Tome II. II
fendue que par un donjon sans flancs, entouré d'un fossé sec, et d'une contrescarpe sans abri. Huit cents huguenots l'attaquent ; les boulets en ont bientôt percé et ébranlé les faibles murailles, qui ne renfermaient que vingt-cinq combattants. Le reste des assiégés étaient des femmes, des enfants, des vieillards. Malgré leur courage, il leur fallut se rendre k la merci du vainqueur. Les hommes armés furent de suite passés au fil de l'épée ; les femmes et les filles violées, et treize vieillards pendus avec le curé, qui c estant tombé, une demi-heure après, de l'arbre où on l'avait attaché, se sauva à la faveur de la nuict !. »
22. Six jours après (17 août), dit le chroniqueur, c les ennemis travaillent pour redresser la Mothe-d'Àrdus, ceste sentinelle qui descouvre toute la plaine jusque dans nos bastions. L'alarme sonne, nous partons à jeun. Et si on a la patience d'y passer toute la journée, nonobstant l'ardente chaleur de la canicule. On sape, on ruine ct> qui restoit de l'édifice, on s'espand jusques àMirabel, Monmilan, Aussac, Léribosc, Loubejac; on brusle en ceste grande estendeu des maisons par centaines, on dégaste vignes et vergers 2. » C'étaient les mêmes ravages vers Piquecos, Falguières, La Française, Caussade, Bonrepos, Varennes, Puylauron et Villemur. Saint-Michel, après avoir rendu le calme à la ville, se dirige sur Canals pour harceler ceux de Grisolles et Verdun. Soupçonnant que les catholiques de Montbartier, Montbéqui, Finhan et Montech, formant une armée de 1,200 hommes environ, s'avançaient pour lui barrer le passage et faire résistance, il simule une fuite, et à leur insu va surprendre Lapeyrière. Le massacre qui eut lieu dans cette localité « le 14 septembre, jour et fête de la Sainte-Croix, duquel toutes les communautés voisines se ressentirent, si grand il fut, qu'on n'en peut parler qu'avec larmes, dit Perrin. Car, outre les cris épouvantables qu'on y entendait des femmes
« Cf. Du Môge, cotes à YBùt. de Languedoc, t. IX, addit. du liv. xliii, p. 61, 82; Le Bref annoté, t. II, p. 294.
3 L' Estât de Montauban, p. 105.
pleurant qui leurs enfants, qui leurs maris, qui leurs proches parents, on vit quantité de charriots, tous chargés de corps morts et très ensanglantés et tous nuds, par la rage des ennemis, qui ayant attiré le peuple ramassé, le chargèrent avec telle fureur, qu'ils le mirent en déroute et tout épars çà et là parmi les champs, en firent une très cruelle tuerie, et si bien que les chants qu'on entendait de joye de la défaite de l'ennemi dans Grisolles, Finan, Verdun, Montech et autres lieux, furent convertis en chants de tristesse par la perte de leur peuple. De quoi, ajoute le narrateur, je fus témoin dans Montech, m'y trouvant dans l'exercice des divins offices ; car lui seul y fit perte de trente-quatre personnes, et j'y eus un mien frère de surcroît, qui fit le trente-cinquième ; parmi lesquels deux chanoines du chapitre collégial y restèrent morts !. D'joù prit occasion Me Barthélémy Melet, chanoine sepmanier, et l'ancien parmi ses collègues, de jeter les yeux sur le sieur Pierre de Bonnefous, homme de grande doctrine et de grand mérite, archiprêtre de Beaumont et vicaire-général de notre prélat, pour le rendre, par sa nomination, chanoine théologal du chapitre et le premier, en suivant la résolution cy-devant mentionnée 2 sur l'établissement d'un théologal 3. > Bérauld, tout couvert du sang des catholiques, entonna le cantique d'actions de grâce sur le champ de bataille.
23. De Lapeyrière, le gouverneur montalbanais marche sur Lavilledieu. Plutôt que de se rendre, les catholiques jurent de mourir à l'ombre de leur château et de leur église. Le combat s'engage dans la nuit du 21 au 22 septembre; cinq jours après il ne restait plus trace de ce bourg considérable, qui n'a jamais pu se relever de ce désastre. Le château fut livré au pillage
» Selon Le Bret, historien aussi contemporain, ces chanoines se nommaient Mazade et Ruelle. Il ajoute qu'avec eux périrent deux prébendes de ce môme chapitre. (Edit. de 1668, p. 313.)
