Tome II. VI
vécut, ils ont eu pour certains de ses actes, pour une partie de sa vie des sévérités excessives, qui ne nous paraissent pas justifiées. Ainsi, au cours de sa Notice sur un de nos anciens grandsvicaires, M. l'abbé Leredde, s'en rapportant aux appréciations de ses devanciers, a dit : c Malheureusement M. de Breteuil, qui a fait depuis une mort de confesseur et de martyr, ne menait pas alors une vie aussi épiscopale qu'elle aurait dû l'être. Il avait à sa disposition un immense revenu { : son palais, sa table, ses équipages étaient par leur luxe, leur somptuosité et leur magnificence, bien plus dignes d'un prince de la terre que d'un prince de l'Église; chaque jour il réunissait la plus haute société de la ville et du voisinage de Montauban dans ses salons *. » — D'après les auteurs de la Biographie des Contemporains 3 : c II se fit remarquer dans son diocèse par ses galanteries. Il passait une grande partie de l'année à Bretolio, sa maison de campagne, dont il avait fait un petit palais royal. > On peut juger de l'esprit qui anime ces biographes dans leur Notice aussi pauvre qu'inexacte, par ce dernier blâme à l'adresse de notre évêqiie : c Envoyé, en 1789, comme député aux Étatsgénéraux, il y signa les protestations de la minorité contre les décrets de l'Assemblée constituante, et protesta contre la Cotistitution acceptée et sanctionnée par le roi. » N'est-ce pas là une réhabilitation, une gloire pour Mgr le Tonnelier, seul député ecclésiastique des pays et jugeries de Rivière-Verdun, Gaure, Léonac et Marestaing? — Un excellent historien, l'abbé Aimé Guillon, s'est aussi laissé impressionner par des jugements trop sévères. Au milieu des éloges bien mérités qu'il donne à ce
« L'Inventaire fourni au district le 24 février 1790 portait les revenus de l'évôchô i 71,081 livres et ses charges à 18,901 ; en ce qui concerne l'abbaye de Belleperche, les revenus étaient d'ordinaire de 34,711 1. 15 s. 15 d., et les charges de 12,793 1. 3 s. 1 d. Mais le rapporteur observe : « M. l'abbé actuel nommé à l'abbaye sur la fin de 1781, n'entra en jouissance que vers 1782; la succession du prédécesseur s'étant trouvée nulle, il lui en a coûté considérablement en réparations et fournitures qui avaient été négligées. » (Voir aux Archives départementales et Collection Foresliô.)
* Notice sur M* de La Loge, vicaire-général, grand archidiacre et grand pénitencier du diocèse de Soissons, par M. l'abbé Leredde, brochure in-8«, p. 15.
1 Ouvrage de Rabbe, Vieille de Boisjelin et Sainte-Preuve, L I, p. 629.
vaillant confesseur de la foi, éloges qu'on lira plus loin, il glisse ces lignes : c Suivant ce qu'il a confessé lui-même publiquement dans ses derniers jours, la conduite de ce pasteur du premier ordre n'aurait pas été absolument irréprochable ; mais c'est la foi que Dieu considère dans ceux qui meurent pour elle '. » L'évêque expirant disait : c Je mourrais content si par ce moyen je pouvais expier les fautes de mon ministère, et si je réparais le scandale que j'ai donné, » Ces aveux d'un prisonnier qui va mourir prouvent l'humilité et le repentir ; que de saints personnages en ont fait de semblables et même de plus circonstanciés ! — De son côté, Henri Taine, parlant du clergé de l'Ancien régime, a lancé entr'autres traits fort exagérés : c Quant à la soutane, elle a les mêmes libertés que la robe. Les prélats la portent aussi gaillardement à Saverne, à Clairvaux, au Mans et ailleurs qu'un habit de cour... Jusqu'en 4789, le ciel est trop beau, l'air est trop tiède, pour qu'on se résigne à se boutonner jusqu'au cou. Liberté, facilité, M. l'abbé, disait le cardinal de Rohan à son secrétaire; sans cela nous ferions de ceci un désert... » Parmi les c vingt prélats non moins galants, > que pourrait signaler cet historien, il relève le nom de de Breteuil, à côté de Talleyrand, évêque d'Autun, de de Gircé, archevêque de Bordeaux ; du cardinal de Montmorency, du jeune M. de Grimaldi, évêque du Mans, etc *. — M. Mary-Lafon, en vrai romancier, a renchéri sur tout ceci. Il a écrit une bluette intitulée : Les deux duels de ï Évêque ; c'est de Mgr de Breteuil qu'il s'agit. Et quand il a brodé son thème, plus que fantaisiste, sur une partie d'épée et une partie d'échecs, il a soin d'ajouter: c Ne croyez pas que ceci soit un roman ; c'est une histoire vraie dans ses moindres détails 8. »
* Cf. Us Martyr* de la foi pendant ta Révolution française, par l'abbé Aimée Guillon; Paris, Mathiot, 1821, 3 vol. in-8», t. II, p. 312.
