Toujours dominateurs et méfiants, les protestants frap
Cf. le texte de cette ordonnance épiscopale dans VRUtùire manuscrite, p. 460-461.
paient des impôts pour aider aux réparations des murailles de la ville. Loin de se laisser intimider par cet acte illégal et abusif, l'évoque leur fit signifier l'arrêt du parlement confirmant les droits qu'il avait, contre leur syndic, sur les lods et ventes de la cité, et la présence due au clergé. Malgré leurs protestations, les huguenots furent forcés de se rendre ; mais, prenant leur revanche, ils réclamèrent un second temple, celui de la Boucherie étant, disaient-ils, insuffisant. Anne de Murviel eut la douleur de voir démolir (1609) la maison que Bertrand Robert avait achetée dans la ville pour le logement des évoques, et vit bâtir à sa place un nouveau temple. Tandis que dans toute la France l'habile gouvernement de Henri IV avait rétabli la paix et arrêté les progrès de la secte protestante, à Montauban c'étaient des querelles sans cesse renaissantes. Le prélat eût sans doute obtenu justice dans cette dernière affaire l ; mais le couteau du régicide Ravaillac, en enlevant à nos pères (4 mai 1610) leur défenseur, rendit le protestantisme plus audacieux.
La fatale nouvelle arriva dans notre cité le 18, avec une lettre de Thémines, recommandant aux consuls de veiller aux commotions que cet événement pouvait amener. Le synode se trouvait précisément réuni à cette heure. Cette annonce jeta d'abord la consternation parmi les membres. Le moine apostat Michel Béraud qui, profitant de son titre de ministre, terrorisait la ville et allait jusqu'à lui imposer son fils Théophile pour consul, et Pierre son second enfant, « brutal achevé, de vie licencieuse et du tout scandaleuse, » pour exercer les fono tions de pasteur, Michel poussait, par ses déclamations séditieuses, les esprits dans les plus violentes mesures. Chef de l'émeute, il demanda qu'on chassât le clergé, seul moyen, disait-il, c d'assurer la tranquilité de la ville. » Les consuls, effrayés par les événements, s'y opposèrent ; ils prirent même la défense de l'évéque et des ecclésiastiques, et se trouvèrent appuyés par
4 L'évegue avait intenté un procès te 29 mai 1609, à propos du nouveau temple. (Cf. Livre de$ compte consulairet.)
tous les plus influents montalbanais1. Cinq jours avant, le jeudi 13 mai, le synode consistori.il avait demandé l'expulsion de leurs propres pasteurs, « veu les plainctes ordinaires des églises de Meauzac et d'Yslamade, pour n'avoir l'assistance et consolation requise de leur ministre pendant les maladies des personnes qui sont de la relligion refformée, et pour esviter maulz qui en peuvent arriver, et aussi pour le repos de la ville 2- »
10. Dès lors la ville fut en paix, et l'arrivée de Condé dans ses murs contribua encore à rendre le calme plus durable. Thémines précédait le prince. Il arriva la veille avec cent gentilshommes chargés d'aller recevoir l'auguste visiteur au port de Loubéjac. Le 5 septembre 1611 Mon tau ban apparut dans tout l'éclat d'une fête : arcs de triomphe enrichis d'inscriptions et de peintures emblématiques, maisons tapissées et enguirlandées, rues jonchées de feuillage. Tous les habitants étaient sous les
4 Les Matériaux pour tervir à l'histoire de Montauban nous ont conservé t, I, p. 89, les délibérations qui furent prises en cette occasion. « Le mercredy, 19 may 1610t â l'heure de midy, au château consulaire de Montauban, fut tenu un conseil général des consuls et habitans, où Théophile Bôrauld, premier consul, remontra qu'il venoit de recevoir une lettre du seigneur de Thémines, sénéchal et gouverneur du Quercy, leur mandant que le roy avoit été assassiné. Le conseil conclut que les ecclésiastiques, qui étoient dans la ville, seraient mendez venir au conseil, pour leur donner toute asseurance de pouvoir demeurer dans cette ville en toute liberté. — Les ecclésiastiques mendez, étant venus au conseil, les consuls leur donnèrent toute assurance de leurs personnes et de leurs biens, et les prirent sous la protection et sauvegarde du roy et de la ville, sans souffrir ny permettre que nul tort, mal ny déplaisir leur fût fait... Les ecclésiastiques les remercièrent et protestèrent vouloir vivre et mourir en cette ville comme bons habitans et serviteurs du roy. » (Liasse 83.) — Perrin ajoute, p. 204, qu'ils « furent loués de M. de Verdun, premier président du parlement de Toloze, et de M. le Prélat (qui esloit en ce temps & Monlech.) ■ Une nouvelle réunion suivit celle du 19. Eu voici le procès- verbal : « Le 22 may, dans un plus grand conseil général, tenu dans le temple vieux, joignant le château consulaire, Théophile fierauld, premier consul, représente l'assassination et malheureux désastre commis sur la personne de nostre bon et grand roy, de quoy nous avons tous occasion de mener un très grand deuil. Sur quoy le conseil fait savoir au parlement de Toulouse et â M. de Thémines, pour leur donner Passeurance que toutes les choses demeureront paisibles. Ensuite, ouïe la lettre de M. de Thémines, annonçant qu'il avoit fait crier à Cahors, vive le roy Louis XIII, roy de France et de Navarre, notre légitime et naturel prince souverain, et exhortant les consuls à faire de mémo; sur quoy, Berauld, consul, remontre... qu'un chacun prête tout présentement le serment de fidélité que nous devons â Sa Majesté, et chacun aussi témoigne, par acclamation, ses vœux et souhaits pour la prospérité et durée de son rogne. (Matériaux, loc. cit.)
