Tome II. I
34 HISTOIRE DE i/ÉGLISE DE MONTAUBAN.
k Paris trois qui estaient demeurées entières, que je me souviens même d'avoir vues dans la salle des antiques du Louvre, et que je croy que l'on a employées au nouveau bastiment *. »
20. Ces vandales avaient à peine achevé leur œuvre de destruction sur le plateau du Moustier lorsque parut, avec le mois de janvier 1 562, un nouvel édit sollicité par le protestant Coligny. La reine-mère, Catherine, qui usait de la politique d'équilibre, faisait ainsi modifier redit de juillet. Les religionnaires devaient rendre aux catholiques les églises dont ils s'étaient emparés ; mais l'exercice de leur religion leur était permis dans les faubourgs jusqu'à ce que le concile général, que le pape voulait rassembler de nouveau à Trente, eût décidé le point contesté, et leurs docteurs pouvaient se présenter à la discussion solennelle dans le colloque de Poissy. Les parlements firent difficulté d'enregistrer cette ordonnance ; celui de Toulouse, en particulier, ne le fit que contraint, et encore plus d'un mois après, en y ajoutant des observations. Cet édit mécontenta catholiques et protestants, et on ne tarda pas à l'enfreindre de part et d'autre. L'incident de Vassy vint malheureusement donner plus d'audace aux réformés, qui ne manquèrent pas d'accuser le duc de Guise d'avoir excité les catholiques à les massacrer. Vu les nombreux et déplorables abus, le syndic du clergé de toute la province et le procureur général au parlement de Toulouse firent savoir au roi et à son conseil que les huguenots continuaient à s'assembler en armes, nuit et jour, détenaient toujours les églises et en fermaient les portes aux ecclésiastiques. Une déclaration royale, du 24 avril, vint confirmer les réguliers et le clergé dans leurs droits, et les remit en possession de tout ce qui leur avait été usurpé. On sait le cas qu'on fit de ces ordonnances daps nos contrées. Toulouse fut sur le point d'être
1 Lors de la fondation du Musée des Monuments français aux Petits- Augustins, M. Alexandre Le Noir les fit transporter dans cet établissement ; mais depuis on les a replacées au Louvre, au Musée des Antiques, et elles y ont été utilisées comme décoration intérieure. (Cf. Chaudruc de Crazannes, dans sa Notice sur l'ancienne cathédrale.)
vendue aux protestants. Mais Montluc, après en avoir avisé le président Mansencal, par une lettre du 9 août, datée du château de Faudoas, prit en main la cause des catholiques. Pour gêner les calvinistes dans leurs opérations autour de cette ville, il charge Fontenille, son gendre, d'occuper Beaumont. La guerre civile y éclate vers la fin de 1562, nais non par le fait "des catholiques, comme les historiens protestants ont vainement essayé de le faire croire, en disant que cinquante prêtres fondirent l'épée à la main sur les Réformés, et les forcèrent à prendre les armes. Montluc dépêcha ensuite Clermont, son neveu, avec une compagnie d'argolets et 300 hommes de pied à Verdun. La tour de Grandselve fut également occupée par ses troupes. Du château de Faudoas où il était établi, il surveillait minutieusement les mouvements du parti réformiste * . Condé, désespérant d'entrer dans Toulouse, fit tous ses efforts pour augmenter ses partisans et établir des forces dans les villes qui lui avaient ouvert les bras si cordialement, et qui avaient arboré le drapeau de la révolte. C'était l'heure de la guerre civile, non plus dans les rues, mais sur les murailles. Les protestants demandent du secours aux luthériens d'Allemagne, contre les catholiques qu'on accuse, mais à tort, d'avoir traité avec l'Espagae.
