IN FVNDAMEN- H VI- BA8ILI
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IN • HONOR • DEI • OPT MAX • SVB NOMINE- BEATISSIMjE- MARIEE • VIR • DEI = PARAE.
31. Avec les enfants de saint François étaient accourus les fils de saint Vincent-de-Paul. Nous ne dirons pas ici le triste état du clergé et de la société au commencement du XVIIe siècle 1. Les Lazaristes arrivaient à leur heure ; ils allaient porter le remède là où le mal était plus grave, dans € le petit peuple, * chez lequel le calvinisme avait fait plus de ruines. « M. Vincent, écrit Abelly, envoya deux de ses prêtres au diocèse de Montauban, environ Tan 1630, pour fortifier les catholiques en la pureté de la foi, à cause que vivant parmi les hérétiques, ils étaient dans un continuel péril de se souiller de leurs erreurs, et au bout d'un travail continuel il les rappela ; mais quoiqu'ils eussent été principalement envoyés là pour le secours des catholiques, Dieu leur fit néanmoins la grâce, pendant le séjour qu'ils y firent, de convertir quatre-vingts hérétiques. Et quelques années après, feu de M. de Murviel écrivait à M. Vincent sur le sujet de plusieurs sorciers qui se rencontraient dans son diocèse, et de la peine qu'il avait de le purger de cette vermine ; il conclut sa lettre par ces paroles : « Les prêtres de la Mission sont grandement nécessaires dans ce diocèse ; car dans les lieux où ils ont cy-devant travaillé, il s'est trouvé aucun sorcier nisorcière. Voilà le profit que le catéchisme et les confessions générales font partout, qui est de mettre les peuples en si bon état que les diables ne puissent les abuser par des sortilèges, comme ils font à l'égard de ceux qui croupissent dans l'ignorance et dans le péché 2. » Pour arriver & cette fin, le zélé prélat appela en même temps les disciples de saint Ignace, dont un premier passage, en 1626, avait été si fructueux3, que les calvi-
« Cf. Vies de Saint Vincent-de-Paul, par Abelly et Maynard ; Vie de M. Oliery par Faillon; Le Père de Bérulle et VOratoire de Jésus, par l'abbé Housaay ; Histoire de sainte Chantai, par l'abbé Bougaud.
1 Vie de Saint Vincent-de-Paul, par Louis AbeiJy, évoque de Rodez, I. II, f vin. — Nous aurons occasion de parler des Lazaristes, et de compléter ce qui concerne cette congrégation, quand nous traiterons de la fondation de notre Grand-Séminaire, sous l'épiscopat de Mgr Bertier, ci-après.
* Les PP. Jésuites s'établirent définitivement le 26 décembre 1633. Seuls chargés du Collège, ils transportèrent leur établissement dans la rue des Soubirous, qui est devenu
ûistes ne trouvèrent rien de mieux que de les chasser en 1628, avec tous les catholiques.
32. Le mécontentement des Montalbanais allait croissant avec la rentrée des ordres religieux et des ecclésiastiques. Un jour c'étaient les Récollets qui, en vertu d'un don fait par Sa Majesté dans le mois de février précédent, prenaient possession de l'emplacement du couvent des Cordeliers l ; un autre jour le vénérable évêque, Anne de Murviel, à la tête de son clergé, reprenait les fonctions du culte dans l'église Saint-Jacques (4 juillet). A quelques mois de distance arrivaient les filles de sainte Claire, les Augustins, les Cordeliers, les Jacobins, les Carmes et les Carmélites 2. D'un autre coté, le cardinal de Richelieu s'efforçait d'y attirer des familles catholiques, en organisant diverses administrations, telles que la sénéchaussée qui y reprit ses fonctions; le présidial qui y fut créé en 1632, malgré l'opposition de celui de Cahors ; l'élection de Moissac y fut transportée l'année suivante. Le gouverneur de Guyenne, d'Épernon, auquel l'évoque et les catholiques avaient fait une brillante réception, avait cru, dans l'intérêt de l'ordre, devoir arrêter le pasteur Bastide, pour prêche séditieux dans les temples de la ville. Livré au parlement de Toulouse, celui-ci fut envoyé sur l'échafaud par suite de son obstination et de ses injures. C'était plus qu'il n'en fallait pour raviver dans les cœurs calvi-
rÉcole municipale, et bâtirent leur chapelle, actuellement église paroissiale Saint-Joseph. Plus loin on trouvera des détails sur cet établissement.
* Ceux-ci obtinrent un arrêt qui leur restituait leur ancienne propriété ; aussi les Récollets ne passèrent que quelques mois dans la ville épiscopale. (Cf. T. I, fasc. n, p. 102, note 2.)