' Cf. Archives communales, BegUtret det délibérations.
armes ; les lieux voisins avaient même envoyé des soldats pour grossir les compagnies placées sous les ordres de M. de Castelsagrat, c et les canons furent mis en état pour les faire jouer à son arrivée. » On n'avait rien épargné pour convaincre le prince qu'avec cette bourgeoisie, si fière et si bien armée, Montauban n'était pas moins en état d'attaquer que de se défendre. Condé entra par la porte Montmurat. Sur l'angle du grand Jeude-Paume l'attendait une estrade magnifiquement ornée ; il y monta et s'assit sur une chaise garnie de velours pour écouter les harangues des différents corps de la ville. Les chanoines, ayant à leur tête le grand-prévôt et vicaire-général d'Alems, s'étaient mis en marche pour aller le complimenter; mais ils furent arrêtés sur le coin de la Faune, près du puits des Frères Mineurs, par des gens armés qui baissèrent leurs piques, et menacèrent de les percer s'il allaient plus loin, sous le prétexte que c c'était-là la limite de leurs processions. » Le chapitre s'arrêta, et le consistoire, prenant sa place, s'avança le premier. Le prince demanda « quelles gens c estaient, et où estait le clergé? » On lui répondit que c'étaient les ministres du Saint Évangile, les Anciens du Consistoire et les régents de l'Académie ; que, quant au clergé papal, il ne luy estait pas permis de venir jusques-là. » Condé, interrompant le ministre qui avait commencé sa harangue, adressa une réprimande sévère aux consuls, et ordonna qu'on fît venir les ecclésiastiques1.
* Le procès-verbal de celte réception, consigné au Livre jaune, A, fl» xn, passe cet incident sous silence; mais d'autres registres, où il est rapporté, expriment que les Montalbanais n'avaient souffert cet acte humiliant que par respect pour le prince de Bourbon. Voici la partie du procès-verbal concernant le clergé : ■ Et pour le regard des Ecleziasticques M. d'Alems, grand prévost do l'Esglize Calhedralle de Montauban, avec certain nombre des chanoynes, revettus de leurs surpelhis et hanmusses, avec la croix arborée devant eulx, sans leur estro permis de chanter, vinct saluer mondit soigneur le Prince, audit lieu, de la part de leur clergé, leur ayant esté permis, en contemplation dudit seigneur prince, d'y venir de la sorte despuys leur esglize de Sainct-Louys jusques audict lieu, combien que par le règlement lesditz Ecleziasticques ne pussent aller en procession dans la présente ville que despuys ledict Sainct-Louys jusques au carrefour appelé de la Faune. Et de fait, à leur retour, on les fit passer par la nie que tourne à main gauche, tenant laditte porte de Montmurat vers la rue dilte La Cour de Toulouze; aux fins de montrer que c'estoil sans conséquence et pour le contentement dudicl seigneur prince tout seullement. » (Cf. ttis-
Nicolas d'Àlems, suivi de t certain nombre de chanoynes revettus de leurs surpelhis et haumusses, avec la croix arborée devant eulx, sans leur estre permis de chanter, vinct saluer mondit seigneur le Prince, > et le harangua en ces termes :
c Monseigneur,
c On dit qu'il y a des nations qui bénissent le soleil à son lever, et accompagnent de leurs vœux l'entrée et le milieu de sa course, pour les biens et commodités qu'il leur apporte, venant à se montrer à l'horizon. Mais j'oze dire que le clergé de ce diocèse, le plus désolé peut-estre qui soit aujourd'huy en France, a bien autant ou plus de sujet de bénir et d'accompagner de ses vœux vostre arrivée en ce pays, puisque, comme un second soleil, vous esclairez nos espérances, et leurs faites avoir le commencement d'un beau jour, après tant d'orages, dont nous avons esté si longtemps battus, et nous et nos prédécesseurs. Car, si nous avons flotté pendant tant d'années, parmi les ondes des guerres civiles, agités d'une si continuelle tourmente, que le débris du naufrage paroist encore, pour le moins vous, comme un feu saint venant à fondre et à luyre sur les pièces qui restent de nostre estât ecclésiastique, vous nous rassurez le front, et semblez nous promettre un grand calme, afin que, sous vostre protection et sauvegarde, nous puissions surgir au port, ou à voiles ou à rames nous taschions d'aborder.
« Aussi, ne sçau riez- vous, Monseigneur, démentir le sang royal de France duquel vous estes issu, sang toujours généreux et ardent, mais principalement lorsqu'il a esté question de protéger l'Église et les ecclésiastiques: témoin vostre grand ayeul saint Louis, le plus grand roy que le soleil vit jamais, et le plus digne de porter sceptre et couronne, qui vous a laissé
taire de Montauban, annotée, l. II, p. 1 09-111.) —Nous trouvons dans cet acte le vrai nom du vicaire-général que certains, comme les annotateurs de Le Bret, ont appelé d'Jlem, d'autres de LaXem, et enfin M. Mary-Lafon, de Lalain. Il faut dire et écrire d'Àlems. Tome IL II. 2.