» Ci-avant, | 19.
» HUt. maniucrite, p. f>27, 5?8.
et brûlé ; le même sort était réservé à l'église, célèbre sanctuaire des Templiers, dont le clocher t aussi eslevé, commandoit toutà-faict cest endroict *, » et où était le tombeau de Baudouin, frère du comte de Toulouse, Raymond VI 2. Cette victoire enivra les Montalbanais. Les ministres profitaient de ce moment d'exaltation pour prescrire des prières en faveur des Anglais, accourus au secours de La Rochelle; mais le ciel ne les exauça pas. Le 4 novembre ils apprirent que cette ville s'était rendue au roi après un siège d'un an et demi. La ruine du parti calviniste n'était pas éloignée. Les ministres ne prêchèrent qu'avec plus d'ardeur le serment d'union pour leur cause : ils allaient de porte en porte solliciter les habitants à le prêter; et le 18 du même mois la cérémonie se fit en assemblée générale. Malgré la décision de Saint-Michel, qui était de résister a outrance, la peste qui désolait le Quercy, et l'effroi que causa l'arrivée de Condé à Villemur, portèrent Montauban a proposer des bases de pacification. Louis XIII exige la démolition des murailles. La fierté montalbanaise se réveille et entraine des lenteurs et des contestations ; mais la fermeté du roi et de Richelieu finirent par en triompher. L'article souscrit, le ministrecardinal signa la paix à Mais, le 27 du mois de juin 1629. Quelques jours après le roi donnait à Nimes le fameux édit, dont les vingt-deux articles statuaient : le rétablissement de l'édit de Nantes, la reddition des temples, la restitution de tous les biens ecclésiastiques, meubles et immeubles. Ordre était donné à Richelieu de rester dans le Languedoc pour surveiller l'exécution du traité.
24. Richelieu n'ignorait pas l'irritation de notre ville, obligée à raser ses fortifications. Guron, envoyé pour sonder le terrain, trouva chez les Montalbanais de telles prétentions, qu'il partit
4 V Estât de Montauban, p. 143.
* Un heureux hasard nous a fait retrouver la pierre sépulcrale de ce prince, 6>ux cent quatorze ans après la destruction de ce monastère, dit M. Ou Mège, dans la note 16 des additions, au liv. zLin, t. IX de VHist. du Languedoc. Nous regrettons qu'il n'indique pas où elle est déposée aujourd'hui,
da Claux avec l'idée arrêtée de faire avancer les troupes de Villemur. Cependant, sur le conseil des plus sages, il fut décidé qu'ils enverraient une députation au cardinal, alors à Pézenas, pour protester de leur obéissance et fidélité au roi et aux traités, et sauver, s'il était possible, sinon les murailles, du moins les bastions de Villenouvelle et de Villebourbon. Instances vaines. Les consuls délégués, tremblant de rapporter la réponse négative au conseil de ville, prient Richelieu de leur adjoindre Guron pour exposer la situation. Le cardinal y consent, mais à la condition que son messager n'entrera pas dans la ville. Il s'arrêta au château de Reyniès, où s'entamèrent les négociations de paix. Pour les appuyer, les troupes reçurent ordre de se mettre en marche. Richelieu n'ignorait pas que s'il fallait compter sur la parole des députés à Pézenas, il ne manquait pas cependant de rebelles dans cette cité, qui lui donnait à elle seule" plus d'embarras et de préoccupations que tout le Languedoc et la Guyenne. Tandis, en effet, qu'il traitait des premières conditions avec les envoyés, les consuls, bravant la colère du ministre, au lieu de rendre aux ecclésiastiques les dîmes dont Saint-Michel n'avait pas eu le temps de se saisir, les revendaient et en employaient le revenu. Heureusement pour la ville ces actes passèrent inaperçus. Mais en même temps les Montalbanais apprennent que l'avant-garde, conduite par Bassompierre, est à Fronton. Après bien des contestations sur le parti à prendre, il fut résolu à l'unanimité de faire surseoir. Le conseil députe 40 de ses notables au cardinal qui était arrivé à Alby. Ils le prièrent d'être leur médiateur auprès du roi, de venir prendre possession lui-même de la ville, et l'assurèrent qu'ils se seraient portés aux dernières extrémités s'ils n'avaient pas eu en lui une confiance qu'ils n'auraient pas accordée a un autre, faisant allusion au prince de Condé. Touché de cette déclaration, Richelieu leur assura sa protection, promit de se rendre à Montauban, et autorisa Guron a prendre les mesures nécessaires pour traiter.
ir.