* W. Les Origines de la France contemporaine; V Ancien régime, 1. II ; Les mœurs et les caractères, ch. I, p. 194 et suiv.
* P. 164 des Mœurs et coutumes de la vieille France, Paris Denlu, 1859. On trouvera peutêtre surprenant que nous nous soyons occupé de ce roman. Nous l'aurions certainement
4 HISTOIRE DE i/ ÉGLISE DE MONTA DB AN.
— Déplacez les mots roman et histoire, et vous aurez la vérité.
— Suivant lui le prélat, c le plus bel homme et l'un des plus éclairés, sans contredit, de son diocèse, > fut un terrible bretteur. Un jour sur les rivages de son abbaye de Belleperche, il fait mettre en garde un officier, qui, abusant de la faiblesse et de la lâcheté d'un vieil harpagon, allait lui faire rendre gorge, l'épée à la main, c Dieu me pardonne, s'écrie Breteuil, puisque je n'ai que ce moyen d'empêcher ce crime... Et promptement l'adversaire, frappé au front d'un coup de pommeau, tombe aux pieds de l'évêque. » On se sépare pour aller prendre la revanche sur une table de jeu, devant un échiquier, où Breteuil se montre aussi habile que sur le terrain. Et comme tout roman doit finir par un mariage, l'argent gagné par l'évêque sera la dot de la jeune fille, dont le fils du capitaine deux fois battu sollicitait vainement la main. Après un quart de siècle, cet heureux jeune homme et son bienfaiteur se rencontrent, sans s'y attendre, dans la même prison ; et l'évêque demande à son protégé de Belleperche d'aller, au péril de sa vie, lui chercher un prêtre pour entendre sa dernière confession. Bene trovato! Les fermiers et paysans de Belleperche peuvent égayer, de ces histoires, leurs veillées d'hiver, comme le dit Mary-Lafon ; c'est à cela tout au plus qu'elles sont bonnes. En les relatant en tête de notre récit, à côté des critiques peu justes que nous avons transcrites scrupuleusement, nous avons tenu à nous montrer impartial jusqu'à l'extrême. Passons à l'histoire vraie.
négligé, si l'auteur n'avait dit dans son Avant-propos: • En jetant ces histoires de l'autre siècle sur le papier, je n'ai fait que me souvenir. La forme seule m'appartient, le fond est à la vérité. Ma grand'môre ne mentait pas. » (p. IX.) Mais quelques lignes avant (p. II), expliquant pourquoi l'écrivain doit varier ses genres de compositions et passer du sérieux au badin, car « la variété délasse et fortifie, > il nous dit : « Les rêves de l'imagination reposent des fatigues de l'érudition. » Que donc le lecteur sache & quoi s'en tenir au sujet du chapitre qui nous a arrêté. Au reste, pour édifier sur l'authenticité de ce récit, nous remarquerons que Mgr de Breteuil ne fut pourvu de l'abbaye de Belleperche que le 22 octobre 1781, et la scène décrite par M. Mary-Lafon se passait le lendemain du 17 avril 1768; Cf. p. 131 et 142. Dans ce chapitre aussi nous relevons cette appréciation : « Le digno Monseigneur de Berlier, dont la truelle était le seul défaut. . . > Qu'on se reporte & la biographie de cet illustre évoque, et on verra que dans son UUtoire (roman) d'une ville protestante M. Mary-Lafon lui trouvait d'autres défauts.
