‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 26 sur 132 · TOMB II. III · texte numérisé non relu

TOMB II. III

34 HISTOIRE DE L'ÉGUSI DE U03TAUBAN.

en fournit la preuve. « On m'a mandé, écrivait-il au supérieur de l'Orme, que Monseigneur de Montauban voudrait être assuré des deux mille livres qu'on y a ci-devant proposé de donner pour aider à loger le Séminaire à Montauban. Sur quoy je vous diray, Monsieur, que la personne qui a parlé de faire cette charité, est toujours disposée à donner cette somme, mais elle veut voir auparavant le Séminaire transféré et les conditions arrestées. Vous vous servirez de cet avis selon votre prudence ordinaire. Il est à désirer que mondit seigneur vous établisse en cette ville au plus tost, ou qu'il vous affermisse à Lorm*. » M. Barry fit part de la lettre à notre prélat. Bertier eut foi en cette parole de l'homme de Dieu ; et, comme on voulait voir l'œuvre établie avant de livrer la somme promise, il donna ordre au directeur de lui conduire c sa petite famille » de lévites. Avec le goût qui le distinguait, le prélat choisit, hors murs pour leur domicile, l'emplacement sur lequel s'élève aujourd'hui la maison des Missionnaires diocésains, dans ce site admirable où avait été jadis construite l'église cathédrale, dont il ne restait plus que les ruines. Cette fondation souleva de grosses contestations. Le chapitre cathédral, auquel le terrain appartenait, se trouva partagé lorsqu'il fut question de l'inféoder. Le bon parti prévalut enfin, et l'inféodation se fit le 3 septembre 1660 à M. Barry, supérieur, moyennant 10 livres 15 sols de rente et 1 sol d'hommage 2. C'était le dernier Séminaire dont Vincent

« Lettre de Vincent de Paul, datée de Paria le jour de Noël 1652 (Cf. t. IV.) 1 Voici ce qu'on lit dans un Livre de Comptes des archives de St-Lazare, écrit Qe 1654 à 1720: • Etablissement de Montauban. Notre demeure fut d'abord à Notre-Dame de Lorm. Mais comme l'éloignecnent de la ville de Montauban nous était incommode, uoub achetâmes une place, où Mgr de Berthier fit bûlir le séminaire : en sorte que la maison est à nous, aussi bien que le fond, que nous avons remboursé au Chapitre. » — L'acte de vente, retenu par M* Delflos, porte : « L'an mil six cens soixante et le troisième jour du moys de septembre, on la ville do Montauban, establis ea leurs personnes MM. Arnaud Peyronnet, Rigal, d'Ouvrier, Dubreil et Henry Le Bret, chanoines du vénérable Ghappitre del'églizecathédraile de ladicto ville, lesquels, en conHÔqueoce de délibérations dudict Ghappitre, du septlesme aoust dornier et jour d'hier, ont vendu ot vendent à M* Siméon Tresfort, prestre, procureur de la Mission et Séminaire de Monseigneur l'Evesque dudict Montauban, faisant pour et au nom de M* Edmond Barry, prestre, supérieur audict Séminaire, et de Messire M* Vincent de Paule, général de ladicte Congrégation de ladicto Mission. . , Savoir : est une pièce de terre

de Paul devait voir la fondation ; le saint mourait vingt-quatre jours après la ratification de ce contrat *. Les Lazaristes ne tardèrent pas à venir avec les élèves; et à sa rentrée de la cour, en 1664, c notre prélat fut satisfait d'apprendre l'entier établissement des séminaires par son vicaire-général, après avoir célébré la messe k l'honneur du Saint-Esprit, le 13 du mois d'octobre2. » Pour subvenir a l'entretien de l'établissement, une Ordonnance épiscopale, en date du 3 mai 1667, imposa tous les curés et bénéficiers qui possédaient au moins 600 livres, au prorata de leurs revenus. A l'aide de divers bienfaits qu'ils

de la contenance d'une sesterce, une rasée, cinq coups, appartenant audict Cbappitre, assize au bout du faubourg du Mostier, confrontant du midy avec le chemin royal qui va de ceBte ville à Saint-Naufary; du levant, vigne de Me Jean Bel vôze, procureur, et chemin royal quy va du Mostier à l'esglize Sainct-Michel ; couehant, jardin de Brandelin Rouges, jardinier, cy-devant de Bourilhon, advocat, dépendant du fief dudict Chappitre ; du septentrion, terre des hoirs de damoiselle Jeanne Dolive, femme de L. Pierre Dassier, advocat, à prôsant tenue per ledict Belvèze, fossé entre deux.. . Sous l'albergue et colite de huict deniers pour sestêrees, que ledict Chappitre réserve..., payable annuellement par le Séminaire, à chaque feste de Toussainct, portée et rendue sur l'autel après Y Introït de la grand'mosse dudict Chappitre, à laquelle assisteront aussi le jour de Saint Théodard deux des prostrés de la Mission annuellement... Et ladicte vente... pour le prix de trois cents trois livres, laquelle somme ledict sieur Treafort s'oblige. . . Jusqu'à ce ledict Séminaire payera l'intérêt au denier seize, à commencer de ce jourd'hui. . . Attendu que ladicte pièce passe en main morte que ledict 8éminaire sera obligé de payer audict Chappitre le droit de lods et ventes sur le pied de ladicte rente de vingt-cinq en vingt-cinq ans. . . En présence de Jean PaliB et Jean Roziôs. — Pbyronnbt, théologal. — D'Ouvrier, syndic. — D'Hautbserrh. — Us Brbt, — Trbsfort, prestre, approuvant le guydon et le mot « d'alberçue. » — Palis. — Roznts.— Diofios, notaire J. »— (Archivée départementales, série £, fonds des notaires; élude de M* Delflos, liasse-dossier année 1660. Cet acte a été retranscrit dans le Livre Cœur, f* 46, aux Archives communales; «et a été publié en partie par M. Devais au t. I de Y Histoire de Montauban, et dans les Éphémèridet moritalbanaises, p. 136-137). — Voir aussi notre Étude sur le Grand Séminaire.

* La tradition qui veut que S. Vincent de Paul ait posé la première pierre de notre ancien grand Séminaire|n'est pas fondée. Sur la fin de 1659 ses infirmités l'empochaient môme de célébrer la saiule messe, et il gardait constamment sa chambre et son fauteuil. En apprenant sa mort, de Bertier écrivit les lignes suivantes : • Dieu m'avait donné tant de respect et d'affection pour M. Vincent, que je crois en vérité qu'aucun de ses enfants n'a senti mieux que moi la douleur de sa mort, mais comme je pense qu'elle était nécessaire pour qu'il reçût les couronnes que la grâce de J.-C. avait préparées & ses môriteB, je me soumets à la volonté du Maître de la vie et de la mort ; j'espère que M. Vincent dans le ciel ne. pourvojra pas moins aux besoins dont il était chargé sur la terre ; et que la consommation glorieuse de sa charité aidera d'une manière plus forte à la perfection de tant d'œuvres chrétiennes qu'il avait commencées parmi nous (Collet, Vie de S. Vincent de Paul, Nancy 1748, t. II, p. 89.)

* Perrio, JKst. manuseriUy p. 638.

reçurent et des économies qu'ils firent, les directeurs purent progressivement étendre et embellir soit les locaux, soit l'enclos du Séminaire. « Ils tracèrent, dit Le Bret, un grand et beau jardin, sur le devant duquel fut construit le bâtiment, qui est un quarré d'environ dix toises, et dont la façade est sur le grand chemin. 11 est en si bonne vue et en si bon air, que la solitude, qui est triste partout ailleurs, est pleine d'agrément en ce lieulà1. > Là furent élevés, sous la direction des disciples de saint Vincent de Paul, les aspirants au sacerdoce, jusqu'au jour où la tourbe révolutionnaire vint les chasser. L'établissement fut vendu comme bien national. M. de Puylaroque en étant devenu propriétaire, le 5 juin 1826, fit construire la vaste maison qui existe encore. Désireux de la rendre à sa première destination, Mgr Doney l'acheta pour le diocèse en 1845, avec le concours de M. le chanoine de Montégut et de plusieurs généreux catholiques. Depuis 1856 elle est occupée par les Missionnaires diocésains 2.

28. Si Pierre de Bertier tenait à faire revivre, par l'établissement du Séminaire, sur les ruines de l'ancienne cathédrale, des souvenirs bien consolants pour les catholiques, il voulait aussi* ressusciter le culte du glorieux patron de la vieille cité. Les Lazaristes venaient occuper une partie des domaines paternels de saint Théodard ; l'évoque, à ce moment, sollicitait la reconnaissance des reliques de notre saint 3. Comment avaient-

* Le Bret a donne la description suivante : « Il n'y a toutefois encore d'achevé que la clôture, le corps-de-logis de la main gauche et la moitié de celuy qui fait face en entrant, où est le grand escalier et le logement de l'évoque. Il peut y avoir dans le reste environ cinquante chambras, outre un belveder qui sert de promenoir aux séminaristes quand il fait mauvais temps. I/estage d'en bas, qui est à plein pied de la cour, contient le réfecloir, qui est fort beau, la salle pour les conférences, la sacristie, la chapelle qui est fort propre et d'une grandeur raisonnable, avec les ofÛceat;les greniers et les autres réduits nécessaires au service d'une si grande maison, où il ne manque que l'église dont la place est à main droite en entrant » (p. 200 de la X- édition). Cette place, destinée alors à l'église, est devenue, en effet, l'emplacement sur lequel, plus de 190 ans après, Mgr Doney, d'illustre mémoire, faisait jeter les fondations de la gracieuse chapelle dite de V Immaculée-Conception.

