‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 8 sur 132 · Tome IL I. L · texte numérisé non relu

Tome IL I. L

La veille, le roi avait signé à Amboise un nouvel édit, pour Fexécution de celui de janvier, accordant l'exercice de la religion protestante dans les faubourgs, avec défense cependant de se servir des églises catholiques. Il était aus^i permis d'assigner dans chaque bailliage ou sénéchaussée, une ville, outre celles où ils étaient maîtres, dans les faubourgs de laquelle les huguenots pouvaient faire l'exercice de leur religion. Tout réformé le pouvait aussi dans sa maison avec ses vassaux ; tous les soldats étrangers devaient sortir incessamment du royaume. Enfin, les villes où maîtrisaient les religionnaires avaient à se remettre à l'obéissance du roi, qui accordait amnistie générale, avec reddition des prisonniers de part et d'autre.

31. Les Montai ban ai s n'en faisaient pas moins à leur tête. Les sorties avaient recommencé, ot avec elles le pillage et les meurtres. L'église de Saint-Maurice, épargnée jusque-là, fut brûlée le premier d'avril. Toutefois l'envoyé de la reine-mère, Chaumont, vint, le 15, notifier a Montauban le nouvel édit. Les habitants le reçurent avec d'autant plus de joie, qu'ils étaient dans une extrême disette. Ils n'eurent rien de plus pressé que de signifier à Saint-Salvy de retirer ses troupes. Celui-ci s'y refusa, jusqu'à ce qu'il en eût reçu l'ordre de Terride. Il lui parvint par son lieutenant Bidonnet. Si son départ avait été moins hâté, et si l'évêque et les ecclésiastiques en eussent été prévenus, les religionnaires ne se seraient point précipités sur les restes du Moustier pour en achever la démolition, — démolition que quelques auteurs imputent à tort aux troupes catholiques.

Ce fut le 18 au matin que, précédés de leurs trompettes,, les consuls, sous leurs robe et chaperon, parcoururent toutes les rues de la ville et se rendirent sur la grande place, où le greffier donna lecture de l'édit. Les ministres y firent lire les commandements de Dieu et entonnèrent le psaume cxxiv: Qui confidunl in Domino, remplaçant le beau langage liturgique par les vers de celui qui avait chanté sur le même ton les

hymnes du roi-prophète et les charmes d'Alix. Des feux de joie furent allumés le soir dans tous les quartiers. Lorsque les magistrats se présentèrent devant le Moustier, Saint-Salvy, autorisé alors par son chef, offrit une collation aux ennemis de la veille.

32. Au fléau de la guerre succéda presque immédiatement celui de la peste. Elle se déclara au mois de mai, et sévit si fort, que plus de 2,000 habitants furent frappés mortellement. Les calvinistes n'en étaient pas moins occupés a éluder les dispositions de l'édit. Louis de Peyrusse, juge-mage du Quercy, s'étant rendu à Montauban pour en assurer l'exécution, assigna dans les faubourgs un lieu destiné à l'exercice du culte des religionnaires, et les obligea k rendre aux catholiques les églises Saint- Jacques, Saint-Louis et des Jacobins, qui n'étaient pas encore complètement démolies. L'évèque se hâte de rappeler de Villemur et de Montech les deux chapitres, et attend avec eux, a Piquecos, que le juge lui octroyé c l'église des Jacobins pour les chanoines de la cathédrale, et celle de Saint-Jacques pour la collégiale, les leurs étant entièrement détruites. » Plusieurs membres du conseil, après avoir fait voter (12 juillet) la dîme du clergé, refusent de rendre les églises. Ils allouent cinquante écus ! pour députer à la cour les syndics Constans et Bonencontre, chargés de donner raison de leur refus, fondé sur ce que « l'évèque et le clergé étaient leurs mortels ennemis, et que la guerre ne provenait que de leur fait. » Il ne fut pas difficile à Jacques Des Près et au juge-mage de répondre « solidement à ces dires > mensongers. La cour fut indignée, et les députés durent faire savoir à ceux qui les avaient envoyés, qu'il fallait obéir. Ils furent incarcérés jusqu'au jour où la nouvelle de la restitution des trois églises arriva à Paris. La nouvelle était fausse. Le conseil avait bien été réuni le 12 octo-

* D'après le Livre des comptes des consuls, rapporté par \eMss des Jacobins. (Cf. Matériaux pour servir à V histoire de Montauban, t. II, p. 389.)

ttiNi-Vtt**- M l'église de montauban.

ue joui ^xcu^r de cette affaire; mais afin de délivrer leurs ;\uw.viux il uVmora que de feintes délibérations1. La cour s\ Utuxvt ptvodre. Charles IX écrivit à Montluc de ne plus uujuuur cette ville, sauf le cas où il l'aviserait de la rébellion dess. thtbiiuuts *• Les motifs ne manquèrent pas au roi d'envoyer

» Wuci ta délibération de ce jour, dont la séance fut tenue dans le couvent de Saintellutiw, sur la place des Monjes (de la Cathédrale), la salle du château consulaire s'ôlaut ohouloe. — • Vi octob.: MM. Escorbiac, Pogcti et Dufau, consuls, en l'absence des autres. suspecta de poste, ont assemblé conseil, et fait proclamer par les coins de la ville, par A iu ho Garnis, crieur et trompette public, que chascun chef de maison eust à se trouver audit conseil, dont, à cause dudit danger de peste, n'a esté possible d'assembler, sinon Mv Dornnnl Aliés, advocat du roy;Jean Bardon, Jean de Constans, licentiez;M« Martin Tuschard, ministre; Ayméri Pégorié, Mc Jean Delportus, licentiô; sire Nicolas Mabruni, Jean Boujol, Raymond Rondelly, Jean Petit, Pierre Tenans, bourgeois; M» Gervais, maquignon, et Constans, médecin. — Auxquels aeslé remonslré la poursuite que le clergé et evesque do Montauban faisoient, tasohant d'avoir les temples de la ville; donc, par résolution du conseil a oslo arrôlé qu'il devoit estre offert bailler le temple des Jacobins, et aviser de rotonir le temple Saint-Jacques, s'il est possible. Et ainsi a esté conclu, sauf que les consuls et officiers de Montauban auront l'entrée, quand besoin sera dudit fort des Jacobins, pour obvier à surprise; et pour éviter frais, Me Hugues Bonencontre sera mandé s'en revenir. — Moy Massip, notaire de ceste ville. »