2. Anne-François-Victor naquit k Paris le 18 janvier 1726, ej fut baptisé dans la paroisse de Saint-Jean-en-Grève, où étaient la chapelle et la sépulture de famille. Il avait pour père Claude- Charles le Tonnelier de Breteuil, né en 1698, chevalier, comte de Breteuil, seigneur de Chanteclerc, Bévilliers, Sainte-Croix, Vaux, etc., chevalier de Saint-Louis, mestre de camp de cavalerie, capitaine-lieutenant des chevaux-légers de Bretagne. Sa mère était Laure O'Brieo de Clare, fille de Charles O'Brien, vicomte de Clare, baron de Marc Airsy, pair d'Irlande, maréchal de camp des armées du roi, au service de France, colonelpropriétaire d'un régiment d'infanterie irlandais de son nom, et de Charlotte de Buckley, dame d'honneur de Marie-Béatrix- Éléonore d'Est-Modène, reine d'Angleterre, et sœur d'Anne de Buckley, maréchale, vicomtesse de Buckley, comtesse de Finmouth. Par celte descendance notre futur évêque tenait à la famille du duc de Berwik, petit-fils de Charles Ier, roi d'Angleterre. 11 touchait à peine à sa neuvième année lorsqu'il perdit son père, enlevé presque subitement à l'âge de trentesept ans, le 9 février 1735. Entouré de toute l'affection de sa pieuse mère, qui lui fut conservée jusqu'au 10 juin 1781 ', François-Victor tourna, dès ce moment, ses études vers l'état ecclésiastique. Bien des carrières s'ouvraient devant lui, et les plus attrayantes comme les plus glorieuses avaient été noblement courues par ses ascendants; ceux qui le précédaient immédiatement auraient voulu le voir embrasser l'état militaire ou la diplomatie. Cette ancienne maison des. Tonnelier s'enorgueillissait, en effet, de ses services, soit dans l'armée, soit dans les ambassades, soit dans les parlements et la magistrature. Originaire du Beauvoisis, elle n'avait pas peu contribué a illustrer ce pays, par les nombreuses branches qui sortirent du tronc primitif. La branche de Breteuil, qui prit, avec le titre de comtes, qu'elle garda jusque vers le milieu du XIIIe siècle,
* Le père fut enseveli dans la paroisse Sainl-Jean-enGrôve, el la mère dans colle de Saint- Su Ipice. Leur mariage avait eu lieu à Paris le 24 avril 17;'0.
le nom de la terre de Breteuil, sur laquelle elle se transplanta, jeta un grand éclat sous les règnes des rois Robert et Henri Ier. Éteinte à cette époque, cette lignée reparut avec non moins de splendeur vers l'an 1450. Maintes fois exposée aux vicissitudes des événements politiques et religieux, à la naissance du père de notre prélat elle était tombée dans un état médiocre de fortune. Les nobles alliances contractées par les aïeux immédiats de François, et en particulier avec les O'Brien et les Buckley lui donnèrent un nouvel essort. A son tour notre évêque était destiné à relever le nom qu'il portait1. Si les habitudes mondaines des grandes familles de l'époque, si la démoralisation qui avait envahi la noblesse déteignirent quelque peu sur lui? si le laisser-aller des ecclésiastiques et des religieux, qui appelait peut-être le châtiment de 1790, l'avaient parfois gagné, on peut dire que les dehors seuls étaient atteints ; sa vie privée, pas plus que son caractère sacerdotal et épiscopal ne furent jamais souillés. La situation de sa famille poussa l'abbé de Breteuil à arriver à l'épiscopat ; ses talents et ses vertus l'y élevèrent. Non-seulement il fut l'artisan de sa propre fortune, mais il fit celle de son neveu, le baron de Breteuil, devenu ministre d'État. Pour lui, brillant et pieux élève de Saint-Sulpice, au lendemain de son ordination sacerdotale il était appelé par Mgr de Fi tz- James à l'administration du diocèse de Soissons, au titre de vicairegénéral. Bientôt après l'archevêque de Narbonne, Mgr de Dillon, l'attirait dans son archidiocèse, dont il lui offrit le grand-vicariat. C'est à ce poste d'honneur que le roi et le pape allèrent chercher celui qui devait être notre trentième évêque et le successeur de feu Michel de Verthamon.