48 HISTOIRE DE i/ÉGLISE DE MONTA U BAN. '
en partage, avec les fleurs-de-lys, le soin et le zèle de maintenir l'Église et ses serviteurs en la jouyssance des privilèges que les roys très-chrétiens, souche de la branche de Bourbon, leur ont si pieusement et libéralement accordés. C'est pourquoy nous ne faisons pas de difficulté de croire que, tout ainsi que les grands roys des Perses, faisant leur entrée dans la capitale, estrenoient chacun habitant d'une pièce d'or, ainsi vous qui estes petit-fils d'un si grand roy, et qui représentez la personne du roy, qui est à présent régnant (à qui Dieu accroisse la vertu et la prospérité avec les ans !) comme un de ceux qui la touchent de plus près, faisant vostre entrée dans ceste ville, vous nous estrénerez, non d'une pièce d'or (car nous attendons bien plus de vostre grandeur), mais de l'honneur de vos bonnes grâces, qui nous sont bien plus précieuses que tout l'or dû monde ; et de nostre part, en reconnoissance de tant de biens que vostre grandeur nous fait espérer, nous vous offrons, Monseigneur, nos prières, nos larmes et nos soupirs envers Dieu, ainsi que fist autrefois le clergé de Rennes à Philippe-Auguste, ayeul de vostre grand-ayeul saint Louys, qui leur avait fait l'honneur de leur escrire, et demandoit l'assistance de leur secours. Comme, à la vérité, les ecclésiastiques ne peuvent pas fournir d'autres secours ni d'autres assistances que de leurs prières, qui sont néantmoins des armes si fortes que souvent elles se sont faites ouverture au ciel, souvent elles ont forcé Dieu, et y ont arraché la foudre de vengeance que sa dextre alloit déjà lancer sur la terre. Ainsi donc, Monseigneur, puisque le ciel verse continuellement sur vous ses grâces et ses bénédictions, aussi puissiez- vous tenir un rang auprès de Sa Majesté en paix et en union chrétienne ; ainsi puissent vos lys conserver leur naïfve blancheur, sans que la malice du temps les puisse jamais flétrir ! Ce sont nos désirs ; ce sont les souhaits de tous les gens de bien ; ce sont nos vœux et nos prières, que nous envoyons et poussons journellement au ciel, et notamment aujourd'huy, lors de vostre entrée ; et nous chantons de
cœur et de bouche : € Béni soit celuy qui vient au nom de .nostre Seigneur * ! »
Condé « reçut avec tant ie plaisir ces compliments et la connaissance qu'il lui donna par son discours des affaires de l'Église, qu'il lui demanda (selon la traditive) son harangue pour la faire imprimer 2. » Les magistrats, les ministres et les consuls vinrent à tour de rôle lui adresser leurs félicitations ; après quoi le prince entra dans la ville, la croix du clergé en tête du cortège. Mais pour mystifier les catholiques, les huguenots chargés de la police t firent prendre un autre quartier au clergé, et crurent de la sorte pouvoir conduire son Altesse à la maison de Dariat 3, qu'on lui avait préparée, sans qu'elle entrât dans l'église. Néanmoins, ne voyant pas le clergé, elle demanda où était l'église4, et y étant arrivé, mit pied à terre. » Anne de Murviel5, paré des ornements pontificaux, l'attendait à la porte, et après l'avoir complimenté l'introduisit dans le chœur, où le prince se recueillit quelques instants t et y fit sa prière. > Le lendemain, de grand matin, avant son départ pour Toulouse, Condé vint entendre la messe, exhorta les citoyens à être fidèles au roi, à vivre en bon accord, et fit sentir aux huguenots que leur procédé de la veille, à l'endroit des catholiques, lui avait été « entièrement desplaisant. »
1 1 . De longues et déplorables dissensions vinrent alors agiter la France. La politique de la régente n'allant pas au gré de la cour et des protestants, vexés des alliances catholiques que con-
4 Le scribe qui, au Livre jaune, supprima la sévère réprimande du prince aux consuls sur leur conduite i l'égard du clergé catholique, crut aussi à propos de transcrire le discours que nous venons de citer et que Perrin nous a conservé au livre II de son Histoire, ch. 4, d*aprés une copie, trouvée dans les papiers de la famille d'Alems. Ce secrétaire n'a omis cependant de rapporter in extenso les harangues des députés de chaque corps.
3 Perrin, p. 168-469. Celte harangue a-l-elle été imprimée ?
* Cette maison, qui servit de logement à Henri IV et à plusieurs notabilités, est aujourd'hui la maison Delbosc, rue de la Comédie.
4 L'église Saint-Louis, la seule où Ton pouvait alors célébrer le culte catholique.
* M. Mary-Laron ne trouve pas d'autre titre pour le doux et calme prélat, que celui d'éitfquedela ligue, p. 108.
tractaient les familles princières, Condé et le duc de Rohanse déclarèrent ouvertement pour la Réforme et contre la reine. Montauban résista longtemps aux instances et aux bassesses du duc. Lé synode de Réalmont venait de lui donner le titre et lès pouvoirs de général des églises réformées ; de Rohan ne voulut les accepter qu'avec les consentement et confirmation des Montalbanais. C'était les prendre par leur côté faible. Dès ce jour le duc et la cité furent unis pour leur malheur. Le célèbre ministre Charnier, dont les habitants s'étaient affolés, au point de couronner le mulet qu'il montait, fut chargé de cimenter cette union.
Au milieu de ces funestes débats, le clergé de la ville était toujours dans les transes, malgré les assurances qu'il recevait journellement des magistrats. Il savait de quoi le peuple était capable dans des moments d'effervescence ; le souvenir du passé lui faisait craindre pour l'avenir. Aussi, quand on appelait les plus timides à la maison commune pour les tranquilliser, ils refusaient de s'y rendre, s'ils n'étaient escortés de gens bien éprouvés. Ceux qui ne voulaient pas se retirer au Claux ou à Piquecos, où leur était promis un asile de sûreté, vivaient rélégués dans les rues les plus sales de la ville. Ils ne pouvaient sortir de ce véritable Gheto et paraître dans les lieux publics sans endurer quelque outrage, ou entendre retentir à leurs oreilles le mot de prison. La place des Monges, alors bien resserrée, était la seule promenade qu'ils osaient fréquenter par groupe. Bientôt leur position devint plus triste. Les protestants, au contraire, pressaient vivement la construction de leur temple et paraissaient partout avec arrogance et effronterie, tout en affichant des dehors de bonne entente avec les catholiques.
12. C'était l'heure où l'on allait définitivement sortir de l'indécision qui régnait dans les hautes régions politiques (octobre 1620). Louis XIII, en rupture avec sa mère, se rend dans le Béarn pour faire exécuter l'arrêt de 1617, touchant le rétablissement de la religion catholique. A cette nouvelle les
TROISIÈME PÉRIODE. — ANNE CàRRION DE MURV1EL (J6(MM652). 24
villes calvinistes s'émeuvent. Des députés de toutes les églises protestantes. du Languedoc et de la Haute-Guyenne se réunissent en grande assemblée dans notre ville. En séance générale on rédige des lettres-circulaires, par lesquelles tous les protestants du royaume sont exhortés à envoyer des députés au colloque convoqué à Millau pour le mois de novembre, afin de remédier aux malheurs que venaient d'essuyer leurs frères du Béarn. Montauban passe de l'exaspération a la rage. Ses habitants se jettent avec fureur sur les maisons des ecclésiastiques, se saisissent de leurs personnes, les conduisent dans le château consulaire, où trente soldats bien déterminés les gardent à vue. € S'ils n'en crurent mourir, dit Perrin, ils en furent bien avant dans la crainte, mêmement le Père Durand, jésuite, avec son compagnon qui se trouvait dans la ville y prêchant l'Avent *. Leur bon prélat, tout affligé, était en peine de leur liberté dans Montech, et en méditant les moyens fut persuadé par Dandé, chantre de sa collégiale, d'en écrire à M. le cardinal de Sourdis, résidant dans Bourdeaux. Ce qu'il fit : et sa lettre fut bien venue 2. » Instruit du danger que le clergé courait à Montauban, le cardinal-archevêque assembla a la hâte les principaux calvinistes de sa métropole, et leur enjoignit de prendre les plus promptes mesures pour détourner leurs coreligionnaires de teurs mauvais desseins, les rendant responsables sur leur tête des suites de l'affaire. Les protestants de Bordeaux écrivirent, en effet, à ceux de Montauban ; mais, avant l'arrivée de leur lettre, le conseil de ville s'était assemblé, et avait décidé que les ecclésiastiques seraient rendus a la liberté et pourraient continuer leurs fonctions. Le premier consul, Etienne Brassard, leur ouvrit les portes de la prison, les assurant qu'ils n'auraient désormais plus rien à craindre. Défense leur était
4 lise préparait sans doute à prêcher l'Avent, car on n'était encore qu'au mois d'octobre. Ces prédicateurs donnaient plus probablement une mission.
