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cette Natioa la première de l'Europe ; en affaiblissant son éclat, ne serions-nous pas exposés a perdre nos vertus ?
c Nous craindrions, Sire, de trahir et nos devoirs et notre ministère, si nous gardions plus longtemps le silence sur un objet si digne de nous fixer. Les alarmes d'un peuple religieux, ses plaintes douloureuses, ajoutent a nos vives sollicitudes pour le dépôt de la foi qui nous fut confié. Tarissez, Sire, tarissez nos larmes ; rassurez des sujets effrayés par les atteintes portées à leur religion ! Que parmi tant de vertus qui distinguent Votre Majesté, et qui font l'orgueil des Français, l'Église de Jésus- Christ se glorifie surtout de celle qui vous rendra son protecteur et son ange tutélaire, dans les jours de sa douleur ! Daignez* etc.. 4. *
9. Toutes ces protestations, auxquelles se joignirent celles des couvents de la ville2, furent inutiles. Le lendemain du jour où les catholiques avaient demandé des prières publiques pour aider leurs requêtes, les vicaires-généraux, en l'absence de Pévèque, ordonnaient une Oraison de quarante heures *. Les églises et chapelles des couvents regorgèrent de fidèles. Protestants et révolutionnaires répandent alors le bruit que les catholiques se réunissaient pour conspirer et* faire un coup de main. D'autre part, des désaccords survenus entre la municipalité, la garde nationale et un corps de volontaires entretenaient la population dans une surexcitation qui ne devait pas tarder à éclater4. Elle
* Reproduction de la brochure de la Collection Foreslié, cotée n. 39 dans les Écrits relatifs aux troubles de 1790.
9 Voir notamment l'Adresse des Clarisses-Urbanisles qui succéda à celle des Carmélites. Ces pièces sont dans un Recueil possédé par la Bibliothèque publique de notre ville, section I, h, 5, n. 115 et du Recueil n. 37. On y trouve aussi plusieurs des Adresses ci-avant menionnées sur cette matière.
» Ce Mandement, daté du 2ô avril 1790, devenu fort rare, fut réimprimé à Paris chez Knapen, en 3 pages in-i», sans titre, pour rôpondro au bruit répandu que cet écrit avait produit les malheurs du 10 mai. 11 est coté sous le n. 87 parmi les Écrits relatifs a cet épisode, et fait partie de la Collection Fores lié.
4 On trouvera tout au long, savamment expliqués, les détails de cette triste affaire, avec preuves à l'appui, dans le volume de M. Fores tiô : Récit des troubles de Montauban.
se manifesta le 10 mai, jour même où le chapitre adressait sa lettre au roi. C'était la première férié des Rogations; on avait fait la procession d'usage. Or, le bruit circula dans la ville que les officiers municipaux devaient, à onze heures avant midi, se transporter dans les cinq communautés religieuses, pour y procéder à l'inventaire prescrit par le décret du 26 mars. Les catholiques, nous lavons vu ', avaient demandé au roi et à l'Assemblée de faire surseoir à cet ordre. Voyant que leur requête n'était pas écoutée, ils se portent en foule du côté des couvents. À leur arrivée, dit le procès-verbal officiel, les délégués municipaux trouvent l'accès des communautés « intercepté par une populace immense, presque entièrement composée de femmes, qui, à la vue des commissaires, crièrent de toutes leurs forces qu'elles s'opposaient à tout inventaire, à toute inquiétude, à tout trouble apporté aux religieux ; que les ayant trpuvés dans leurs maisons, il fallait les y conserver. » Malgré les représentations des municipaux, le peuple ameuté persista dans sa résistance et les força à se retirer.
Tandis que ceux-ci allaient rendre compte au corps assemblé dans l'hôtel-de-ville, divers attroupements se firent, notamment sur la place de la cathédrale, aux abords de la maison commune et devant les demeures du maire et du commandant de la garde nationale. Les dragons étaient là l'arme au poing. Comme il arrive en pareille circonstance, les esprits étant échauffés, un cri, un signe de main devient une provocation. Un cavalier s'était laissé aller à des menaces, il avait même, disait-on, dégainé; la foule va lui faire un mauvais parti ; quelques-uns de ses camarades, armés de sabres, voltigent de droite et de gauche pour la disperser et rétablir l'ordre. Le maire, qui manqua de prudence dès le début de cette échauffourée, entre dans une église, invite ses concitoyens a l'y suivre et essaye, mais vainement, d'obtenir le calme. Sur divers points on répand le faux
* Ci-avant «f 5-6.