25. Les clefs de la ville sont enfin remises à l'ambassadeur, qui garda le titre de gouverneur jusqu'au 18 août, jour auquel le maréchal de Bassompierre prit possession militairement, à la tête de 26 compagnies et de 300 chevaux. Le lendemain arrivaient le maréchal de Marcillac, le secrétaire d'État La Vrillère, l'évoque Anne de Murviel et Bertier de Montrabe, premier président du parlement de Toulouse. Ils annoncèrent l'entrée du cardinal pour le 20. Tandis qu'on croyait le recevoir du côté de Villemur, où, dès le 17, une partie du clergé et les notables du pays s'étaient dirigés, on sut qu'il avait pris la route de Villaudric. Guron, suivi de tout le conseil de ville, fut l'attendre à une lieue de Montauban. Là Noailhan, premier consul, lui présenta les clefs de la ville et le harangua, louant sa libéralité, le suppliant de prendre la cité tout entière sous sa puissante protection et l'assurant de leur fidélité au roi t. Arrivé à la porte de Villebourbon le cardinal écouta le discours du lieutenant criminel Leclerc, lui parlant au nom du sénéchal, dans un langage aussi emphatique qu'incorrect2. La réponse du
1 Le texte de cette harangue est reproduit dans le Mercure historique français, t. XV, p. 557. — Dom Vaissette nous dit que tous les orateurs « haranguèrent en latin, et que le cardinal leur répondit dans la môme langue. * (T. IX, p. 395.) Ceux du parlement de Toulouse usèrent seuls de ce langage.
5 « Monseigneur. Nous ne nous présentons pas ici devant Votre Grandeur en la façon que les anciens nous ont dépeint la Justice, sans yeux et sans mains: car, au contraire, nous voudrions avoir do l'un autant qu'on feint qu'avoit Argus, et de l'autre autant que Riaric. aûnque nous puissions mieux voir et contempler les rayons de cette face qui a influé tant d'heureux succès à la France, et pouvoir chacun avec ce:it bras ceindre ce front glorieux des couronnes qu'elle a méritées. Toutes les victoires s'acquièrent par le sang et par la force, qui ne domptent pas les courages mais les corps seulement. Celle que Votre Grandeur acquiert présentement est sur nos c&urs et sur les affections de cette ville, laquelle ramollisant sa dureté passée, est plus réduite en un instant à l'obéissance de son Roy, sous vos heureux auspices, que toutes les flammes qu'elle a éprouvées, les ruines et les désolations n'eussent été capables de la contraindre en un long temps. Pour ce que nous disons nous n'avons point do meilleure preuve à le persuader, que l'allégresse publique que Votre Grandeur void dans les visages de tant de milliers d'hommes qui remplissent les chemins, leurs murailles et tous les endroits par où Elle passera, où si Elle void quelques larmes tomber des yeux, ce ne sont pas de celles que le sang et l'infortune pouvoient produire, mais de celles qui s'epgendrent de la tendresse et la joye des biens présents et de l'oubli de leur longue misère. Nous supplions très-humblement Votre Grandeur de réconforter leurs corps brisés par les orages des guerres, et comme par un naufrage jettes en divers écueils et en diverses terres, qu'il luy plaise les prendre en sa protection, et leur être toujours
TROISIÈME PÉRIODE. — ANNE CAR RI ON DE Mt'RVIEL (1600-1652). 39