21. Les Montalbanais venaient d'apprendre les désastres de leurs coreligionnaires de Toulouse; l'ex-curé Calvet, cachant ses menées sous son habit de prêtre, leur avait servi d'intermé^ diaire. Us sont informés que Montluc se dirige sur leur ville. Or, ils savaient que ce terrible soldat, qui ne pouvait s'accommoder de la lâche politique de la cour, menait rudement les calvinistes. Si, comme il l'écrit lui-même, « on pouvoit cognoistre par où il estoit passé, car par les arbres sur les chemins on en trou voit les enseignes 2, * de plus récents
« Voir dans la Monographie du Mas-Grenier, par Jouglar, p. 127, 128. 3 Montluc, Mémoires, t. XX.
exemples étaient presque à leurs portes. A la suite des massacres que les protestants avaient faits a Marmande et a Fumel, le grand-archidiacre de Cahors ainsi que notre évêque allaient être leurs victimes. Des émissaires avaient commencé une procédure à la requête des protestants de Puylaroque, qui accusaient le prélat d'avoir maltraité un ministre nommé Tiphaneau, pour avoir fait le prêche dans une chapelle qui, selon eux, n'était point consacrée. Montluc instruit de la fâcheuse position dans laquelle se trouvaient l'évêque et l'archidiacre, accourut à leur secours, déchira la procédure sous les yeux des commissaires, les chassa et les aurait plus sévèrement châtiés s'ils ne s'étaient mis à l'abri de sa colère par la fuite !.
Durant ce temps les Montalbanais, qui comptaient sur des troupes étrangères pour soutenir le siège dont ils étaient menacés, commencèrent, selon la vieille maxime des aïeux, « par compter d'abord sur eux-mêmes. » Ils mirent tous leurs soins à amasser de grandes provisions de bouche. A cet effet, ils s'emparèrent de tous les grains que possédaient les chapitres cathédral et collégial ; ils en firent cependant dresser un inventaire, soit par apparence de justice, soit surtout par crainte d'être obligés de le rendre, car ils étaient peu assurés des suites de la lutte, Ils prirent de la campagne tout le blé qu'ils purent et le mirent comme en un grenier d'abondance. « Ensuite dans une assemblée générale, tenue le 8 mars 1562, ils organisèrent la défense. Divisant habilement le fardeau pour qu'il fût plus léger, chacun en supportant sa part, ils distribuèrent entre eux les charges de fortifier et réparer les murs, de pourvoir aux munitions de bouche et de guejre, de discipliner les troupes, de fondre des canons avec le métal des cloches 2, dont ils avaient un nombre prodigieux, ayant enlevé toutes celles des églises de la ville et des lieux voisins; en sorte que chacun avait sa fonction,
* Cf. Cathala-Coture, t. I, p. 405, 406; Le Bret annoté, t. II, p. 19.
* La cathédrale seule en possédait neuf, dont la plupart de très-fort poids.
TROISIÈME PÉRIODE. — JACQUES II DES PRÈS-MONTPEZàT (4556-89). 37
dont il devait rendre compte, deux fois par semaine, au conseil de guerre, présidé tour à tour par les consuls, de qui émanaient tous les ordres, comme chefs souverains et seuls dépositaires du pouvoir exécutif1. » Vrai gouvernement républicain calqué sur celui de Genève !
22. Il fallait agir avec prudence et en toute hâte, crainte de quelque surprise. Montluc avait placé déjà dans les masures de Péglise cathédrale une sorte de garnison sous les ordres de Saint-Salvy, frère de Terride. Ce général empêchait que personne ne sortît de la ville de ce côté, et qu'on n'y élevât aucune fortification. Protégé par ces troupes, l'évêque voulut un moment rétablir son clergé dans la cathédrale, dont les toitures seulement avaient été dévorées par l'incendie. Mais jugeant par l'attitude et les préparatifs des habitants que c'était une ville perdue, Jacques Des Près, sur l'avis de Saint-Salvy, qui ne se croyait pas lui-même en sûreté dans le Moustier, renonça à son projet 2. En conséquence il rendit une ordonnance enjoignant au grand-prévôt Dariat, qui avait succédé à Roquemaurel, de se rendre avec son chapitre cathédral à Villemur, et au doyen de la collégiale du Tescou, Jean de Tournoir, de se retirer avec les siens dans la ville de Montech. Ce qui fut exécuté sur le champ ; et au mois de mars les uns et les autres commencèrent le service dans leurs églises respectives 3.