3. Le siège épiscopal était vacant depuis le 25 septembre 1762. Le 6 octobre Louis XV nommait et présentait à la cour romaine le candidat de son choix. Il fut agréé et préconisé dans
» Celle famille est représentée de nos jours encore par le comte de Breteuil, qui habite le château de ce nom, dans la Seine-et-Oise. Nous lui devons les renseignements généalogiques qu'on vient de lire.
le consistoire tenu le 19 décembre; il avait alors 36 ans1. Une lettre autographe datée de Montpellier, 20 novembre 1762, et signée : De Breleuil, évèque nommé, remerciait les consuls de Montech des souhaits et compliments qu'ils lui avaient adressés, et les assurait de tout son sympathique intérêt *. Le 23 janvier 1763 (nono calendas februarii) les bulles étaient expédiées, et le sacre eut lieu un mois après, le 24 février, en la Tête de l'apôtre saint Math i as. Ce fut son parent, Mgr de la Roche- Aymon, archevêque de Reims, qui lui donna la consécration épiscopale, dans la chapelle du séminaire de Saint- Su Ipice à Paris. Le prélat consécrateur était assisté de l'évêque de Soissons, qui avait eu François-Victor pour grand-vicaire, et de l'évêque de Comminges, Antoine de Lastic3. Deux jours après, le nouvel évéque donnait des lettres de vicaire-général au grand-archidiacre de son église cathédrale 4, Balthasar de Verthamon de Faugeras, et lui délivrait procuration pour prendre possession de l'évêché, en ces termes: « Par devant les Conseillers du Roy et notaire au Chatelet de Paris soussignés, fut présent Illustrissime et Reverendissime seigneur Monseigneur Anne- François- Victor Le Tonnelier de Breteùil, eveque
* Toujours fidèle * aux rêves de l'imagination, qui délassent des fatigues de l'érudition, • M. Mary-Lafon trouve qu'en 1764 notre évoque avait quarante-deux ans. (Cf. Mœurs et Coutumes, p. 132); il était né en 1726.
» Cf. aux Archives communales de Montech, le Registre des délibérations déjà cité.
* Voici le Certificat de consécration, tel que nous en avons trouvé copie dans les Archives départementales, série G, liasse 25, fol. 21. < Christophorus de Beaumont, miseratione divina et sanctic sedis apostolicœ gratia Parisionsis episcopus, dux Sancti Glodoaldi, par Francis... univereis présentes litteras inspecturis notum facimus et testamur quod die data prœsentium, in feato scilicet sancti Malhiœ apo9toli, in sacello Seminarii Sancti-Sulpitii Parisiis, de noslra licentia, Illraus et Revmus DD. Archiupiscopus dux flemensis, avilis, et io hoc illi assistentibus Illmis et Revmis DD. Suessiooensï et Convenensi episcopis m un us consecrationis episcopalia IHmo et Rmo DD. Annœ Francisco Viclori Le Tonnelier de Breteùil, presbytero electo et conflrmalo episcopo Montis-AIbani secundum bullas apostolicas ab oo oblentas, datas Romae apud S. Mariam Majorem an. Incar. Dom. 1763, nono calendas februarii pontifientus SS. DD. N. démentis, papa XIII anno quinto, ritu consueto et prav stilis ab eo prius juramentis assuelis impendit euraque in episcopum Montis-Albaoensem rite et canonice consecravit. Datum Parisiis in palatio noslro archiepiscopali... anno 1763 die vero menais februarii vigesima quarta. f Chr., arch.
* Cf. le texte de ce document aux Archives départementales, série 0, liasse 25, fol. 2t.
& HISTOIRE DE L'ÉGUSE DE MONTAUB1N.
et seigneur de Montauban, conseiller du Roy en ses conseils, duquel Eveché il a été pourvu en cour de Rome par notre S. Père le Pape, sur la nomination du Roy, comme vacant par le décès d'Illustrissime et Reverendissime seigneur Monseigneur Michel de Verthamon de Chavagnac, dernier possesseur dudit Eveché, étant de présent à Paris logé à l'hôtel du Pérou, rue Jacob, fauxbourg Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice, lequel a fait et constitué son procureur général et spécial Messire Balthazar de Verthamon de Faugeras, grand archidiacre de Féglise cathédrale Notre-Dame de Montauban, y demeurant, auquel mondit seigneur conslituant donne pouvoir de pour luy et en son nom, en vertu des bulles apostoliques et provisions dudit Eveché de Montauban qui luy ont été accordées par notre saint Père le pape à Rome, à Sainte-Marie Majeure, l'an de l'Incarnation de N.-S. mil sept cent soixante trois, le neuf des calendes de février, la cinquième année du pontificat de notre S. Père le pape Clément XIII, les dites bulles duement scellées... prendre possession corporelle, réelle et actuelle dudit Eveché et des droits, appartenances et dépendances en y observant toutes les cérémonies et formalités, en pareil requises et accoustumées, même si besoin est prêter les serments qu'ont coutume de prêter les seigneurs eveques de Montauban en leur installation, faire intimer et requérir tous actes nécessaires, et généralement faire par ledit sieur procureur constituant s'il étoit présent en personne... Fait et passé à Paris, la demeure cydevant, l'an mil sept cent soixante- trois et le vingt-sixième jour du mois de février, après midy !. » Le procureur se présenta devant le chapitre assemblé officiellement le six mars, et fut mis, selon toutes les formes canoniques, en la réelle et personnelle possession de la cathédrale, du palais épiscopal et du diocèse 2.