cardinal t fut comme la première courtoise et civile, avec cette grâce naturelle qui remplit ces gens d'admiration et de contentement. • Puis, suivi du nonce, des princes et des principaux ministres d'État, Richelieu traversa le pont. Parvenu aux ruines du château Renaud, il descendit de litière et monta à cheval. Les consuls eurent hâte de se présenter avec le dais traditionnel ; mais le cardinal le refusa. Il ajouta t qu'il voulait aller droict à l'église et qu'ils allassent l'attendre en son logis, puisqu'ils n'étoient pas des cérémonies que l'on avoit accoustumé de pratiquer parmi les catholiques en semblables occasions. » Mais eux répondirent t que rien ne les empescheroit d'aller partout où il iroit. » Ensemble ils prirent donc le chemin de l'église Saint-Jacques, où ils n'arrivèrent que difficilement, à travers la masse compacte des spectateurs qui faisaient retentir les airs des cris de Vive le Roi! Vive M. le Cardinal! acclamations que renvoyaient les spectateurs du haut des fenêtres et de sur les toits des maisons, où on avait dû monter pour jouîr du spectacle. A la porte de l'église quatre chanoines des chapitres, revêtus du pluvial, lui présentèrent le poêle. Anne de Murviel, en habits pontificaux, assisté des archevêques de Bordeaux et de Toulouse, et des évêques d'Alby, Rieux, Valence, Cahors, Mende, Lavaur et Pamiers, ainsi que de son clergé, le harangua, les larmes aux yeux, disant comme le saint vieillard Siméon, qu'il avait assez vécu puisqu'il voyait le salut de la ville et de son Église. Au chant du Benediclus le cardinal fut conduit à travers ce temple, dont il ne restait que le clocher et les murailles. Il pria quelques instants en face d'un autel improvisé au milieu de terrassements qui encombraient
favorable; et nous aérons obligés à prier Dieu qu'il prolonge vus jours et vous comble de succès et félicités que vos grands services rendus au Roy et à l'État ont mérités. • — Publié pour la première lois, d'après les Matériau t pour servir à Y histoire de Monlauban, 1. 1, 1» 41, \% du fascicule ayant trait aux Entrées des rois, princes, etc. Nous remarquerons que le copiste, il liai Mo en bien des points, fait subir à ces extraits des altérations grammaticales, que nous maintenons chaque fois qu'elles n'empochent nos le lecteur de suivre l'idée et le sens.
l'enceinte jusqu'à la moitié de sa hauteur. D'une voix profondément émue il entonna le Te Deum, que le clergé et le peuple poursuivirent avec âme; puis on le conduisit, en suivant le parcours des entrées princières, à la maison de Dariat. Sa suite fut reçue par les notables de la ville, et dans les maisons que les ecclésiastiques avaient fait mettre a sa disposition.
26. On passa la journée aux réceptions officielles, qui commencèrent par les prélats et le clergé. La douleur que le cardinal-ministre avait éprouvée à la vue des ruines de Saint- . Jacques fut le sujet de sa conversation: « 11 leur proposa de remettre cette église en état; tous, dit Perrin, applaudirent à ce bon dessein. » Puis se présentèrent successivement les différents corps de la ville. Le ministre Ollier, désigné pour porter la parole, lui dit : t Monseigneur, voicy le corps des pasteurs et consistoire de ceste ville, qui viennent se prosterner a vos pieds, pour implorer ceste bonté que nous voyons paroistre sur vostre front, et nous prendre soubs vostre protection, et faire que nous puissions jouir, comme les autres peuples, des grâces que la miséricorde du Roy faict espérer à tous ses subjects. Nous sçavons qu'à considérer les choses en gros, nous serions quazi indignes de grâce, pour nous estre trouvés si malheureux d'avoir esté impuissans, dans le temps passé, à retenir la fureur de ceux qui nous ont tous emportés, comme des torrens, dans les abymes d'où nulle autre personne que vous, Monseigneur, n'estoit capable de nous tirer, et ce que nous n'avons pas pu. Car Dieu, scrutateur des «œurs, nous est témoin de ce que nous avons souffert, quand nous l'avons voulu empescher. Nulle autre personne que la vostre, Monseigneur, ne la pouvoit réparer. Car le plus grand de nos maux, qui estoit la défiance, ne se pouvoit guérir que par son contraire, la confiance ; et c'est encore la réputation de foy incorruptible, dont votre Grandeur a faict toujours profession, qui a, en un instant, opéré ce qu'à la longue les années eussent pu faire, mais avec beaucoup de sang et de malheurs. C'est un grand fruit de ceste admirable