' D'autres historiens, avec Le Bret, ne mettent pas l'ôvôquo de Murviel dans celte affaire, qui, selon eux, fut le fait du chantre et de ses confrères. (Cf. Hist. mantucrite, p. 48t.)
faite néanmoins, sous peine de mort, de sortir de la ville sans permission1. Les ecclésiastiques refusèrent de quitter la prison, si on ne leur accordait toute liberté. Avec la duplicité qui les distinguait, les protestants essayèrent de leur persuader que la condition apportée était uniquement pour c assurer davantage leur conservation. » On finit par s'entendre; les consuls promirent liberté et sûreté, ajoutant qu'on leur « garantissait (en cas d'être obligés de se retirer) la conduite de leurs personnes et de leurs meubles jusqu'aux lieux du Claux ou de Piquecos, à leur volonté. »
13. Le colloque de Millau, dont les insolentes résolutions furent cassées par le parlement, avait été suivi de l'assemblée générale de La Rochelle (25 novembre 1620), dans laquelle on divisa le royaume en huit cercles, et l'on créa au sein de l'État un pouvoir indépendant. Notre Basse-Guyenne fut donnée au duc de La Force et le Languedoc à Rohan. — Voilà la réforme que voulaient les calvinistes. — Las de faire des concessions à des rebelles 2, Louis XIII, par son édit donné a Niort le 27 mai, déclare criminelles de lèse-majesté au premier chef, et déchues de leurs privilèges les villes qui obéiraient à l'assemblée de La Rochelle, notamment Montauban et Saint-Jean-d'Angély. La résistance formelle des principaux chefs du parti calviniste et surtout du duc de Rohan, ouvrit cette guerre de religion que les protestants soutinrent seuls ; le Quercy et notre ville en particulier n'y jouèrent qu'un trop grand rôle. Pour donner du cœur aux habitants, Rohan annonça son arrivée à Montauban. A cette nouvelle les Montalbanais firent un tel désordre, que le clergé crut sage de demander aux consuls des sauf-conduits pour se rendre au Claux, ainsi qu'il leur avait été promis. Après bien des refus, ils obtinrent qu'on les transportât sur cette rive, d'où les deux chapitres allèrent à Montech recevoir
1 Htit. annotée de Montauban, t. II, p. 116, 117.
' Par un édit du 24 avril il avait confirmé les ordonnances rendues en faveur des protestants, et assurait sa protection à tous ceux qui resteraient soumis et tranquilles.
TROISIÈME PÉRIODE. — ANNB CARRION DE MURYIEL (4600-1652). 23
les ordres de l'évèque. Anne de Murviel garda le collégial avec lui et envoya le cathédral à Castelsarrasin. L'un et l'autre commencèrent le service divin le 6 juin 1621, fête de la Sainte-Trinité. Bientôt on sut que, vu les menées des ministres ' et les préparatifs de la ville, Montauban ne pouvait être réduit que par la force. Les troupes royales l'investissent le 19 août. Après un siège qui est resté le fait le plus mémorable de notre histoire, et a valu à Montauban d'être appelé c le tombeau de ta noblesse française2, > Louis XIII dut s'avouer vaincu et disparaître de devant cette place le 14 novembre3; il y avait perdu 16,000 hommes, tués ou morts de maladie.
« VBistoire particulière des plus mémorables choses passées au siège de Montauban nous apprend qu'à ce moment il y avait treize ministres dans la ville, presque tous réfugies. C'étaient Gardési, Charnier, Josion, Béraud, Bicheteau, Ricbaud, Cazaux, Moynier, Barbât, Belou, Cayla, Perille et Joly, auteur de ce récit, signé A. I. D. Il avait prudemment laissé on blanc son nom dans celte relation, imprimée d'abord sans nom d'auteur, en 1622, à Montauban, quoiqu'elle soit datée de Leyden, et souvent réimprimée, notamment à Genève en 1624, avec le nom de ce ministre, professeur à l'Académie de Montauban. (Cf. Éphémèrides Montalbanaises.)
> VBistoire du siège de Montauban, au t. III de Y Histoire du Querci, et la Belation manuscrite de Natalis, le célèbre consul. Cf. encore Mémoires de Bassompierre; VEstat de siège contre Montauban, extrait des Mémoires écrits au camp royal. Histoire particulière de Louis XIII, mss. de la bibliothèque nationale. Item, Mémoires de Puységur,
1 Un des plus singuliers épisodes de ce siège, au point de vue qui nous intéresse, est la mort du ministre Charnier, fils d'apostat. Entendons-la raconter par un historien catholique et par Mary-Lafon. • Quand la mort de Charnier fut connue, dit celui-ci, on vit le désespoir sur tous les visages et des larmes dans tous les yeux. On eût dit que Montauban était un Bochin, et que ses habitants, tous en deuil, pleuraient comme Hadad Rammon dans la vallée de Mejiddo, quand le bon roi Josiah périt. Et comme, lorsque Samuel le prophète mourut, tout Israël se rendit à Ramah et pleura sur lui, de môme tout le peuple de Montauban, gentilshommes et grandes dames, bourgeois et soldats, pauvres et riches, soupirant et sanglotant, s'écriaient d'un ton lamentable: « Notre père est mort, notre père, notre père ! Le charriot d'Israël et celui qu'il portait nous sont enlevés. Hélas I nous ne le reverrons plus. » (Hist. iïuneinlle protestante, p. 163; traduit de Life Mon*, Daniel Charnier, p, 186.) Tandis que ses coreligionnaires, au dire de l'historien Dupleix, étaient désolés comme ■ s'ils avaient perdu la meilleure de leur place de sûreté, • on lui taisait d'autre part cette sorte d'ôpitaphe, rapportée par le Mercure français, t. VIII, p. 605: . Charnier avait si fort bâti
Son gros ventre contre la mort,
Pour se rendre à elle imprenable,
Que pour avoir le compagnon*
Elle a eu besoin d'un canon,
Sa faulx n'étant assez capable...
