‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 15 sur 132 · IJ · texte numérisé non relu

IJ

étaient dissipés et égarés, et toutes choses en extrême confusion. Néanmoins le bon prélat ne perdit pas courage ; il s'arrêta à Castelsarrasi, le séjour de sa cathédrale, et, désireux de remettre en son premier lustre l'exercice de la religion catholique, il s'employa de toutes ses forces et par son bon exemple à ramener tout le monde à son devoir. La naissance du Dauphin, que Dieu donna à notre prince dans le mois de septembre suivant, lui fut du tout favorable pour consoler les vrais catholiques dans leurs souffrances, pour assurer les refroidis dans leur tiédeur, et pour mortifier les rebelles dans leurs mauvais desseins. C'est pourquoi il s'anima davantage à la nouvelle du nouveau-né, et s'attacha avec plus de vigueur à l'administration de son diocèse, après en avoir rendu, avec son clergé, des actions de grâces à Dieu et en avoir donné le témoignage de joie !. »

3. Si les huguenots, à l'annonce de cette naissance, c faisaient semblant de se réjouir par des feux de joie et prières à leur mode, ils couvraient la peur qui, déjà depuis le commencement de l'hérésie, occupait leur cœur, pour se dire avec effronterie « invincibles. » Néanmoins Anne de Murviel, notre évêque, bannit de soi toute crainte dans la commune réjouissance des vrais Français, et se résolut d'aller voir Montauban. A ces fins, il écrivit aux habitants et leur découvrit son dessein, leur faisant connaître le désir qu'il avait d'être reçu de la même manière qu'autrefois les prélats, ses prédécesseurs, avaient été reçus. Sa lettre leur étant rendue, ils s'assemblèrent et proposèrent la lecture en conseil ; ils délibérèrent, et dans leur résolution arrêtèrent que les consuls avec leurs chaperons lui rendraient visite à son arrivée. Ils lui feraient la révérence, et lui offriraient du vin pour présent, de la dragée et de tout ce qui leur semblerait bon ; toutefois sans autrement les persuader ni les presser à prêter le serment accoutumé dans une telle

1 Histoire manuscrite, p. 444, 445.

rencontre !. » — On comprend qu'un consulat protestant ne pût prendre les engagements jurés jadis par les consuls catholiques2. — Le prélat se contenta du cérémonial proposé par les administrateurs de la cité, et protesta de son dévouement à les maintenir dans leurs droits et privilèges, leur offrant t tous ses services. » Il les exhorta enfin c à persévérer dans l'obéissance et fidélité qu'ils avaient vouées au roi, et leur recommanda ses ecclésiastiques et catholiques, qui restèrent tout consolés de le voir, et déjà sans crainte, dans l'espérance de ses protections. »

Espérance et joie devaient être de courte durée ; l'évoque était bientôt contraint à abandonner son troupeau. Sur une fausse alerte et, sans doute, par un coup combiné, les Montalbanais se mettent sous les armes et ferment les portes des

» Uittoirc manuscrite, p. 446, 447. — Voici le verbal de cette entrée, tel qu'il est inscrit au Registre des délibérations des 'archives communales, t Vendredy 2 novembre 160t. Les consulz ayant mandé leur Conseil ordinaire... ont, par la parolle de M. du Valada, remonstré : Que le sieur Evesque de ceste ville, qui est de la maison de Murviel, leur escripvist une lettre datée de Montech du dernier d'octoubre passé, qu'ont illec exhibée, par laquelle les advertist de son arrivée audict Montech que feust le jour précèdent. Et comme il désire, après la feste deToutz-Sainctz, qu'es toit yer, s'en venir en ceste ville pour la visiter, où il désire estre receu tout ainsi qu'il est de coustume de recepvoir les prôlatz dans les villes capitales de leurs eveschés. Et estans eulz très-bien informes de la volonté du Roy par ses ediclz, ils'asseure qu'ilz ne manqueront point à l'observation d'iceulz, suyvant le debvoir de leurs charges. De laquelle lettre a esté illec faicle lecture, priant lesdicls acislants leur donner advis comment ilz se debvoient gouverner pour l'entrée dudict sieur Evesque, et s'ilz le debvoient prier de prester serment de garder et entretenir les privilèges de la présent ville, comme les autros Evesques avoient ci-devant faict. — A esté par la pluraritô des voix arresté: Qu'estant ledicl Evesque arrivé en ceste ville, lesdicls sieurs consuls l'iront trouver en son logis, avec leurs chaperons de livrée, luy fore la reverance, et luy feront présent de vin, dragée et aultres choses qu'il leur plaira, sans aultrement le persuader ny presser de prester ledicl serment. •

