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Cependant, justement préoccupé de l'affaire du Temple

4 Le plan avait été tracé par un certain Vales, architecte de la ville. L'Ordre l'approuva au chapitre général de Montpellier, le 5 mai 1663, en ces termes : « Approbamus hoc exempter et acquiescimus ut a parte introitus in conventum ubi fundamenta conslituta sunt, fiât intérim sacellum et celle) de super eum refectorio. Actum Monspelii in deflnitorio, die quinta maii. « Suivent les signatures : Fréter Joannes Lepul, provincialis ; P. Ludovicus Achard, secundus definitor; P. Joannes Manuel, tertius definitor; P. Joannes-Baptists Maderan, quartus definitor ; F. Pranciscus Vieules, secretarius capitula — Matériaux, 1. 1, p, 395.

* BUt. manuêcrite, p. 636.

Neuf, notre prélat ne laissait passer de courrier sans presser vivement, par lettres, son grand vicaire d'aller assister en personne au jugement du procès pendant à Agen. M. d'Agan y arriva le 21 septembre. En apprenant son départ, les protestants dépêchèrent dix des plus qualifiés d'entre eux, parmi .lesquels quatre avocats, pour défendre leurs intérêts. La cause fut entamée le 2 octobre. Assisté de son adjoint de Sigouniaç, après avoir pris connaissance des pièces fournies par les parties et entendu les plaidoyers, l'intendant Pellot déclara que, c sans avoir égard au contrat de permutation de l'hôpital de Lautié avec la maison d'Arbus (dont les huguenots se targuaient), le Temple-Neuf de Montauban serait délaissé, sous le bon plaisir de Sa Majesté, en faveur du syndic du clergé dudit Montauban et chapelain de Lautié, pour en disposer en faveur des pauvres ou de l'Église1. » L'avocat de la partie adverse s'attachant à la valeur du contrat, divisa les voix parmi les juges, ce qui força l'intendant a renvoyer les plaideurs devant le roi. Les esprits s'échauffent de part et d'autre dans Montauban, une rixe violente semblait inévitable. Usant de toute l'influence qu'ils possédaient dans les deux camps, le président d'Aussonneet l'intendant Pellot les portèrent cependant à attendre patiemment la décision du tribunal, dont la haute position garantissait l'impartialité. De son côté, l'évêque employa tout son crédit auprès du roi pour montrer, preuves en main, que les calvinistes avaient, durant la paix de 1613, bâti ce temple sur un fonds appartenant aux catholiques et destiné à un de leurs hôpitaux et de la chapelle Lautié, et ce sans autorisation. Cependant redit de Nantes et plusieurs ordonnances subséquentes étaient formels au sujet des restitutions à faire aux catholiques. La conclusion rigoureuse devait donc être en faveur de la cause que l'évêque soutenait au nom de son clergé et de ses fidèles. Ce fut celle que tira le Conseil royal sur la fin d'octobre, après avoir étudié la ques-

De l'expédié original , cité par Perrin. p. 637. Tome II. III.

66 histoire dis l'église de mqntauban.

tion pendant vingt jours environ ; les protestants reçurent ordre de Testituer aux catholiques le terrain sur lequel était bâti le Temple-Neuf.

52. Tous les fonctionnaires, les notables et bons catholiques vinrent féliciter Bertier du triomphé qu'il avait remporté. Néanmoins, sur le conseil de l'évêque, afin de ne pas provoquer d'animation chez les protestants, l'intendant ne se pressa pas d'intimer cet ordre. Au reste, k cette heure même, un nouvel incident humiliait ceux de la R. P. R. Une de leurs illustrations, Jacques de Coras, ministre de Tonneins, venait d'annoncer sa future abjuration de l'hérésie protestante. L'intendant le fit venir, le 6 décembre, dans la maison Daliès, et y appela aussi, à Tinsu l'un de l'autre, notre prélat et le sieur Claude, c le plus prisé entre les ministres. » Coras exposa avec lucidité et énergie les raisons qui l'engageaient à rentrer dans la religion catholique. Son confrère c murmurant se mussa sous la cheminée, d'où il fit connoistre le peu de zèle qu'il avoit pour sa religion, et son peu de cœur qu'il avoit à la défendre. » Témoin de cette scène, l'évêque invita l'intendant Pellot à se rendre à l'église, c La mitre en tête, affublé du pluvial et sur la chaire de vérité, en présence d'une grande multitude de monde de l'une et l'autre religion, le grand prélat fit un excellent discours de controverse, et donna l'absolution au sieur de Coras, après l'abjuration de son hérésie et sa profession de foi en la religion catholique, et lui enjoignit, pour pénitence, d'écrire d'ors en avant pour la défense de la Religion, afin de détruire ce qu'il avait autrefois écrit et prêché contre elle *. » Inutile de décrire la confusion des huguenots et la satisfaction des catholiques, et plus spécialement des nouveaux convertis.

