VILAIN QUE VENEZ, MANGEZ ET BUVEZ, ET PUIS VOUS EN ALLEZ
Calvet, dit Mary-Lafon, auquel il n'avait pas fallu montrer deux fois le dernier vers, se détermina avec sa honte à rentrer dans la ville. Après la défaite des calvinistes un juge de Montauban le découvrit caché dans la maison que son frère possédait a Toulouse, et le fit pendre le 27 juin sur la place Saint-Étienne.
* Cette punition infligée à ce misérable prêtre suffit à prouver que Jacques Des Près n'était pas aussi féroce que certains se sont plu à le dire. Aussi ne nous sommes-nous pas arrêté à réfuter, ci-avant, ce qu'en a écrit M. Devais, à propos de la part active que prit le prélat dans la défense de Nôgrepeiisse. Selon cet auteur, qui ne donne aucune preuve, le terrible évoque aurait lait assommer à coups de bâtons et de pierres plusieurs prisonniers, puis les aurait fait jeter dans IMveyron. (Cf. Histoire de la ville de Nègrepelme.)
40 HISTOIRE DM ^ ÉGLISE DE MONTÀUBàN.
24. Cependant le courage était revenu aux Montalbanais. Ils avaient appris que les forces de Montluc, dont naguère on portait le chiffre à 1,200 hommes et 18 canons, n'étaient en réalité que de 7 à 800 hommes, et de 3 canons1. Qu'était-ce contre une ville défendue par 2,200 soldats étrangers et 1,000 à 1,200 citoyens bien armés ! Toutefois les assiégeants se présentèrent et ouvrirent le feu au mois de juin. Les murailles n'étaient pas « de beurre ; * les habitants faisaient bonne contenance et ripostaient avec une audace qui força Montluc à lever le siège au bout de trois jours 2. Il s'était cependant battu vaillamment du côté de Gasseras, son quartier général ; mais la cavalerie le démonta par ses sorties, surtout lorsqu'il voulut porter secours a une des ailes, que son compagnon Terride commandait sous les ruines du Moustier-Montauriol. Les assiégés laissèrent beaucoup de morts en repassant leurs fossés, l'épée de Montluc aux reins. Dans cette poursuite, suivant que les circonstances, le demandaient, « le tueur de huguenots, le bourreau courtisan, le conteur menteur, gascon et fanfaron 3, » changeait de quartier. Tantôt à Villebourbou, tantôt a Villenouvelle, en face du pont des Jacobins, le'mieux défendu de la ville, enfin au faubourg Saint-Étienne, devant la porte des Carmes, t où, dit-il, dans ses Mémoires, la plupart des fuyards ne purent rentrer, et où si la grande porte eût été ouverte nous eussions pu entrer dedans, car mon cheval fut blessé tout auprès la porte du guichet, * Montluc se multipliait. Mais, craignant que ses gens ne se rebutassent, il tourna bride vers Caussade et Real ville, tandis que ses alliés, Burie et Terride, sortaient sur Montech
* Ce sont les chiffres que donno Montluc dans ses écrits. Calvet parle de 1,500 hommes; liary-Lafon de 15,000 avec 18 canons. Godernior s'appuie pour ce fait, comme dans plusieurs endroits do son livre, sur les Mémoires de Gâches, que La faille, dans ses Annales, t. H, p. 3U, appelle V écrivain le plus partial et le plus passionné qui ait écrit sur les troubles du XVIe siècle. Ces Mémoires ont été publiés par AL Ch. Pradel en 1878.
* Par son sang-froid Arnaud Guibcrt sauva la ville à l'appjocho do Montluc ; étant sur les murailles il se mita crier: Canonniers, il est temps de tirer! Or, il n'y avait aucun canonnior, dit Th. do Bôze, t. III, p. 77.
8 Tendres ôpilnètes données par M. Mary-Lafon, op. cit., p. 36.
pour couper la retraite aux troupes qui, principalement sous la direction de Duras, Tenaient porter secours à Mon tau ban.