' Le cérémonial des consuls était de faire leur première visite à l'évéquc, dès leur nomination : • Bien que l'on soit certain que bien souvent il ne soit pas chez lui — porte un des registres consulaires — on ne laisse pas d'y aller. » lis avaient la môme obligation lorsqu'un nouvel évoque faisait son entrée. A ce moment, nous l'avons déjà vu souvent, ils devaient offrir des présents au nouveau venu. Avant les guerres de religion c'étaient « un veau, une paire de chapons, cinq charretées de boys et de vin. * En 1065, il fut délibéré qu'à l'avenir • lors de l'éleclion consulaire, afin de distinguer l'honneur que les consuls doivea 1 4>I U3 particulièrement reudreau seigneur-évêque, ils lui feroient présent, après la visite, de six flambeaux de cire blanche, douze boètes de confitures, el douze bouteilles de vin io plus exquis qu'on pourrait trouver; le tout devant tenir la place du veau, des chapons el le reste du présent ancien. »

6 histoim de l'église de montaubân.

Carmes et de Montmurat, ouvertes depuis la paix. Cette me* sure épouvanta clergé et fidèles. Fuir, ils ne le pouvaient; car n'allaient-ils pas être tenus pour coupables et peut-être massacrés? Rester au sein de cette population qui manquait sitôt à ses promesses, c'était se mettre à sa merci. Cependant, frappés de ces angoisses, quelques honnêtes protestants rassurèrent nos catholiques et leur persuadèrent de rester. Le 16 décembre 1601 les consuls font dire aux chanoines de ne pas abandonner la ville, sur les faux bruits de guerre qui circulaient, promettant de leur prêter main-forte « bien que ung de leurs prestres ou prebandiers la nuict passée eust prins et desplacé ce qu'estoit dans le temple où ilz faisoient l'exercisse de la religion. » Le chapitre avait, en effet, demandé l'autorisation de se retirer à Montech, t parce qu'ils estaient offensés et molestés par gens turbulans et mal qualifiés. » Néanmoins sur les garanties du consulat, les chanoines promirent, par la bouche du sieur Grollot, un d'entre eux, de continuer l'exercice du culte, t estans bien marris de ce que ung de leurs prebandiers, sans leur sceu et mandement, avait desgarny leur esglize et emporté de nuict ce qui y estoit, et que les ecclésiastiques de Montech leur avoient porté pour orner leur dicte esglize : qu'estoit l'image d'ung Eccc Homo, quelques chapes, aubes et aultres meubles qui ne peuvent valoir plus haut de six ou sept escus, qu'ils offroient fère remestre en Testât qu'estoient auparavant *. »

4. Les religionnaires profitaient néanmoins de cette crainte pour avancer les affaires de leur secte. Ils prêtent main-forte et secours à leurs partisans de Lagarde d'Islemade, occupés, dès 1601, à bâtir un temple dans cette banlieue2, sous le prétexte que les rigueurs de l'hiver les empêchaient souvent de

« Registre des délibérations, aux Archives communales, an. 1601-1609.

5 Ce temple fut ruiné par une inondation du mois do mars 1603. Les habitants d'Albefeuille demandèrent aux consuls de le faire relever sur. un point moiàs exposé; ce qui fut fait. (Cf. Archives communales, Registre des délibérations, an. 160MG05.)