1 Cf. la brochure sur Le grand Séminaire de Montauban avant la Révolution.

* Au registre de* délibération» du chapitre cathédral, à la date du 26 novembre 1660, on lit -.«Veux les mémoires que M. d'Espaigne, archidiacre, a pris la peine de dresser par l'ordre

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elles été sauvées du pillage de l'an 1561? C'est un secret qui ae sera probablement jamais révélé. Mais renfermées, jusqu'au vandalisme protestant, dans la châsse donnée en 1518 par révoque Jean d'Auriolle ', elles avaient échappé à la tourmente, puisque le 19 mai 1636 le chapitre cathédral donnait c douze escus, à Tégal de Mgr de Montauban, » pour faire c un coffre pour mettre les reliques de saine t Théodard, nostre patron 2. » La tradition constante assurait qu'elles étaient conservées dans l'église de Yillebrumier3; et la foi des peuples venait les y vénérer. En 1652, c'est-à-dire seize ans après le vote d'un nouveau reliquaire destiné à ces ossements, le pieux pontife va lui-même en dresser l'inventaire. Il les renferme dans dix petits sachets de soie blanche et les scelle du sceau de ses armes4. Plus de cent cinquante ans après, en 1833, Mgr Du Bourg renouvelait l'authentication, après en avoir extrait une partie insigne pour son église cathédrale 5. Dix ans plus tard Mgr Doney con-

fie Mgr de Montauban, pour venir à la demande des reliques du corps de Saint Theodart, a esté délibéré qu'on dressera une requête, suivant les dites mémoires, pour demander à mou Seigneur de donner la recouvrante des dites reliques et corps dudit Saint Theodart > (Areh. départementale*, G. 230).

.' Voir celte biographie, t. I, (asc. x, p. 41.

* Arch. communales, registres des délibérations de 1602 à 1707, f. v, m.

* Selon Perrin, les reliques avaient été pillées par les protestants (Cf. Histoire manuscrite, p. 9-10). Le ftret nous dit qu'elles lurent « jetées dans un pré, ou un pauvre ecclésiastique, caché dans les ruines de la cathédrale (en 1561), les alla ramasser la nuit et les cacha dans celles de Villebrumier, et y sont demeurées depuis cela en grande vénération. » Une autre tradition veut qu'ayant été emportées à Villemur, où le chapitre résida quelque temps, elle furont jetées dans le Tarn, quand les chanoines furent forcés de fuir de cette ville, et qu'elles vinrent échouer dans leur coffre au port de Yillebrumier. 11 est sûr que le reliquaire qui les renfermait lors du pillage de la cathédrale fut sauvé et mis en sûreté chez Jean Tieys-Darriat, fervent catholique, • qui l'avoit misdans ung puya, du temps des troubles et des guerres, » et qu'il était encore en sa possession le 15 juin 1571. Si à cette date les reliques n'étaient pas dans leur chasse, on avait dû les mettre & l'abri ; car le reliquaire n'aurait pis été ainsi sauvé pour lui-môme. Que cet objet d'art ait ensuite disparu pour être vendu au profit du chapitre réduit à la mendicité, c'est ce que nous croyons volontiers. Mais alors les reliques auraient été mises en lieu sûr : la tradition qui les fait trouver à Villebrumier trouve encore là son affirmation.

4 Voirie texte de cet inventaire dans la savante vie de Saint Théodard, par M. l'abbé Guyard, avec la discussion sar l'authenticité de ces reliques, p. 1S3, U7.

1 Cf. ce môme ouvrage.

firmait ces témoignages par un nouveau procès-verbal de visite canonique, dont acte est déposé dans la châsse nouvelle, due à la piété des paroissiens de Villebrumier !*

29. Notre zélé prélat comptait et sur l'œuvre des séminaires et sur le culte des reliques, pour réveiller l'esprit de foi et la pratique des bonnes œuvres dans le diocèse ; mais il avait l'œil ouvert sur les ravages causés à cette heure par une hérésie plus dangereuse que celle de Luther, et il tremblait pour l'avenir de son clergé. Le Jansénisme, qui s'insinuait si astucieusement en France et opérait tant de ruines, menaçait d'être plus calamiteux encore pour nos conlrées épuisées par le protestantisme. Le réveil de foi déjà opéré parmi nos catholiques pouvait entraîner à cette « piété homicide et déicide, » qui était le propre de la nouvelle secte. Ceux aussi, qui, sans consentir aux excès de la Réforme, voulaient se soustraire à l'orthodoxie de l'Église catholique, et marcher entre la vérité et l'erreur, en avaient les moyens aisés dans ce c protestantisme bâtard. * Bertier vit tout le danger, et le 11 juin 1661 il publia une Ordonnance, portant « injonction à tous les prêtres et bénéficier du diocèse d'avoir à signer le Formulaire de foi, sur le fait du Jansénisme. » Dès le lendemain cet. acte épiscopal fut communiqué au chapitre et lu en ces termes : c Pierre de Bertier, par la miséricorde de Dieu et grâce du Saint-Siège apostolique, evesque et seigneur de Montauban, aux prévost, archidiacres, chantre, chanoynes du Chapitre de nostre Eglise, salut. L'Assemblée générale du clergé nous ayant exortés, par sa lettre circulaire du quinzième février dernier, de vouloir faire souscrire par tous les ecclésiastiques séculiers et réguliers exempts et non exempts de notre diocèze, les décisions de foy contenues

4 Postérieurement à la reconnaissance faite par Mgr Doney, une nouvelle chasse fat don* née par &£■• la marquise de Puylaroque. C'est là que reposent aujourd'hui ces précieux ossements. Deux ans après leur fondation, les missionnaires diocésains de Saint-Théodard furent autorisés par Mgr Legain à extraire une relique principale, pour être vénérée dans leur chapelle. A son tour la délégation, qui fut envoyée dans cette circonstance, laissa un procès-verbal de constatation et de recensement.

TROISIÈME PÉRIODE. — PIERRE in DE BERT1ER (4652-4674). 39

dans les Constitutions des papes Innocent X et Alexandre VII, suivant le Formulaire de profession de foy qui a esté dressé par l'Assemblée précédente du clergé, pour l'exécution sincère et uniforme de ces deux Constitutions, Nous vous ordonnons de souscrire ledit Formulaire mis ail bas de ces présentes, déclarant que conformément auxdites Constitutions, nous procéderons et fairons procéder contre les refusans ou délayans de souscrire ladite profession de foy, pour estre punis des peines ordonnées par le droit contre les hérétiques. Donné à Montauban, le 12e jour de juin 1661. Pierre, evesque de Montauban; par Monseigneur, Le Bret. »

Le chapitre approuva cette Ordonnance et signa le Formulaire, transcrit aux registres de ses délibérations, dans .cette teneur : c Nous soussignés, conformément à l'Ordonnance de Montauban, nous soumettons à la Constitution du pape Innocent X, du 31 may 1653, selon son véritable sens, qui a esté déterminé par la Constitution de Nostre Saint-Père le pape Alexandre septiesme, du 16 octobre 1656, reconnaissant que nous sommes obligés en conscience d'obéir à ces Constitutions, et condamnant de bouche et de cœur la doctrine des cinq propositions de Cornélius Jansenius, contenues dans son livre intitulé Augustinus, que ces deux papes et les evesques ont condamnées, laquelle doctrn* n'est point celle de saint Augustin que Jansenius a mal expliqué contre le vrai sens du saint docteur. Après laquelle lecture a esté délibéré que ledit Formulaire serait présentement signé par présens tant du haut que du bas cœur, et par les absens lorsqu'ils seront présens. Ce qui a esté exécuté au bas de ladite Ordonnance !. »

30. Dès le début de la grave querelle du Jansénisme, dans laquelle les hétérodoxes déployèrent tant de mauvaise foi et de duplicité, notre évêque s'était montré des plus ardents défenseurs de la saine doctrine. Aussi, lorsque par ordre du cardinal

* Cf, Arch, départementales, série G, registre des délibérations, 230.