« Cet acte fut enregistré, insinué et contrôlé le b mars suivant. Voir la transcription aux Archive» départementales, série G, liasse 25, fol. 20-21.
s Voir le procès-verbal de cette mise de possession dans le môme registre que ci-dessus, fol. 21.
4. De son côté, et tandis que la feuille des pouvoirs arrivait à son grand-vicaire, François-Victor prêtait, entre les mains du roi, le serment d'usage. Cette cérémonie eut lieu le 28 février, dans la chapelle du château de Versailles, après la messe célébrée par Tarchevêque-consécrateur, grand aumônier de France *. Retenu à Paris par les affaires du clergé, a titre de conseiller du roi, il pourvut aux soins de son diocèse par la nomination d'un second grand-vicaire, l'abbé de Malartic, archidiacre et prévôt du chapitre (22 mars). Notre nouvel évêque fit enfin sa première entrée le 6 juin 1764, et voici le « Cérémonial de ce qui fut observé, > à cette occasion: c Le 4 juin 1764 ledit seigneur eveque ayant fait avertir par Mr Pabbé Ratery, secrétaire de PEvêché, Mrs les Maire et Consuls qu'il arriveroit en cette ville, venant de Toulouse, le 6 dudit moiç, à 7 heures du soir au plus tard, lesdits sieurs Maire et Consuls firent prier de suite en la forme ordinaire Mrs les officiers de ville, les bourgeois et négociants pour aller à sa rencontre avec Mrs Dordé, conseiller au présidial, et Soûlas, bachelier ez-droits, nouveaux consuls, jusqu'à l'extrémité de la juridiction, où s'étant rendus les jour et heure indiqués avec un nombre considérable de citoyens, et Mr l'Eveque étant arrivé peu de tems après il descendit de son équipage au même moment que Mr Dordé mit pied à terre, ainsi que Mr Soûlas et les autres Mrs. Mr Dordé ayant eu l'honneur de l'haranguer, il accompagna ledit seigneur Eveque jusques à son palais. Mrs le Maire et Consuls lui envoyèrent de suite le secrétaire de la ville pour sçavoir l'heure à laquelle il voudroit recevoir la visite des corps de ville ; et l'heure ayant été indiquée à l'heure de huit du même jour, Mr Darassus, maire, Dordé, Gatereau et Soûlas, consuls, accompagnés de plusieurs officiers de ville, se rendirent à l'éveché revêtus de leurs robes et chaperons. Mondit sieur Darassus,
» On Irouve le lexte de ce serment aux Archives dcpartementalei, série G, liasse 194. Nous ne le reproduisons pas, car la formule est identique à celle que nous avons publiée au sujet de Mgr de Verthamon ; voir dans sa biographie, p. 35-35.
maire, portant la parole, témoigna audit seigneur Eveque au nom de la Communauté, la joye et la satisfaction que sa nommination avoit fait naître dans tous les cœurs et qu'on voyoit éclater de toutes parts. A quoy ledit seigneur répondit de la manière la plus obligeante. Les dits sieurs Maire et Consuls s'étant retirés, le secrétaire de la ville offrit à Mr l'Evêque le présent que la communauté a acoutumé de faire aux grands seigneurs en pareil cas, consistant en cent bouteilles du meilleur vin du pays, un quintal de bougie et pareille quantité de sucre. Et de suite la compagnie du guet fit 5 décharges de mousquetterie dans la cour de Peveché. »
c Nota. — Mr TEveque ayant été informé qu'il était d'usage que lesdits seigneurs eveques ou autres donnent une place dans leurs équipages au magistrat qui a l'honneur de les complimenter au nom de la ville, chargea Mr l'abbé de Malartic, son grand-vicaire, de témoigner à Mr Dordé le regret de n'avoir pas été instruit de cet usage, et qu'au lieu d'une chaise de poste, il auroit pris un carosse pour y faire entrer mondit sieur Dordé. Il faut observer encore que le secrétaire de Mr l'Eveque vint en manteau long chez chacun de Mrs les Maire et Consuls pour leur donner avis du jour et de l'heure de l'arrivée dudit seigneur Eveque !. * Quelques jours après (14 juin), il nommait comme troisième grand-vicaire Jean Duroy de Chaumareix, originaire de Limoges, et membre de notre chapitre.