' Voir ce qui a été dit précédemment sur ces divers Ordres. — Établies vers 1258, les Clarisses rentrèrent le 20 janvier 1631 ; trop à l'étroit sur la place des Monges, elles rachetèrent leur propriété primitive, qui est actuellement la Faculté protestante. — Les Augustins fondés dans la ville vers 13*5, revinrent en 1632, et n'eurent rebâti leur église et le couvent, aujourd'hui temple protestant et maison Garriseon, qu'en 1665. — Les Cordeliers qui étaient venus «a 1251, rentrèrent sur l'emplacement occupé par les Ursulinea, le 12 janvier 1632. — La même année les Jacobins reprirent leur ancien couvent du Port, aujourd'hui la Miséricorde. — Les Carmélites furent fondées a Mon tau ban en 1631, par la supérieure du couvent d'Auclt. Elles eurent pour première supérieure celle de Lecloure, Thérèse de Garrigues, en religion Thérèse de Jésus. (Voir ci-après.)
nistes une haine invétérée. Surgit bientôt une cause de litige : la propriété des cloches de Saint-Jacques. Les chapitres voulaient refondre la grosse cloche, c qui fut rompue, dit Perrin, le jour de la rentrée du cardinal, par la malice du ministre Bérauld *. > La sonnerie de la petite cloche déplaisait beaucoup aux protestants, et les porta plusieurs fois à faire du bruit ; il était évident que la refonte demandée soulèverait des orages. Point ne manqua. Les protestants s'en portèrent comme les vrais propriétaires, alléguant qu'elle servait aux usages de la maison consulaire pour les convocations publiques, et que même, à défaut de celle-là, ils étaient en droit de réclamer celle dont ils usaient. Pareille revendication ne fit qu'enflammer le zèle des bons catholiques, et si le clergé n'eût proposé une conciliation pour t n'aigrir pas davantage leurs esprits, * ces derniers se seraient fait justice. Mais il fut conclu que la petite cloche, naguère établie par les soins de l'évêque sur le clocher de Saint-Louis, leur appartenait en propre, et que quant à la plus grande elle serait refondue et t se partagerait, » c'est-àdire servirait pour les offices religieux et pour le conseil de ville.
33. Ce ne fut pas le seul point sur lequel, pour un bien de paix, les ecclésiastiques firent des concessions, dont se réjouissaient leurs adversaires lorsqu'ils ne pouvaient pas obtenir tout ce que leur haineuse et jalouse ambition osait réclamer. Ainsi, à quelque temps de là, notre prélat supprima la procession générale du 20 août, qu'il avait établie en souvenir du rétablissement du culte, sur le conseil du duc d'Épernon, scandalisé qu'on lai eût fait plus d'honneur dans sa réception, qu'on n'en faisait c a Dieu, paraissant en rues dans le Saint-Sacrement. »
Grâce à l'intendant de justice de Guyenne, Verthamon, bien des contestations furent cependant arrêtées par une ordonnance
' Rût. mantucrite, p. 527.
Tow ÎI. IL 4.
du 13 mars 1631. Il était temps qu'on tranchât clairement des questions au sujet desquelles les protestants, tout en déclarant se soumettre aux édits, « n'en faisaient pas moins en réalité qu'à leur tête, » selon l'expression du contemporain Perrin. Les principaux articles de cette ordonnance laissent comprendre la situation faite au catholicisme. < Les catholiques, y est-il dit, ont conclu à ce que l'exercice de la religion catholique apostolique et romaine soit entièrement rétabli dans la ville, ainsi qu'il y estoit avant les premiers troubles de l'année 1562, ce faisant qu'il soit libre aux ecclésiastiques de faire tous les actes de ladite religion, les processions ordinaires en tous temps et lieux, sans aucune limitation, comme aussi celles du Saint- Sacrement, es quelles lesdits de la religion prétendue réformée seront tenus de souffrir qu'il soit tapissé et paré devant leurs maisons, et lorsque le Saint-Sacrement passera es dites processions, ou pour le porter aux malades, ils seront tenus y rendre le même respect externe que les catholiques, ou se retirer ; à ce que les recteurs ou vicaires des paroisses puissent administrer les sacremens aux malades catholiques, même dans la maison de ceux de. la R. P. R., et à leurs serviteurs catholiques, avec défense aux maîtres de l'empêcher ; que les fêtes, indites par l'Église catholique seront gardées et observées, les portes demeurant fermées, le guichet ouvert seulement. — Par ceux de la R. P. R- a été dit que l'exercice de la religion catholique, apostolique et romaine est entièrement rétabli ; que néantmoins quant au fait des processions, celles se faisant anciennement aux environs des églises ont été depuis limitées à certains endroits par des ordonnances auxquelles on se doit tenir ; que l'honneur et vénération aux exercices de la religion catholique est contraire à. la liberté de conscience; et néantmoins consentent la liberté d'administrer les sacremens aux malades, même aux domestiques en donnant préalablement avis aux maîtres ; que l'édit ne défend pas de travailler les jours de fêtes, mais seulement d'éviter le scandale, et il y sera
pourvu, comme il a été fait jusqu'ici, au contentement des uns et des autres. » L'intendant fit entièrement droit à la demande des catholiques. De plus, « les catholiques demandent que toute sorte de personnes professant la religion catholique soient reçues à habiter en la ville, en faisant apparoir de leurs bonnes vies et mœurs, sans qu'on puisse exiger d'eux aucune somme pour droit d'entrée, ainsi qu'on l'a fait pour le passé, afin de les empescher d'entrer. » Les calvinistes prétendaient cependant n'avoir jamais rien exigé. — En outre t les catholiques demandent que défenses soient faites aux consuls de plus continuer l'imposition des quatre deniers pour livre de chair qui se vend dans la ville, tant à cause que cette imposition se fait sans permission de Sa Majesté, qu'à cause aussi que les sommes qui en proviennent sont employées à l'entretènement des ministres. » Devant la justice de la réclamation les protestants ne songèrent pas à faire d'objection. — t L'intendant décharge les catholiques des dettes contractées par les calvinistes depuis les guerres de l'an 1621, et de contribuer en quelque sorte que ce soit à l'entretènement des ministres, et autres dépenses de la R. P. R., desquelles sommes la taxe se fera par-devant le lieutenant-général de la sénéchaussée. Et pour l'imposition de quatre deniers pour livre de chair, il en sera donné avis à Sa Majesté; et cependant sur les sommes en provenant, il sera donné au syndic des catholiques sept mille livres par an, pour être employées à tel usage que bon semblera auxdits catholiques. > Ce qui contrariait le plus les protestants, fut l'obligagation a eux imposée d'enlever des églises les décombres et immondices qui s'y étaient accumulés durant les troubles. Mais l'ordonnance porte: « Avons condamné et condamnons les consuls à faire ôter, à leur dépens, dans six mois, pour tout délai, les décombres qui sont à présent dans les églises l. * Les ordres étaient précis, les obligations bien tracées ; nous aurons
* Matériaux, t.* IL in fine. — Archives départementales, série G, 69, in-folio.