25. Les Montalbanais profitèrent des heures de répit que leur donnait l'éloignement des armées catholiques, pour battre les campagnes voisines. Ils montent jusqu'à Montbeton, où ils brûlent le château et son église. Ils savaient que de là un des meilleurs capitaines de Terride, Boisjourdan, leur avait coupé les vivres. Dans les murs ils réduisent en cendres Tévêchô et le faubourg du Moustier, l'église des Cordeliers et celle des Carmes, dont ils portent les matériaux au faible des remparts. Les quelques prêtres qui étaient restés furent livrés à toute sorte de persécutions; les bons catholiques volés, fouettés, réduits au silence, cherchaient les ombres pour se glisser hors des fossés, afin d'éviter la mort et aussi pour ne pas être obligés à vivre avec de tels barbares ou à tirer sur leurs frères, c Je l'ai levé, dit Perrin, dans une lettre de ce temps, d'un ami à un autre !. >
Les autres principaux centres n'étaient ni plus calmes ni plus à l'abri. Ainsi lorsqu'on apprit dans Moissac la défaite des protestants à Toulouse, alors que Montluc venait faire le premier siège de notre ville, la fureur fut à son comble ; car les chefs Moissaguais avaient prêté main- forte aux ennemis des Toulousains, c Durand Montrect, chef des libertins de Moissac, et le premier d'entre eux perverti, persuada à Richard, à Fesandier, médecin, à Jean Ginesty, à Bernard Trossières, à Jacques Laulier, à Jacques Cezat, à de Podio, qu'on titre de groumant, et à plusieurs autres de suivre les Montalbanais dans leur Calvinisme. Presque en même temps (11 mai), après s'être assemblés dans la maison dudit Montrect, pour y faire les prières et y conclure la perte des gens de bien, rompirent les croix de pierre et de bois, avec les images, des environs de la ville, et entrèrent de nuit dans l'église de Saint-Martin, où ils firent brûler toutes
« Histoire manmerite, p. 302.
les images, s'étant saisis du sacré vase des hosties consacrées '. > Le sénéchal de Quercy, de Séguier, dut intervenir au milieu de ces luttes qui dégénéraient en vraie guerre civile, et où la populace, non contente d'arracher le chaperon aux consuls, avait c coupé la teste d'un certain Barthélémy Blaret, m** apothicaire, et d'un nombre de séditieux2. » Croyant rétablir le calme, Séguier voulut persuader aux catholiques de permettre aux protestants t d'avoir un ministre pour leur prêcher. Mais ils lui répondirent qu'ils avaient un curé, et que si quelqu'un se présentait autre que lui pour faire cette fonction, on le ferait mourir dans la rivière du Tarn. Si cette réponse déplût au sénéchal, poursuit le chanoine historien, le congé qu'il reçut de ce peuple tout transporté de fureur, lui fut encore beaucoup plus sensible. Car ne pouvant souffrir la proposition qu'il faisait du ministre, il lui fit connaître qu'il ferait bien de se retirer. Néanmoins il loua grandement son zèle et sa fermeté, et employa même avec le sieur de Terride les mieux faits aux armes pour aller sortir de Lauzerte le capitaine Duras avec sa suite.*. * Après une vigoureuse résistance cette place fut prise d'assaut le 15 août 1562. C'était le jour même où la ville célébrait la grande fête du Vœu par une procession générale. Plus de cent prêtres furent égorgés au milieu de six cents catholiques 4. La magnifique église construite en 1505 et consacrée par l'évêque de Cahors, Raymond Panchelli, sous le vocable de Notre-Dame des Vaux*, fut complètement détruite le 26 août. -
26. De Lauzerte, Duras se porta sur Saint-Antonin. La, dit un auteur non suspect, Théodore de Bèze, les religîonnaires t tuèrent environ six-vingt prêtres. Car cesloit ceux-là à qui
* Porrin, Histoire manuscrite, p. 362.
Md., ibid., p. 363.
« ld.,ibid.
4 Théodore de Bôze dil qu'ils massacrèrent € cinq cent soixanle-sept personnos, parmi lesquelles neuf vingt quatorze prêtres. » (Histoire îles églises reformées, t. II, p. 773).