De son côté, Jacques leva immédiatement des troupes. Il forma et entretint à ses frais une forte compagnie de cavalerie, qui le suivait toujours, soit pour la sûreté de sa personne dans les fréquentes visites par lesquelles il tâchait de fortifier les bons catholiques, soit pour les défendre, comme ses vassaux, contre les ravages journaliers des calvinistes. Les Montalbanais n'eurent pas d'ennemi plus redoutable. Non content de mettre
1 Mary-Lafon, op. cit., p. 31, 32; d'après Le Bret, p. 23, 26.
3 Cf. Le Bret annoté, t. II, p. 22.
• Perrin est seul à prétendre que les deux chapitres furent réunis à Villemur, le premier exerçant dans la chapelle Saint-Michel, le second dans celle de Saint-Jean. (Cf. p, 362.)
à l'abri de leurs entreprises les petites villes des environs, il les battit fréquemment et les poussa jusque sous les murailles, arrêtant efficacement leurs excursions. Ce fut dans ces circonstances que Tévêque alla prêter main-forte à Montluc, qui avait pris niison a Nègrepelisse le 10 juin de cette année 1562. Marchant lui-même à la tête de 80 cavaliers et de 300 fantassins, aidé des capitaines Coulombier et de La Vaurette, il surprend la ville en passant par l'îlot du moulin, le 5 septembre. Nous ne voulons que quelques lignes d'une délibération du chapitre cathédral pour expliquer et excuser cette conduite, qui aujourd'hui paraît étrange. « 11 ne pouvoit y avoir colpe à marchtr contre les hérétiques, mais estoit à considérer le temps présent qui contraignoit les personnes à cesser leurs estatz, et toute liment oblier soy-mesmes pour prendre les armes, voyant les martres, massacres, cruautés et inhumanités que lesdicts hérétiques commectoient à l'androict des catholiques et mesmes des gens d'église1. »
23. Montluc, de son côté, tenu par Terride au courant des préparatifs que faisaient les calvinistes dans Montauban, et instruit des secours qui leur étaient promis par leurs coreligionnaires de la Provence, du Vivarais et du Dauphiné, se mit en étal de résister à cette coalition; non tant, comme l'ont écrit certains auteurs, pour s'emparer de cette ville, que pour se « rafraîchir en pays ennemi, » et s'opposer aux excursions qu'ils Taisaient à Toulouse et les environs, comme il le rapporte dans si >s Mémoires. Avec une poignée de soldats il harcèle le Comte d'Arpajon, qui accourait de Castres porter secours aux Monialhanais 2. Il fit si bien que celui-ci, se trouvant peu en sûri-té, crut plus prudent d'aller se jeter sur Agen, disant à nos
» Cfi ■'■■Jiivos départementales, Registre des délibérations du cliapilre, aun. 1J62, série G-
! Arpjij'in fut logé avec les siens dans la gAche Monlmirat, rue Cour-de-Toulouse, aujourd'hui <i.ii>ii*ée rue Maleville. (Cf sur cette rue l'intéressante étude do M. do France. Bnllelin $Tthèùk*$ique, t. VII, p. 69-80.)
concitoyens qu'on ne pouvait tenir « dans une ville qui a des murailles de beurre et des créneaux de feurre (paille) . »
L'ex-curé de Montalzat, qui n'avait pas grand cœur, le suivit, accompagné des malédictions des plus braves et des plus fanatisés. L'apostat a consigné lui-même dans son procès-verbal qu'en apprenant que Montluc arrivait faire le Siège avec 12,000 hommes et 18 canons, la peur le prit comme les autres. Il se hâta, poursuit-il, d'envoyer sa femme et ses enfants du côté d'Albefeuille, et se retira lui-même vers Réalville, t dans son ancienne paroisse, » selon M. Mary-Lafon. Nous avons déjà vu qu'elle avait été saccagée et protestantisée. Mais la compagnie d'hommes d'armes de l'évêque l'arrêta au passage de la rivière ; un cavalier lui porta un coup d'estoc en pleine poitrine, et l'eût tué sans sa cotte de mailles. On le conduisit ensuite au château de Piquecos, où étaient plusieurs prisonniers de Montauban. L'évêque le prit tout d'abord pour un ministre, et méprisant un homme qui, après avoir trahi son Dieu, abandonnait son poste, il se contenta de le souffleter de son gantelet et de lui montrer la légende inscrite sur les pierres du vieux manoir :