Jl.
52 HISTOIRE DK L'ÉGLISE DE MOXTAIBAN.
occasion de remarquer comment les calvinistes furent fidèles à les garder.
34. Soucieux des devoirs qui lui incombaient, Anne de Murviel réclama l'exercice du droit que lui avaient conféré les lettres-patentes du roi Henri III, de nommer les régents de l'Académie de sa ville épiscopale. Les protestants s'y opposèrent de toutes leurs forces, prétendant que ce droit avait prescrit, puisqu'il n'avait pas été exercé depuis plus de cinquante ans. L'intendant Verthamon tâcha de concilier tous les intérêts en décidant que l'évêque ferait les nominations si les calvinistes ne consentaient pas à contribuer pour une part proportionnelle à la construction d'un Collège spécial aux catholiques. Après des oppositions d'une révoltante mauvaise foi, nous verrons bientôt les protestants se décider à céder aux pères Jésuites la moitié de l'établissement qu'ils avaient usurpé. L'évêque patienta jusqu'à cette époque, fortifiant par l'exemple de ses vertus les ecclésiastiques, et pourvoyant à la bonne administration des chapitres. La mort avait enlevé, dans quatre ans, quatre doyens de la collégiale : deux Pierre de Labitrio, François Figuier et Arnaud de Lacombe. L'élection de ce dernier souffrit quelques difficultés. Ayant égard au projet d'union .des deux chapitres proposé, comme nous l'avons vu *, par l'archevêque de Toulouse, Anne de Murviel refusa d'approuver cette élection. Mais la collégiale ayant porté l'affaire devant les vicaires-généraux du métropolitain, eut gain de cause. Ces divergences de sentiment n'empêchaient pas l'évêque et les chapitres de travailler au bien du diocèse. Ainsi, tandis qu'on plaidait sur cette dernière affaire, le conseil réuni avait nommé « trois vicaires forains délégués de l'évêque, l'un de Garonne, l'autre entre deux rivières et l'autre deçà Tarn 2. »
35. Plus le parti catholique prenait pied, et plus les calvi-
* Ci-avant, p. 42, f 27.
3 Délibérations des 7 et 3) mai 1631 : Archives départementales, série G. ftfl.
TROISIÈME PÉRIODE. — ANNE CARRJON DI MURYIIL (1600-1659). $3
nistes tremblaient. La justice leur faisait peur ; l'exécution des ordonnances était pour eux un fardeau trop lourd. Aussi se regardaient-ils comme persécutés, alors qu on ne leur demandait que l'observation des traités et des paroles données ; et ceux qui se sont faits leurs apologistes, n'ont que des larmes pour de telles victimes. Écoutons M. Mary-Lafon : t Quand on eut frappé le protestantisme à la tête, dit-il, on voulut le frapper au cœur : par ordonnance du 9 octobre 1631, le roi avait décidé que le consulat serait désormais mi-parti dans les villes protestantes, et que les catholiques auraient le premier, le troisième et le cinquième chaperon. Le 1er janvier 1632, jour de l'élection municipale, les Montalbanais, au mépris de l'ordre royal, nommèrent six réformés. Grand bruit à ce sujet dans la colonie catholique, composée exclusivement du présidial, nouvellement institué, du clergé des deux églises et des moines. On députe au duc d'Épernon qui, par une ordonnance provisoire, en date du 10 janvier, interdit trois des consuls élus, un syndic et quarante-cinq membres du conseil des quatrevingt-dix. La chambre de l'édit, séant à.Castres, cassait en même temps l'élection comme irrégulière. Le roi confirma l'arrêt de la chambre, et commit deux de ses membres, Rabaudy, catholique, et de Juge, protestant, pour faire procéder a une nouvelle élection ', > Le commissaire protestant refusa cette mission ; Richelieu nomma Scorbiac à sa place. Ces deux délégués, indignement traités par notre historien, parce qu'ils s'acquittèrent en conscience de leur mission, exécutèrent l'arrêt dans toute sa rigueur. Le 23 mars 1632 on recommença l'élection consulaire: les catholiques reçurent le 1er, le 3e et le 5e chaperon ; les réformés gardèrent les trois autres 2. En même temps
4 Histoire d'une ville protestante, p. 200-201.
9 L'auteur de V Histoire du Querci, avec ses faveurs pour le protestantisme, comme nous t'avons remarqué déjà plusieurs fois, nous dit : « Ce ne fut pas uno petite mortification pour ces derniers (les protestants), mais ils n'en témoignèrent aucun ressentiment (?>. Us s'empressèreat de donner bientôt après la première marque de la fidélité qu'ils avaient jurée au Roi, et qui depuis ne s'est jamais démentie. » (???)