venir assister au prêche dans l'intérieur de la ville. Sous les yeux des catholiques, qui savent à -peine où célébrer leur culte, le conseil propose h plusieurs reprises l'agrandissement du temple de la Grande-Boucherie, et même d'affecter à leur prêche, soit les locaux des écoles, soit l'église Saint- Jacques f. En présence de ces agissements et de la reprise d'armes, Anne de Murviel crut prudent, pour sa dignité, de se retirer à Montech. De là il administrait son diocèse et ne s'absentait que pour prendre part aux États dans l'intérêt de la religion. Comme précédemment (1601) il s'était rendu à Pézenas, où les délégués du roi avaient fait voter les subsides nécessaires pour l'entretien des garnisons dans les villes protestantes, il assista, en 1603, à l'assemblée tenue à Carcassonne, où l'on imposa les frais que Cornusson avait été obligé de faire pour défendre le lieu de Roquemaure 2, assiégé par le fameux chef de brigands, Caravelles. L'année d'après (16 novembre 1604), il rentrait des États d'Albi, lorsque deux consuls de Montauban vinrent le visiter à Montech. Le prélat les entretint longuement sur les droits des catholiques, droits qu'il sacrifiait cependant en partie pour un bien de paix. Mais il insista énergiquement sur la liberté que devaient avoir les ecclésiastiques pour la procession publique de la Fête-Dieu. 11 les pria néanmoins de faire part de ses observations au conseil de commune, et de lui transmettre les résolutions qui seraient prises. Les deux consuls furent malvenus dans cette assemblée, lorsqu'ils

* Parlant de ce temple, Perrin nous dit qu'il « était fort petit, presque tout découvert et sans lambris, et son bâtiment sans polissure (à la réserve pourtant de deux grandes cornes de bœuf qui en ornaient rentrée.) » Le conseil ne s'étant pas accordé, • le prêche continua sous l'ombre des cornes dans la Grande-boucherie sans la polir autrement. En quoi, ajoute Perrin, les habitants de Mon tau ban ont fait connaître qu'ils se plaisaient dans le sang, et qu'ils prisaient les cornes. » A preuve de celte dernière assertion, il nous apprend que le consulat en fit placer une paire en forme de croissant, au sommet du clocher de Saint-Jacques. (Cf. Histoire manuscrite, p. 448, 419. Pour de plus longs détails, voir Y Étude historique et archéologique sur les anciens temples, par M. H. de France; aux Archives communales, Registre des délibérations pour les années 1605-1609.)

1 Paroisse du bas-Monlaubon, actuellement dans le diocèse de Toulouse, au canton de Villemur.

8 HISTOIRE DB L'ÉGLISE DE MONTA UBàN.

mirent la question sur le tapis. « Outre qu'ils en furent rebutés, les plus insolents soutinrent avec effronterie que cette nouveauté ne dénotait rien de bon, et que plusieurs soldats et gentilhommes du voisinage, leurs ennemis, pourraient se rendre dans la ville pour s'en rendre maîtres, sous prétexte d'assister à cette procession. C'est pourquoi ils crièrent hautement de n'en parler point davantage, et que ce n'était pas la volonté du roi, puisque le maréchal de Montluc et autres exécuteurs de ses édits ne l'avaient jamais ordonné !. » — L'édit de Nantes ne portait-il pas la liberté pour tous? Qui cependant oserait taxer les calvinistes (Yintolérants ? — L'évêque porta plainte directement au roi. Il lui signalait, entre autres actes de tyrannie, que les ouvriers occupés à relever le clocher de Saint-Louis avaient dû abandonner leur travail devant les insultes et les coups de pierres lancées par les protestants, sous prétexte que cette chapelle n'avait été donnée aux catholiques que par provision. Henri IV signifia aux consuls, sous peine de destitution, de laisser construire le clocher, d'autoriser les processions en la forme accoutumée, et de ne pas inquiéter les gens d'église pour la perception de leurs revenus. Les plus calmes ou les plus habiles se rendirent à ces injonctions, après en avoir conféré avec quelques ecclésiastiques ; mais bon nombre c se rirent des ordres du roi, » firent signifier aux catholiques qu'ils s'opposaient à leurs processions publiques, soit pour la Fête-Dieu, soit pour l'administration solennelle du Saint- Viatique aux malades, et t menacèrent de la prison les entrepreneurs du clocher, s'ils y touchaient2. » Le gouverneur de la Guyenne ne pouvant les concilier, les renvoya devant le roi.