53. C'était bien le moment de signifier aux protestants l'arrêt portant la restitution de leur Temple-Neuf. Pellot voulait qu'on le transformât en église catholique ; les calvinistes deman-

1 Hist. manuscrite, p. 639-640.

daient, comme une faveur, qu'il fût démoli, pour qu'il ne restât pas comme un trophée en possession de leurs adversaires ; du reste, ils s'appuyaient sur le terme de l'arrêté, qui portait c restitution du terrain. » Bertier ne voulut pas trancher le différend. Obligé de se rendre à l'assemblée des États généraux, il exprima à l'intendant le désir de voir régler cette affaire pour le mieux et le plus promptement possible. On fit part de la difficulté au roi et à la haute cour. L'évêque partit le 8 décembre. L'arrêt royal arriva le 11, portant «démolition, » au mécontentement des catholiques, qui finirent cependant par comprendre la raison de cette mesure. Le jour même les protestants eux-mêmes se mirent à l'œuvre et avec une telle ardeur, que dans les premiers jours de la nouvelle année on ne vit plus sur Ja place (actuellement de l'Horloge) que les ruines de ces démolitions.

Ce fut le dernier coup porté à la puissance des calvinistes dans Montauban. Us comprirent qu'il fallait se rendre, et que l'opiniâtreté ne pouvait que les exposer à une plus rapide décadence. Aussi se tinrent-ils prudemment à l'écart. Comprenant que de plus en plus les charges et l'administration leur échappaient, ils se jetèrent dans l'industrie et le commerce, au moyen desquels ils surent encore conserver quelque influence. La grande Révolution viendra bien pour quelques jours les mettre de nouveau en relief; la haine assoupie au fond de leur cœur se ranimera bien au souffle des orages révolutionnaires; certaines familles en profiteront pour faire revivre des principes et des traditions dont elles devraient rougir, mais la domination protestante a fait son temps. Montauban sera désormais ce qu'il avait été durant les siècles antérieurs : une ville franchement et foncièrement catholique.

54. On travaillait ardemment à la démolition du Temple- Neuf, lorsque notre prélat remplissait aux États une importante mission. Depuis longtemps on s'occupait sérieusement du percement d'un canal tendant à joindre l'Océan et la Méditer-

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ranée. Sous le règne de François 1er, des tentatives avaient été faites, mais elles étaient restées infructueuses par suite du malheur des temps, comme aussi par le défaut d'intelligences capables de mener l'œuvre à bonne fin. Plusieurs fois tentées, les opérations avaient échoué jusqu'au jour où Paul Riquet exposa ses plans, et eut calculé toutes les gouttes d'eau qu'il devait utiliser pour opérer cette jonction par un canal navigable. Les États, non moins que la Cour, se préoccupaient de cette grande entreprise. Dans l'Assemblée de 1664, répondant aux vœux du monarque, une commission fut nommée à l'effet de vérifier « le canal qu'il convient de faire pour la jonction des deux mers, et elle pria l'archevêque de Toulouse de se placer à la tête de cette députation '. » Notre évêque fit partie de la commission 2, et fut chargé de faire le rapport, après avoir suivi et inspecté avec les commissaires la ligne indiquée pour le tracé de la canalisation. Il lut son travail dans la séance du 28 janvier et fit conclure aux premières études, qui devaient amener plus tard comme résultat le beau canal dont le génie du célèbre Riquet a doté le Midi.

55. Autant, on peut le dire, notre évêque et les catholiques étaient préoccupés de l'avancement et du progrès des arts et de l'industrie pour le bien-être des populations, autant les protestants s'acharnaient à leur unique fin : faire tomber les nouveaux convertis et attirer dans leur religion, par l'argent et de sourdes menées, le plus de prosélytes possible. 11 ne leur était pas difficile de regagner quelquefois ceux que la crainte ou l'ambition leur avait ravis pour quelques jours. Plusieurs, en effet, en quittant la religion protestante, avaient' uniquement visé

• Archives de la Haute-Garonne.