de Mazarin, plusieurs archevêques et évoques furent choisis pour, étudier la question (26 mars 1654), Bertier fit partie de la commission chargée du rapport. Uni aux archevêques de Tours, d'Embrun et de Toulouse, et aux évêques d'Autun, de Rennes et de Chartres, il déclara que la bulle Cum occasions avait condamné les cinq propositions comme étant de Jansénius, et selon le sens de cet auteur. C'était répondre clairement aux partisans du fameux « silence respectueux ; » le pape Innocent X confirma leur déclaration par un bref de la même année. Plus que jamais notre évoque se montra sévère à l'endroit de cette hérésie. Ce qui donna lieu, dit le P. Rapin, « à une aventure qui parut réjouissante à ceux qui la virent de près. L'évêque de Montauban, qui n'étoit nullement janséniste, eut avis qu'on adressoit chez lui des livres de contrebande sur la nouvelle! opinion. Il fit faire recherche dans son domestique, pour savoir à qui on les adressoit. Après une revue exacte dans toute sa maison, il se trouva que c'étoit son cuisinier, bon officier d'ailleurs et d'importance. L'Évêque le fit appeler et lui dit : € Maître Charles, qu'est-ce qu'on me dit de vous? Que vous lisez fort les livres des Jansénistes? — Cela est vray, Monseigneur, dit-il. — Avez-vous quelque commerce avec eux? répartit le prélat. — Non, Monseigneur, dit maître Charles. — N'étes-vous pas janséniste? dit le maître. — {p n'en suis pas digne, Monseigneur, lui répondit-il. — Savez-vous bien, ajouta l'Évêque, quelles gens ce sont? » Le cuisinier luy avoua franchement qu'il avait trouvé que c'étoit des gens qui avoient appris au monde à prier Dieu en bon français et qui aymoient à manger proprement. La naïveté de ce vieux officier ne tomba pas à terre, elle fut célèbre dans le pays, et ce fut l'éloignement qu'avoit cet Évêque de ces nouveautés qui y donna lieu *. >

31. Comme leurs demi-frères les jansénistes, les protestants étaient toujours intraitables. Près d'une année s'était

* Mémoire» du P. Rapin, t. III, p. 451-152.

TROISIÈME PÉRIODE. — PIERRE m DE BERTIER (4653-4674). 44

écoulée, et les ordres de Louis XIV, datés d'Aix ', n'étaient pas encore exécutés. "Plus que cela, les sommations que l'intendant avait faites pour obtenir la remise des clés du Collège et l'évacuation complète de ce bâtiment par MM. de la R. P. R., étaient sans effet. Aux menaces d'Hotm&n, muni des pleins pouvoirs du roi, ils avaient répondu en ameutant les artisans et les pressant de se soulever pour l'intimider, tandis que d'autre part ils le suppliaient d'attendre la réponse d'une députation qu'ils avaient adressée au roi. Louis XIV réprimanda sévèrement l'intendant de l'espèce de lâcheté qu'il avait eue, refusa d'entendre les envoyés huguenots, et adressa cette lettre à notre prélat : < Monsieur l'Evesque de Montauban. Je ne puis assez louer le zèle que vous faites paroitre pour le bien de là religion et (}e mon authorité, par la lettre que vous m'avez écrite sur ce qui s'est passé en dernier lieu dans le Collège de Montauban. Àsseurez-vous que j'y apporteray le remède nécessaire, et que dans les affaires de cette nature je ferai tousiours ce que doit un prince, lequel avant toutes choses a le service de Dieu dans le cœur. C'est la moindre reconnoissance que ie puisse rendre à sa bonté divine de tant de grâces dont elle me comble. le la supplie de vous avoir, M. l'Evesque de Montauban, en sa sainte garde. — Escrit à Fontainebleau le 16 iuillet. Signé : Locis 2. »

32. Cette lettre fit bruit dans Montauban. Les protestants se hâtent de rendre les clés du Collège, qui est mis immédiatement au pouvoir des Pères jésuites. Ils pensaient par là avoir calmé le roi, et espéraient que cette soumission forcée ferait oublier leurs fautes passées. Mais le roi ordonna en même temps à Saint-Luc de se rendre dans la ville avec 6,000 hommes de troupe. Le 16 août, jour anniversaire de l'arrivée de Tannée royale devant Montauban, le marquis paraît avec ses

* Voir ci-dessus «23.

* Conservée par Perrin dans son histoire mss. p. 600.

bataillons dans cette même plaine de Yillemade où, quarante ans auparavant, s'étaient déployés les régiments de Louis XIII. Que les temps étaient changés! écrit le moderne historien. Saint-Luc ne trouva sur son chemin que visages timides. Il entra tambour battant par la porte de Montmurat, que personne n'osait fermer, mit ses soldats en garnison chez les religionnaires K Lorsque le peuple apprit que pendant la nuit, sur l'ordre du chef d'armée, on faisait « les bille tes pour leur logement chez les huguenots, > l'épouvante fut telle parmi eux, c qu'à foule, les deux jours suivants, on se rendait à l'église Saint-Jacques pour abjurer la religion de Calvin, et faire profession de la religion catholique, apostolique, romaine, mémement après la publication de l'Ordonnance du marquis de Saint-Luc, portant que les huguenots eussent à remettre, dans vingt-quatre heures, leurs armes à la maison de ville 2. > Le Consistoire, affligé de ces désertions, trouva un biais. Il sollicita et obtint l'autorisation de réunir les notables d'entre eux pour voter une somme en faveur de la garnison, afin de décharger leurs coreligionnaires, qui se plaignaient de nombreuses vexations de la part des soldats. Saint-Luc se laissa gagner par les marques feintes de soumission et de bonne volonté qu'ils lui témoignèrent, et les gratifia même d'une lettre faisant foi de leur obéissance, lettre qu'ils furent heureux de faire parvenir au roi.

33. Les conversions s'arrêtèrent aussitôt. Se sentant forts de la lettre flatteuse expédiée à la cour, nos protestants recommencèrent leurs mauvais traitements à l'égard des catholiques. Ils voulaient les forcer à loger la garnison,, et pour cela ils retirèrent peu à peu les sommes votées par leur assemblée. Leur haine se déchaîna principalement « sur les six-vingt familles » qui avaient embrassé la religion catholique; et bientôt on vit les riches propriétaires protestants mettre à la porte de leurs

* Mary-Lafon, op. citât, P* 217.

1 Histoire manuscrite, p. 602.

TROISIÈME PÉRIODE. — PIBRRE III DB BJBRTIBR (4652-4674). 43

maisons les serviteucs, servantes et autres qui avaient déserté la Réforme. Mais les régiments de Vendôme, de l'Estrade. et des Irlandais, arrivés du 28 au 31 du mois d'août, s'abattirent sur Villebourbon, qu'ils rançonnèrent tout à leur aise. En môme temps Saint-Luc* faisait publier un monitoire pour obliger les catholiques à venir déposer les griefs qu'ils pouvaient avoir contre les huguenots, et révéler, sous la foi du serment, les méfaits, menaces, mauvais traitements dont ils étaient victimes. Aussi, dès le matin du 1er septembre, les portes de la ville furent fermées, et les Montalbanais gardés à vue par les troupes royales qui commençaient à jeter dans les prisons ceux qu'on reconnaissait les plus coupables. Deux ministres obtinrent l'autorisation de pénétrer auprès des prisonniers. Vexés de trouver le plus grand nombre disposés à abjurer quand même le protestantisme, ils redoublaient prières et prédications dans ce milieu où le culte leur était interdit. L'intrépide Bertier travaillait de son côté à seconder et encourager les nouveaux convertis. Ils les réunit le 8 septembre, fête de la Nativité de Notre- Dame, dans l'église Saint-Jacques pour leur donner de solides instructions, c leur 7 faisant voir la piperie de Calvin et des autres hérésiarques. Il les fortifiait ensuite dans la croyance de l'Église catholique, par l'exposition de ses préceptes et de ses vérités que nos huguenots voulaient contrecarrer encore pour se maintenir dans leur libertinage, à la faveur des boulevards qui restaient autour de la ville 1. >

34. Ce dernier espoir leur fut bientôt enlevé. Le roi savait l'usage qu'ils avaient fait jadis de leurs forteresses; il renouvella l'ordonnance de démolition. On se mit à l'œuvre le 20 de ce mois de septembre, c sous les conditions de 100 écus et des ruines. » Toutefois on ne put trouver dans Montauban des ouvriers qui voulussent se charger de ce travail de destruction; il fallut en faire venir des environs. Les habitants

1 Histoire tnanmcrile, p. 606.

44 HISTOIRE DR L'ÉGLISB PK MONTA C BAN.

de Montech s'y portèrent en foule, et pour narguer les calvinistes,* qui en furent fort attristés, c ils entraient chaque matin dans Villebourbon, munis de leurs bêches et pelles, rangés en hommes de guerre, deux à deux, tambour battant, conduits par une personne de qualité, leur servant de capitaine, et le laurier a leurs chapeaux pour enseigne et marque de victoire1. » En quelques jours ce qui restait des fortifications relevées à la hâte, les ravelins et la tour de Lizier, tout fut abattu, rasé. Les armes furent apportées par eau à Agen. L'évêque substitua au croissant, qui couronnait le clocher de Saint-Jacques, le signe triomphal de la rédemption. C'était la rage au cœur et les larmes aux yeux, que les protestants voyaient ainsi disparaître progressivement leur domination. Ils tremblaient encore cependant bien davantage à la pensée qu'on allait, sans doute, leur reprendre les bâtiments où ils avaient établi le Temple Neuf. Sachant que deux prêtres, nommés chapelains de l'hôpital de Lautié, par arrêt du 17 août, étaient chargés de par le parlement d'en assurer la reddition, les protestants se pourvurent d'un commissaire pour plaider leur cause. Bien des fois le marquis de Saint-Luc leur avait été favorable : du reste, ils n'avaient d'espoir qu'en lui. C'est a lui qu'ils s'adressèrent. 11 leur donna gain de cause, sous prétexte que cet hôpital n'était pas formellement spécifié parmi les lieux à restituer. Cependant le sieur de La Chèze, conseiller au présidial, ayant fait remarquer au gouverneur que l'arrêté était général et ne portait pas exception pour cet asile, allait donner raison aux deux, prêtres que Saint-Luc avait dénoncés à l'évêque comme « ayant trop parlé, » lorsque de nouveaux obstacles, suscités par les intéressés, vinrent suspendre, pour quelques jours encore, l'exécution de l'arrêt.

