‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 13 sur 132 · Quoique avec l'autorisation du pape il eût été résolu que · texte numérisé non relu

Quoique avec l'autorisation du pape il eût été résolu que

* Perrin rapporte que le corps du duc Scipioa de Joyeuse fut trouvé, quatre jours après • et ensevely dans l'esglise de Ville mur, au patus d'y celle. Dans le mois de janvier suivant (1593), il fut apporté a Toulouse dans le couvent des Minimes. • {Histoire manuscrite, p. 432» 433.)

* Les Éphémèrides Montalbanaises, publiées par M. Forestiô (p. 181, 185), après avoir relaté ces épisodes des guerres de la Ligue, nous apprennent. qu'à « l'occasion de cette victoire on imprima à Montauban un Cantique à Dieu sur la délivrance de Villemur, assiégée pour la seconde fois par le due de Joyeuse, lequel y finit malheureusement ses jours le 19 octobre 1592.

t Cette pièce de vers n'a pas moins de 32 strophes, dont nous citerons quelques-unes pour donner une idée des compositions de ce genre vers la fin du XVI« siècle :

De tout mon cœur t'exalteray, Seigneur, et si raconteray Toutes tes œuvres nompareilles Qui sont dignes de grand's merveilles.

Nos ennemis avaient rasé, Maint fort et maint bourg embrasé, Faisant la guerre en vrais Tartares, Comme gens brutaux et barbares.

Deux fois à Villemur plantez, Deux fois ils se sont moscontez ; Mais surtout au dernier mesconte.

Ils doublent leur perte et leur bonté.

Thémines, Teffroy d'un marquis, Y ha sur un grand Duc acquis Un laurier de longue durée Pour avoir la place asseurôe.

Mais nonobstant ce bon secours, Il faut (disoit ce Duc rebours) Que Ioyeuse meure, ou Thémines, Avant que ce jeu se termine.

Il voit Melsillak et Gourdon, Chambaut, Lecques et Mon toison Descendre tous à la poursuite Des Ligueurs qu'ils ont mis en fuite.

Ioyeuse adonc tout estonnô De voir son camp abandonné, Craignant une totale perle, S'escrie (ferme) à gorge ouverte.

Mais il a beau se tourmenter, Et sa fortune lamenter, Chacun s'enfuit à vau de route, Et n'y a pas un qui l'escoute.

Ains, comme cannetons espars Tout saute en l'eau de tontes pars, Qui à cheval, et qui à nage Pour se garantir du carnagf».

Ioyeuse s'enfuit avec eux, Prenant un parti honteux, Voire son espée il délaisse Contre l'honneur de sa noblesse.

On ne voit adonc sur les eaux Que bras, que testes, que chapeaux, Faisants tant de peuple dans Ponde Comm' un cahos du premier monde.

0 Dieu, merveilleux sont tes faits, Et les jugements que tu fais En toute sagesse et droiture, Sont admirables en nature.

■ Ce cantique est suivi d'un Sonnet sur ^endurcissement des Ligueurs et d'un autre Sur la mort de Joyeuse; le tout est imprimé sur une seule page, grand format, avec encadrement. C'est une de ces feuilles qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de Complaintes, mais l'impression est très-soignée et l'on voit qu'elle a du sortir dos presses de Denis Haullin, quoiqu'elle ne porte pas le nom de cet habile imprimeur montalbanais, •

le frère de Scipion Joyeuse, Henri de Bouchage, capucin au couvent de Toulouse, sous le nom de frère Ange, prendrait le commandement des ligueurs, qui lui en firent un devoir impérieux au nom de la religion 1 , l'influence de la Ligue diminua de jour en jour. Heureusement l'abjuration de Henri IV vint presque aussitôt enlever son dernier prétexte à cette association, dont les tendances s'étaient profondément modifiées. Aux conférences qui éclairèrent la sincérité du roi 2, et amenèrent le triomphe de la cause catholique et royaliste, fut appelé le célèbre ministre Béraud. Chargé d'aider ses deux collègues, Rotan et Morlas, à répondre aux solides arguments du cardinal Du Perron, Béraud aussi malmené et non moins confus que les premiers, se retira en toute précipitation, alléguant le treizième synode national qui devait se tenir à Montauban. Il vint effectivement et communiqua sa confusion à l'assemblée, qui se sépara sans avoir rien conclu. Quoique ce synode, tenu dans la salle du sénéchal, et auquel assistaient les députés de toutes les