vertu que vostre Grandeur recueille présentement ; et luy doit estre un grand contentement, et sa mémoire en sera honorée à jamais, d'avoir par elle seule terminé ce que plusieurs guerres n'avaient jamais pu finir. Qu'il luy plaise, dans ceste grande félicité, daigner abaisser ses yeux sur nous, et nous procurer 4\x Roy la continuation de ses faveurs et grâces, afin qu'il ne nous considère pas comme personnes qui enseignent une doctrine contraire à la sienne, mais comme créatures de Dieu, soumises à une entière obéyssance, aux protestations de ne prescher jamais aucune chose qui y puisse contrevenir, et de répandre éternellement les vœux pour Sa Majesté et pour vostre Grandeur, afin que vos jours soient prolongés et vostre gloire immortalisée à jamais1. >
Le cardinal répoudit : « Que ce n'étoit point la coutume en France de les recevoir comme corps d'église, en nul endroit et en quelques occasions que ce fût ; mais qu'il les recevoit comme gens faisant profession des lettres; que, comme tels, ils lui seroient toujours fort agréables, et qu'il auroit du plaisir à leur témoigner que leur condition ne l'empêcheroit jamais de leur rendre toutes sortes de bons offices, ne faisant point de différence des sujets du Roy que par la fidélité, laquelle se trouvant dorénavant commune aux uns et aux autres, il les assisteroit tous également et avec même affection. Que le Roy désiroit, pour comble de bonheur, voir tous ses sujets unis en une même croyance : qu'il y voudroit contribuer par ses soins, par son travail, par sa propre vie, et qu'en attendant qu'il plût à Dieu que cela fût, il les assuroit de sa bonne volonté, et lesprioit d'en faire état. » Après cela, dit le compilateur, c il les entretint familièrement ; en sorte que ces gens s'en retournèrent si satisfaits, que.chascun ne s'entretenoit d'autre chose, et que leurs discours n'estoient que des louanges continuelles du grand personnage, qu'ils trouvoient surmonter de beaucoup sa renommée2. >
1 Matériaux, t. [, p. i3.
' M., ibkl.
27. Tandis que Richelieu vaquait à ces réceptions, notre évêque s'entretenait avec le Nonce sur la situation du diocèse et de sa ville épiscopale. Celui-ci s'étant informé des revenus des chapitres, t lui en persuada l'union, et lui offrit ses assistances à Rome pour la faire. Le bon prélat l'en remercia, et, pour en savoir les moyens, il proposa l'affaire le soir même, dans le logis de l'archevêque de Toulouse, aux évêques de Valence et de Pamiers; lesquels assis autour d'une table pour en parler, se trouvèrent surpris de l'attaque que leur fit le père Joseph, capucin fort considéré du cardinal, et se trouvant dans la salle de leur assemblée. Il les approcha et osa quasi les blâmer de vouloir connaître de cette proposition, leur disant que leur pouvoir ne s'étendait pas jusque-là. Mais le bon vieillard M. de Sponde, évêque de Pamiers, lui répartist pour tous, qu'il ferait mieux d'être dans sa petite cellule et d'y feuilleter son bréviaire, que de vouloir enseigner les prélats de qui il devait apprendre. Ce repart le mortifia si fort, qu'il se retira. C'est ce que je vis et ouïs, dit Perrin, qui rapporte ce singulier épisode; néanmoins, pour la conclusion de l'affaire je ne la sus pas, la nuit m'ayant obligé de me retirer !. » En même temps, par ordre du cardinal, l'archevêque de Rordeaux s'informa des réparations à faire à l'église de Saint-Jacques, et en traita avec des architectes pour 10,000 livres. Le premier président promit d'en donner 8,000 pour Sa Majesté ; l'évêque de Montauban et ses chapitres devaient parfaire la somme.