S. Dans un but de conciliation, Anne de Murviel tenta une

1 Perrin, Histoire manuscrite, p. 451, d'après le livre de police do l'an 1605.

1 Le Rc;,i;tre des délibérations nous apprend que Dalies cacha et sauva dans sa maison le maître-maçon qui bâtissait ce clocher. Quaol aux processions, les consuls répondaient qu'elles étaient inutiles puisqu'il n'y avait » aucun catholique, » et qu'elles ne s'étaient pas faites depuis quatre ou cinq ans que la religion était rétablie.

nouvelle démarche auprès du conseil. Il vint trouver lui-même les consuls, et leur offrit de c bâtir à ses frais une église, dans trois ans, hors des murs, en laissant un vicaire à Saint-Louis, pour y célébrer la messe et y faire le reste des fonctions curiales. » Les habitants, consultés à ce sujet, ne voulurent pas de cette combinaison, disant qu' « il fallait s'en tenir aux ordonnances des commissaires. » L'évêque les prit- au mot, et leur fit savoir t qu'il voulait la jouissance de l'église Saint-Louis pour les ecclésiastiques ; un clocher à la capucine sur icelle, pour y mettre une cloche d'un quintal et demi ; un cimetière pour y porter les corps des décédés, avec la croix et formes accoutumées dans l'Église ; et l'entière liberté pour les vicaires de visiter les malades et leur administrer les sacrements nécessaires i. » À titre de pure concession, le prélat laissait aux huguenots l'église Saint-Jacques, leur défendant pourtant d'y faire aucun exercice de religion, et les autorisant à l'employer au guet et à leur manufacture de salpêtre. Il ordonna, « en faveur des calvinistes, » de ne jamais sonner la cloche de Saint- Louis la nuit, sauf le soir de la Noël ; et, vu le petit nombre de catholiques, il supprimait les processions publiques. Les protestants méprisèrent ces concessions, et firent un tel désordre, pendant les trois semaines de sursis que le roi avait ordonnées afin de vider leurs différends, que l'évêque et le clergé se retirèrent de la ville. Ce départ jeta le trouble dans le parti réformiste. Sur l'avis des plus rusés, on dépêcha vers le roi le sieur de Viçose, lieutenant principal, expliquer l'affaire et forcer les ecclésiastiques à revenir à leur poste. Une députation fut aussi envoyée au maréchal d'Ornano, gouverneur de Guyenne, lui assurant qu'on respecterait les droits du clergé et les ordres du roi. Entre temps eux poussaient vivement le travail des fortifications de Villenouvelle et des Carmes, où ils employèrent les derniers restes du château des Raymond. Henri IV,

1 Perrin, Hist. mantitcrite, p. 453, 454.

payé pour savoir ce que valaient les promesses des huguenots, chargea deux commissaires de la Chambre mi-partie de Castres de rétablir Févéque et le clergé dans leurs droits absolus.

6. Sous cette protection, Anne de Murviel et ses ecclésiastitiques rentrèrent (1606). Il furent remis en possession de Saint- Jacques, d'où les usurpateurs délogèrent les pièces d'artillerie. On rendit aussi aux catholiques les diverses chapelles qu'ils occupaient auparavant, ainsi que les cimetières, et on leur fixa les limites dans lesquelles pouvaient se dérouler les processions publiques: elles avaient environ cent pas à parcourir *. Les calvinistes ne supportaient ces concessions qu'avec peine; ils ne tardèrent pas à témoigner leur mécontentement en mille rencontres. Ainsi de vieux mémoires relatent qu'ils défendirent expressément à leurs coreligionnaires d'affermer les dîmes des ecclésiastiques. Un certain Pierre Aymerac ayant, cette même année, pris en ferme celles du chapitre cathédral, fut privé de la cène et obligé, pour éviter pire, de résilier son bail. Le jour où, pour remercier le ciel de la naissance du second fils de Henri IV, le clergé et son évéque venaient allumer le feu de joie préparé devant l'église Saint- Jacques, et chanter le Te Deum, les calvinistes accouraient furieux, et repoussaient le prélat jusque dans sa maison. Anne protesta de son droit, et leur observa le tort qu'ils se donnaient, aux termes des ordonnances royales. Toutefois, pour les calmer, il consentit à changer d'emplacement, puisque la chose leur était sans doute désagréable, à cause du voisinage de leur temple, et il leur annonça qu'il allait faire la cérémonie sur la place des Monges. Devant cette résolution exprimée