' On conçoit que las pamphlétaires de Paris ne négligeassent pas l'occasion d'insulter à la mémoire de Scipion, que toutes les chroniques nous donnent comme doux, affable et trèspieux, et de menacer du môme coup frère Ange. Les écrits du temps rapportent entre autres ce quatrain, conservé dans les Mémoires pour servir à l'histoire de France, t. II, p. 85.

A Frère Ange capucin.

Vos trois frères sont morts en ces guerres cruelles. Les deux premiers en terre, et le troisième en l'eau. Gardez-vous bien de l'air, si ne voles tout beau, Frère Ange, mon amy, vous y lairés vos ailes.

Dans son Journal de Henri IVy 1. 1, p. 250, l'Estoile a recueilli un insolent sonnet, publié à Paris, qui se termine par ce tercet, où le duc de Joyeuse est comparé à Scipiçn l'Ancien :

Tu as de ce tyran imité les allures,

Aussi pour rendre égaux vos misérables jours,

Tarn et Tibre ont lavé et couvert vos ordures.

* Nous ne nions pas que les intérêts politiques aient eu une place parmi les motifs déterminants de la conversion de Henri IV ; mais la foi du néophyte brille dans la conclusion qu'il tira des conférences. • Il valait mieux, dit-il, se ranger A cette Église, dans laquelle tous demeuraient d'accord qu'il pouvait faire son salut, que dans celle où la moindre partie l'assurait. ■ (Cf. entre autres ouvrages récents, écrits avec modération et équité, Henri IV et r Église calfiolique, par l'abbé Féret, in-8% Paris, V. Palmé, 1875.)

provinces, n'eût pour but apparent que de régler la discipline de l'Église réformée1, l'esprit qui animait ses membres jaillit çk et là des articles c comme la flamme d'un feu mal étouffé. » € Tous les membres, est-il dit dans l'article XVI, seront exhortés de prier Dieu publiquement pour la conservation et conversion du roi. Quand ils se trouveront à la cour et auront accès auprès de Sa Majesté, ils feront en sorte de lui démontrer vivement son devoir, en tout ce qui concerne son salut. C'est à cela que sont spécialement invités les pasteurs qui résident ordinairement en cour et aux environs, auxquels la présente assemblée en écrira. » L'article XVII, poursuit le même historien peu suspect, insistait sur ce point avec une persistance injurieuse au roi, souffletant en ces termes celui qui les avait quittés : c On enverra pareillement, au nom du synode, des lettres de congratulation à Madame (sœur de Henri IV) pour sa persévérance, à laquelle on l'exhortera de plus en plus par les mêmes lettres 2. »

La flamme était mal étouffée; la guerre civile menaçait toujours de se rallumer à Montauban. Les résolutions de l'assemblée tenue à Sainte-Foi, à la suite du synode montalbanais, ne firent que confirmer nos compatriotes dans leur intention € de vivre en républicains. » On les vit, de fait, en 1595, réparer leurs arsenaux et remettre en l'état l'église Saint-Louis, où ils placèrent une partie de leur grosse artillerie qui, exposée sur la place publique, avait souffert du mauvais temps. Ils prirent ensuite de telles mesures pour le règlement de la police, c qu'ils firent connaître le dessein qu'ils avaient de convertir leur ville en république et s'en fussent déclarés, n'eût été qu'ils virent déjà toute la France sous l'autorité du roi dès la nouvelle de son absolution, laquelle donna une seconde trêve géné-

» S'étaient excusés ceux de 111e de France, du Dauphinô, de la Normandie, du Lyonnais et de la basse Auvergne.