le conseil général, renouvelle comme le consulat, reçut quarante-cinq membres catholiques, ainsi que l'un des syndics, ce qui prouve, contre la thèse de M. Mary-Lafon, que leurs familles (leur « colonie > ) étaient déjà assez nombreuses, quoiqu'on nommât parmi eux des chanoines et des officiers du sénéchal. Ces élections, que cet historien dit être une c double violation du traité de 1629 et de la liberté municipale, frappée en plein cœur par le cardinal..., qui même dans le mal ne reculait jamais S » n'étaient, au contraire, que l'exécution du XIe article de la requête présentée à Richelieu par les protestants, et qu'ils avaient eux-mêmes rédigée en ces termes, t Que les dicts habitans seront maintenus en la faculté de faire les consuls, selon la forme ancienne et accoutumée auparavant ce* derniers mouvement, sans qu'il soict rieji innové aux consciles ny aux conseils establis dans ladicte ville 2. » Lorsque le cardinal ajouta de sa main Accordé, au bas de ce paragraphe* quelle intention avait-il, que lisait-il dans les mots que nous avons soulignés, sinon le retour aux nominations non exclusives des catholiques ? Plus que cela, puisqu'il fallait agir comme avant les troubles des guerres religieuses, les catholiques n'auraient-ils pas pu se prévaloir de leur droit à remplir seuls ces places? Richelieu ne leur avait-il pas fourni un exemple à suivre, lorsqu'il leur envoya des catholiques pour occuper les principales charges de la magistrature et des fonctions politiques ?
36. Ce n'est pas tout. L'auteur, qui se plaît à voir en ceci des griefs contre les catholiques, trouve de nouveaux effets de réactions qui, semblables aux torrents, t ne s'arrêtent qu'après avoir épuisé leur fougue avec leurs flots. » Tout cela pour nous dire que le fermier des droits du domaine royal harcelait la communauté afin de se les faire rendre, et que les moines et les
' Hûtoire d'une ville prote$tante} p. 203, 201.
9 Cf. cette requête au Livre jaune, A, f» lxxxvi ; elle est rapportée eu entier dans la nouvelle édition de VHist oire de Monlauban. par Le Bref, t. II, p. Vb, 432.
religieuses demandaient c l'entière contenance de leurs couvens et l'applanissement d'icelle '. » Qu'y avait-il d'injuste? N'étaientce pas là les premières conditions du dernier traité de paix, aussi bien que de toutes les conventions qui l'avaient précédé? Malgré tout les calvinistes ne laissaient passer aucune occasion de témoigner au roi de leur dévouement, de se gagner le cœur de Richelieu, qui avait une prédilection spéciale pour cette cité, dont à bon droit il se flattait d'avoir fait la conquête sans coup férir. Ainsi dans les déplorables luttes qui coûtèrent la tête au duc de Montmorency, tombé victime de l'ambitieuse politique du cardinal, nos huguenots ne cessèrent de manifester leur attachement à la royauté. Louis XIII, voulant aussi leur prouver toute sa reconnaissance, leur adressa de Montereux (27 juillet 1632), une lettre des plus élogieuses, leur faisant remise de tous les arrérages, lods et ventes qui lui étaient dus 2. De plus, comme il rentrait a Paris par le Limousin, il leur fit savoir qu'il traverserait leur ville. Son arrivée, annoncée pour le 1er novembre suivant, les consuls revêtus de leurs robes et livrées de cérémonie montèrent à cheval à midi, et suivirent le duc d'Épernon et les grands seigneurs de la province jusqu'à Bressols, limite de la juridiction de Montauban vers Toulouse, c Entièrement maîtresse du pouvoir, ajoute en passant l'historien déjà cité, la bourgeoisie en cette occasion fit éclater l'ardeur de ses sentiments monarchiques 3. » Après les harangues d'usage, les clés de la ville lui furent offertes à l'entrée du pont € dans une bourse de velours rouge-cramoysin, lesquelles furent agréablement reçues par Sa Majesté. Et en même . temps, poursuit le secrétaire de la rédaction, nous dicts consuls luy ayant présenté le poille garny de satin bleu avec clinquant
4 Ce fait, que l'historien cite comme exirail des papiers de l'hôtel-de- ville, est tout simplement ompruntô à V Histoire de Perrin, p. 532, gui l'avait lui-môme copié dans l'acte d'accommodement. L'accommodement, du reste, 89 fit sans procès, comme veut le faire croire Mary-Lafon.
