenir, les Pères se séparèrent, sans avoir dit le moindre mot, comme l'ont assuré faussement certains historiens, des subsides à voter aux ligueurs, conduits par les frères et parents de l'archevêque.

4. Les partis politiques ne s'accordaient pas aussi facilement que la province ecclésiastique. Ligueurs et calvinistes se disputaient pas à pas le terrain, le droit et l'autorité. De part et d'autre étaient des hommes à principes outrés: mais dans le camp protestant on ne trouvait pas un seul partisan capable de modération ; dans la Ligue et hors de la ligue catholique on les comptait par milliers, on peut le dire : c'était la majeure part. Le duc de Mayenne, Henri de Lorraine, qui avait pris le commandement de la Ligue à la mort du Balafré, ne voulant pas voir plus longtemps le siège épiscopil de Montauban vide de pasteur, en choisit un parmi les membres même de la famille de Jacques Des Près, et son neveu à lui l. Cet acte d'autorité allait prpuver à notre pays que le parti des Guise était encore puissant en France; le choix démontrait les intentions de Mayenne. Il voulait mettre là un évêque qui suivît les traditions du prédécesseur, et luttât, par principes de famille autant que par caractère, pour la religion catholique contre le Protestantisme. Mais l'homme de son choix, Henri Des Près, fils du marquis de Montpezat, Melchior, et de Henriette de Savoie, neveu de Jacques H, ne fut pas agréé par le Souverain-Pontife 2. Quoique défenseurs de la Ligue — tant que l'ambition et la politique ne devinrent pas son mobile — les papes ne voulurent point se prononcer si ouvertement contre le roi, dont ils reconnaissaient les droits et espéraient la conversion. Henri ne reçut jamais ses bulles. Pourvu de gros bénéfices ecclésiastiques, selon le déplorable usage de ces temps, il n'était peut-être pas même entré dans la hiérarchie cléricale ; ce qui ne l'empêcha pas d'être regardé par plusieurs comme titulaire du siège épiscopal.

C'est à lui, en effet, qu'un des fils de Jean de Lettes, sous

4 On sait que le duc de Mayenne avait épousé une issue de la maison des Des Près.

* Voici les quelques lignes que lui consacrent les Bénédictins : « Henricus des Près marchio de Montpesat, fllius Melchioris et Hcnrielta de Savoy e, nepos Jacobi, faveute Henrico Lotbaringo duce Meduanœ nominatur quidem Montalbanensis antistes ; sed a summo pontifice nec confirmalus, necbullis donatus cessit anno 1595, non consecratus et uxorem duxit. • {GaUUi, t. XIII, col. 251.)

le nom de baron d'Eaubonne, se présenta en 1590, réclamant la succession de son père. Repoussé, le baron porta sa plainte au parlement de Toulouse ; mais un épisode tragique vint arrêter le procès. Pendant l'instance, De Lettes ayant eu querelle avec un gentilhomme, le blessa, fut blessé, mis en prison, et y mourut. Plus tard il en vint un autre sous le même nom, dit Le Bret, qui trouvant que le successeur de Jacques Des Près s'était emparé du château de Beauvais, comme d'une dépendance de l'évêché, lui intenta un procès ; voyant que son affaire tirait en longueur, il prit le parti de l'assassiner. Entré nuitamment dans le palais épiscopal, il tua d'un coup d'un pistolet un gentilhomme qui se trouvait dans un lit où il croyait l'évêque couché. Le chroniqueur remarque qu'Antoine Melet, chanoine du chapitre collégial, assurait qu'il avait ouï dire tout cela à son père, ancien domestique de Jean De Lettes *. Quant à Henri Des Près, désespérant sans doute de jamais occuper légitimement la chaire épiscopale ; découragé peut-être par des incidents que la Providence ménageait pour ne pas laisser retomber notre Église aux mains d'un homme inhabile ou indigne, il se maria. Le 3 mars 1595 il entra dans la famille des Gramont, en épousant Claire Suzanne, vicomtesse d'Aster, fille d'Antoine d'Aure, dit de Gramont, et de Claire de Clermont 2.

5. Le parti du duc de Mayenne avait du reste peu de crédit dans la ville épiscopale et presque par tout le diocèse. Dès que la mort de Henri III avait été connue, en effet, Thémines- Cardaillac, sénéchal du Quercy, s'était hâté d'assurer de sa fidélité le nouveau roi. Il leva quelques troupes, les inféoda aux protestants, surtout à ceux de Montauban qui avaient déjà pris l'écharpe blanche, et agit avec tant de fermeté et de prudence, que dans fort peu de temps il ne resta à la Ligue d'autres villes considérables que Cahors et Moissac. Jamais les calvinistes

* Le Bret annoté, 1. 1, p. 221.

* Archives de Lot-et-Garonne, B, 28. Cf. Documenté historique* sur le Tarn-êt-Garonne.

n'avaient conçu de si hautes espérances, ni formé de si vastes projets. Leurs ministres se flattaient de se mettre désormais aux lieu et place des ecclésiastiques. Les plus riches bénéfices devenaient l'objet de leur convoitise. On accuse même Michel Béraud, ministre de Montauban, moine augustin défroqué, et quelques autres, d'avoir eu dessein d'écrire en faveur de l'établissement des dîmes l. Le roi comprit combien ces prétentions étaient ridicules ; mais comme il avait encore besoin du parti huguenot, il dissimula. Se débarrasser de la Ligue était son rêve. Il trouvait sur ce point de l'écho chez les Montalbanais, dont la ville était comme une sorte de place d'armes qui couvrait tout le pays, et levait des contributions jusqu'aux portes de Toulouse, grâce à Villemur, ville aussi royaliste. Elle était défendue par le baron de Reyniès; vers la fin de juin, à l'instigation des Toulousains, le duc de Joyeuse vint l'attaquer. Castelsarrasin fournit au duc des forces et des munitions. Les châteaux de Montbartier, de Monbéqui, de Montbeton, Saint-Maurice, Les Barthes et Meauzac restent en son pouvoir. II était occupé à investir Villemur, lorsqu'on apprend que le duc d'Épernon venait de s'emparer de Moissac. Joyeuse vole porter secours, mais n'arrive que pour surprendre deux régiments de l'arrière-garde à la hauteur de Lacourt Saint-Pierre. Craignant d'être pris entre les feux d'Épernon et des Montalbanais qui le pourchassaient, il monta jusqu'aux limites de l'Albigeois et du Rouergue, et fit (1er août) le siège de Laguépie, qui malgré la valeur des habitants, conduits par leur baron, dut capituler et fut absolument rasée. De là Joyeuse ramena son armée sous Villemur. Grâce au secours que Thémines avait envoyé a cette place, elle résista à un long siège2. Les ligueurs prirent la fuite, et ceux qui avaient échappé au canon perdirent la vie dans les eaux du Tarn, par suite de la rupture du

* Cf. Butoir e du Quercy, t. IIt p. 65.

» Thôminea s'était inlroduil pendant la nuit dans Villemur, avec 300 cuirassiers dé Montauban.

4 OS histoire de l'église de montauban.

pont de corde qu'ils avaient jeté sur cette rivière. Joyeuse fut du nombre des noyés \ Les vainqueurs revinrent à Montauban avec toute l'artillerie et 22 drapeaux 2.

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