5. Entre la nomination de notre évêque et sa prise de possession du siège, de graves événements avaient agité la France et le diocèse. Le parlement de Paris avait supprimé, en 1762, la Compagnie de Jésus, comme inadmissible, par sa nature, dans tout État policé, et comme contraire au droit naturel ! Le 26 février 1763, le jour même où de Breteuil chargeait son grand-vicaire d'administrer en son nom, le parlement de Toulouse rendait le célèbre arrêt qui proscrivait les Jésuites de
* Relation extraite du. Livre grù, fol. 119, aux Archive» communales.
tous les établissements situés dans son ressort. Il était défendu à ces religieux de porter l'habit de la Société et d'entretenir aucune correspondance avec leur supérieur-général ou autres supérieurs, et ordre était donné € à tous les membres de la ci-devant Société se disant de Jésus, de vider toutes les maisons de ladite Société dans le délai de quinzaine. * Les Jésuites possédaient dans ce ressort une maison professe, un noviciat, quinze collèges, six séminaires et quatre résidences ou missions. Le faible roi Louis XV voulut bien revenir par un édit sur les décisions si injustement prises par ceux qui préparaient la Révolution et l'échafaud. Mais le parlement de Toulouse, aussi bien que celui de la capitale, refusa d'enregistrer l'ordonnance royale qui tendait a conserver l'illustre Compagnie, moyennant des modifications à apporter dans l'enseignement qu'elle donnait. Désolé de la conduite des membres du parlement toulousain, le président, M. de Bas tard, qe put s'empêcher de leur adresser ces paroles prophétiques : «Vous venez de donner, Messieurs, un exemple funeste, celui des suppressions ; vous serez supprimés à votre tour. > Les Jésuites partirent : ils étaient environ 700 dans cette province, parmi lesquels les noms des plus grandes familles !. C'étaient les premières victimes immolées aux haines conjurées des sectaires, des philosophes et des politiques.
« Nous consignons ici les noms des jésuites qui furent chassés de notre Collège et reçurent une pension alimentaire de 250 livres, y compris les frais de roule. C'étaient : Bascou, Anloine, profès, né le 22 mai 1710: Beîin, Jacques-Louis, originaire de Thin, diocèse de Vienne, né le 16 octobre 1728, profès; Couderc, Joacbim, natif d'Aurillac, le 22 novembre 16*29, profès, ministre ; Dejax, JosepU, de Brieude, au diocèse de Saint-FIour, né le 7 juin 1703, profès, recteur ; Dudevôs, Joseph-Pierre, né à Privât* le 4 novembre 1726, profès ; Lacombe, Pierre, de Bioule, né le 3 août 1724 ; Poussineau, Joseph-Louis, de Toulouse, né le 13 février 1713, profès; Rigal, Jacques, do Bruniquel, né le 31 octobre 1702, profès, syndic; Boulet, Antoine, né à Saint-Cbely, diocèse de Mende, le 8 décembre 1727, frère coadjuteur. (Extrait de la liste dressée par le Parlement, à la suite de l'arrêt d'expulsion ; Cf. Archives départementales, fonds du Présidial ; recueil d'arrêts, (762-1769.) A ces neuf noms il faudrait en joindre plusieurs autres, car rétablissement comptait, en moyenne, vingt professeurs et quatre à cinq frères. Ceux-ci ne devaient pas avoir 33 ans, car la liste dressée pour la demande de la pension, alimentaire ne comprenait que ceux qui avaient cet âge. — A titre de complément nous allons faire connaître les autres jésuites originaires de notre diocèse, qui furent expulsés des autres maisons de la province de Toulouse : Charron, Etienne-Léonard, provincial à Toulouse, né a Castelsarrasln le 4 février