8 Cf. Livre jaune, «> W r, et Le Bret annoté, t. n, p. 331, 33?. * Mary-Lafon. op. cit., p. 201.
56 HISTOIRE DE LÊtiLISK DK MOMTAUBAN.
d'argent, Sa Majesté nous auroict commandé de le porter et marcher devant; ce qu'ayant faict jusques près l'église de Sainct- Jacques de la dicte ville, Sa Majesté estant dessendue de carrosse, se seroict mise sous le poille porté par nous dicts consuls, jusques à l'huis de la porte de l'église, où messire Anne de Murviel, évesque dudict Mon tau ban, luy auroict faicte son arangue ; laquelle finie, sadicte Majesté seroict entrée dans ladicte esglise, suivye de grand nombre de personnes ; et peu de temps après la prière faicte, le Roy estant sorty de F esglise, sadicte Majesté se seroict remise soubs ledict poille que nous aurions continué de porter jusques audict carrosse, et de là sadicte Majesté seroict allée prendre son logement à la maison du sieur d'Aliès, près la porte de Montmurat, ayant esté dressés sur le chemin plusieurs arcs triomphaux, avec les armoiries * du Roy au-dessus et celles de la ville au-dessoubs ; et pendant son chemin le peuple, les rues et fenestres des maisons en estant plaines, avec difficulté de pouvoir passer a cause de la multitude, criant avec grande allégresse et d'ung cœur plain de joye et de contentement à quy mieux mieux : Vive le Roy t le devant de toutes les maisons estant tapissé, et estant Sa Majesté le Roy dessendu de carrosse, il se seroict encore mis soubs ledict poille, jusques au fondz de la basse-cour dudict logis, où il nous auroict dit : € Messieurs, je vous mercie. > Et le lendemain bon matin, nous dicts consuls, nous estant mis à genoux, aurions donné le bonjour à Sa Majesté, laquelle estant sortie à pied l'aurions accompaignée à Pesglise des Capuchins, qui est au-dehors de la ville, du costé de ladicte porte de Montmurat, et sa dévotion faicte, l'aurions encore accompaignée dans son logis, et les rues et pont dudict Montmurat estant couvers de habitans tant jeunes que vieux, hommes que femmes, et de tous ordres, ils auroient tousjours pendant le chemin crié : Vive le Roy! en priant Dieu pour la santé et prospérité d'iceluy '. »
* Livre jaune, f» 00, v; Le Bret annoté, i. Il, p. 333, 33*.
TROISIÈME PÉRIODE. — ANNE CARRIOX DE UCRVIEL (4600-4652). 57
Le lendemain 3, après avoir reçu les visites officielles, il partit pour Cahors par la route de Loubéjac, donnant aux consuls les témoignages les plus flatteurs de bienveillance et d'intérêt pour la ville f.
37. De toute part les catholiques vinrent alors s'établir dans Mon taiiban, qui bientôt recouvra son ancienne indépendance. Richelieu s'efforçait d'y accroître le nombre des familles catholiques et de les rendre influentes. De son côté, Anne de Murviel, par la simplicité de ses mœurs, pas la douceur et l'affabilité de caractère contribuait puissamment à calmer les haines de partis. Sur ses conseils les deux chapitres transigent pour l'union du service divin, premier pas vers la fusion des menses. En même temps, s'appuyant sur le traité de Nîmes et les conditions particulières de la soumission de Montauban, l'évéque faisait rentrer, sans trop de difficultés, le clergé dans la plupart de ses anciennes possessions, et reprenait pour lui et ses successeurs ses droits sur. le domaine de la ville. A leur tour les pères Carmes demandaient à être rétablis dans leur ancien fonds, et l'obtinrent par arrêt du parlement de Toulouse. Tout cela cependant était c contre l'attente des huguenots, qui en restèrent tout surpris, » nous dit Perrin. Mais le vénérable prélat avait tellement su, par ses bontés, gagner leur affection et leur respect, que le 3 septembre de Tannée suivante 1634, il les fit consentir k l'établissement des Carmélites et au rappel des Jésuites. Les premières y vinrent de la ville d'Auch ; elles portèrent chacune leur dot. A l'aide de la fortune de la dame de Cantarel, de Beaumont, qui, par son testament de l'an 1631, les fit ses héritières, elles achetèrent une maison voisine de celle des Capucins, et construisirent les bâtiments nécessaires, sur l'emplacement qu'elles occupent encore de nos jours. »
1 Cf. le récit de cette réception dans les Matériaux (in fine), aux fascicules ci-dessus mentionnés, ayant trait à rentrée des personnages. — V, Éphèmérides Montalb., p 204-906.
lï.