Le chanoine Perrin connaissait évidemment cette satire et l'authenticité du fait, lorsqu'il raconta I'épiaode de cette façon : • Charnier se porta te 16 d'octobre sur le bastion dePalhas,
14. Ses troupes se répandirent dans les environs, faisant parfois expier chèrement aux huguenots leur résistance et les meurtres dont ils s'étaient rendus coupables. A Nègrepelisse, où les religionnaires étaient allés de maison en maison, égorger pendant la nuit les soldats du roi, en criant à chaque victime : t Vay entendre la messo à Vinfer ! Va entendre la messe à l'enfer, * les représailles furent terribles. Louis XIII, pour punir ce crime odieux, fit avancer son armée sous les ordres de Condé. c En demi-heure, le 10 juin 1622, rapporte le Mercure de France, tout fut exterminé dans la ville, et les rues estoient si pleines de morts et de sang, qu'on y marchoit avec peine. Ceux qui se sauvèrent dans le chasteau furent contraints le lendemain de se rendre à discrétion, et furent tous pendus; mais les femmes et les enfans n'y reçurent aucun mal. Ceste mesme matinée, comme on eut envoyé une compagnie de pionniers pour porter les morts hors de la ville, et les enterrer, l'ayant déjà fait pour 183 corps, de plus de 600, les soldats mirent le feu en* divers endroicts de la ville, laquelle fut toute bruslée en huict heures. » Le 22 du même mois, Saint-Antonin devait capituler à son tour devant les troupes catholiques, c Tous les soldats protestants qui n'étaient point nés dans la ville furent désarmés, et mis dehors, un bâton blanc à la main ; quinze habitants qui n'étaient point compris dans la capitulation furent arrêtés, et onze d'entr'eux livrés aux bourreaux. Parmi eux on distinguait le capitaine de la ville, nommé Valiergue, le procureur du roi et un ministre, qui avait autrefois
après avoir bien rempli sa panse, la hallebarde a la main, il fit parade de son ventre. Ce ne fut pas, dit Bôraud, compagnon de ses crimes, sans sujet, puisque c'était le jour même de son repos. Il voulut, poursuit-il, mourir ; de fait il mourut. Car un boulet de canon l'êventra et le mit en mille pièces. Mais fut-ce pour la cause de Dieu ? 11 n'avait pas Dieu môme en pensée, mais bien lo gibet, qull craignait pour ses maléfices, lui donnait de la terreur, si la ville s'était rendue, et l'obligea à s'exposer de la sorte. Partant c'est mal à propos que Beraud dit ce jour avoir été le jour de son repos, puisque le feu du canon consommant son corps, renvoya sans doute son âme dans le feu de l'enfer, pour y brûler à jamais. fHist. manuscrite, p. 212.) — La mort de Charnier est portée dans les registres de l'état civil à la date du 17 octobre.
TROISIÈME PÉRIODE. — ANNE CARRION DE MGRVUL (1600-f652). 25
été cordelier et qui, pendant le siège, ordonnait de mettre à mort tous ceux -qui paraissaient disposés à se soumettre à l'autorité royale1. » Ce ne fut pas seulement dans ces villes que les protestants s'étaient rendus coupables dé pareils forfaits,- et exposés par leurs crimes à de terribles représailles, lorsque les catholiques se trouvaient en nombre, ou quand les troupes royales pouvaient venir à leur aide. A Àlbias, notamment, les catholiques sont égorgés ; mais arrive Mayenne, qui fait pendre tous ces vainqueurs, et rase complètement le village. Saint- Maurice, Montbeton, Corbarieu, Reyniès, Moulis, Villebrumier, Monclar, Saint-Nauphary, Le Fau, Saint-Martial, Labastide- Saint-Pierre, Orgueil, Nohic, Montech, Piquecos, Léribosc, Loiïbéjac, Montech, Finhan, Escatalens, Brial, Meauzac, Septfonds, Bruniquel, Cajlus virent de sanglants combats, où tour à tour catholiques et protestants triomphent et succombent, laissant toujours après eux les plus affreux désastres, vengeant sur une localité la défaite qu'ils avaient éprouvée dans une autre. Cette foule, que la victoire avait enivrée, apporta avec son butin le germe d'une épidémie, qui moissonna en quelques jours plus de 2,000 personnes.
1 Cf. UUt. annotée du Languedoc, par Du Môge, t. IX, addit. et notes du liv. xlhi, p.'6l, 62. — Le Mercure rapporte que pendant la pendaison du religieux apostat, un soldat catholique fit les vers suivants qui, avec le mauvais goût de l'époque, révèlent la déplorable haine que ces guerres fomentaient dans notre patrie :
Un moyne des longtemps sa corde avait quittée, Pour, dans Sainct-Anthonin, prendre le court manteau D'un ministre eshonté ; mais enfin ceste année, Il a trouvé sa corde en la main d'un bourreau.
Ce moyne avait promis mourir avec la corde. Or, depuis, il s'estoit de son vœu oublié : liais avant de mourir il fut icy lié, Afin que sa promesse avec l'effet s'accorde.
Ministre,' recevez ce cordon de bon cœur. Le premier s'est perdu pour estre sur la hanche, Celuy-ci, mis au col, est plus ferme et plus teur, Car, de sufcroisl, il a pour renfort une branche.
C'était, sans doute, abuser de la victoire que d'élever des gibets dans une ville déjà foudroyée par l'artillerie; mais ees sentiments si terribles n'étaient rien auprès de ce qu'avaient fait (es chefs protestants sortis de Montauban.
