‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 20 sur 132 · Tome n. JI · texte numérisé non relu

Tome n. JI

nières lignes de cet étrange avertissement : ou lui disait, à lui le doyen des évoques, qui avait blanchi dans l'administration épiscopale, au milieu des revers et des luttes, que Sa Majesté pourvoirait à sa négligence c par les voyes que sa prudence lui feroit juger les plus convenables. » Devant semblables comminations, Anne retrouva l'indépendance de caractère qu'il savait concilier avec l'indulgence ; et, avec une franchise appuyée sur son droit et sa conscience, il fit une réponse malheureusement égarée, qui provoqua toute la colère d'un cardinal peu habitué à la résistance. Richelieu répondit dans un style pittoresque et crû, qui peint bien le ministre tout-puissant accoutumé a faire tout plier devant sa volonté de fer. c Si j'ay esté estonûé, dit-il, de voir, par la lettre que vous m'avez escrite, que vous refusez le bien que le Roy veut faire, et vous opposez à celuy qu'on veut faire aux peuples qui sont sous vostre charge, je l'ay esté encore davantage des raisons que vous apportez pour vous en dispenser. Jamais on n'a pensé d'establir la polygamie en France ; mais, lorsqu'un mari est impuissant, on en donne un autre à la femme qui a esté premièrement trompée ; ainsi qu'une mitre ne peut suffire pour deux testes, aussi a-t-elle nécessairement besoin d'en avoir une. Ce qui a fait que le Roy a esté contraint d'ordonner à Monsieur Bertier de porter la sienne à Montauban, afin que vostre chaire n'en fût pas tout-à-fait destituée. Il en est de mesme des soleils ; le monde, qui n'en peut avoir deux, ne seroit pas monde s'il n'en avoit un. 11 est vray que les indispositions des évesques sont les principaux fondemens des coadjutoreries, mais ce ne sont pas, comme vous sçavez bien sans doute, celles du corps. Je me suis extrêmement réjouy quand j'ay veu, par vostre lettre, que vous vous souvenez de vostre ancienne philosophie, qui vous a appris que deux contraires ne peuvent pas demeurer en un mesme sujet, puisque cette pensée m'a fait creire d'abord qu'il n'y avoit plus de huguenots à Montauban ; ne voyant pas que la loy de Dieu vous permette de tenir autres personnes vous

estre contraires que les hérétiques de son Église. Mais ma joye a esté bien-tost rabattue, quand j'ay considéré qu'il y avait lieu de craindre qu'il n'y eust point d'évesque à Montauban, puisque l'hérésie y a tant fleuri. Pour conclusion, Monsieur, la raison veut que vous ayez un coadjuteur qui vous aide à faire vostre charge, puisque vous n'estes pas en estât de le faire seul. Le Roy vous le commande, je vous en conjure, et vous asseure que, suivant les commandemens de Sa Majesté, je vous serai tousjours contraire, jusques à ce que vous ayez satisfait à une affaire comme celle-là, qu'elle ne désire que pour la gloire de Dieu, l'advantage de l'Église et la descharge de sa conscience et la vostre1. » Il fallut se rendre à la volonté du cardinalministre.

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