38. Pour aider au développement de la foi et de la piété, le vénérable prélat recommandait à cette heure la dévotion à l'auguste Vierge, dans l'antique chapelle de l'Orme. Par une ordonnance solennelle, datée du 7 janvier 1634, il publia à nouveau les indulgences accordées à perpétuité par le pape Urbain VIII, en 1623 ', et approuva les statuts de la confrérie établie dans ce sanctuaire. Il enjoignit à tous les archiprêtres, curés et vicaires de faire connaître aux fidèles les grâces spirituelles de cette association, avec ordre d'afficher l'extrait du bref pontifical aux portes de leurs églises. Maintenant que la religion renaissait dans son diocèse, le pieux évêque voulait en quelque sorte le consacrer à Celle qui, peu de temps avant l'irruption du protestantisme, avait semblé protéger providentiellement toute une région. Vers 1510, en effet, un événement mystérieux était venu ranimer les sentiments de foi sur cette rive de la Garonne, tandis que l'hérésie allait fondre sur divers autres points. A douze cent mètres environ de Saint-Aignan, sur le territoire actuel de la paroisse de Castelferrus, un pâtre avait remarqué qu'une vache de son troupeau laissait les pâturages et se tenait constamment tournée du côté d'un ormeau qu'elle frappait régulièrement de petjts coups de cornes. Cette singularité, reproduite nombre de fois, ne passa pas inaperçue. Bientôt elle donna lieu à diverses conjectures, et devint encore plus frappante lorsqu'on entendit des personnes dignes de foi, dire que durant la nuit, une lumière rayonnait autour de l'ormeau comme sur un autel. On songea à pénétrer dans la cavité du tronc, et l'on découvrit une statue, haute de trente centimètres, en bois qu'on crut être de cèdre, toute noire, jadis peinte, et représentant la divine Vierge tenant entre ses bras le corps de son divin Fils. Transportée religieusement à l'église paroissiale de Saint-Aignan, la Madone disparut et fut retrouvée dans l'arbre où elle avait été découverte. Trois fois on la rapporta à
1 Le texte du bref pontifical n'a pu être retrouvé. Cf. Notre-Dame dp Lorm, par M. l'abbé Perducot, p. 1H-160,
l'église, trois fois, après bien des précautions prises pour éviter toute supercherie, la statue est trouvée dans l'ormeau. Évidemment la Sainte-Vierge manifestait la volonté d'être honorée dans ce lieu. Une chapelle fut érigée le plus près possible de l'arbre théâtre du prodige !. Les pèlerins accoururent, les miracles se multiplièrent, et dès cette année même 1510, les images reproduisant et l'invention merveilleuse et le concours des fidèles priant aux pieds de la Pieta 2, allaient rappeler au loin dans les familles chrétiennes la dévotion a la Vierge de VOrme ou de V Ormeau3. L'ordonnance de 1634 donna un nouvel élan à la piété, que les mauvais jours des guerres religieuses avaient pu ralentir. Et comme ce sanctuaire était destiné, dans le plan divin, à conserver l'étincelle de foi au sein de nos populations, Mgr d'Haussonville en 1728, et MgrDoney en 1843 le recommanderont de nouveau aux fidèles, ainsi que la dévote confrérie des Sept-Douleurs. Enfin un plus puissant essor devait lui être donné, dans nos temps si agités, par le pèlerinage diocésain convoqué et présidé par Mgr Legain en 1873 4.
39. Dieu, qui choisit toujours ses heures pour mettre une barrière au mal, ramenait après nos désastres les Pères de la Compagnie de Jésus. Ils avaient déjà paru en 1626, à titre de missionnaires. Leur travail fut à peu près infructueux jusqu'en 1628, époque à laquelle ils furent chassés avec les autres catholiques. Revenus après la paix de 1629, ils avaient dû se retirer à cause de la peste. L'évêque les rappela l'année suivante, dès qu'il fut possible de rentrer sans danger ; mais ils ne purent
« Cette fondation fut faite par Jean Calvet, ie l« mai 1520. Copie de l'acle qui relate ce fait important, est signalée comme faisant partie du sac n« 183, dans l'Inventaire de* papiers et titres et documents concernant la baronie de la rille de Cordes-Tolotanes, Castelferrus. Laffite, Saint-Jannes et dépendances, fait cejourd'hui 3 juin 1740. La précieuse collection de ces archives fut inventoriée pour Mossire Jean-Pierre Dazémar, chevalier de l'ordre do Saint-Lazare, président, trésorier-général de France, en la généralité de Toulouse.
2 Celte vieille planche existe encore à l'imprimerie Forestié; elle porte la dale de 1B59. a Ou trouve dans les divers écrits Lorm, Lornies, VHorme et l'Orme. * Cf. la Notice désignée plus haut et la lettre épisropale du '20 août 187;*.
60 HISTOIRE DE l/ÉGLISE DE MON TAU BAS.
s'établir définitivement qu'en cette année 1634. L'entrée et la mise en possession de ces religieux soulevèrent moins de difficultés qu'ont bien voulu le dire certains historiens. Leurs écoles furent ouvertes, sur la demande de l'évêque, dans la moitié des bâtiments du collège déjà existant. C'était chose rationnelle, puisque d'une part le fonds était une vieille propriété des évêques, et que de l'autre les régents étaient à la nomination de nos prélats. En outre, le 23 juillet 1633, les États du Languedoc avaient décrété que les collèges religionnaires de Castres, Nîmes et Montauban seraient mi-partis des deux religions. Les calvinistes ne voulurent pas cependant se rendre, et furent loin de leur faire « d'eux-mêmes concession de la moitié > de ce collège, ainsi que le veulent les annotateurs de Le Bret '. 11 fallut en référer au parlement de Toulouse. Scorbiac, Duménil et d'Olive, commissaires du parlement, furent énergiques dans la négociation de l'affaire. Les protestants «firent leur possible pour l'empêcher, même du bruit pour arrêter ces Messieurs lorsqu'ils exécutaient leurs commissions ; mais ils furent fermes dans leurs résolutions, et le donnèrent à connaître dans l'entière exécution des volontés du roi 2. > Les Jésuites prirent possession des lieux qui leur furent assignés, mais non de la manière dont le rapporte Cathala-Coture, d'après une tradition populaire. D'après cette soi-disant tradition, ces religieux se seraient glissés furtivement dans le collège pendant la nuit, et, le jour venu, les professeurs protestants trouvant la place prise, furent au moment de jeter les Jésuites par les fenêtres, si les magistrats n'étaient arrivés a propos pour apaiser le tumulte. Les Pères firent de grandes plaintes sur cette violence; de peur de pire, les protestants leur cédèrent par accommodement la moitié du collège :J. Outre le défaut de preuves, cette version est si inadmissible, que même M. Mary-Lafon la passe
* T. II, p. 337.
1 tanin, But. manuscrite, p. '*M.