Après bien des combats et des négociations, la paix fut enfin signée à Montpellier, le 19 octobre 1622. Elle portait entière confirmation de redit de Nantes, amnistie de tout le passé et réintégration des chefs calvinistes dans tous leurs biens, titres et privilèges. En vertu d'un article secret les fortifications de Montauban devaient rester intactes. Elle y fut proclamée le 9 de novembre au bruit du canon, auquel les campagnes ravagées répondirent par de longs cris d'allégresse.
15. Les ecclésiastiques de Montauban ne devaient pas profiter aussitôt des bienfaits de cette trêve. Comment détruire en quelques jours les préjugés d'une population surexcitée par le prêche des ministres? comment surtout l'amener à rendre les églises et restituer les propriétés? Ils adressèrent cependant une requête au duc d'Épernon, gouverneur de Guyenne, pour l'exécution du nouvel édit. Marcillac, seigneur de Sauveterre, fut envoyé pour régler la situation avec le conseil de ville, et s'en entretenir à Montech avec l'évêque. Après bien des débats, il fut convenu que le clergé pourrait rentrer dans la cité. Le 15 février 1623 Anne de Murviel, suivi de son aumônier et du syndic de la collégiale, se présenta au consulat, où il demanda la restitution des maisons des ecclésiastiques et des églises Saint- Jacques et Saint-Louis, mises en état convenable pour l'exercice du culte. Les consuls répondirent qu'ils pouvaient prendre ces églises telles quelles, et qu'aux termes de l'édit ils n'avaient droit qu'à la liberté. Ne pouvant obtenir mieux, et jugeant utile de saisir cette occasion pour rétablir le service divin, quelques prêtres se dévouèrent, se contentant de l'église Saint-Louis et de quelques pauvres maisons avoisinantes, dont ils payèrent la location à gros deniers. Bientôt ils faillirent être victimes de leur dévouement. Pendant plusieurs jours ils eurent à subir les huées et les avanies du bas peuple. Ils en auraient triomphé par leur silence, si la nouvelle de l'emprisonnement du duc de Rohan à Montpellier ne fût venue surexciter les esprits. Une vraie sédition éclate dans Montauban. Les citoyens
prennent les armes, et, attroupés devant l'église Saint-Louis, ils menacent de jeter les ecclésiastiques dans le Tarn. Magistrats et consuls font de leur mieux pour disperser les attroupements et assurer aux prêtres qu'il ne leur sera fait aucun mal. Ceuxci demandent des sauf-conduits pour sortir de la ville ; mais la population s'y oppose et les réclame comme otages de la liberté de Rohan. Le jour où le duc fut élargi, après que les élections consulaires de Montpellier eurent été faites selon les vues de Valençai, alors seulement notre clergé retrouva la liberté. Nos prêtres en profitèrent pour se retirer les uns à Montech, les autres à Catelsarrasin '.
16. Instruits que l'intendant de Guyenne, Pierre de Séguier, allait venir dans leur ville avec Pardaillan, a l'effet d'assurer l'exécution des édits, les Montalbanais firent rouvrir la porte de Montmurat, fermée depuis longtemps, et approprièrent les églises Saint-Louis et Saint- Jacques, pour les rendre au clergé. A leur arrivée les commissaires se contentèrent d'édicter, le 22 août, une ordonnance qui rétablissait le culte catholique dans ces deux églises, et portait que les ecclésiastiques rentreraient dans la ville, où ils seraient respectés et logés en payant. L'évêque crut prudent de rester a Montech ; il retint auprès de lui la collégiale, et régla que les deux chapitres, à tour de rôle, enverraient à Montauban deux chanoines et six prébendiers pour faire le service divin dans l'église Saint- Jacques2. Cette ordonnance du 24 août fut mise à exécution le 1er septembre, et resta en vigueur pendant toute l'année 1624. Durant ce temps la populace ne ménagea pas ses injures aux ecclésiastiques ; et l'évêque dut porter plainte au duc d'Épernon, qui enjoignit aux consuls d'en informer. Le 30 octobre paraissait une ordon-
« Voir t. II, p. 203, 207, de VHiitoire du Querci, dont fauteur, nous l'avons déjà remarqué plusieurs fois, ne doit pas être suspect aux protestants, au moins dans les deux premiers volumes de cet ouvrage.
9 Perrin nous dit qu'à cette date * l'église Saint-Louis n'était plus sur pied par la malice de nos insolents, p. 496. »— Nous augurons qu'elle fut détruite ou du moins mise en mauvais état dans la dernière émeute dont nous parlions au paragraphe précédent.
28 histoire db l'église de montaub±n.
naace consulaire faisaat défense expresse c de médire des ecclésiastiques, de leur méfaire, et de porter aucunes immondices derant les portes des églises, à peinç de punition exemplaire. » Une. femme, nommée Albouy, fut condamnée à 24 heures de prison pour avoir donné le nom de RavaiUaq à deux prêtres !. Mats l'exaltation des meneurs, la fougue des ministres, aidés de quelques avocats, qui ne cessaient de haranguer la population, entretenaient malgré tout l'esprit de révolte. On alla même plus loin. Les moyens les plus odieux furent mis en usage pour engager les Montalbanais à reprendre les armes et prêter main-forte à La Rochelle, qui tenait le roi en échec. Tantôt un député venait. annoncer a nos habitants qu'une nouvelle attaque de leurs murs se préparait; tantôt Rohan, furieux de Popposition des plus sensés, écrivait aux consuls qu'il allait venir t faire penefre une douzaine de ces robes noires. » Nennyf Nenny ! criait la populace, quand on lui parlait de l'obéissance au roi, et son refrain était : Bibo Rohan! Bibo Rohan ! On conçoit les alarmes et les craintes du clergé dans ces circonstances. Toutefois, au milieu de ces tumultes les Montalbanais se conduisirent avec prudence, et usèrent de modération à l'égard . des ecclésiastiques. La populace ayant fait mine à un moment de se porter contre eux à quelques excès, les consuls les prirent sous leur protection, et s'engagèrent, en cas de guerre, à les faire conduire sûrement au Claux ou à Piquecos 2.