* Mary-Lafon, Hutoire d'une ville protestante, p. 98, 99, d'après les Statuts synodaux des églises réformées, par Ayxnon, 1. 1, p. 173.

raie pour trois mois avec le duc de Mayenne, et tout après la paix entière *. »

7. Ce fut durant cette trêve que le roi songea d'une manière efficace à pourvoir notre diocèse d'un pasteur. Le veuvage était préjudiciable à la conduite du clergé, et par suite aux affaires de la royauté, puisqu'elle ne pouvait compter désormais que sur les catholiques. Mayenne n'ayant pu faire élire son parent Henri Des Près, avait proposé, quand il le vit renoncer à la cléricature, un jeune seigneur/ fils du baron de Murviel et cousin, par sa mère, de son premier candidat. Le roi ne pouvait pas plus autoriser cette nomination que celle d'Henri: elle était faite par le chef d'un parti hostile, et l'évêque et Mayenne étaient alliés de famille. Henri IV opposa un compétiteur à Anne de Murviel: il mit sur les rangs Thorigny, fils du maréchal de Matignon. Les choses en étaient là pour notre Église, lorsque la réconciliation étant faite entre le chef de la Ligue et le roi, celui-ci, comme preuve absolue de bonne entente avec ses anciens rivaux, voulut bien reconnaître la présentation d'Anne de Murviel. Ce fut même un des articles, une des conditions du traité.

Quelques auteurs, comme Perrin et Cathala-Coture, ont présenté autrement cette élection, et relaté des incidents qui la montrent sous un autre jour. Ainsi, selon eux, le roi aurait opposé Thorigny à Henri Des Près qui, en face de cette compétition, se serait alors désisté en faveur de son cousin, de Murviel. En cette situation, n'étant pourvus de bulles ni l'un ni l'autre, ne se mêlant en rien du spirituel, t ils se contentaient, disent ces historiens, d'arracher chacun de son côté tout ce qu'ils pouvaient du temporel 2. » Mais ces deux prétendus compétiteurs ne furent jamais en même de se disputer ainsi les biens du diocèse: Des Près avait disparu depuis l'année

« Bittoire manuscrite, p. 435-436.

* Cathala-Coture, Histoire du Queicy, t. II, p. 75.

1595; Murviel, proposé dans le courant de Tannée suivante, reçut quelques temps après la confirmation royale de la mise en possession, que le duc de Mayenne lui avait octroyée.

8. Dans leur dévorante activité les consuls montalbanais profitèrent de la trêve pour s'oocuper d'affaires plus louables et utiles au pays. Reprenant leur ancien projet de l'établissement d'une Académie !, ils en jetèrent les fondements. La question de l'emplacement, vu la lenteur que les circonstances portaient aux affaires, se débattait depuis dix-huit ans. Les uns voulaient qu'on se contentât d'acheter la maison avoisinant l'évêché, converti en école depuis qu'on ne professait plus les cours chez les Jacobins. Les autres proposaient de prendre l'hôpital de Parias 2, avec quelques-unes des maisons contiguës. Cette opinion, fortement combattue, finit par l'emporter, au préjudice des pauvres et des malades, qui furent transportés ailleurs. La première pierre de l'établissement fut posée par les consuls le 30 octobre 1597 3.

* Ci-dessus, p. 83-8 i.