» De Vallibus, ainsi nommée sans doute parce qu'elle dominait de sa bolle position les vallées qui se déroulent à ses pieds.
on en voulott, et vint cette prise bien à point à cause des munitions qu'ils y trouvèrent1. » Un samedi au soir, après le chant des psaumes par les prêtres qui desservaient la chapellenie de Saint-Michel, les consuls instruits qu'un huguenot, Jacques Peyronenc, avait pris la clef de cette église, et craignant qu'il ne vînt pendant la nuit la piller et y mettre le feu, firent changer la serrure. Les seigneurs du voisinage, les Vesin, les Cornusson, les Belcastel, les Valserguos se chargèrent de combattre pour le roi et le parti catholique. Mais leur vigilance était trompée2. Le 12 août, Duras est maître absolu de la ville. Pour éviter la mort, les chanoines de la collégiale sont obligés de se retirer à Caylus; plusieurs d'entre eux furent martyrisés, nommément François Durieu, Jean Poussou, Géraud Boyer et Hugues Roussennac.
Le vainqueur fait alors avancer ses troupes sur Caylus. Cette ville s'était mise sur la défensive le 12 juillet de l'année précédente, à la suite d'une délibération du conseil, qui avait euï qu'à Verfeil on s'.était réuni en « grosse assemblée de gens per razon de te religion novelamen trobade, * et qu'on « s'estoyct jacté venir an troupe à Caylutx. » De fait, le 30 novembre les calvinistes renversent toutes les croix plantées sur le chemin de Notre-Dame de Litron. Dans la crainte qu'ils ne voulussent aussi briser la statue de la Vierge, les consuls la font porter, ainsi que les ornements, dans l'intérieur de la ville. Le 13 janvier ils descendent les cloches de cette chapelle pour les abriter chez eux; et, malgré l'édit royal du 17, ils se voient obliges à subir un ministre 3. Le consulat appelle du secours. Montluc, Burie, Terride s'y rendent, mais la ville tombe au pouvoir de Duras le 22 août. Les massacres et le carnage prirent de telles proportions, que « fut fait cri et brandoul par les carrefours de
1 Histoire des églises réformées, t. II, p. 47G, 477.
* Cf. Noies pour seirir à l'histoire de Caylus, par Devais.
8 Théodore de Bèze dit à ce sujet: « Le 1(J fév. 1 église commença à Cayllus, en Qucrcy, » par le ministère de Élionne Nouaillian. • (Histoire des églises réformées, t. I, p. 535.)
la ville avec des tambourins : « Au nom de Dieu et d'autorité du seigneur de Duras, est faite inhibition et défense à tous soldats et autres, de ne tuer aucune personne, sinon que ce soient des prêtres l. > Les prêtres, en effet, tant ceux de la ville que ceux des environs, qui s'y étaient réfugiés, ne furent pas épargnés. Entre autres indignités nous signalerons, avec l'auteur de la chronique contemporaine, les suivantes. Un pauvre prêtre, nommé Guilhem Lâché, « revêtu de beaux habits sacerdotaux, et entr'autres d'une belle chape en velours rouge toute neuve, enfin comme s'il eût été prêt et disposé à célébrer la Sainte-Messe, fut conduit en cet état, tête découverte et les mains jointes, par la ville, et puis au grand autel de la grande église, et la commençant son Introït, et ayant monté le degré, on lui jeta plusieurs arquebusades de la table du Purgatoire, et ainsi mourut le pauvre martyr, criant à Dieu vengeance, comme l'on peut pieusement croire. Son sang se connut longtemps sur les pierres du degré 2. > Le même chroniqueur, qui fut du nombre des prisonniers conduits à Saint-Antonin, ajoute : t Ensuite ces maudits hérétiques se mirent à rompre les autels et images, entr'autres celle de Notre-Dame de Livron 3; on jeta les tabernacles, bancs, chaises et images de bois au fond du degré, et on y mit le feu, tellement qu'en cet endroit la trace de ce feu s'est conservée sur le pavé jusqu'en l'année passée 1612, qui fut refait., car les pierres d'icelui étaient rouges comme sang qu'on dit avoir plu ; et encore on rompit trois cloches, étant montés au clocher, de six qu'il y en avait. > Un prêtre, appelé Coste, est jeté du haut de sa maison en bas;
1 Cf. Bulletinarchéologique du département, t. VII, p. 2, Documents historiques sur t histoire de Caylut.
» Id.,ïWtf«,p. 21,22.