28. Le lendemain 21, Richelieu vint célébrer pontificalement la messe dans cette église, où des draps et des toiles servaient à recouvrir les murs et à remplacer la voûte mise à bas par les protestants. Il fut assisté des deux archevêques et des huit prélats qui lui formaient cortège, et usa de la chapelle que l'archevêque de Rordeaux avait apportée, en prévision du manque d'ornements et vases sacres convenables pour son Émi-
4 Hi$t. mariuêcrite. p. -V21.
nence. Le duc de Montmorency et le maréchal de Bassompierre y assistèrent avec l'élite de la noblesse du pays. L'enceinte se trouva trop petite pour contenir la population de la ville accrue des habitants des campagnes et villes voisines. En même temps, dit un auteur inconnu, huit Frères Prêcheurs, venus de Toulouse, offrirent le saint-sacrifice dans leur ancienne sacristie, qui avait été conservée pour le service du fort '. Son action de grâces faite, le cardinal tint sur les fonts baptismaux, avec Mme de Roquelaure, un enfant du sieur de Faudoas, auquel l'archevêque de Toulouse administra le sacrement de baptême. Il se porta de suite aux fortifications pour assister aux travaux de démolition. Les ouvriers, que M. Mary-Lafon dit « catholiques et couronnés de lauriers en signe de triomphe, » y travaillaient sous la direction du président à mortier Galvières, et de Biscar ras, lieutenant du roi. Durant ce temps Richelieu exhortait la population à reconnaître la clémence de Louis XIII, à vivre en bonne harmonie sous son obéissance, et distribuait de larges aumônes aux nécessiteux. Il approuva presque entièrement tout ce que les consuls lui avaient demandé dans une longue requête, où étaient stipulés, en première ligne, le maintien de redit de Nantes, la décharge de toutes les dettes, l'abolition du passé, la non-imputation des meurtres, et la remise des dommages occasionnés par la démolition des églises, évêché, maisons des ecclésiastiques et autres. Le 23, le cardinal-ministre, averti par Bassompierre que l'oeuvre de démolition s'opérait sans trouble et qu'il répondait de l'ordre, du rétablissement des ecclésiastiques dans la ville et de la restitution de leurs biens, partit avec sa suite et alla coucher à Fronton. Au bout de quelques jours le maréchal se retirait avec ses compagnies, laissant les bastions au niveau du sol. Les guerres de religion étaient terminées, mais non les querelles intestines, t Les huguenots avaient perdu leur droit de réunions annuelles et leurs
» Matériaux, t. II, f- 393.
places de sûreté, privilèges dont ils n'avaient usé qu'au détriment de la France. Retombant dans la loi commune, ils conservèrent la liberté de conscience, mais cessèrent d'être un parti politique. Du reste, leur conduite avait été si aijti-nationale, et Richelieu était si peu suspect de mêler la piété aux affaires, qu'ils ne purent accuser le catholicisme de leur chute, ni se consoler par la gloire que la persécution donne quelquefois aux plus mauvaises causes !. •
29. Ce dénouement inspire d'autres réflexions à notre poètehistorien. « Ainsi, écrit-il, tomba la cité valeureuse, que les ministres nommaient avec raison : Le bouclier de Juda et le rempart d'Israël. Le noble esprit d'indépendance et de progrès de la Réformation resta enseveli sous les ruines de ses murailles. Heureusement, la matière seule est mortelle, et Vidée ressuscitera: mais pendant cent cinquante-neuf ans nous l'entendrons se lamenter et gémir, comme Mélusine sous les débris des tours de Lusignan 2. » — Les gémissements et les lamentations de la Réforme n'ont jamais opéré la résurrection de cette idée. Libre à cet auteur de considérer notre ville comme protestante. Le protestantisme qui y domina durant soixantedix ans, avec les armes que nous savons, ne sera jamais dans la vie religieuse et politique de ce pays qu'un épisode affligeant, à quelque point de vue qu'on le considère. Après les « cent cinquante-neuf ans » dont parle M. Mary-Lafon, nous trouverons cette ville ce qu'elle fut toujours, ce qu'elle est aujourd'hui, attachée au drapeau de Tordre et à la vraie religion du Christ.
Mais cette Réformation qu'on se plait a nous représenter sous les traits de Mélusine, au lendemain de la paix et après la disparition de Richelieu et des troupes royales, pensait plus qu'à c se lamenter et à gémir. » Une peste terrible éclata dans nos murs sur la lin de septembre 1629, et dans l'espace de