* Elle était composée des évoques de Montauban, de Mende et de Saint-Papoul ; des barons de Castries, de Lan la, de Granges ; du sieur de Ghambonas, vicaire-général de Viviers ; d'Agrain, vicaire-général du Puy; de Bressols, envoyé do Polignac; de Canes, envoyé de Confolens; des sieurs capitouls de Toulouse; des consuls de Narbonne, du Puy, de Castres ; du diocésain de Saint-Pons ; de Rochepierre, syndic du Vivarais ; du syndic du diocèse de- Saint-Papoul ; des syndics généraux de la province; des sieurs de Roguier et de Guilhemet, secrétaire des Etats.

l'exemption du paiement des ministres, ou quelque emploi, ou bien la protection des familles puissantes et des officiers des divers ministères. L'évêque et le clergé ne l'ignoraient pas ; on les entendait fréquemment du haut de la chaire se plaindre contre de pareilles conversions, blâmer une telle hypocrisie; et leur bonté à les recevoir aussi bien qu'à les reprendre, finissaient souvent par triompher des cœurs les plus rebelles, par pénétrer dans les consciences les plus doubles. Que quelquesuns, malgré tout, revinssent parfois à leurs vomissements, cela ne devait pas surprendre. Mais alors les juges et le parlement agissaient ; et ce que les protestants et leurs tenants ont appelé de la tyrannie, de l'oppression, de la persécution, était des mesures prises plutôt pour arrêter de nouveaux désordres que pour punir en soi les coupables. Quelques exemples furent donnés au grand jour dans notre ville épiscopale. Un des plus éclatants fut celui d'un certain tisserand, nommé Gayrard. Manquant à ses promesses, félon a sa profession de foi, relaps enfin, il fut condamné (février 1665) à faire publiquement amende honorable devant l'église Saint-Jacques, c la corde au col, et le bourreau après. » La cérémonie terminée, le bourreau décréta contre lui un bannissement de trois ans hors de la juridiction de Montauban. Était-ce autre chose que les pénitences publiques imposées dans la primitive Église?

56. Des questions de préséance vinrent aussi troubler à cette époque la bonne harmonie entre la cour des aides, la trésorerie et 4e présidial. La place et le rang de chacun de ces corps et de leurs dignitaires, dans les assemblées et les cérémonies religieuses, les préoccupaient. L'évêque intervint, et par l'entremise de l'intendant général de Guyenne il finit par concilier les trésoriers et MM. de la cour des aides. Ceux du présidial ne voulurent pas se rendre, et témoignèrent leur mécontentement en s'abstenant de paraître à la procession du Corpus Christ*. Une lettre de cachet vint cependant régler l'affaire, et force leur fut de se soumettre pour, les cérémonies qui suivirent.

À ce moment, le clergé du diocèse donnait un grand exemple de soumission aux décisions pontificales, et témoignait hautement de son orthodoxie. Les sectaires de Jansénius, avec leur ruse et leur opiniâtreté, avaient constamment déjoué les projets des souverains pontifes. Malgré le Formulaire et la condamnation des cinq propositions, les partisans du silence absolu n'en continuaient pas moins à étourdir de leurs clameurs la cour, la ville, tout le royaume. Secondé par l'énergie de Louis XIV, que l'opiniâtreté et la mauvaise foi de ces sectaires indignait, le pape Alexandre VII fit dresser une nouvelle Constitution où, t pour ôter, dit-il, tout prétexte à la désobéissance et tout subterfuge à l'hérésie, » il ordonnait aux évêques, à tous les ecclésiastiques réguliers et séculiers, aux docteurs, licenciés et régents des Universités, de signer dans un délai de trois mois, le Formulaire suivant, qui reproduisait a peu près celui que l'Assemblée du clergé de France avait rédigé en 1657. « Je soussigné me soumets à la Constitution apostolique d'Innocent X, donnée le 31 mai 1653, et à celle d'Alexandre VII, du 16 octobre 1656; et dans la sincérilé de mon cœur, je rejette et je condamne les 5 propositions extraites du livre de Jansénius, intitulé Augustinus, et dans le sens entendu par le même auteur, comme le Siège apostolique les condamne par les mêmes Constitutions. Je le jure. Qu'ainsi Dieu me soit en aide et les saints Évangiles. » Tout le clergé de notre diocèse suivit l'exemple de son évêque, et signa la déclaration, sans qu'il soit resté trace d'un seul opposant !.