• La statue miraculeuse de Noire-Dame fui portée procession Bellement de Livron à Caylus au commencement de juillet 1562, et déposée dans la chapelle de Saint-Grat. Lors de la prise de l'église elle fut jetée en bas de cette chapelle : quelques-uns de la Tille qui avaient embrassé la Réforme la brûlèrent. (Cf. Pèlerinage de Notre-Dame de Livron, par le Pi Caries, et la Chronique manuscrite ci-avant désignée.)
un autre, Jean Pradel, à qui fut offert « le commandement de caporal > s'il voulait renoncer à sa religion, refuse, et aussitôt attaché à un ormeau, il est tué à coups d'arquebuse. Plus de soixante cadavres furent ensevelis dans un fossé qu'on creusa au pied de la chaire ; vingt-cinq autres environ reçurent aussi sépulture auprès de la table du Purgatoire, parmi lesquels bon nombre de prêtres. Le recteur, M. de Prix, périt d'un coup de hallebarde. Enfin, le mercredi, 25 du même mois, t toute cette maudite canaille se retira avec tout le pillage qu'elle put emporter, et emmena plusieurs prisonniers à Saint- Antonin. »
27. Duras triomphant marche sur Cahors. Rocamadour tombe en ses mains. Il enlève les richesses de la célèbre chapelle, fait briser les reliques de saint Amator, et se voit obligé de fuir devant Saint-Orens, l'envoyé de Montluc. Furieux, il descend sur Caussade, baron nie appartenant alors au cardinal Georges d'Armagnac. Il surprend cette ville le 8 septembre, la détruit presque de fond en comble, et massacre tous les habitants qui ne veulent pas embrasser le Calvinisme : Té cal renonça à te Messo et legi la Biblo, ou té cal mouri, disaient ses soldats k chaque chef de famille. Les prêtres s'étant réfugiés dans la partie la plus élevée du clocher, en furent précipités et écrasés sur le pavé. Une pieuse tradition a cru voir des traces de leur sang sur ce monument. Duras, Bassovie, et quelques autres furent dans cette contrée les plus cruels ennemis des prêtres, livrant même aux plus ignominieux supplices les jeunes gens qui voulaient entrer dans les ordres sacrés. Par leurs cruautés ils firent naître l'affreux dicton populaire : t Capéla té fas, penjat té bési; prêtre tu te fais, pendu je te vois. > Le proverbe quercinois ne mentait pas : partout, les ecclésiastiques étaient les premières victimes immolées à la fureur huguenote.