35. Pendant ce délai l'intendant Hotman procéda au jugement des criminels détenus dans la prison, soit depuis les

4 HUt. manuscrite, p. 606, 627.

troubles les plus récents, soit depuis l'émeute du Collège. L'un d'eux fut pendu sur la place publique, un autre à Villebourbon ; deux furent condamnés aux galères perpétuelles, un cinquième fouetté, quelques-uns étranglés; une trentaine, qui avaient pris la fuite, furent condamnés à mort et exécutés en effigie; le ministre Gaillard, principal meneur de tous ces désordres, fut banni à perpétuité du royaume, c D'où vint que Gaillard, dit Pétrin, perdit sa gaillardise. » Malgré ces leçons infligées aux coupables, les catholiques craignant des représailles, envoyèrent Le Bret auprès de la reine-mère, pour proposer de faire bâtir au couvent des Jacobins une citadelle, dont il portait les plans. IL proposa aussi c la translation du siège épiscopal dans une autre ville du diocèse. Mais la chose ne fut pas approuvée ; au contraire, on dit que s'il n'eût pas été dans Montauban, il eût fallu l'y mettre *. » De leur côté, pour faire modifier les ordres du roi, les calvinistes usèrent de prières, de supplications, de promesses. Efforts inutiles. Le Consistoire députa à Paris Viçose et Péchels, mais ils furent éconduits; et tandis que le menu peuple, en les voyant revenir porteurs de dépêches, se réjouissait, il eut bientôt à trembler, quand il apprit l'injonction plus formelle de se conformer aux instructions antérieurement données. Dès le lendemain, 1er octobre, le gouverneur € ôta le chaperon à leurs consuls, priva les officiers de leurs charges et demanda les clés de leur Maisoncommune ; et M. l'intendant fit donner les verges, après avoir fait connaître au sieur Viçose qu'il avoit ordre de l'arrêter 2. » À tous ces maux, juste punition des crimes dont s'étaient rendus coupables les huguenots, malgré les récits mensongers ou peu complets des écrivains protestants 3, — n'en déplaise à M. Mary- Lafon, — ils devaient ajouter la douleur de voir les chapelains de l'hôpital Lautié mis en possession de la tour et de ses dépen-

* RéeU de ce qu'a esté Montauban.:, p. 31. ' 1 Histoire manuscrite, p. 607.

9 Entre autres nous signalerons de Larrey, Histoire de France sous le règne de Louis XIV, t. m, p. 233, etpassim.

dances qui composaient le Temple Neuf. Pour ne pas exaspérer contre eux le marquis de Saint-Luc, ils ne voulurent rien donner à connaître. Néanmoins quand ils entendirent la cloche sonner l'Angelus dans la tour de Saint-Jacques, désespérant de plus jamais pouvoir en user, ils portèrent plainte. Saint-Luc fit appeler les chapelains et les blâma d'avoir agi si promptement, alors que le commissaire avait donné trois jours aux protestants pour les laisser en pleine possession de l'établissement en l'état où il se trouvait. L'un d'eux, que le gouverneur « taxa de chagrin (tracassier) » lui remarqua que le commissaire n'avait fixé ce délai que pour c l'horlogeur qui habitait la tour, » afin qu'il eût le temps d'emporter ses meubles. Cette observation indigna le gouverneur, et il témoigna qu'il « désirait en cela- la satisfaction des huguenots. De quoy surpris, le chapelain le pria de vouloir ordonner, l'assurant que ses volontés seroient exécutées. > A cette réponse SaintrLuc demanda « s'il parlait de la sorte par ordre de son prélat. — Non, dit le chapelain, notre prélat ne sait rien de ceci. Après quoi l'un et l'autre se retirèrent et lui promirent à leur départ que l'ordonnance de leur commissaire serait de point en point exécutée. Ce qui le satisfit grandement, croyant ainsi pouvoir satisfaire leurs adversaires. » De fait, Saint-Luc fit annoncer aux huguenots que leur cause était gagnée. Mais dès que les ecclésiastiques apprirent la concession faite par le chapelain, ils allèrent lui remontrer ses droits, et, sur un arrêt du parlement, la cloche resta aux catholiques.

36. Ces actes de fermeté, accomplis au nom du jeune monarque, furent pour ainsi dire les premiers de son administration. Depuis quelques mois, en effet, Louis XIV régnait seul : le cardinal de Mazarin était mort dans le mois de mars. L'honneur de l'éloge funèbre avait été réservé à notre prélat, qui semblait prédestiné à faire tous ceux des plus hauts personnages de son temps. Lorsque la province voulut féliciter le roi de la naissance du Dauphin, ce fut encore Bertier qu'elle chargea

d'aller prononcer le discours. En cette circonstance notre évêque •ne se contenta pas de faire chanter le Te Deum dans les églises de son diocèse; il fit célébrer une grand'messe dans sa cathédrale et ordonna une procession générale, où lui-même porta le Saint- Sacrement, et les consuls le poêle {. Les catholiques, plus forts que par le passé, donnèrent, au grand mécontentement des protestants, un éclat inaccoutumé à cette cérémonie. Les maisons étaient tendues d'étoffes, et les deux anciens temples pavoises. Mais ce qui irrita le plus les calvinistes fut de voir, dessiné sur la porte de leur grand temple, un crucifix t avec l'image de saint Jacques d'un côté, et de l'autre celle du Roy. » Ils comprenaient cependant qu'il fallait se tenir calmes, car le roi prenait des mesures énergiques.

37. Le 31 octobre il frappe un grand coup ; et dès ce moment le protestantisme est atteint dans sa partie la plus vitale. De Fontainebleau part une ordonnance réglant la police et l'administration de Montauban. Désormais : c 1° Le consulat sera rempli de six personnes faisant profession de la religion catholique, apostolique, romaine, lesquels exerceront leurs charges pendant deux années... 111° Les syndics seront au nombre de trois, l'un de robe longue et deux de robe courte, dont l'un sera sous le bon plaisir de Sa Majesté pour bonnes considérations et par provision seulement de la R. P. R., qui aura une clef des cadastres et terriers -de la ville, pour assister aux décharges et réformations qui se feront sur iceux à deux jours de la sepmaine qui seront réglés par les consuls. 11 y aura aussi un thrésorier, un greffier et un secrétaire, et un concierge de laditte Maison de ville qui seront catholiques. Ensemble deux estimateurs, un directeur de poids et autres officiers servants en laditte Maison de ville, aux charges ordinaires, qui seront aussi catholiques... IV0 Le conseil général de laditte ville sera composé de 40 des principaux de laditte ville et plus consi-

« Voir la description de ces fêtes au t. II des Matériaux, p. 601 et seqq., consacrées aux relations concernant la NaUsanoe de$ Dauphins de France.

dérables habitans, de chaque condition à proportion; et de 20 officiers au présidial. Pour le moins duquel conseil les 30 seront catholiques, compris en iceux un député de chaque chapitre, outre le vicaire-général de M. l'évéque de Montauban, qui sera hors dudit nombre de trente, et les 10 seront de laditte R. P. R., sçavoir: 8 de chaque gasche, 6 catholiques et

2 de laditte R. P. R., qui serviront chaque deux années. Et pour cet effet il sera procédé chaque année k la nomination de 20 personnes dudit conseil, sçavoir: de 15 catholiques et de 5 de laditte R. P. R., à raison de 3 catholiques et de 1 de laditte R. P. R., pour chaque gasche, pour tenir la place de ceux qui sortiront après avoir servi deux années.., VI0 L'élection consulaire se fera en la manière accoutumée dans le conseil de ville, auquel le sieur juge-mage présidera, suivant la coutume, et y opinera suivant l'usage communément observé dans les sénéchaussées du ressort du parlement de Toulouse. Et pour composer ledit conseil, lesdits consuls prendront 24 conseillers du nombre des 40 dudit conseil ; desquels 24, il y en aura 18 catholiques, et 6 de la R. P. R. Se réduiront entre eux par la plularité des suffrages à 12, du nombre desquels il y en aura

3 de la R. P. R., et les autres 9 seront catholiques. Lesquels 12 procéderont avec le sieur juge-mage et lesdits conseillers à la nouvelle élection, de la manière accoutumée; dans laquelle le vicaire-général de M. l'évêque de Montauban aura sa voix ordinaire... VII0 Le conseil de police sera composé de 16 personnes, sçavoir: 12 catholiques, et 4 de la R. P. R., qui se tiendra suivant les arrêts et règlements du conseil. Ledit jugemage y présidera et y opinera, ainsi qu'il est porté par arrest du 6 may 1656 : et chaque année on procédera en la manière accoutumée à la nomination de 8 d'iceux, sçavoir : de 6 catholiques et de 2 de laditte R. P. R., et aussi qu'au conseil général*. >