' Au Livre Soir nous trouvons les indications suivantes sur cet hôpital, qui occupait l'emplacement actuel de l'hôtel Cartault. Il confrontait < devers le midy avec la rue appelée de Las Clotos, tendant de la Grande Boucherie à la rue Court-do-Toulouse, et maison d'A. Déjean, faisant coing ; du couchant avec ladite rue Court-de-Toulouse; du septentrion avec la rue dicte de tras Uni four del comté, ou de Gilaco, tondant de la Graode-Place à la rue Courl-de-Toulouse ; et du levant avec maison de M. Jehan de Viçose, lieutenant principal de M. le Sénéchal. » (.F* 46.) Pour agrandir les locaux, insuffisants à l'Académie, on acheta sept maisons attenant, et toutes ces acquisitions coûtèrent une somme de 3,000 livres. (Id., f° 47 et seqq.)

1 Nos archives relatent encore la séance du conseil général, au sujet de cet établissement. La voici: « Le conseil général de la ville convoqué à voix de trompe, et auquel se trouvèrent grand nombre et des plus notables habitans d'iccllc, les consuls exposent que la dicte ville avait, par le bénéfice de nos rois, privilège d'un Collège, avec les mesmes prérogatives, libertés et droits qu'ont les Collèges des autres villes renommées du royaume ; que le vray mojen de conserver la respublique est de façonner la jeunesse aux bonnes mœurs et scieuces, maintenant que nous jouyssons d'une paix et repos publics; ils ont advisé de dresser un bastiment pour servir à la demeure des écoliers et rôgens, et ont choisy, do l'advis de plusieurs habitans, la maison dicte de Parias, comme propre et capable pour le dicl édifice, et peut être prise en payant aux pauvres la valeur d'icelle, a dire d'experts... ayant la dicte maison esté démolie, le trenliesme du dict mois d'octobre, jour de veudredy, les fondemens dïceluy Collège furent jetés. Dieu par sa miséricorde veuille bénir cesle œuvre à l'advènement de sa gloire, bien et utilité publique. » (Livre Noir, f« 15.)

Les protestants se réjouissaient de cette fondation, sur laquelle ils comptaient beaucoup pour exercer le prosélytisme et retirer d'autres avantages sur le parti catholique. Mais ils furent bien plus satisfaits au mois d'avril de Tannée suivante. Le roi avait signé à Nantes redit le plus favorable qu'ils pussent désirer; c'était la réalisation des projets que la Réforme mettait en avant depuis tantôt cinquante ans. Les protestants eurent dès lors en leur pouvoir, outre Montauban, Nîmes et La Rochelle, quarante-trois places de sûreté, une chambre mi-partie reformée dans chaque parlement, la liberté de s'assembler, de délibérer, d'avoir des députés auprès de la couronne, d'être en relations avec leurs coreligionnaires de l'étranger, de posséder des écoles et des académies. Que pouvaient-ils ambitionner de plus? Ces privilèges incroyables, que les catholiques auraient pu à bon droit leur envier, ne les consolèrent pas cependant de la conversion de Henri IV. Malgré tout ils n'étaient qu'au second rang, et la paix que le roi leur imposait par cet édit, acte de grande habileté !, les forçait à renoncer à leurs perpétuelles attaques contre la religion et contre l'État, et à tout prosélytisme violent ou corrupteur. Le saint-siége, il faut le reconnaître avec un historien déjà cité 2, éprouva bien quelque peine à voir ainsi consacrée la séparation de ces enfants égarés, qu'il avait longtemps espéré ramener sous son autorité paternelle.

* Chacun a loué ou blâmé cet acte de Henri IV, selon l'opinion qu'il a embrassée. lien est qui, avec M. Poirsoo, ont prétendu que le roi était à son époque « le véritable chef du parti protestant, «ce qui est aussi faux que de soutenir, avec M. Mercier deLacombe, que* le terme de l'ambition » de ce souverain était de ■ rechercher les moyens propres pour l'élablissemeut d'une seule profession de religion dans l'Europe chrétienne, a Quand on a étudié avec soin et impartialité le caractère et les actes de ce roi, on voit que sa politique consistait à « se ménager, comme le dit l'abbé Féret (op. cit.), des alliances partout, aussi bien chez les hérétiques que parmi les orthodoxes, en vue d'une lutte contre la maison d'Autriche, représentée en premier lieu par l'Espagne, uniquement parce que celte maison était dangereusement prépondérante en Europe. » De là il est facile d'établir que l'ôdit de Nantes ne fut point un acte anti-catholique, mais une simple mesure de politique intérieure, qui s'explique par « des engagements aux traités et la crainte do la guerre civile. » Ce qui n'empêche pas de dire qu'il y eût certaines clausos malheureuses et préjudiciables à l'État et à la politique.