Maître de Caussade, Duras avait répandu ses troupes sur Réalville et Mirabel. Il fut obligé de les rappeler bientôt et de se tenir fermé dans cette ville, où Montluc allait les anéantir, si Burie avait voulu le seconder. Duras profita de la mésintelli-
gence des chefs catholiques pour sortir, et vint avec 10,000 recrues, faites en Guyenne, porter secours aux Montalbanais. Terride et Burie, malgré les avis du généralissime Montluc, le suivirent de près, voulant essayer un nouveau coup de main contre cette ville. Le 13 septembre ils l'investissent pour la seconde fois. Burie prend son quartier au faubourg appelé depuis Villebourbon, en l'honneur du roi de Navarre, Henri IV, qui en. traça lui-même les fortifications. Le 14, le premier coup de canon était dirigé sur la tour du pont, défendue par l'église Saint-Orens, qui n'en était séparée que par une ruelle. Duras sort étourdiment sans avoir donné le mot du guet, et aussitôt, au milieu des ténèbres, s'engage une affreuse mêlée. Le résultat ne fut qu'une effroyable tuerie de part et d'autre. Le jour suivant, un allié des catholiques, le capitaine espagnol de Carbajac brûle le moulin des Albarèdes ; mais beaucoup de catholiques périrent par l'eau ou les balles. Le 16, après un grand combat, Fontgrave, qui commandait dans la ville, vint signer un pacte avec Montluc. Montauban cria à la trahison, déchira le pacte, chassa le traître, et fit si belle contenance que pour la seconde fois il fallut lever le siège (18 septembre). Cependant les Toulousains offrirent aux troupes catholiques des munitions de guerre et des vivres *, les suppliant de tenter l'assaut pour resserrer la garnison de cette ville qui les incommodait beaucoup par ses courses. Terride campe de nouveau dans la plaine basse ; le 9 octobre il coupe le canal alimentant la fontaine du Griffoul, qui abreuvait les assiégés, fait brèche aux murailles et donne l'assaut le 24. Les huées des assiégés animent les assiégeants ; mais une pluie de pierres qu'une troupe d'enfants lançaient avec des frondes du pont-levis, empêchaient l'artillerie qui protégeait l'escalade, de viser à temps et à point fixe. Chacun cependant dans l'armée catholique voulait avoir la gloire d'aller décrocher de la courtine les portraits de l'évêque Jacques
1 « Neuf canons, trois eouleuvrines et quatre bastardos, avec quatre compagnies de gens de pied « (6f, Perrin.)
Des Près et du cardinal d'Armagnac, que les citadins y avaient pendus à côté de l'effigie du commandant Fontgrave, qu'ils appelaient le « nouveau Judas. » La victoire se décidait pour les attaquants, lorsque le héros de la journée, le capitaine Boisjourdan, tombe sur la brèche après des prodiges de valeur. Aussitôt l'ardeur abandonne les soldats ; Terride n'a plus assez de force pour les ranimer ; il faut que le cardinal d'Armagnac et le parlement de Toulouse pressent Montluc de venir commander lui-même le siège. L'œil expérimenté du terrible maréchal vit bientôt que la partie était perdue ; il conseilla à Terride, qu'il reconnaissait « bon pour commander à sa compagnie et pour combastre, mais non pour assiéger places J, > de lever le camp, ce qui fut exécuté le 3 novembre avec une perte de presque 2,000 hommes.
28. Toutefois des troupes furent laissées dans quelques forts aux environs de Montauban, mais les protestants mirent le feu aux faubourgs Sapiac et Sapiacou, pour que les assiégeants ne pussent s'y loger. Ce fut alors que le comte de Crussol, retournant de Puylaurens, envoya Rapiu à Castres pour donner avis au baron d'Ambres de la nécessité pressante de ravitailler la ville de Montauban, réduite à l'extrémité. Duras, après avoir fait son coup de main, et malgré les sollicitations des Montalbanais, avait pris la route de Cahors. Il force le château de Mercuès. y fait prisonnier l'évêque Pierre Bertrandi. Notre prélat, à la tête de ses gens d'armes, poursuivait les troupes de ce ravageur, qui échappèrent à la cavalerie catholique dans ces âpres montagnes et gagnèrent Sarlat, où Bertrandi eut à souffrir* mille indignités. Burie et Montluc, qui s'étaient rejoints, le délivrèrent, à la sollicitation de Jacques Des Près, et lui frayèrent le chemin de son siège épiscopal. Puis, ils se mettent aux trousses de Duras, dont ils tuent ou dissipent toute l'armée.
4 Voir dans les Commentaires de Montluc l'appréciai ion sur co siège. Celte pièce est citée en entier dans le t. VIII, do VHistoire de Languedoc, additions dos notes, p, 69, 70.