* D'après le verbal des commitêairet, Perrin trace ainsi ces limites: « De l'église de Saint- Louis prenant à main droite, au Damage, et de là, passant par la rue dite des 6oubirous-Bas, à celle de Saliga (réceptacle des ordures du voisinage) à la grande rue, pour se remettre dans Saint-Louis. » Pourtant, ajoute-t-il, deux des consuls chargés do la police le jour de la fête des Rameaux, ayant rencontré l'évoque et sos chapitres faisant la procession, leur permirent de la poursuivre t du long de ladite rue des Soubirous-Bas jusqu'à celle de la porte des Cordelière, la droite de laquelle on suivit pour se rendre à l'église, passant par la grande rue dite des Coleliers. * (P. 457.) C'était environ cent cinquante pas de plus.

avec calme, tes reKgionnaires consentirent a l'exécution de son premier dessein; mais le prélat, ne voulant pas profiter d'une générosité que sa fermeté leur arrachait, s'en tint à sa dernière décision. « Non pourtant sans grand danger de sa personne et de ses ecclésiastiques, rapporte l'histoire, se trouvant au milieu d'un peuple si effarouché, qu'à peine les ministres et les plus qualifiés des habitants peuvent calmer. Ce n'est pas que ceux-ci n'en fussent blâmables, l'ayant mutiné '. » Mais dans cette occasion encore ils allèrent supplier l'évêque pour cacher leur conduite à Sa Majesté. De Murviel les accueillit avec sa bonté paternelle accoutumée et agréa leurs excuses.

7. Ces actes de modération et de patience valurent au vertueux prélat de nouveaux outrages. Une femme nommée Jornaille, restée catholique malgré son mari et les désordres du temps, se voyant près de sa fin, fléchit le plus jeune de ses fils, et se fit amener un prêtre, auquel elle se confessa secrètement. Elle mourut quelques jours après, le 10 août 1607. Celui de ses enfants qui avait respecté le dernier vœu de la mourante, voulut la faire inhumer selon le rit de l'Église catholique. L'aîné s'y opposa et informa le Consistoire, qui envoya un ministre avec une troupe d'archers à cheval. Les huguenots n'eurent pas plutôt aperçu la croix, qu'ils se ruèrent sur les ecclésiastiques, et les couvrirent d'injures, de pierres et de poussière. Le cadavre fut finalement arraché aux porteurs, et enterré dans les formes protestantes. Au premier bruit de la collision l'évoque était accouru avec son chapitre, espérant calmer les esprits par sa présence. Il s'était trompé ; les cris, les insultes, une grêle de cailloux l'accueillirent. Les cavaliers poussèrent l'insolence jusqu'à lancer à toute bride leurs che-

* Histoire manuscrite, p. 458. — D'après les verbaux des délibérations capitulaires on voit que les séances du chapitre se tenaient à Castelsarrasin. Le 5 mai 1606 « fut délibéré à la sacristie de Saint-Saubveur d'aller roprendre le culte i Montauban. • Mais le 17 août, dans le logis du chanoine Prévost, on déclara c ne pas pouvoir tenir assemblée générale, à cause des troubles. »

vaux dans le cortège du prélat, qui trouva les portes fermées quand il voulut rentrer dans la ville. On ne lui ouvrit celle du Moustier qu'à la chute du jour, après l'avoir laissé exposé, durant plusieurs heures, aux outrages de la populace, qui lui jetait sans relâche des pierres et de la boue. L'évéque fut dangereusement blessé au visage, et plusieurs des siens furent estropiés !. Sur l'ordre du parlement le juge de Castelsarrasin vint informer; mais l'attentat resta impuni. La ville ne reconnaissait que de nom l'autorité du roi ; les consuls et les pasteurs y gouvernaient en maîtres. Il eût été parfaitement inutile de prononcer un arrêt qui n'aurait pas été exécuté. L'évoque et le clergé durent se taire devant les menaces d'exil et même de mort que leur jetait un peuple forcené. Pour tirer vengeance de la plainte que l'évéque avait portée, ils lui firent subir mille indignités. Non contents d'employer les moyens les plus vils que put inventer leur rage, t les ministres lui suscitaient des femmes de mauvaise vie pour le scandaliser, faisant exposer leurs enfants devant son palais 2. » Jusqu'à trois fois ils couvrirent d'immondices les portes de l'église Saint-Jacques, où quelques jours auparavant le consulat était venu offrir ses hommages et ses présents à l'évéque de Cahors, de passage dans la cité 3.

Page 1