1 D'après la transcription faite sur l'imprimé par le chanoine Penin, Histoire maniuerile% p. 610-613.

TROISIÈME PÉRIODE, — PiERRB IH DB BBRTIBR (4653-4674). 49

38, Ainsi les catholiques rentraient dans leurs anciens droits. Le nombre des protestants diminuait prodigieusement, et déjà ils étaient « dans leurs maisons au-dessous des catholiques. * Sachant que le roi projetait la construction d'une citadelle c pour brider cette ville, dont malgré son humiliation présente on ne pouvait oublier l'antique fierté, » Pierre de Bertier lui persuada, au lieu d'une dépense aussi considérable et d'une mesure odieuse, d'augmenter les familles riches et puissantes, par Ja translation de la cour des Aides de Cahors à Montauban *. Louis XIV répondit ; c Monsieur l'Évesque de Montauban. J'ai veu ce que vous m'avez écrit touchant la transférence de la cour des Aides k Montauban, et je loue votre zèle. Mais le même motif de religion que je vois qui vous anime est si présent dans mon cœur, qu'il est superflu de me solliciter. Et en effet auparavant que j'eusse receu voire lettre, j'avais déjà pourveu à cette affaire, ainsi que vous aurez peu apprendre par les dépêches du sieur de Laverlière. Il ne me reste qu'à vous asseurer de la continuation de ma bienveillance, et à prier Dieu, comme je fais, qu'il vous ait, M. l'Évesque de Montauban, en sa sainte garde. Escrit à Paris, ce 22 décembre 1661. Signé: Louis2. »

Le 3 février 1662, cette cour tenait sa première audience dans la salle des Jésuites, en attendant que le roi eût fait construire un bâtiment à cette fin. € Les actes arbitraires, selon M. Mary- Lafon, se multiplient dès lors contre les protestants, et revêtent un caractère de plus en plus agressif et brutal. » Outre qu'ils ne sont pas sans intérêt pour notre histoire religieuse, les considérants de l'édit qui transféra cette cour, répondront à cet historien, c Les entreprises et rébellions ouvertement survenues depuis quelque temps dans la ville de Montauban, écrivait le roi, contre nostre autorité et la tranquillité de nos subjects, y ayant esté toujours faites et exécutées par ceux de la R. P. R.,

* Nous avons vu, ci-dessus, | 15, que ce projet avait été arrêté par les révoltes des protestants.

' Copiée sur l'original par le chanoine Perrin, et rapportée dans son manuscrit, p. 6(8. Tomk II. III. 4.

à cause de la faiblesse des catholiques de ladite ville, nous auraient, non-seulement au commencement de Tannée dernière 1660, obligés d'en retrancher le Collège et Académie desdits de la R. P. R., et de les mettre à Puylaurens, mais aussi de faire chastier les coupables et principaux auteurs de ces rébellions, et notamment de la sédition arrivée en laditte ville sur la fin de juin dernier à l'occasion d'une désobéissance faite à nos ordres ; et considérant combien il importe à nostre service d'augmenter en laditte ville le nombre des catholiques, et qu'entre tous les moyens qui ont été proposés et que la pitié nous suggère pour le repos de nos subjects,' il n'y en a pas de plus~assuré, ni qui nous puisse estre plus avantageux que celyi d'y transporter nostre cour des Aides de Caors, nous avons trouvé d'autant plus à propos de faire cet establissement en la ville de Montauban, qu'outre que cette compagnie est composée de plusieurs familles catholiques riches, laditte ville est de grand abord et de beaucoup de commerce, et située en lieu très avantageux et abondant, au milieu de douze eslections ! qui composent la généralité de Montauban ; nosdits subjects qui ressortissent de ladite cour, y trouveront plus de commodité qu'à Caors. A ces causes et autres considérations, à ce nous mouvant, etc. *. »

4 Cette généralité, créée en 1635, était composée des élections de Montauban, Cahors et Figeac, en Quercy ; de Villefrancbe, Rodez et Millau, en Rouergue ; de Rivière- Verdun,d'Armagnac, de Comminge, de Lomagne et d'Astarac, en Gascogne ; du Nébousan, des Quatre- Vallées et du pays de Foi x, Cette composition Ait maintenue jusqu'en 1716, époque & laquelle Louis XV la réduisit aux trois élections du Quercy et aux trois du Rouergue.

' Rapportée par Perrin dans son histoire p. 625-627. Cette ordonnance était « donnée à Fontainebleau au mois d'octobre de Tan de grâce 1661 et de notre règne le 29-«. : Louis, et sur le repli : Philippbaux.» — Voici la notice consacrée A cette cour par le Calendrier historique de la généralité de Montauban, p. 45. « La Cour des Aides de Montauban fut établie à Cahors, par édit du mois de juillet 1642 ; le nombre des officiers fut fixé à quatre présidents, y compris le premier, vingt conseillers, deux avocats généraux, un procureur général, deux substituts et trois greffiers en chef. Par édit du mois d'avril 1643, le nombre des présidents fut fixé à sept, les conseillers à vingt-huit.. Par édit du mois d'octobre 1658, elle fut transférée à Montauban. Les remontrances do la Compagnie firent que redit n'eut pas lieu A cette époque ; mais les présidents furent portés jusqu'à huit, les conseillers A trente-quatre et deux procureurs généraux, La Compagnie fut transférée pour toujours A Montauban, par édit du mois d'octobre 1661. Depuis son établissement jusqu'A 1704, cette

39. Quelques jours après la réception de la lettre qui lui confirmait la translation de la cour des Aides dans sa ville épiscopale, notre évêque se rendait aux États du Languedoc, ouverts à Béziers le 3 janvier 1662. Au nom de l'Assemblée, il remercia t M. de Viviers pour la force avec laquelle il avoit représenté et fait connoître à S. A. S. le prince de Conti et aux autres commissaires du Roi, l'état misérable de la Province et l'accablement dans lequel elle se trouvoit (. » Ainsi Pierre de Bertier savait concilier les égards pour le roi et la défense des intérêts de son pays. Il le montra en toute rencontre, et surtout lorsque, l'attitude des protestants devenant de plus en plus menaçante, les États demandèrent la révision de la Chambre de de Tédit de Castres au parlement de Toulouse. Sur la proposition de notre évêque, ils résolurent d'envoyer à la cour le baron de Lanta pour prendre la défense des catholiques contre les entreprises incessantes des religionnaires de la province.

Ce fut sur ces entrefaites que MM. de la cour des Aides firent leur entrée à Montauban. Les habitants se joignirent aux consuls, qui allèrent les recevoir avec les cérémonies obligées, le jour de la fête de la Purification. Malheureusement la bonne entente parmi ces officiers faisait défaut. Ils en vinrent jusqu'à refuser d'assister ensemble k la messe qu'on célébrait pour eux le jour de la fête de saint Joseph. Comme protestation contre le transfert de leur cour dans notre cité, plusieurs prirent domicile dans la banlieue. L' évêque était trompé dans les espérances qu'il avait fondées sur les heureux fruits de cet établissement. Aussi s'employa-t-il de tout son pouvoir à les réunir. Plusieurs fois dans ses discours il les exhorta au bon accord, notamment le dimanche de Quasimodo, où il prit pour thème

cour a subi des variations sur la nombre de ses officiers, qui demeurent fixés aujourd'hui

à cinq présidents, y compris le premier, deux chevaliers d'honneur, pour lesquelles places

il but foire preuve au moins de cent ans de noblesse ; vingt-deux conseillers, deux avocats

généraux, un procureur général, deux substituts et deux greffiers en chef. » * Archives de la Haute-Garonne, section de la Province, registre de 1062.

le Pax vobis de l'évangile du jour. 11 renouvela ses paternelles instances à la fête de la Toussaint, en interprétant les béatitudes qu'il leur souhaitait, avant de se rendre aux États qui allaient s'ouvrir à Pézenas, le 4 novembre. La plaie ne pouvait se cicatriser qu'à la longue.