Durant ces incidents les Montalbanais essuyèrent de sanglantes représailles sur les terres qu'arrose la Garonne. Mais heureusement Moissac, Castelsarrasin, Lavilledieu, Montech, Lafrançaise et principalement Piquecos, où Des Près avait transporté définitivement son siège depuis l'incendie de son évêché, leur donnaient assez de mal, et au son du toscin se précipitaient pour les arrêter dans « l'exécution de leurs mauvais desseins. »
29. La lutte dégénéra bientôt; elle ne fut plus seulement entre catholiques et protestants. De grandes contestations s'élevèrent parmi les Montalbanais de la ville, tant à cause du partage du butin qu'au sujet des lieux pillés ; car ils avaient souvent confondu l'ami avec l'ennemi. On fit donc un règlement portant en substance: 1° que tous les ecclésiastiques, tous ceux qui désapprouveraient la doctrine calviniste, tous ceux qui porteraient les armes contre la Réforme, que toutes les villes et villages qui refuseraient de la reconnaître, seraient regardés comme ennemis, et que tout ce qui se trouverait leur appartenir, serait de bonne prise ; 2° que tout ce qui était destiné à V idolâtrie, et dont la forme ne pouvait changer, était digne du feu; que, toutefois, les bètes de labour, à corne, à laine et autres semblables en seraient exceptées ; 3° que celui qui commanderait dans la ville n'en laisserait sortir personne, pour aller en parti, sans être parfaitement informé des personnes et des lieux à qui on en voudrait ; 4° que les capitaines régleraient entre eux les portions du butin, dont on ferait trois lots, un pour les soldats blessés, l'autre pour les frais de la guerre, et le troisième pour ceux qui l'auraient pris *. Ce règlement était loin de faire cesser les causes de division dans une ville, où les syndics eux-mêmes disaient que les habitants étaient « plus mutins, séditieux, querelleux, portés à noises, débats, divisions et inimitiés, qu'en aucune ville de France. » Nombreux procès
« Cf. Le Bret annoté, t. II, p. 34, 35.
s'en suivirent. Le parlement de Toulouse intervenait, mais c messieurs de. la religion prétendue 'réformée » savaient porter les intéressés à faire casser les jugements de cette cour, pour ne relever que de leurs juges et d'eux-mêmes, au nom de Fiadépendance et de l'esprit démocratique, que les nouveaux évangélistes s'efforçaient de semer dans les villes dont ils- étaient maîtres. Ceux qui manquaient de déférence pour le t ministériat, * comme on le disait alors, étaient t excommuniés; 9 et des peines Y excommunication (!) était la plus douce.
30. Au milieu de ces démêlés du petit peuple et de l'armée à l'intérieur, les chefs voulaient à leur tour prendre la part du triomphe, dont chacun s'attribuait l'honneur. Un certain Laborie qui avait dirigé la défense du fort des Jacobins, au pied duquel fut frappé Boisjourdan, convoqua la population et lui parla de remettre la ville sous l'obéissance du roi. Mais les ministres et les femmes, d'après le journal de Pogeti, « n'y voulurent rien entendre; » et force lui fut de fuir le 2 décembre, pour aller tomber, le 4 janvier 1563, sous les balles des catholiques de Saint-Salvy, devant le fort qu'il avait si vaillamment défendu.
Cette année eût apporté la paix, si les protestants, craignant toujours de voir tourner a leur désavantage les mesures sollicitées auprès de la cour par le cardinal d'Armagnac, n'avaient fomenté d'incessantes querelles. Ils étaient d'autant plus surexcités, qu'ils apprirent que le 20 mars une « ligue * venait de se former à Toulouse. Terride, Nêgrepelisse, Fourquevaux, sous la présidence des cardinaux d'Armagnac et Strozzi, avaient juré, au nom de la noblesse, du clergé et du tiers-état, de prendre les armes au premier appel, pour la défense, tant en Guyenne qu'en Languedoc, de la religion catholique, du roi et de la patrie1.
1 Voir le texte de ce traité dans les additions et notes au liv. xxviii de l'Histoire de Languedoc, t. VIII, p. 71. Comme le remarque M. Du Mègo, c'est doue indignemont que les historiens, après d'Anbignô, ont outragé la vérité, en disant que ces ligueurs avaient traité avec les Espagnols pour que leur roi prit notre royaume durant la minorité de Charles IX, Dom Vaissete lui-môme, qui a eu trop de confiance en Aubigné, réprouve son témoignage en cette circonstance.