ANNE
CA-IRIRIOISr DE MURVIEL, (1600-1652)
g I. — Administration personnelle d'Anne (1600-1636).
Sommaire. — 1. Nom, famille et sacre de l'évéque. — 2. Entrée dans le diocèse; sa situation morale. — 3. Réception officielle dans la ville épiscopale; une nouvelle alerte. — 4. Intolérance calviniste; l'évoque se réfugie à Montech et travaille aux intérêts de ses fidèles. — 5. Propositions de conciliation; ordre du roi en faveur des catholiques. —6. Vexations haineuses des calvinistes. — 7. Outrages et blessures faits à l'évéque et à son clergé.
— 8. Accord mis dans la collégiale de Sapiac. — 9. Un nouveau temple; nos protestants à la mort de Henri IV. — 10. Réception de Condé ; discours du vicaire-général.— 11. Démêlés politiques; séquestration du clergé.
— 12. Soulèvement des villes calvinistes ; mauvais sort fait à nos catholiques. — 13. Révolte de Montauban; dernier siège. — 14. Représailles des catholiques ; la paix. — 15. Une nouvelle émeute. — 16. Attaque et défense du clergé; menées du parti réformiste. — 17. Fuite du clergé; pillage des biens des catholiques. — 18. Escarmouches dans le diocèse. — 19. Trêve et levée de boucliers ; nouvelle constitution des chapitres. — 20. Émeute des protestants; marche des troupes royales. — 21. Ravages dans Montauban et les alentours ; siège d'Ardus. — 22. Suite des ravages ; les massacres à Lapeyrière. — 23. Combat à Lavilledieu ; bases de pacification générale. — 24. Préparatifs de la reddition de Montauban. —25. Réception de Richelieu, son entrée et Te Deunu — 26. Réceptions officielles; discours du consistoire et réponse du cardinal. — 27. Singulier épisode; vote des réparations de l'église SaintrJacques. — 28. Reprise du culte catholique; fin des guerres dejreligion. — 29. Infidélité des protestants ; la peste. — 30. Rentrée des Capucins; le curé de Lavaurette. — 31. Lazaristes et Jésuites à l'œuvre des missions. — 32. Rétablissement des ordres religieux et réveil des haines protestantes. — 33. Concessions faites aux protestants ; ordonnance arrêtant leurs abus. — 34. Difficultés suscitées à l'évoque par les consuls et
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par la collégiale. — 35. Cassation des élections protestantes. — 36. Habileté des protestants; réception de Louis XIII. — 37. Accroissement des catholiques; retour des Carmes et des Carmélites. — 38. Le sanctuaire de Notre-Dame de l'Orme. — 39. Les Jésuites et leur collège. — 40. Relèvement du couvent des Capucins, et leur église. — 41. Projets de troubles à la Fête-Dieu. — 42. Démêlés d'Anne et de Richelieu. — 43. Échange de lettres entre l'ôvêquo et le cardinal-ministre au' sujet d'un coadjuteur.
1. Le nom de Murviel, donné par tous les historiens au successeur de Jacques Des Près, est un titre purement seigneurial. Notre évêque était issu de l'illustre famille espagnole des Carrion. Son père, descendant des nobles et valeureux seigneurs de cette race dont l'Espagne conserve encore la puissante et haute lignée, fut investi de la seigneurie de Murviel-lez-Béziers, au moment où celle-ci était érigée en baronnie, dans la seconde moitié du XVI« siècle. Ce fut sans doute à l'occasion de son mariage que le seigneur espagnol prit titres et possessions dans notre patrie. A quelle famille s'allia-t-il ? quelle fut la mère de notre évêque? Deux questions qu'il faut laisser sans réponse, faute de documents1. Devenu seigneur de celte terre française, Carrion substitua au nom de ses ancêtres celui de sa baronnie, et sa descendance ne fut plus désignée que sous le nom de Murviel. De cette souche sortirent de nombreux rameaux, sur lesquels se greffèrent, à diverses époques, de grands noms, de nobles alliances 2.