40. Malgré ces contestations, le catholicisme prenait plus de pied sur ce terrain encore mouvant. Se sentant forts depuis que les protestants avaient été éliminés du consulat,, les consuls nommèrent, le 23 février, le chapelain de la maison-commune c pour célébrer la messe ès-jours de dimanches et festes dans la chapelle desja bastie, par ordre de M. l'intendant, pour les prisonniers. » Cette chapelle fut dédiée « à Dieu, sous le nom de saint Bernard, à cause du bonheur qu'ont eu les ecclésiastiques et catholiques d'avoir été réunis dans la ville ce jour-là par trois diverses fois. » On dota les chapelains « chacun de 100 livres à prendre sur les amendes et impositions générales, » à la condition que la nomination serait réservée aux consuls et à leurs successeurs. Bertier applaudit à cette délibération, qui permettait aux prisonniers catholiques d'ouïr la messe aux jours d'obligation. De son côté il pacifia les filles de Sainte-Claire, divisées au sujet de l'élection de leur abbesse, t les unes la demandant perpétuelle et les autres triennelle. » Sur l'exposé que le prélat fit au pape Alexandre VII, il fut chargé de trancher le différend. A cette fin il engagea la nouvelle supérieure élue, sœur Cécile de Pérignon, à se désister, et proposa la plus âgée d'entre elles, Géorgie de Boucarres. Les voix ayant été acquises à ce candidat, l'évêque persuada aux religieuses de faire l'élection pour trois années seulement, avec la rééligibilité par voie de vote et à la majorité des suffrages. Cet accommodement fut accepté, les clés et les sceaux furent remis entre les mains de ]a nouvelle abbesse; et après le chant du Te Deum, à la suite duquel l'évêque lui-même lut les oraisons, il les bénit et leur souhaita la paix, leur annonçant que le 9 mai il se rendrait à la cour pour porter au roi ses félicitations sur l'heureuse

naissance du Dauphin, et lui exposer les besoins de son diocèse *.

41. Avant son départ il recommanda « à son grand-vicaire et à son officiai d'avoir soin que le 14 sa cathédrale fît l'office du bienheureux François de Sales, évoque de Genève 2, attendu qu'il avait été averti que Sa Sainteté enjoignait à tous les évoques de ce faire une fois ; en quoi il fut ponctuellement obéi ; et en la publication de la sainteté et béatification de ce bienheureux, par le sieur Méric, chanoine de la collégiale, à qui il en donna charge avant de partir 3. » Bertier remplit sa mission à la cour avec une telle distinction et habileté, qu'à son retour c les États le comblèrent d'honneurs et de remerciements, et l'obligèrent à mettre au jour ses harangues 4. »

Si les intérêts de la province avaient occupé notre prélat lorsqu'il était à la cour, ceux du diocèse ne furent pas oubliés. Aussi à sa rentrée les ermites de Saint-Augustin vinrent reprendre leur ancien couvent au faubourg Villebourbon, d'où les protestants les tenaient éloignés depuis cent ans* Les pères Jésuites se constituèrent de plus en plus les vrais et uniques propriétaires de l'ancien Collège et de ses dépendances. « Les Jacobins furent obligés de leur vendre, pour 200 livres, un jardin contigu avec leur couvent 5; » mais, malgré les démarches de révoque, ils durent renoncer aux fossés achetés par la ville 12,000 livres au marquis de Saint-Luc, qui les tenait du roi. Cette opposition venait des protestants, qui à cette heure profitaient des moindres prétextes pour faire grand étalage de leur culte et vexer les catholiques. Aussi fallut-il leur rappeler divers

* Cf. Perrin, d'après les verbaux et délibérations, p. 620-621.

2 II fut déclaré bienheureux en 1659 et canonisé en 1665 ; sa fête fut alors fixée au 29 janvier. S. S. Pie IX Ta mis au rang des docteurs, le 7 juillet 1877.

* Histoire manuscrite, p. 621-622.

« 11 est évident, d'après cette observation du contemporain Perrin, que ces discours lurent publiés ; malheureusement on n'en trouve plus aujourd'hui d'exemplaires. Voir à la fin de cette biographie la Note bibliographique.

5 Cf. Matériaux, etc., 1. 1, p. 397.

articles de redit de Nantes. Néanmoins l'intendant général de la justice, Bosons, les traita avec plus de ménagement que ne le voulaient les anciennes ordonnances. Ainsi, d'après un règlement auquel ils manquaient formellement, ils ne pouvaient faire leurs sépultures que de nuit et sans réunir plus de dix personnes au convoi; Bosons leur permit de les célébrer, c soit à l'entrée la nuit, soit à la pointe du jour. »

42. Tandis que ces conciliations s'opéraient, l'évêque apprit la mort du grand prévôt de la cathédrale, Jean de Cominhan, décédé à Toulouse le dernier jour d'octobre, au milieu de sa famille qu'il était allé visiter. Bertier n'avait pas oublié les difficultés de cette nomination *; et préoccupé des affaires de la province, dont les États allaient s'ouvrir le 6 décembre, à Pézenas, il partit le 25 novembre sans avoir officiellement nommé à cette dignité. Néanmoins il appela secrètement à l'assemblée le candidat de son choix, et lui donna son titre dans cette enceinte, en présence des grands dignitaires. C'était Henri Le Bret, chanoine de sa cathédrale, c à qui toute l'Église de Montauban, a dit son contemporain Perrin, est obligée, pour avoir travaillé avec zèle à humilier l'arrogance de ses ennemis. » Le nouveau prévôt garda le secret de sa nomination jusqu'au 24 mars de Tannée suivante, jour où l'évêque le pourvut officiellement de sa charge. Adonné aux études historiques et à la controverse 2,

« Voir ci-avant, | il et 12.

1 Voici d'après la Biographie de Le Bret, encore inédite, que M. Forestiô neveu nous a communiquée, la liste des nombreux écrits du prévôt du chapitre de Montauban :

1* Histoire de la ville de Montauban. — Montauban, 1668, in-K

Nouvelle édition, annotée par MM. l'abbé Marcellin et Ruck. — Montauban, t8W, 2 vol. in-8».

2* Abrégé de l'Histoire universelle. — Paris, 1675, 3 vol. in-12.

3* Diverses Lettres de controverse. — Montauban, 1684, in-8«.

4° Histoire de V Ancien et du Nouveau Testament, avec leurs allégories et leurs murales. — Paris, 1684, in-8-.

5» Petit Traité du sacrifice de la Messe. — Montauban, 1686, in-12.

6* Recueil de quelques Discours et Lettres sur différentes matières. — Sans nom de lieu, 1692, in-K

7* Recueil de quelques Traitez et Lettres sur différents sujets. - Sans nom de lieu, 1695, in-4*.

TROISIÈME PÉRIODE. — PÎBRRE III DE BBRTIER (4652-4674). 55

Le Bret ne négligea pas les fonctions de sa prévôté et les intérêts de la religion. A peine installé dans sa dignité, il s'occupa de régler l'affaire concernant la cloche de la tour de Lautié que les protestants revendiquaient, et au sujet de laquelle nous avons relaté un singulier épisode !. Grâce à un gouverneur complaisant ils venaient d'obtenir que ladite cloche ne serait point placée dans la tour de Saint-Jacques, alors qu'elle y était déjà, conformément à la décision du parlement, qui avait tranché la question en faveur du syndic de la collégiale et du prévôt de la cathédrale. Le Bret avait eu soin de la faire bénir et d'intéresser à ce baptême les deux familles principales de la cité 2. Ce qui fait dire malignement à Perrin que les protestants « devaient être bien honorés de l'entendre frapper les heures, à leur service, sous de si grands noms. »

43. A quelques jours de là, les consuls, le parti catholique, un chanoine, l'évéque lui-même furent malmenés par le marquis de Saint-Luc. Les protestants sollicitaient des faveurs, que le consulat ne pouvait pas leur accorder. A leur instigation une émeute éclate le jour des élections consulaires. Pour les calmer les nouveaux élus déterminent un avocat royal et un chanoine de la cathédrale à aller exposer l'affaire au gouverneur, afin qu'il maintînt leur décision. Saint-Luc, gagné aux protestants,

8* Traduction d'un ancien Manuscrit latin, contenant plusieurs choses curieuses touchant la province de Languedoc avec des notes. — Sans nom de lieu, 1698, in-i*, n-55 p.

9« Traité du Sacrifice de la Messe. — Montauban, 1699, in-89.

10* Divers Traités de controverses* — Montauban, 1700. in-8».

11° Troisième promenade à Tempe ou Mémoires historiques tant de V ancienne Gaule et de la France, que de la Généralité et Intendance de Montauban, — Montauban, 1701, in-8*.

12° Récit de ce qu'a esté et de ce qu'est présentement Montauban. — Montauban, 1701, in-8*.

13* Demandes curieuses avec leurs réponses. — Montauban, 1702, in-8».

ii* Abrégé de VBistoire de la Duché de Milan. — Montauban, 1702, in-12,

15» Diverses Lettres de controverse. — Montauban, sans date, in-4», in-8° et in-12.

* Cf. ci-dessus, f 35.

1 Cette cloche fut bénite sous le nom de saint Jacques, patron de la paroisse, et du parrain, le sieur de Buisson d'Aussonne, premier président de la Cour des Aides ; et sous celui de Madeleine, marraine, femme do l'intendant fcllot, auquel nom on ajouta celui de Claude, qui était le prénom du mari.