17. Bientôt le clergé fut dans la nécessité d'user de ces §auf-conduits. Le H mai 1625 les chanoines en exercice adressèrent une pétition au conseil, demandant l'autorisation de quitter la ville3. Escortés de deux capitaines4, ils furent conduits à
< Hùtoire du Querci, p, 207, 208, et Le Bret, annoté, l. IL p. 215, 217. > Cf. Le Bret annoté, t. II, p. 25! .
3 Archives communales, liasse il.
4 Quelques jours auparavant on avait cru prudent de créer nenf postes de capitaines chargés da garder la villo et les faubourgs* i\iuq ôtaiont affectés au centre, deux à Villebourbon et deu* à Villenouvelle (Cf. Perrin. p. 199.)
TROISIÈME PÉRIODE. — AVNE CARRIÔN DE MTJRVIEL (4600-4652). %9
Castelsarr&sin. Leur prévôt, Nicolas d'Alems, • atait ' étéfrappé d'une apoplexie foudroyante dans le mois de mars. Le prélat pourrit à cette succession par la nomination de son parent, César de' Murviel.' A l'exemple du clergé les( prrncipaux catholiques allèrent demander asile aux villes voisines. La misère qui avait suivi la guerre, et l'épidémie poussaient les protestants à piller les maisons de ceux qui apportaient ou avaient conservé par leurs économies quelque peu d'argent et les provisions dé première nécessité. Blé, bois, Vignes,' tout avait disparu autour de la cité et au loin dans les environs. Pouf toute habitation ils n'avaient que de € • méchantes huttes à demybrûlêes, écrit un témoin oculaire, et tellement pestiférées et empunaisées, qu'on n'en pouvait presque approcher sans rendre gorge on tomber en pâmoison l. > Aussi les moins craintifs et ceux qui n'avaient rien a perdre, s'appropriaient denrées, bétail, tout ce qui leur était nécessaire. A la Moindre plainte conlibe à la résistance ils répondaient par le mot d'emprisonnement, en venaient aux toies de fait, et souvent à des exécutions en règle. La nomination de Saint- André de Monbrun comme gouverneur de la ville, du Haut et Bas-Quercy, leur donna encore plus d'audace. Arrivé avec pleins pouvoirs, au nom du duc de Rohan, pour seconder les rebelles, il ordonna que € les grains des catholiques découverts dans la ville fussent saisis et mis dans l'arsenal pour le pain de munition, et les revenus des fermes ecclésiastiques mis en vente pour subvenir à leurs nécessités. > D'autre part on songea à « mettre en bon état les canons, à remettre les forts du voisinage, et à se disposer à prendre les armes-*. >
18. On guerroyait aussi autour de Montauban. Les royalistes, conduits par Thémines, refoulaient sous nos murailles les habitants qui rayonnaient jusqu'à Saint-Porquier, Montech, Castel-
* Nalali», Relation manuscrite, f» 87.
* Perrin, p. 50t, M».
sarrasin et Puylaroque. Monbrun, à la tête de sa cavalerie, fut repoussé par les troupes du maréchal, c avec une telle vitesse jusque dans les portes de la ville, qu'il perdit son chapeau et un de ses pistolets. > Depuis Bressols jusqu'à Lagarde et Meauzac la campagne était entièrement ravagée par des sorties journalières, et les huguenots allaient recueillir le blé que les catholiques avaient moissonné, lorsque d'Épernon fondit sur eux et les laissa presque tous sur le terrain. De Saint-Nauphary, où il s'était établi, le duc veillait à toutes les excursions qu'on tentait sur ce point. Il sauve Le Fau et Corbarieu, puis va arrêter les garnisons de Montricoux et de Nègrepelisse, qui s'avançaient jusqu'au Ramier, pour s'emparer des provisions que les paysans portaient au marché de Montauban. Le château de Salit * servait de résidence à des Groupes calvinistes qui, par Vilîemade et Gasseras, entretenaient des relations avec la ville et lui portaient secours. Montech, soit pour défendre le chapitre et l'évêque, soit pour la cause même de la religion, fournit à cette époque deux bons détachements de troupes catholiques, l'un commandé par un prêtre valeureux et de force herculéenne, nommé Hugon ; le second, par un aventurier connu sous le nom de Legris. Trop aventureux, ils subirent parfois de terribles échecs ; mais aussi ils savaient prendre d'éclatantes revanches pour décimer les troupes ennemies, et forcer bien souvent les meilleurs chefs protestants à reculer.
19. Pendant ces diverses expéditions la paix, à laquelle les députés des églises réformées du Quercy travaillaient depuis longtemps, fut signée à Paris le 5 février 1626. La nouvelle n'en fut connue a Montauban que le 23 avril 2. Les consuls