57. Cette manifestation consola le cœur de l'évêque. Il fut encore plus touché quand il vit reprendre à son égard les anciennes traditions d'honneurs et d'hommages. A partir de cette année 1665, le consulat se rendit en corps au palais épiscopal,

1 II nous semble cependant que le curé de Reyniès avait refusé sa signature. Le chapitre lui fit présentera nouveau le Formulaire, et nous ignorons quelle fut la conclusion. Ce document existe aux Archives départementales, où nous l'avons lu ; mais au moment de le publier nous n'avons pas pu le retrouver.

apportant selon les vieux usages, avec les félicitations, six flambeaux de cire blanche, douze boites de confitures et douze bouteilles de vin clairet. Les syndics protestants et catholiques en firent autant, ainsi que les membres de la cour présidiale, le 22 juillet. Et ce n'étaient pas les seuls indices qui témoignaient des progrès du catholicisme. Ici les ermites de Saint- Augustin couronnaient l'œuvre de réédification de Jeur couvent par la bénédiction de la chapelle, au jour de la fête de leur bienheureux Père. Bertier y pontifia solennellement, et prononça le panégyrique du glorieux évêque d'Hippone. Là, entre autres abjurations, c'était celle du sieur de Sigouniac, dont le retour à la vraie foi entraîna bon nombre des siens. Bientôt enfin, soit secrètement, soit en public les principaux du parti protestant viendront se jeter aux genoux des ecclésiastiques, sollicitant l'absolution et leur rentrée dans le giron de l'église catholique.

58. Gomme « l'homme ennemi sème toujours l'ivraie au milieu du bon grain, » tandis que le bien prospérait il surgissait de temps à autre des querelles et des abus dans le clergé. Les supérieurs ne manquaient pas de les reprendre et au besoin de les châtier ; mais ces faits isolés, certains historiens ne se font faute de les généraliser et de crier au « scandale » et au t désordre. » — Quelques membres du bas-chœur de la collégiale voulaient donc réformer certains articles de leurs statuts. Us prétendaient faire partie du chapitre comme les chanoines, avoir droit aux charges et dignités, pouvoir pénétrer dans les archives, modifier les distributions journalières ou hebdomadaires, etc. Après l'opposition qui leur fut faite, quelques-uns désertèrent le chœur, refusèrent de s'instruire de leurs devoirs, prirent des manières propres aux laïques ; ce point doit paraître d'autant moins grave, que ces officiers d'ordre inférieur n'étaient pas dans les ordres sacrés. Néanmoins, indigné de cette conduite, le prévôt prononça au chapitre général, tenu dans l'église Saint- Jacques le 1er juin 1665, lendemain de la fête de la Trinité,

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une allocution qui, en flagellant les désordres, ne fait que mieux ressortir les mœurs du clergé.

c Comme nos prières apaisent la colère de Dieu, disait l'orateur Le Bret, notre bon exemple enseigne aux hommes le chemin pour aller à Dieu. Jugez donc après cela, mes frères, combien sont coupables ceux qui ne prient point, ou qui, s'ils prient, n'oot ni l'attention ni la sainteté qui font le mérite des prières : ceux, dis-je, qui bien loin de sanctifier le peuple, le scandalisent ; ceux qui courent les rues en vagabonds, ceux qui rôdent la nuit comme des filoux, ceux qui vont au cabaret comme les plus débauchés du siècle, ceux qui, même en particulier, s'adonnent à une si coupable crapule, que le scandale en rejaillit jusqu'aux pieds des autels ; ceux qui tombent dans des impatiences ridicules et souvent dans les horribles blasphèmes, que le jeu entraîne après lui ; ceux qui refusent au chapitre l'obéissance qu'ils lui ont jurée sur l'Évangile ; ceux qui, par une opiniâtreté opposée à la conscience et au sens commun, affectent de ne se pas instruire des choses que leur emploi les oblige de savoir nécessairement pour le service qu'ils doivent à l'Église ; ceux enfin qui, contre les défenses des consuls et celles du chapitre, non-seulement quittent l'office pour aller à la chasse, mais ont même la témérité d'y porter des armes à feu. Que vous semble de tout cela, mes frères? Ce tableau de nos mœurs est-il fort différent de celui que les histoires nous font des mœurs de ceux qui nous ont précédés dans les places que nous occupons ? Pensez-vous qu'ils fussent plus coupables que nous, lorsque, Dieu, pour les punir, permit que l'hérésie submergeât cette pauvre ville? Non, non, mes amis, ne nous y trompons pas ; nous sommes aussi coupables qu'eux. La différence, s'il y en a, n'est que dans le châtiment, puisqu'ils furent pour la plupart égorgés, et que Dieu souffre que vous soyez encore en vie. Quoique, à bien considérer notre état, il ne soit guère plus favorable que le leur, car si l'hérésie fit ici tant de désordres en ce temps-là, sans qu'ils eussent assez de