56 HISTOIRE Dl l'ÉOUSI DE M ONT AUBIN.

ne voulut pas entendre de raisons ; il fait jeter l'avocat en prison et menace de la môme peine le chanoine, mais son caractère sacré le désarma. Alors pour se venger, dit Perrin, c il traita de chagrins et de mutins notre prélat et son clergé, et proféra des paroles si fort injurieuses contre le premier, qu'il vaut plus les mettre sous silence que de les coucher sur du papier et les faire de la sorte connaître. * Le chanoine en écrivit à l'évêqije qui était à l'assemblée des États. Informé des propos de Saint- Luc, le roi l'obligea à faire des excuses à l'évêque. Il les lui adressa par écrit, et usa de l'intermédiaire de l'intendant L'évêque avait à conserver sa dignité et devait faire sentir au gouverneur les torts qu'il avait eus, les dangers auxquels il avait exposé les catholiques, et finalement aussi que le mode de réparation n'était pas suffisamment digne et convenable entre administrateurs. Saint-Luc, appelé a la cour, reçut sans doute des reproches et des instructions pour renouer ses rapports avec son évoque. Il arriva avec l'évêque de Saintes l, le-12 octobre, à quatre heures du soir. Selon l'usage, l'évêque étranger fit aussitôt visite à notre prélat, et l'informa que le gouverneur se proposait de se trouver sur son passage lorsqu'il viendrait le visiter. Bertier accepta la combinaison. Tout proche de la maison d'Àliès, où était descendu l'évêque de Saintes, le gouverneur l'aborda ; ils se complimentèrent réciproquement et entrèrent tous les deux chez le nouvel arrivé. « Us s'entretinrent longuement ensemble avant l'heure de souper, nous apprend la chronique. Notre prélat les invita à le prendre à l'évêché, où il les conduisit dans son carrosse. En quoi il fit paraître sa douceur et sa bénignité 2. »

44. Malgré l'opposition des protestants, l'heure vint où, les bastions et les murailles étant rasés complètement, il fallut couvrir les fossés de la ville, dans lesquels les pasteurs réunis-

* Mgr Louis de Bastompierre.

* Histoire manuscrite, p. 629.

TROISIÈME PÉRÎOWt. — PIBRRI m Dl BBRTIER (4652-4674). 57

saient leurs adeptes pour tramer des complots. C'était là un des griefs que les catholiques avaient fait exposer par un député du chapitre1. « Le prieur /les Jacobins offrit gracieusement à H. l'intendant Pellot les ruines des débris de l'église et du couvent pour combler les fossés, se réservant les matériaux propres à bâtir. La proposition fut acceptée2, » Ces religieux, chassés par la peste, avaient repris possession de leur ancienne maison au début de l'année 1655. A cette époque le P. Barrère fat adjoint au P. Rouquié, en qualité de syndic. Ils mirent trois ans a édifier une petite chapelle et quelques cellules, au coin de l'enclos qui regarde Villenouvelle, et à entourer le jardin de murs en pisée. Le nouveau personnel qui s'y établit alors, reçut pour prieur le P. Petit (novembre 1658). Une mission, que ce religieux donna à Castelsarrasin procura quelques modiques revenus, qu'on employa aussitôt « à faire bâtir, au Fau, un petit logement pour faire plus commodément travailler la vigne qu'ils y ont, qui est le seul bien qui s'est conservé de l'ancien domaine du couvent, * nous apprend le compilateur du P. Revel. A ce prieur succéda, en 166!. le P. Constans, du couvent de Bordeaux. Celui-ci, t voyant que les parois croulaient chaque jour, convint avec les maçons qui se trouvoient chargés d'une quantité de briques pour avoir démoli les fortifications de cette ville, d'en construire le mur d'enceinte de leur couvent. » Les consuls furent appelés quand on posa la première pierre, c et il en fut dressé un acte authentique, afin qu'à l'avenir il n'y eût point de contestation touchant les limites et bornes de ce grand enclos, * L'année suivante, le frère syndic, « ayant eu avis que certaines gens (les Gordeliers) se donnoient de grands mouvemens pour obtenir la cloche qui servoit à l'horloge, sur la porte de la tour de Campagnes, quoiqu'ils n'y eussent aucun droit, et étant convaincu qu'elle

» Ci-dessus, f 33 et 41.

* Cf. Matériaux, 1. 1, p. 395.

58 HISTOIRE DB i/ ÉGLISE DE MONTA UB AN.

appartient à son couvent, par de bons actes, requit par acte, le 22 octobre, MM. les consuls et syndics de Montauban de luy livrer cette cloche, faute de ce protestoit contre eux de tous dommages et intérêts et de leur faire payer ladite cloche en leur propre et privé nom, en cas qu'ils la délivreroient à autre personne qu'audit requérant. Je n'ai point trouvé quel succès eut cet acte, poursuit le compilateur ; j'ai seulement appris, par tradition, que MM. les consuls eurent la bonté d'adjuger cette cloche au syndic, qui la fit descendre du haut de la tour de Campagnes, mais que dans le temps qu'il fit chercher une charrette pour la transporter dans son couvent, les mesmes personnes qui s'étoient tant fatiguées à la demander pour leur usage, n'eurent point de scrupule de l'enlever; laquelle ils ont fait refondre *. *

45. Ce fut alors, disent les mêmes Mémoires, qu'on « rétablit le pont du ruisseau Lagarrigue, quî étoit entièrement rompu depuis la guerre de 1621. Et l'on n'a pas remis la petite tour et le pont-levis qui étoient a l'entrée ; mais on y a substitué à chaque bout un grand portail. Sur le frontispice de l'un est cette inscription : mater dei, ora pro nobis, Mère de Dieu, priez pour nous ; et sur l'autre est écrite la devise des Frères Prêcheurs: laudare, benedicere, pr.£dicare, louer bénir et publier Dieu2. Cette même année mourut le P. Rouquié, âgé de 73 ans3. »

Ces restaurations affirmaient de plus en plus l'accroissement du catholicisme dans notre cité. Le zélé prélat profita de cette époque de calme pour réunir plusieurs fois ses chapitres, les exciter à la bonne entente et les entretenir du projet qu'il

* Matériaux, t. I, p. 394-395.

' Lorsque les portes de la ville furent abattues, en 17 W, on remit les diverses inscriptions à l'Académie de Montauban, qui promit d'en faire ■ quelque jour une dissertation savante. » Si la dissertation fut faite, elle a subi le sort des inscriptions dont les marbres ont disparus (Cf. Le Bret, annoté, t. II, p. 369.) — Voir, à ce sujet, Le$ Fotsés et les porta de la ville de Montauban, pir M. Forestiô neveu, p. 15, et Bulletin archéologique, t. X, p. 263-276.

* Matériaux, t,I, p, 395*

avait de les unir. « De quoi tous ne furent pas satisfaits, * dit le- chroniqueur. Avant son départ pour les États, fixés à Pézenas, il rétablit aussi Tordre dans le couvent des Ursulines. M. Mary-Lafon relate cet incident dans une phrase assez mal sonnante. Tandis qu'il vient de parler des « mœurs austères » des protestants, de leur calme, de leur résignation, qu'éclairait c d'une douloureuse lumière, l'intolérance de leurs ennemis, emportés par l'ivresse du triomphe, » il fait cette opposition : c Bertier lui-même, que sa vie aristocratique et ses habitudes de cour devaient rendre indulgent, avait été révolté des dérèglements des Ursulines1. » Inutile de relever l'insulte lancée à notre rigide prélat. Quant aux filles de Sainte-Ursule, c leurs dérèglements » consistaient en quelques désaccords de caractère et « dans un refroidissement pour le culte de Dieu2. » Bertier se porta dans le couvent, en fit la visite, et rappela les devoirs de la vie religieuse, surtout au point de vue de l'obéissance. À cette fin il établit comme supérieure celle-là même qui fut la première à comprendre les torts et à regretter les désunions passées. Quelques religieuses, protestant contre la validité de l'élection, refusèrent d'obéir. L'évêque songea alors à transporter ce couvent à Gastelsarrasin pour le remettre sous la direction immédiate de la mère-fondatrice. Cependant, sur les observations faites par de bons catholiques, qui espéraient beaucoup de cette communauté chargée de l'éducation des jeunes filles, il changea d'avis et résolut de demander deux religieuses, l'une à l'archevêque de Bordeaux, l'autre à la mère de Gastelsarrasin. Le moyen réussit, c Françoise de Galiot, bordelaise, très-dighe religieuse pour sa vertu et piété, arriva à Montauban le 26 novembre, suivie d'une autre religieuse aussi très-vertueuse et de grand mérite. » La première fut établie supérieure, et la seconde eut les clés de la maison. Dès ce jour, le couvent

1 HUtoire iïune ville protestante, p. 220.

* M, Mary-Lafon aurait pu lire cette explication dans le manuscrit de Perrin, qui es lie seul ouvrage consignant ce fait ; cf. p. 630.

se rendit digne de sa fondatrice, et poursuivit avec zèle et succès l'importante mission de l'éducation des jeunes personnes. Quelques années suffirent à la nouvelle supérieure et à sa compagne pour transformer notre monastère; et dès le mois de mars 1670 elles retournaient à Bordeaux, laissant nos religieuses s'administrer elles-mêmes dans la plus grande union.