1 Keller, HUtoire de France, t. TI, p. 155. * Mary-Lafon, op. cit., p, 197.
TROISIÈME PÉRIODE. — - ANNE CARRION DE ML'KYIEL (4600-4652). k&
six mois emporta plus de 5,500 personnes. Les huit Dominicains qui avaient repris le culte sur les débris de leur ancien couvent, ne trouvant pas où se loger, retournèrent à leur maison de Toulouse, t À peine furent-ils partis, que les prétendus réformés détruisirent leur sacristie et la moitié de l'église qui étoit encore sur pied, parce qu'elle servoit de défense à la ville. On fit cette dernière démolition sous prétexte de l'ordonnance de M. le cardinal, qui portoit la démolition des fortifications que les religionnaires avaient construites *. » La plupart des catholiques et les ecclésiastiques, à l'exception de ceux qui étaient nécessaires pour la célébration des offices et le soin des malades, attendaient que le fléau disparût pour entrer dans la ville. Aussi infidèles à leur parole pour le respect des édits, que peu reconnaissants des bienfaits du roi et du parlement, qui leur avait octroyé de grosses sommes pour les aider à payer leurs dettes, les protestants se considéraient toujours comme les vrais maîtres des biens ecclésiastiques qu'ils détenaient; ce qui ne 'fit que retarder encore davantage la rentrée du clergé et des bons catholiques.
30. Les Capucins furent les premiers à reparaître, dès que le mal eut cessé. Ils y étaient venus l'année précédente pour prêcher une mission, et avaient été forcés de l'abandonner par suite de la contagion *. Durant ce temps le supérieur de la province, c ne voyant pas encore jour pour envoyer des religieux à Montauban, établit cependant administrateurs du peu de bien de l'ancien couvent qui pouvoit avoir échappé aux malheurs des temps, le R. P. Soulié et le dévot frère Dominique Du Fau ; tous deux fort intelligents dans les affaires, et d'une probité reconnue, jointe à un grand zèle pour le bien temporel de l'ordre, qui est très*nécessaire pour y conserver la régularité
< Jfa*4rtour,t.n,f*393.
* Au Uvre det Comptes on trouve ce détail : « A mettre Tombelle, cordonnier de Montauban, avoir baillé 20 livres 5 sous pour la dépenso que 7 ou 8 Pères Capuchins firent dans Montauban lors de rentrée de Mgr le cardinal de Richelieu. » (Arcb. départ., G. 121.)
et l'étude. Ces religieux firent des recherches des titres ou mémoires, mais ne trouvèrent que peu de fondations obituaires de petite conséquence, et ils obligèrent par la voye de justice les possesseurs des fonds à les reconnoistre !. » De son côté, pour encourager leur zèle, le roi leur avait cédé un vaste terrain à l'extrémité du faubourg Montmurat, sur l'emplacement actuel du Grand-Séminaire, où, dès le 4 juin, ils bâtirent leur couvent, au moyen d'une somme de 6,000 livres que leur donna le duc d'Épernon et des aumônes qu'ils recueillirent de la charité publique. Tandis qu'on bâtissait le nouveau monastère, c la Providence inspira à M. Vaquié, curé de Lavaurette, diocèze de Cahors 2, de donner, pour le rétablissement de ceste maison religieuse, la plus grande partie de ses biens qu'il avoit ménagés pendant vingt-deux ans qu'il avoit joui son bénéfice. La donation de ce 'nouveau religieux3 ayant été acceptée, on l'envoya a Montauban, accompagné du R. P. Daidon, en qualité de prieur, religieux exemplaire et habile mathématicien, et le frère Louis Éperon, convers, pour y faire les fonctions de syndic 4. »
* Matériaux» t. II, p. 396.
9 Prose utem en t au canton de Caussade.
* « Ce curô> dit le môme compilateur, avait été autrefois frère convers dans cet ordre, et en avait quitté l'habit, après avoir fait déclarer sa profession nulle, par un bref du pape; mais en tin il voulut faire de nouveau profession de la règle de cet ordre, ce qui lui fut accordé. •
* Matériaux, t. II, f- 396.— Li chapelle de ce couvent, dédiée & la Sainte-Vierge fut terminée en 16)3. Mgr de Murviel en posa la première pierre, comme il consto par l'inscription suivante, que nous avons relevée sur la pierre môme conservée au Grand-Séminaire :
• mvs • nvs • vs
REVERENDI • DOMI DOMIN.
ANNAS- A- MVROVETERI-
• PVS NIS.
EPISCO MONTALBA- HVNC PRIMAR1VM LAPÏDEM POSUIT
TVM S &