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piété et de courage pour s'y opposer, elle les continue sans qu'aucun de vous travaille à l'en chasser. Aussi puis dire que si nos prédécesseurs furent les victimes des prétendus Réformés, notre mauvaise vie nous rend l'objet cb leur mépris, ce qui est quelque chose d'aussi rude que la mort pour des ecclésiastiques, dont la vie est une mort véritable si elle ne répand pas la bonne odeur qui les doit rendre recommandables même à leurs ennemis !. »

Pareil récit devait scandaliser M. Mary-Lafon. « Couvrant cette corruption et ces désordres de son manteau royal, dit-il, Louis XIY, aveugle promoteur, dans les mains des Jésuites, de l'idée de la Ligue, n'en poursuivait pas avec moins de hauteur et d'inflexibilité la guerre aux consciences, qui devait, selon ses meneurs, supprimer le protestantisme et ramener la France à l'unité catholique 2. » Qu'avaient affaire en cette circonstance Louis XIY, la Ligue et les Jésuites? Admis tous ces désordres au pied de la lettre, croirait-on que ces désordres fussent au roi et aux nouveaux ligueurs d'un grand secours pour triompher du protestantisme et propager te catholicisme? Nous pensons le contraire, même en connaissant la volonté de fer de Louis XIV, et certains de ces actes qui ne peuvent retomber sur les évoques -et le clergé. Une fois de plus nous disons que ces déplorables exemples, exagérés dans le feu d'un discours, n'étaient pas capables de détruire l'édification donnée par le clergé; la preuve en est dans le retour journalier des frères égarés.

59. A mesure que les catholiques se fortifiaient, Bertier tenait à faire disparaître les ruines qui rappelaient les guerres néfastes et les discordes civiles. Sur son inspiration, l'intendant Pellot comblera bientôt les fossés, qui se transformeront en délicieuses promenades ; il réparera les brèches que les canons avaient faites au pont, et élèvera à l'extrémité de Montmurat,

1 Registredos délibérations du chapitre cathédral de 1619 à IC71. Arcliives départementales. 9 Bist. d'une ville prolestante, p. 223.

démantelé par le feu ennemi, un quai devenu l'admiration des étrangers *. C'était aussi le moyen d'occuper les bras du peuple et d'empêcher les émeutes. Avec le goût qui le distinguait, notre évêque songeait à relever les ruines de l'ancienne cathédrale pour y rétablir la demeure épiscopale, et se trouver ainsi auprès de son Séminaire. Mais il dut renoncer à ce projet, soit à cause des difficultés de reconstruction, soit a cause de l'éloignement du centre de la cité, dans laquelle il était prudent de rester, dans l'intérêt des fidèles et celui des chapitres. Il prit donc un autre parti, et obtint du roi les « mazures du vieux chasteau qui autrefois estoit aux comtes de Tolose, situé sur le bord de la rivière du Tarn, au bout du pont, du costé de la ville de Montauban. » Aidé du ministre Colbert et de l'intendant, qui lui transmirent à trois reprises des subventions considérables, il mit la main à l'œuvre, jeta les fondations des plans grandioses qu'il avait conçus, et poussa activement la construction que nous voyons aujourd'hui et où est établi l'hôtelde-ville 2. Il ne devait pas la voir terminée. Dieu voulut cependant qu'il pût jouir de l'admirable transformation qu'il fit subir au site splendide sur lequel s'élevait jadis le monastère de Saint-Théodard. Cette œuvre de résurrection lui tenait à cœur. Ne pouvant utiliser cet emplacement pour sa demeure, il résolut de le disposer en un jardin, où l'œil pût se reposer sans rencontrer des ruines et des décombres.