4 Actuellement maison de campagne du Grand-Séminaire.
9 L'auteur de YHiitoire véritable, etc., remarque que quelques jours auparavant « parust au ciel un grand brandon de feu, environ les dix heures du soir, qui esclaira toute la ville. U estait de la grandeur d'une javelle, et quasi eafleurant le pavé courut, estant cheu près de terre, depuis la rue de la Grande Boucherie, jusqu'à l'extrémité de la place, et de là s'estent surhaussé par-dessus les maisons alla mourir dans le fossé du Moustier. L'eaclat de caste lumière estoit tel, que ceulx qui l'aperçurent disent qu'ils y voyoient aussi clair comme
s'empressèrent d'en aviser le prélat, lui donnant toute assurance pour la rentrée et la sécurité de ses ecclésiastiques. Anne de Murviel, voulant tenter une fois encore le rétablissement si laborieux de la religion, s'adressa aux plus intrépides. A peine furent-ils à leur poste, dans des conditions excessivement précaires, que, grâce aux menées de ftohan, on entendit aux quatre coins de la cité, c des mutins tambour battant, la hallebarde au poing, faire cet appel : De la part de l'Éternel et du duc de Rohan, il est fait commandement à tous de se mettre sous les armes! Le peuple, de soi assez porté à la débauche, leur prêtait l'oreille et faisait déjà semblant de vouloir le suivre ; mais les plus prudents l'arrêtèrent dans le châtiment qu'ils firent de ces libertins par le gibet, et dans le calme de ce désordre qu'ils donnèrent par leur mort, qui affermit encore les ecclésiastiques dans la continuation des exercices divins, considérant tout être apaisé par le moyen de cet exemple tragique K » A la nouvelle de cette étrange levée de boucliers, Anne de Murviel songea a régler la situation de ses chapitres. Il accepta, après réception de la bulle pontificale, la permutation de César de Murviel avec François Prévost, prieur de Bruniquel, et résolut d'établir définitivement le chapitre collégial à Montech, pour mettre ses membres à l'abri de l'inconstance des Montalbanais. Il proposa la création d'un théologal avec office de « pasteur spirituel. * Les chanoines, réunis en assemblée générale (7 août 1626), offrirent à cette fin le premier des six canonicats à leur colla-
en plein midy. On print cela pour un présage que bientôt nous verrions esteint le flambeau de la guerre. • De tout temps cas phénomènes avaient frappé cette population, et les secrétaires du conseil communal ne manquaient jamais de les signaler, comme l'attestent les archives qui nous ont été conservées. Ainsi au Livre det Serment* nous voyons consigné le passage d'une grande multitude de sauterelles, à l'époque la plus désastreuse de nos luttes avec les Anglais. On y lit : « L'an de nostre Senhor MCCCXCVH, lo XXVIII jour del mes de juin, sur la hora de mieg jorn, se endevenc en la ciotal de Montalba, que venc una grant mullitat excessive de sigallas, volans per l'agre, plus spessamen que la plucia quan tumba. E passera sobre la dicha ciotat, e comptumhiero a passar lespazi de doas horas, e menero grant bruch corn si fos tronoyré ; e semblava plucia grosse quand tumba spessamen, e ero tam espessas que cuysec entrhumi la dardât del solelh. » (F0 146.)
4 Hist. manuscrite, p. 505, 506.
tion qui Tiendrait à vaquer* L'évêqpe, voulant contribuer pour autant, céda une: des six collations canoniales qui lui appartenaient. Reconnaissant ensuite l'insuffisance . des revenus pour € entretenir le service divin selon son ancienne splendeur, » ils supprimèrent six prébendes cléricales, et réduisirent les vingt-trois autres à huit, pour les offices de chantres, de bedeau et de maître de cérémonies. Tout cela devait être fait c sous l'aveu et permission de Sa Sainteté, à cause des grands ravages qu'ils avaient soufferts dans leurs bénéfices par ceux de Montauban, et qu'ils croyaient encore de souffrir et avec raison *. >
20. L'étincelle couvait toujours sous la cendre. Dès le 15 juillet 1627,. les consuls crurent prudent d'ordonner aux étrangers de c vider la ville dans trois jours, » et aux hôteliers de donner chaque soir à la maison commune les noms et prénoms de leurs hôtes, c Ce qui ne pouvait faire penser rien de bon, et donnait sujet de crainte aux ecclésiastiques, servants et pères Jésuites en mission dans Montauban depuis la fin du mois de novembre dernier 2. > Rohan poussait vivement les Montalbanais à embrasser le parti du roi d'Angleterre, que les protestants de France avait attiré jusque dans l'île de Ré. Louis XIII répond à cette provocation par le siège de La Rochelle, bout-de-feu du protestantisme et de la révolution. Nos ministres ordonnent des prières pour le triomphe des Rochelais. Sans consulter le consulat, Rohan retire notre gouverneur, qui lui paraît trop négligent, et le remplace par le fougueux Saint-Michel, auquel il enjoint de s'appuyer sur le ministre Béraud, qu'on vit paraître dans les sorties à la tête des fourrageurs, des allumettes au chapeau et excitant les soldats au meurtre, en disant qu'il avait reçu une mission de sang et de feu 3. Le triomphe était sûr ; le jour même où Saint-Michel fut
< Cf. Perrin, p. 507.
» Perrin, p. 507, 508.
• L'Bttat de Montauban, par Pierre Berauld, 1628, in-8», p. 85.
TROISIÈME PÉRIODE. — ANNE CAHRION DE MURYIÏt (460O-4652). 33
installé au temple on proclama l'union de la ville avec La Rochelle ; un conseil de guerre y fut établi ; on se mit en état de soutenir un siège, de recommencer les excursions et de* faire main-basse sur tous les environs. A cette nouvelle le roi fait signifier au duc d'Épernon c d'aller faire le dégast * » autour de cette ville. Les ecclésiastiques en sortent ; par ordonnance royale le siège du sénéchal qu'on avait reporté naguère de Moissac, est porté à Caylus, et les allocations accordées pour l'entretien des ministres et de l'Académie sont supprimées. Bientôt le tocsin annonça l'approche des troupes royales.
21. Pour les arrêter, le gouverneur calviniste s'abat sur Lavilledieu, Escatalens, Saint-Porquier ; force le château du Claux; livre aux flammes Saint-Maurice, Orgueil, Nohic, le Terme et toute cette contrée jusqu'à Fronton. Il jette des troupes du côté de Montricoux et Bruniquel, et s'assure de la basse-plaine de Montauban jusqu?à Reyniès et Villebrumier, par l'occupation du fort de Corbarieu. Entre temps le bruit court dans la ville qu'un lieutenant de Saint-Michel a été soudoyé par un ecclésiastique. Une lutte terrible, qui menace de mettre tout à feù et à sang, s'engage dans les murs. La plus rude mêlée se passe au pied de l'église Saint-Jacques ; mais le gouverneur intervient au plus chaud de l'émeute, et décrète l'exécution des plus coupables. Inquiet d'être ainsi interrompu dans la disposition de son plan de campagne, il se jette sur la Mothe-d 'Ardus, t C'estoit le repaire de picoreurs que nos paysans avoyent chaque jour sur les bras ; de difficile accès, puisqu'au delà de l'Àvèron, puisque sur une montagne, puisqu'épaulé de divers forts, à droite de Monmilan et de Mirabel, à gauche de Loubejac et de Piquecos, au dessoubs du fort de Jean, au-dessus de Léribosc, qui à une mousquetade, qui a un quart de lieue 2. > La place elle-même ne pouvait résister longtemps. Elle n'était dé-
1 D'une tetlce d'Épernon aux consuls, datée d'Agen, 3 juin 1628. Elle est rapportée par le chanoine Perrin, p. 219.
' V Estât de Montauban, p. 101.