• Nitt. du Querci. t. IL p. S».
sous silence, se contentant de nous dire que c le sinistre Scorbiac * et les autres commissaires vinrent c livrer > à ces religieux la moitié du collège. Il y avait aussi pour aider à l'établissement de cette fondation et bien poser les Jésuites, tant auprès des consuls que des habitants, la présence du célèbre et habile père Vital-Théron !. Nommé premier recteur de cette maison, où il exerça avec succès pendant cinquante ans, il acquit aux siens, par son caractère bon et insinuant, non moins que par son talent pour la chaire, l'estime générale de la population, et contribua puissamment à la prospérité du collège. Malheureusement le voisinage de deux écoles où l'on enseignait des principes diamétralement opposés, occasionna de fréquentes querelles entre les étudiants, qui souvent en vinrent aux mains et mirent la ville en émoi.
40. Obligés à capituler devant les ordres du parlement relatifs aux Pères Jésuites, les protestants eurent un moment de joie en apprenant qu'a la suite de pluies torrentielles les murailles du couvent des Capucins s'étaient écroulées sur divers points, et que l'humidité introduite dans les cellules nuisait c grandement à la santé des religieux. > Pourtant, ajoute le chanoine Perrin, ils n'en rirent pas longtemps. Le parlement mit les réparations à leur charge, c Telle était, écrit Mary- Lafon, la partialité. de cette cour souveraine de Toulouse, aussi étrangère à l'idée de justice qu'à celle de l'humanité 2. > — Au nom t de l'humanité, > il fallait sans doute laisser sans asile et dans des cloaques des religieux qui, chassés de leurs propriétés, étaient venus k leur frais ou à l'aide d'aumônes, relever pierre à pierre leur monastère démoli par la rage révolutionnaire du protestantisme. Au nom c de la justice > ne fallait-il
* Le P. Tbéron était frère de Jean de Thércra, décapité à Toulouse lors de la laineuse entreprise des Calvinistes sur cette ville, et dont les descendants s'établirent à Bioule. Moréri elBayle, dans leurs dictionnaires, font une mention honorable de ce jésuite, dont les différents ouvrages dédiés au cardinal Maiarin, ont été recueillis par Bernard de Théron, son aeveu.
9 Op. cit., p. 508.
pas que ceux qui étaient la cause morale des dommages occasionnés par le mauvais temps fussent tenus à les réparer ? Sur leur requête de 1629, Richelieu avait bien pleinement déchargé les protestants t de toutes démolitions d'esglises, bastimens publics et particuliers, dedans ou dehors de ladicte ville, Caussade, Corbarieu ou autres lieux es environs d'iceux, et toutes dégradations et dépopulations de bois, arbres... bruslemens..., rançonnemens... ou tous autres actes d'hostilité1. > Mais le damnum eniergens n'était pas mentionné; les protestants ne pouvaient pas profiter de ce silence ; il ressortissait du parlement de trancher la question. Nous connaissons la sentence, et sans prendre la défense de cette cour, difficile peut-être à soutenir en bien des points, ce n'est pas le jugement qu'elle rendit en cette occasion qui chargera sa mémoire. Les réparations terminées, Anne de Murviel consacra l'église de ce couvent, c Dès ce sacre, elle fut visitée durant quelques jours par plusieurs paroisses de divers lieux, qui y vinrent en procession, même par le chapitre de Montpezat, suivi de quantité de monde. Cette action ravit plusieurs de nos huguenots, leur étant toute nouvelle 2. > Le parti calviniste ne triomphait pas plus devant ces manifestations qu'à la suite des arrêtés du parlement, peu favorables à sa cause. Il va nous donner une preuve de son mécontentement.
41. Laissons Thistorien-romancier raconter le fait, en l'accompagnant toutefois du récit même de Perrin, auquel il Ta emprunté, t Les catholiques, dit M. Mary-Lafon, fiers de cette victoire (la condamnation des protestants à rebâtir les murailles du couvent des Capucins), et assurés de la protection des magistrats, ne gardèrent dès lors plus de mesure dans leurs manifestations. Un arc-de-triomphe d'une hauteur prodigieuse et orné d'emblèmes et d'inscriptions blessantes pour les Réformés,
1 Article II0 de la requête déjà signalée plus haut. » Hùt, manuscrite, p. 534-535.
fut élevé, comme un défi, devant le grand temple, le jour de la Fête-Dieu de 1634. Irrité de toutes ces provocations, le peuple allait relever rudement le gant; la sagesse du Consistoire le retint *. » Le chanoine-chroniqueur va nous apprendre si c'est c la sagesse du Consistoire > qui retint la manifestation hostile, si cet arc-de-triomphe était un défi, s'il portait des inscriptions et des tableaux insultant à la Réforme. Ne recherchant que le moyen de vexer les catholiques et de se mettre à leur traverse, les calvinistes choisirent le jour de la fête du Corpus Christi pour exécuter leurs projets, c Ils dirent mille blasphèmes contre le Saint-Sacrement, murmurèrent de ce qu'on l'honorait, même en firent bruit, et de telle sorte qu'on s'assembla de nuit dans le consistoire pour empêcher la fabrique d'un arc triomphant, joignant le grand temple : mais ce fut inutilement. Car le seigneur de Villeneuve, avocat du roi dans leur siège, s'étant présenté à eux suivi d'un notaire et de deux témoins, et ayant connu le sieur Tenans, un de leurs consuls, pour chef de l'assemblée, il protesta contre tous, de tout ce qu'il pouvait et devait, les menaça de charger son verbal de leur hardie entreprinse, pour le faire connaître au roi ; ce qui leur donna si fort dans l'âme, qu'ils se séparèrent à l'instant et se retirèrent, non pourtant sans crainte d'être criminalisés. C'est pourquoi Me Jean Channabier, curé de Villebourbon, comme l'auteur de cet "arc, le fit parfaire et l'orna de diverses devises et de fort beaux tableaux. Mais chacun d'eux travailla à se justifier (du projet qu'ils avaient comploté d'empescher l'édification de cet arc) . Ce n'est pas qu'il ne leur fût aigre de souffrir cette nouveauté ; néanmoins cet obstacle les retint, bien que toujours dans leurs folies, sinon ouvertement, au moins en pensée 2. » Au début de ce dernier narré, que nous n'avons pas à commenter, pour montrer au lecteur l'usage qu'en a fait M. Mary-Lafon, car ce
« Op. ctt., p. 208.