* Perrin nous dit que Mgr de Berlier, pour consacrer le souvenir de ces embellissements et restaurations, composa l'inscription suivante, qui fut placée sur le po»t : « Anno Domini mdclxvii, régnante ludovico u\ , semper augusto et in Belgio triumphante,prœfecto reçu œrarii joan ne baptis. colberto, claudius pbllot per Aquitaniam missus dominicus hune pontem singularis structures fere "dirutum restitua et viam ad Tarni ripam per invia iterni curavit sicutilitati nobit con$ullnn\ et amœnitati. (Cf. Hist. manuscrite, p. C69.)

' M. Devais nous dit que l'adjudication des travaux eut lieu en décembre 1658 et en janvier 1659, sur le pied « de trois livres par canne de muraille • pour la maçonnerie. Pour diminuer les frais de construction, le prélat voulait « que la bâtisse do son palais se fist sur les fondemens dosdites mazures, et dans ce but il résolut de faire travailler à la démolition de ce qui estoit ruineux ès-dites mazures, pour en trouver le solide. » Ces opérations préliminaires coûtèrent 517 livres 10 sous. L'achat des dix maisons qui avaient été construites dans l'enceinte du Château-Neuf, absorba 7,638 livres. (Archives do Montauban, série DD, original en papier.) Cf. Bulletin archéologique de Tarn-et-Garonne, t, I, p. 45.

60. Dans son Histoire de Montauban Le Bret avait promis, dès les premières pages, un chapitre spécial sur ce t Jardin de l'Évêque. » Mis en demeure à la fin de son ouvrage de tenir sa promesse, il déclare ce travail c au-dessus de ses forces, tant il y a de variété, et tant toutes choses y sont plus belles les unes que les autres. » Alors il se contente de dire que « cet admirable jardin est, partie en terrasse, partie en rampant et partie de ce rampant le long duquel passe le Tescou. Qu'il y a sur ce qui est en terrasse un parterre divisé en six carreaux de borderie de bouis et d'herbes aromatiques, avec des fleurs de toutes sortes, des bordures de lauriers d'Espagne entremêlés de cyprès de distance en distance, et des contrebordures de fruictiers nains. Dans ce qui entoure et est plus bas que cette terrasse, il y a de belles palissades de charmes, de grandes allées d'ormeaux et de labyrinte. Sur le rampant, des vignes toutes de muscat, avec des sous-allées de sycomores. Dans l'espace qui va du pied du rampant jusqu'à la rivière, un verger abondant, grand nombre de poiriers de bon chrétien et de fruictiers à noyau, et au milieu un grand bassin pour un jet de deux picques, dont trois fontaines ramassées dans un réservoir fournissent l'eau. Tout cela accompagné d'une parfaitement belle orangerie, qui est sur la main droite en entrant dans la cour, où l'on rencontre de front un grand perron fait en fer à cheval, qui de cette cour conduit par deux escaliers pour les personnes à pied, et par deux rampants pour les carrosses, sur la terrasse où est le parterre qui a cent toises de long et cinquante de large. » La main de l'évêque dans cette belle ornementation n'avait voulu que continuer en quelque sorte le délicieux tableau dessiné par la main de Dieu. Le lieu, en effet, que la famille gréco-romaine des Thébdard (©eou ap-roç, pain de Dieu) avait choisi pour bâtir sa demeure, et qu'elle céda aux moines apôtres ; ce lieu où s'élevèrent pendant huit siècles une abbaye et une basilique, asiles et témoins de ces ouvriers, qui loin du monde travaillaient à la régénération de la société ; ce

76 mSTOWI M l'église m mo*tacba5.

lien sur lequel s'engagèrent des lattes dont les résultats pouvaient être aussi bien la ruine que le salut de notre sainte religion dans cette contrée; ce lieu où. pour effacer de tristes souvenirs chez ses contemporains, un érêque traça un jardin public, qui faisait l'admiration des hommes les pins capables d'en apprécier la beauté ; ce lieu provoque encore des exclamations semblables à celles de l'infortuné Jacques II, le roi des lies Britanniques, devenu l'habitant de Saint-Germain et de Versailles : « Dieu peut faire de plus belles choses, mais il ne ta point fait î > Si les ouvrages de l'homme n'existent plus aujourd'hui sur ce point, il reste l'œuvre de Dieu. Le site est toujours là, avec ses splendides horizons, méritant bien le nom trop oublié de Beaulieu. Que si l'emplacement de ce jardin qui fut toujours ouvert au public, a été vendu comme bien du clergé, les catholiques ne peuvent pas oublier que là fut le berceau de la religion dans notre pays, et ils doivent rapprocher les deux noms à jamais illustres de saint Théodard et de Pierre de Bertier '.