20 HISTOIRE DK l/KGUSE DE MON'TATBAN.
bruit que les dragons ont ordre de charger la foule. Celle-ci réclame l'emprisonnement de ceux qu'elle croit coupables, .et demande à grands cris des armes et des munitions. Quelques coups de fusils et de pierres partent tant du côté de la troupe régulière que du milieu de la populace. On arbore le drapeau rouge. Subitement « un nègre, nommé Balthasar, convoque une assemblée de catholiques aux Cordeliers; il distribua des billets imprimés. Celte assemblée devint très nombreuse. Quelques personnes montèrent successivement dans la chaire ; on y excita le peuple, en attestant que la compagnie des dragons, mêlée de prolestans ou de mauvais catholiques, s'était emparée du corpsde-garde et de l'arsenal. » A cette annonce c le peuple se transporta en foulç k l'hôtel-de-ville. On arracha la cocarde nationale. Le peuple était muni de pierres, d'armes à feu enlevées chez les armuriers ; d'autres étaient armés de bâtons, de broches, etc. > Il fallut faire évader les autorités et les dragons qui étaient au poste, car alors la foule, ivre de colère, criait de poignarder, d'assassiner. « Les dragons et autres soldats-citoyens demandaient la vie ; ils avaient mis un mouchoir blanc au haut d'une baïonnette ; on leur cria de rendre les armes. Lorsque la maréchaussée eut pu se frayer un passage, lorsque le régiment de Languedoc fut arrivé, on fit sortir ceux qui étaient dans le corps-de-garde. Le maire de la ville et un autre officier municipal escortèrent ces infortunés pendant qu'on les conduisait en prison. Le maire portait le drapeau blanc, et les prisonniers dégradés, déshabillés malgré leurs blessures, furent dans cet état conduits, au milieu des grenadiers et chasseurs, d'abord devant l'église-cathédrale, où on leur fit faire une espèce d'amende honorable, puis dans les prisons, où ils restèrent jusqu'au 29 mai !. »
10. Cette émeute, due à l'affolement d'un peuple surexcité par des pamphlets que les protestants avaient répandus dans la
1 Extraits et analyse du rapport présenté à l'Assemblée nationale, le 22 juillet 1798, par P.-J. Vieillard, député de la Charahn». Cf. le travail de M. Foreslié.
ville, ne dura que quelques heures. Les relations, môme les moins favorables aux catholiques, constatèrent la mort de cinq dragons seulement, dont quatre protestants. Le chiffre des gardes nationaux blessés ne s'éleva qu'à dix ; que, < s'il y a eu des blessés parmi le peuple, dit le procès- verbal, on doit imputer cet accident à la maladresse de ceux qui tiraient sur les dragons, et à ce que les balles ou mitrailles se reportaient du mur contre lequel on tirait, sur les personnes qui étaient près de ce mur. * Malgré cela, l'esprit de parti s'en étant mêlé, on a voulu voir dans ce triste événement un complot des catholiques contre les protestants, un assassinat prémédité, une nouvelle Saint-Barthélémy. Il est vrai que l'émoi fut grand au loin. L'Assemblée nationale donna des ordres, aussi bien au sujet de ceux qui étaient détenus dans les prisons, que pour ramener le peuple à la paix. Plusieurs villes, notamment Bordeaux et Toulouse firent des propositions favorables, soit à l'armée, soit au peuple, et offrirent du secours et leur protection. Dans les localités voisines, quantité de municipalités et de troupes nationales rédigèrent des procès-verbaux sur cette affaire, notamment a Grisolles, Caussade, Caylus, Saint-Anlonin, Montpezat, Nègrepelisse, Mirabel, Monclar, Réalville, Bruniquel, Septfonds, Bioule, Lavaurette, Puylaroque, Montricoux, Vaïssac, Albias, Saint-Étienne de Tulmont, etc1. On parlait d'exilés, de condamnés, de massacrés; c'était bien le « crescit eundo » du poète. Les écrivains contemporains et ceux qui les suivirent aggravèrent, à leur tour, les faits et les conséquences. Toutefois, si l'on compare ces troubles, fort regrettables, aux horribles massacres qui eurent lieu à Nîmes, les 13, 14 et 15 juin de la même année, on se demande comment l'opinion publique put être si fort excitée contre Montauban. Ici, cinq morts, et quelques heures de désordre ; là-bas, plus de cinq cents catholiques sont égorgés, pendant trois jours la ville nage dans le
1 Cf. |>armi les Écrits relatifs à ces troubles, le u. eulô 100.