* Bist. manuicrite, p. 535-536,
n'est que là qu'il a puisé cet épisode, nul autre historien ne le rapportant ; au début de ce narré se trouve le grief que les protestants avaient a ce moment-là contre les catholiques. Ils étaient choqués des prétentions de l'évêque, « leur demandant la maison commune de la ville et le temple qui la joint. > Jusques-là ils avaient bien consenti à restituer certains biens ecclésiastiques, soit au prélat, soit à ses chapitres ou aux religieux qui étaient rentrés ; mais rendre l'ancien palais épiscopal acheté par l'évêque Bertrand Robert, et dans lequel ils avaient établi la maison consulaire et le temple Vieux, cela leur coûtait trop. De pareilles revendications étaient pour eux nouveaux motifs d'attaques contre les catholiques ; il fallait les intimider et les empêcher de porter leurs plaintes devant le parlement. Mais leur animosité leur faisait dépasser le but. Le parlement lança un arrêt, en 1635, portant restitution de ces propriétés, aussi bien que de toutes autres, conformément aux derniers traités. Les calvinistes ne se tenant pas pour battus, recourent au conseil, qui confirme l'arrêt et le droit de l'évêque. Celuici, pour ne pas mettre les opposants au désespoir, et dans la crainte d'occasionner de nouveaux troubles, n*en poursuivit pas l'exécution.
42. Cet esprit de conciliation, vraiment excessif, dans celui que M. Mary-Lafon appelle « le vieux ligueur » et t l'Entelle de la Ligue, » lui valut des soucis d'un nouveau genre. Il espérait cependant en triompher, et il eut ajouté certainement ce beau triomphe à d'autres déjà bien glorieux, s'il avait eu affaire à moins forte partie. Richelieu, qui au moyen des centres d'administration qu'il groupait à Montauban, et dont il confiait les emplois à de puissantes familles catholiques, activant de plus en plus la fusion du sang catholique dans les veines du vieux Montauban, pressait l'évêque à la fermeté. On peut se demander, toutefois, si les moyens employés par le cardinal n'allaient pas à rencontre de son plan, et ne suscitaient pas de grandes difficultés à notre prélat. Ces étrangers puissants, riches,
influents donnèrent souvent du scandale aux protestants mêmes, qui se sentaient d'autant plus forts qu'ils mettaient plus de zèle à affecter la pratique de leur religion. Néanmoins, pour condescendre aux impérieux désirs du cardinal-ministre, Anne de Murviel, malgré son grand âge, alla plusieurs fois à la cour prendre ses conseils et lui exposer les difficultés de la situation. Richelieu, dont le caractère violent poussait à un système de politique peu porté à la conciliation, essaya vainement de persuader à notre évêque la rigueur, la sévérité même. Le prélat était patient et bon par nature ; l'âge et les malheurs qu'il avait traversés n'avaient fait que le rendre de plus en plus conciliant. On lui en fit un crime. Et tandis que les plus avisés se réjouissaient des bontés et des ménagements qu'il avait pour les religionnaircs, les plus exaltés se flattaient de « mener et de gouverner l'évêque lui-même. > Ils allaient en être deux fois punis : en compromettant la situation de l'évêque, ils risquaient de perdre la leur et celle de leur secte. Ces appréciations opposées arrivèrent en effet à la cour. Richelieu saisit l'occasion pour engager le vénérable vieillard, dans une lettre fort sévère, a se démettre de ses fonctions. « Ayant esté rapporté au Roi, lui écrivait-il, qu'il ne se fait quasi aucune fonction épiscopale en vostre diocèse, Sa Majesté m'a commandé de vous en advertir, afin que, rentrant en vous-mesme par la considération de ce à quoy vous estes obligé, par la charge qu'il a plu à Dieu vous commettre, vous vous en acquittiez avec tant de soin à l'advenir, que vos actions réparent les défauts du passé. Je me promets que vous vous servirez utilement de l'advis que je vous donne, parce qu'en la négligeant, Sa Majesté par sa piété singulière se sentirait obligée d'y pourvoir par les voies que sa prudence luy ferait juger les plus convenables à cette fin. >
43. Le vénérable prélat, qui avait conscience de sa conduite et de ses actes, trouva sévère la phrase où il lui était enjoint de mieux s'acquitter de sa charge et de réparer « les défauts du passé. » Il se demanda surtout ce que signifiaient les der-