61. Cette heureuse transformation inspirée, et dirigée par l'évêque s'opérait à l'aide de ses revenus personnels, lorsque le 21 janvier 1660 la mort de la reine-mère jeta l'alarme dans tout le royaume. Bertier était alors aux États, réunis à Béziers depuis le 25 novembre. L'Assemblée le chargea de pror noncer l'oraison funèbre au service solennel qui fut célébré dans cette ville. Un mois après mourait Arnaud de Bourbon, prince

4 Pour n'avoir pas à revenir sur ce jardin, nous ajouterons ici ce que nous en a conservé le compilateur des Matériau*. • Messire Jean-Baptiste Michel Golbert, évoque de cette ville, fit faire l'ouverture de la grande porte de ce jardin, et la porte que Ton y voit encore est la môme que celle qui 6 toit au Temple Neuf, et la muraille qui fait face en entrant dans le jardin est des matériaux de ce temple, de môme que quelques murailles qui sont audedans du jardin. Ce prélat Ût agrandir ce jardin du coté de la descente qui va au pont et au moulin de Labadie (Pabtnye, abadio\ et fit acheter par la communauté- partie du jardin du sieur Fabrô, pour y tracer le nouveau chemin, en l'état qu'on le voit encore en 1716. • (p. 106). On sait qu'après av >ir app irlenu à la famille Château, qui laissa subsister longtemps un reste des dernières constructions et qu'on appelait maison carrée, le nouveau propriétaire, allié à cette famille, M. Fabre deCahusac, a élevé sur le sommet du mamelon un élégant château gothique et tracé un magnifique jardin coupé de bosquets et de mottes artificielles. — Cf. Éphémérides Montalbanaties, p. 59.

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de Conti. Si le Languedoc fit ce jour-là une immense perte, les Montalbanais et Pierre de Bertier la ressentirent plus particulièrement. Catholiques et protestants avaient été édifiés des grandes vertus de ce personnage. « J'en puis dire quelque chose, écrit Perrin. Lors de son séjour à Montauban, à son exemple tous les catholiques se tenaient dans leur devoir et donnaient avec lui de l'édification aux huguenots, même les. plus revêches, par la pratique des bonnes œuvres. Sa maison semblait être un couvent de religieux ; on n'y parlait que de Dieu, et quand la cloche appelait pour l'accompagner dans le Saint- Sacrement à la maison d'un malade, il était le premier à l'église et suivait toujours de près, son chapeau à la main, le prêtre jusque même dans les huttes puantes. De quoi surpris, un jour notre prélat (s'y étant trouvé avec l'évêque de Conserans), il voulut persuader son Altesse qu'elle prendrait mal, sentant la puanteur d'une basse-cour où était alité un pauvre misérable k qui l'on portait le saint Viatique. Mais elle lui fit cette réponse digne d'un prince tel qu'il était : c Monsieur l'Évêque, Dieu y entre qui est notre maître, et nous n'y entrerions pas? Allons après lui et rendons-lui nos hommages. » Cette réponse rendit muet notre prélat, et, lui donnant de l'admiration, le fit descendre après lui avec le sieur de Conserans dans la basse- -cave *. » L'orateur chargé de célébrer les vertus d'un tel chrétien était indiqué. Bertier porta la parole dans l'Assemblée des États à Pézenas, et se réserva de venir redire les mérites du prince et de la princesse dans un discours qu'il prononça à leur éloge dans l'église Saint- Jacques, en présence de la cour des aides, du présidial, des consuls et d'une afiluence Considérable de catholiques et de protestants.

62. Ce -n'est pas que ces derniers fussent bien désolés. La curiosité les avait plutôt entraînés ; ils étaient aussi bien aises de témoigner par leur présence une sorte d'attachement à la

* Hist. manuscrite, p. 657.

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