» Histoire de France, par Relier, t. II, p. 118, 119.

406 HISTOIRE DE l,' ÉGLISE DE MONTA UBAN.

Mais le malheur était consommé ; la génération nouvelle, née dans l'erreur, ne pouvait plus être reconquise que, comme les infidèles et les hérétiques des premiers siècles, par l'éloquence de la charité, du dévouement et des vertus évangéliques. Par cet acte de générosité, qui n'eut pas longtemps force de loi et que le grand roi devait infirmer avec la même autorité qui le fit édicter, Henri IV commettait une faute. C'était d'accorder aux huguenots, même pour un temps assez jcourt, ce qu'on appelait des places de sûreté; c triste présent qui créait un État dans l'Église, » a dit l'historien protestant Schoel. Arsenaux de révolte des mécontents, centres de résistance et refuges des conspirateurs, ces places compromettaient la tranquillité du pays et faisaient le tourment de la royauté. Celle-ci ne tarda pas à sentir combien fut funeste le trop fameux édit, qui avait assuré aux protestants de telles forteresses, lorsqu'il fallut les assiéger pour faire rentrer les rebelles dans les conventions même de Nantes.

9. La paix de Vervins, signée six mois plus tard avec le roi d'Espagne, acheva de rendre le calme a notre patrie. Henri IV, en communiquant les articles du traité, témoigna à l'orateur du clergé combien il désirait voir le relèvement de l'Église que cette suite de funestes guerres religieuses et politiques avait mis dans un état déplorable, t À ces fins, dit Perrin, il exhorta tous les ecclésiastiques au bon exemple, et Sa Sainteté aussi, l'année suivante 1599, admonesta, dans cette connaissance, tous les prélats, par ses écrits, à la pratiquer eux-mêmes les premiers pour y porter les autres, et principalement ceux qui se trouvaient es- villes et lieux où l'on devait de nouveau rétablir l'exercice de la religion catholique, apostolique, romaine, afin d'attirer tout le monde à bien faire. En quoi manqua la cité de Montauban, se trouvant lors sans prélat qui l'éclairât et sans ecclésiastiques qui pussent l'imiter '. » Ceux-ci, comme des

4 Histoire rtumutcrite, p, 438-439.

brebis sans pasteur, étaient dispersés d'un côté et d'autre ; quant à Anne de Murviel, il attendait ses bulles de provision.

Durant cette attente, les consuls qui, dès le 1er janvier 1600, avaient pourvu a leur réélection, faisaient des difficultés à la rentrée des ecclésiastiques dans la cité. Soit parce qu'ils se trouvaient encore sans pasteur, soit parce qu'ils n'étaient guère rassurés sur les promesses de sécurité que le consulat leur faisait pour plaire au roi et à ses commissaires, les membres du clergé mettaient peu d'empressement à reprendre le service divin. De son côté l'évêque nommé insistait pour la réinstallation des deux chapitres dans la ville épiscopale. Les habitants s'y opposaient, prétendant que les églises cathédrale et collégiale ayant toujours été hors la ville, les chapitres ne pouvaient se réinstaller que dans les lieux où avaient jadis été leurs temples. A son tour, le clergé faisait valoir, pour être rétabli dans la ville, que les Montalbanais lai devaient de grosses indemnités; que le chapitre cathédral, conjointement avec l'évêque, possédait la seigneurie temporelle de Montauban ; que ce même chapitre était prieur, et le collégial curé des églises Saint- Jacques et Saint-Louis, situées dans l'enceinte des murs. Le roi, sur les plaintes de Murviel, envoya deux commissaires mi-partis, Fondriat et Dubourg-Clermont, qui n'osant pas statuer définitivement, à cause de la fermentation des esprits, renvoyèrent la cause au conseil, après avoir ordonné que les chapitres feraient l'office par provision dans l'église Saint- Louis l. En même temps ils sommèrent les chanoines de se mettre immédiatement en fonctions, sous peine de se voir privés de leurs bénéfices. Le chapitre cathédral s'exécuta; et le 20 août, fête de saint Bernard, il reprit le service divin dans l'église délabrée, qui lui avait été affectée.