4 Nous avons déjà dit (ci-avant p. 99 et 105) que cet évoque était parent du duc de Mayenne, Henri de Lorraine. La parenté venait du côté des femmes, appartenant à la famille des Des Pres-Montpezat. Dans les Historiettes de Tallemant des Reaux, il est dit que Mayenne « n'esloit point marié, «et en note : * c'est-à-dire qu'il n'avoit plus de femme. Henriette de Gonzague qu'il a voit espousée en 1599 étant morte en 1601. » — (Cf. édit. Paulin- Paris et de Monmerqué, 1. 1, p. 368.)
' La révolution de 1789 emporta le litre de la seigneurie de Murviel, mais elle en respecta le domaine, grâce A la qualité d'étrangers de ses possesseurs, qui en vendirent plus tard les biens. D'après des notes à nous fournies par l'abbé Pouget, curé-doyen de Murviel, la famille des Carrion avait de nombreux représentants dans la baronnie, sur la fin du XVII* siècle. Ainsi dans une table du registre des baptêmes de 1647 à 1791 sont signalés parmi les baptisés: 1* en 1655, Anne de Murviel, petit neveu apparemment de notre évêque; 2* en 1656, Armand de Murviel; 3* en 1682, Marie-Rose-Antoinetle-Henriette-Gabrielle Carrion de Murviel, baronne dudil lieu. Celle-ci, par son mariage avec Augustin-Marift- Sauveur-Martin Spinola, marquis d'Arquata, fief de l'Empire, comte palatin, comte de Tassarola et d'Ouchemola, seigneur de Pasturano, Pessino, Varinella et autres lieux,. fit
Le membre de cette famille qui occupa notre siège épiscopal pendant plus d'un demi siècle, naquit en 1568, et reçut au baptême le nom d'Anne. Agé de trente-deux ans, il était simple clerc, attaché à l'abbaye de Saint-Jacques de Béziers, lorsque le pape Clément VIII l'agréa comme évêque, sur la proposition du duc de Mayenne, avec l'approbation du roi !. La bulle, datée du xvn des calendes de décembre de l'année 16002, enjoignait au nouvel élu de se faire conférer les ordres sacrés par un évoque de son choix en communion avec la sainte Église romaine, en observant les interstices de trois dimanches ou jours de fêtes chômées, prescrits par le concile de Trente3. Anne consacra huit mois à l'étude de la science sacrée et de l'administration ; et le 15 août 1601, fête de l'Assomption de la Sainte- Vierge, il reçut la consécration épiscopale, et prêta le serment de fidélité à l'Église, au pape et au roi, dans la chapelle du château paternel de Murviel 4.
2. Aussitôt le nouvel évêque, dit l'annaliste Perrin, songea à s'acheminer vefs son diocèse, pour en prendre possession. Danà cette Église t tout était en friche et sans façon ; les ecclésiastiques tant séculiers que réguliers quittaient ceux-là leur soutane et ceux-ci leur froc pour épouser femme ! Les simonies y étaient fréquentes ! il n'y avait presque pas de foi ! Les biens
passer la baronnie dans celle famille génoise. — De cette môme branche sortit le célèbre Carrion, marquis de Nisas, baron de l'Empire, qui fut aussi remarqué à la tribune que sur les champs de bataille.
1 Voir ci-avant, à la biographie de Jacques Des Près, p. 105.
9 En terminant la biographie de Claude de Cham peigne, nous avons dit (p. 111) que les bulles d'Anne de Murviel étaient du « 15 novembre. » Les Bénédictins, qui donnent ce document parmi les Instrumenta, le datent du « XVI* Kalendas decembris » (voir notre Appendice ci-après); et cette date de la chancellerie romaine correspond au 16 novembre. Mais, dans le texte de leur Notice consacrée à cet évoque, ils disent : < bulli* donatut est XVII cal. decemb., qui répond au 15 novembre. * Il y a nécessairement une faute d'impression de part ou d'autre.
8 On trouvera le texte de cette bulle à l'Appendice qui suit la notice du Gallia, ci-après.
4 Cette chapelle n'est autre que l'église paroissiale actuelle de Murviel. Les archives de ee doyenné ne possèdent aucun souvenir de cette consécration. La cérémonie eut lieu le 15 août 1601, et non & la môme date de Tannée suivante, comme le porte YHistoire de Perrin, et encore moins le 3 mai, ainsi que Ta écrit le rédacteur de l'ancienne Semaine catholique.