46. De Bertier partit satisfait pour les États (6 décembre 1663). Entre les questions qui furent agitées, celles qui concernaient la religion occupèrent principalement notre prélat. Vaincus à Montauban et réduits dans le Quercy à une impuissance absolue, les protestants essayaient de maîtriser dans tout le bas-Languedoc et principalement à Nîmes. Partout où ils se trouvaient forts, ils affectaient une indépendance absolue et le plus grand mépris pour les règlements fondés sur les édits et sur les arrêts du Conseil. Ces hommes qu'on nous disait tout à l'heure « calmes et austères, » se servaient de tous moyens pour entraîner dans l'apostasie des moines et des prêtres qu'ils mariaient aussitôt1. C'étaient pour le menu peuple des prêches, des hymnes, des pamphlets semant Terreur, soufflant la sédition. En conséquence les États décidèrent que le roi serait supplié de vouloir bien, conformément à l'article VII de redit de Nantes, ordonner la suppression des temples protestants dans les villes épiscopales. C'était user à leur égard d'une loi qu'ils revendiquaient, et dont l'abrogation va bientôt leur arracher des cris des sédition. Néanmoins nous verrons tout à l'heure comment ces « tolérants » acceptèrent cette décision ratifiée par le roi. — Dans notre cité ils avaient éprouvé un nouvel échec au sujet des élections consulaires (1664) qui, grâce aux bons soins de l'intendant Pellot, dirigé par les conseils de Tévêque, avaient abouti dans le sens catholique, malgré l'opposition du gouverneur Saint-Luc.

* But. de Languedoc, ôdit. du Mage, t. x, p. 157* Vide Maynard, Hist. de la ville de tfwmei.VI.

47. Si cette nouvelle réjouit notre prélat, dit Perrin, c celle de la mort funeste du sieur de Cominhan, archidiacre de l'église de Saint-Etienne de Toulouse, son neveu, l'affligea encore davantage, le 8° jour de janvier. » Cet ecclésiastique avait péri misérablement. Il accompagnait l'héritier de feu M. de Moragne, ancien premier président du parlement de Toulouse, lorsque à la traversée d'une rivière ils sombrèrent et et se noyèrent tous les deux ensemble. L'évéque informa, par lettre, Louis XIV du malheur qui venait de le frapper lui et les siens, et le supplia de vouloir bien conférer, par droit de régale et à titre de dédommagement, l'archidiaconat et le canonicat du défunt à son frère. Le roi, ému de cette nouvelle, répondit favorablement par cette lettre, haut témoignage de l'estime qu'il avait pour notre prélat, c Monsieur l'Évesque de Mon taliban. Je suis bien marri que l'archidiaconat et le canonicat dont votre neveu estoit pourveu aient vacqué d'une manière aussi douloureuse pour vous que vous me la représentez. Si les conférant à son frère cela peut contribuer k votre consolation, je les luy donne de bon cœur; et quand il se présentera d'autres occasions de vous témoigner la satisfaction que j'ay de vostre conduite, je les embrasseray de mesmes. Je souhaite seulement qu'elles soient plus favorables, et que j'aye lieu de vous gratifier sans être obligé de vous plaindre. Cependant je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur l'Évesque de Montauban, en sa sainte garde. Escrit a Paris, le 18 janvier 1664. Louis1. *

48. Cinq mois après, le roi mandait notre pontife k la cour. Il désirait être entretenu sur l'état du diocèse et sur certains ecclésiastiques dont il voulait récompenser le zèle et les talents. Bertier partit le 4 juin. Quelques heures après son départ, un violent orage éclata sur la ville et les environs. Les dégâts occasionnés par ce fléau vinrent ruiner les espérances des catholiques, qui commençaient à se relever quelque peu de la misère

1 Conservée par Perrin dans son Histoire, p. 632, d'après l'orignal,

apportée par les guerres de religion et aussi par les excursions des huguenots. Les revenus du clergé et ceux de l'évêché baissèrent considérablement; les ecclésiastiques furent même réduits à une telle portion congrue, qu'ils craignirent un moment de n'avoir pas le nécessaire pour le lendemain. Dieu y pourvut. Notre prélat fit part de cette situation à Louis XIV, et la main royale s'ouvrit généreusement. Bertier vint partager les secours aux victimes. Dans cette occasion il constata de ses yeux un abus dont les pasteurs protestants cherchaient à se blanchir. Depuis quelque temps ils avaient jugé convenable de s'affubler d'une longue robe, imitation de la soutane ecclésiastique, et d'affecter, sous ces dehors, des airs d'austérité et de modestie. Cette momerie, faite autant pour tromper leurs gens, que pour singer le clergé, occasionnait des contestations entre les fidèles des deux religions. Informé de cet incident, et prévoyant les suites que cette nouveauté pouvait entraîner, le roi fit signifier aux ministres d'avoir à déposer leur nouveau costume, réservé à ceux de la religion catholique. L'arrêt c du Conseil d'en haut, présidé par le roi en personne, » leur enjoignit de se conformer à cette décision «sous peine de l'amende de 100 écus, pour la première fois. » La récidive entraînait la prise de corps. Il fallut bien se rendre à pareilles injonctions ; mais ce ne fut pas sans faire leurs doléances a leur auditoire, que la crainte seule put contenir.

49. Le courrier qui apporta à notre évêque le double de cet arrêté, porta aussi l'Ordonnance en vertu de laquelle le roi gratifiait de l'évêché de Saint-Pons François de Persin de Montgaillard, chanoine-chantre de notre église cathédrale. En récompensant le mérite, Louis XIV honorait le diocèse1. Pour faire approuver cette nomination de son choix, il écrivit au Saint-Père en ces termes : c Très-Saint Père, les vertueuses et

« Perrin nous dit que cette nomination était due à la faveur de Masarin ; mais il ne remarque pas que le cardinal était mort depuis trois ans. Louis XIV n'agit en cette affaire que sur les renseignements fournis par notre évoque.

TROISIÈME PÉRIODE. — PIERRE m DE BERTIER (4652-4674). 63

recommandâmes qualités qui sont en la personne de Messire Pierre et Jean-François de Persin et Montgaillard, prêtre du diocèse de Lectoure, docteur de Sorbonne en la faculté de théologie de Paris, abbé de l'abbaye de Saint-Marcel de Tordre de Citeaux et du diocèse de Caors, nous ont porté à luy continuer nos gratifications et à le traiter favorablement. Nous lui avons accordé et fait don de l'évesché de Saint-Pons ; ce que nous avons bien voulu faire sçavoir à votre Sainteté et la supplier et requérir autant que nous pouvons, à ce que son bon plaisir soit et à nostre nomination, prière et requeste de pourvoir ledit sieur de Montgaillard dudit évesché, luy en octroyant et faisant expédier sur ce les Bulles et provisions apostoliques nécessaires, suivant les mémoires et instructions qui en seront présentées à Vostre Sainteté, laquelle nous prions Dieu, très Saint-Père, voulloir longuement maintenir et garder pour le bien et utilité de son Eglise. — Ecrit à Fontainebleau, le dernier de juin 1664. Vostre dévot fils, le Roy de France et de Navarre, Louys1. » Lorsque révoque nommé écrivit ses lettres de remerciement à Sa Majesté, Pierre de Bertier était à la cour occupé avec d'autres prélats à éclairer le roi sur la situation faite aux catholiques et aux nouveaux convertis, et traitait la question de la destruction des temples, que les États de Pézenas avaient soumise 2 à l'autorité supérieure sous forme de projet, c C'est pourquoi, écrit l'histoirien contemporain, il manda à son grand- vicaire de travailler incessamment au jugement de l'affaire du Temple-Neuf de Montauban, afin qu'en cas de renvoi au Conseil du Roi, il pût avant son départ obtenir un mandat 3. »

50. M. d'Agan, vicaire général et doyen de la collégiale, fit toutes ses diligences pour réunir le dossier nécessaire. Grâce au

* Citée dans l'histoire manuscrite de PerriD, p. 271, d'après un extrait de l'original.

* Ci-dessufi, | 44.

1 Perrin, p. 632.

concours du président de la cour des Aides et d'un officier qui lui avait été adjoint, il put bientôt adresser les documents à Àgen. Sur ces entrefaites les Frères Prêcheurs le prièrent de présider k la pose et bénédiction de la première pierre de leur couvent. La grande quantité dé matériaux qu'ils avaient trouvés dans les déblais, avaient inspiré le dessein de jeter les fondements d'un grand et beau monastère capable de loger 80 religieux, c comptant sans doute que la Providence fourniroit un jour les rentes nécessaires pour les entretenir '. » Le représentant de l'évéque célébra la sainte messe à la petite chapelle provisoire, et à l'issue du saint sacrifice il procéda à la cérémonie, au milieu d'un grand concours de peuple. La pierre sur laquelle on lisait cette inscription : dominus j. dagan, vicarius generalis et decanus, vu julii, M.D.c.L.xiiu, fut placée sous la porte de la sacristie qui donnait accès dans le cloître.

De leur côté, les Carmes recevaient, à l'entrée de septembre, la visite de leur général. Tous nos couvents étant dans une ère de résignation, il importait que les supérieurs s'assurassent de l'état dans lequel ils se trouvaient, et prissent les mesures nécessaires pour le rétablissement de la règle et la bonne harmonie entre les sujets. Le visiteur fut reçu, nous dit Perrin, à l'entrée de la chapelle c avec un poêle et conduit devant l'autel, où il fut harangué en latin par leur provincial. Cela fait, il donna la bénédiction et entra après dans le couvent, où il fit séjour trois ou quatre jours, après lequel il prit sa route du costé de Castelsarrasy 2. »

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