10. Malheureusement les craintes des ecclésiastiques ne tardèrent pas à se réaliser. Il fallait que ce clergé fût le seul à

* Cf. Le firel annoté, t. II, p. 100-101.

ne pas jouir des avantages de la paix. Tandis que l'affaire le concernant était pendante devant le conseil, le peuple et les écoliers, déjà fort nombreux à Montauban, se soulevèrent à l'instigation • des ministres. Une violente sédition éclata, et lorsque les ecclésiastiques se présentèrent pour prendre possession de leur église Saint-Louis, ils furent indignement maltraités et chassés de la ville. En apprenant cet attentat, Anne de Murviel outré se pourvut au parlement. La cour souveraine rendit un arrêt favorable aux catholiques; mais la chambre mi-partie de Castres se saisit de la procédure et cassa le jugement. Pour éviter les suites de ce conflit, le conseil du roi nomma deux commissaires, qui se transportèrent sur les lieux. N'ayant pu s'entendre, les délégués renvoyèrent encore une fois l'affaire au conseil, où enfin, il fut ordonné, par arrêt du 21 novembre 1600, que les deux églises Saint-Louis et Saint-Jacques seraient rendues au clergé, avec cette clause que les calvinistes pourraient se servir du clocher de la dernière pour faire le guet. Cet arrêt ne fut pas plus fidèlement exécuté que les autres. On menaça de chasser à tout jamais les ecclésiastiques de la ville !. Ceux-ci durent, en conséquence, en passer par ce que voulurent leurs maîtres, et se contenter de la restitution de la seule église Saint-Louis, que les consuls débarrassèrent des pièces d'artillerie. Là encore ils ne furent autorisés qu'à célébrer leurs offices à voix basse et sans éclat ; tout culte extérieur était interdit, sauf quelques processions d'usage, pour lesquelles ils ne pouvaient s'étendre plus loin que € le coin de la Faurie, » c'est-à-dire un espace de cent pas au plus 2. Quant à l'église Saint-Jacques elle n'était plus en état de servir : les murailles seules restaient debout ; un immense

* C est à tort que Cathala et Le Bret font porter aussi ces menaces sur révoque ; il n'était mêlé à aucun de ces incidents, n'ayant fait son entrée dans la ville que dans le cours de l'année 1601,

* Le chanoine Perrin décrit plus longuement les limites imposées & l'exercice public du culte catholique. Nous les signalerons dans un passage de la biographie suivante.

terrassement remplissait le sanctuaire et les travées de l'avantchœur, et cette élévation servait de cavalier sur lequel étaient rangées plusieurs batteries de couleuvrines. Le reste de cette vaste enceinte, c'est-à-dire depuis la troisième travée jusqu'à la porte d'entrée, était affecté à la fabrication et aux magasins de salpêtre 1 .

On en était à ces difficultés et à ces contestations, lorsque, le 15 novembre de l'année 1600, arrivèrent les bulles d'Anne de Murviel. L'administrateur perpétuel résilia aussitôt sa charge, et notre Église sortit, pour la seconde fois, d'un trop long et bien déplorable veuvage.

* Cf. Le Bret annoté, t. II, p. 102-103.

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