• Qualro certificats ou copies do cette feinte délibération et délaissement supposé des églises, furent expédiées dans les formes et envoyées par la poste à M. de Montluc, au gouvernement de Bordeaux, au roy et à MM. du conseil privé. Antoine Balzac porta le paquet en cour, auquel on donna 35 livres pour sou voyage, le 10 novembre. » — Cf. Matériaux pour servir à V histoire de Montauban, p. 389, 390.

* Dans les Mémoires de Condé nous trouvons cette lettre écrite pendant que les délégués Constans et Bonencontre plaidaient à Paris l'affaire des protestants. ■ Monsieur de Montluc, Ayant entendu les désordres qui sont advenus a Montauban, et le peu d'obéissance que, mesmo depuis la paix, leshabitans d'icelle ont montré vouloir rendre à mes édicts et ordonnances; et, d'autre part, ayant entendu de leurs syndics qui sout yci qu'ils estoienlles plus obéissans du monde, j'ay advisé d'y envoyer le sénéchal du Quercy, pour en sçavoir la vérité, avec commission, estant sur les lieux, de fairo razer le fort, abattre toutes les fortifications qu'ils ont faictes depuis ceste guerre, chasser les ministres qui y sont, pour ce que ce sont bélistres séditieux qui ne font qu'irriter le public à rébellion et désobéissance; et leur faire commandement de ma part s'ils en veulent avoir, suivant mon édictd'y eu mettre d'autres qui ne se meslent que de preseber simplement, sans s'empescher ni de la police, ni des choses d'eslat, sur peine de la vie ; et, pour l'exécution de sa commission, après avoir veu comment toutes choses iront, dont il nous en fera le récit, selon le besoin qu'il en aura, lui pourveoir ou de forces ou des moyens. Je vous prie, Monsieur de Montluc, supercéder vostre allée en ladite ville, jusques à ce temps-là, et toute exécution que vous pourriez entreprendre contre eux, laquelle, s'ils y font refus, sera plus que nécessaire , et en ce cas, s'ils ont besoin d'est re chasliez, j'escris à mon cousin le sieur d'Aumale qui est voisin, do sa part y employer ses forces avec vous, s'il en est besoin, de façon qu'il en soit fait oxemple; mais si aussi ils font ce que ledit sénoschal leur dira et commandera de ma part, et qu'ils obéissent entièrement à mes commandemens, il ne faudra les travailler plus avant ; mais les faire chastier, s'ils font les fols, et une autre fois recommencent à désobéir, elc, etc. De Paris, ce 20e jour d'octobre 1363. Signé: Charles. »

ses conseillers pour s'assurer de l'exécution de redit. Fumée, conseiller au grand-conseil, et Viart, conseiller au parlement de Bretagne, arrivèrent en cette ville le 8 janvier 1564, et vérifièrent l'état de toutes les églises, en présence de Jean de Lomagne, protonotaire du Saint-Siège, de Jean de Varez, grand-vicaire de Pévêque, et d'Antoine de Badet,. chanoine et second archidiacre de l'église cathédrale. Après plusieurs contestations on rendit aux catholiques — avec promesse de ne pas les troubler dans leurs fonctions — pour le chapitre cathédral, l'église Saint- Jacques, dont le chœur, les orgues et les autels avaient été pillés et abattus ; pour le collégial, celle de Saint-Louis, qui avait été changée en arsenal. Quant à la chapelle des Jacobins, elle ne fut pas rendue, par suite d'une fourberie d'Escorbiac. Ce consul avait fait signer subrepticement une soi-disant convention entre lui et l'évêque, par laquelle celui-ci était d'avis de ne plus faire dire « de messe en ce couvent de Fossat, pourveu qu'on luy baillât caution et asseurance de ne le troubler en la perception des dîmes '. » Escorbiac avait compté avoir là l'arsenal et des garanties pour un avenir prochain. Cette position était de fait la plus redoutable pour l'heure de l'attaque et du siège.

33. Après cette inspection, les commissaires royaux avisèrent le clergé d'avoir à entrer immédiatement en possesion. Sur cette nouvelle t les chapitres s'assemblèrent et délibérèrent d'y envoyer chacun un de ses chanoines et trois de ses prébendiers. » L'évêque approuva, t Le cathédral seul y manda les siens, dans le refus que fit le collégial d'exécuter ce qui avait été résolu. Lesquels, sitôt qu'ils furent arrivés, chantèrent la messe par ordre desdits commissaires dans l'église de Saint-Jacques, où ils les établirent pour y continuer l'office divin. De quoi nos mutins eurent du regret (comme le témoigne le journalier de Pogeti) et en furent inconsolables. Néanmoins nonobstant toute cette tristesse, ils conclurent dans le mois de février (privés de

* Termes mômes de cette frauduleuse délibération cités au Mss des Jacobint, p. 390,

l'église de Saint-Jacques) , d'avoir un autre lieu pour leur servir de temple et y faire leurs prières et ouïr le prêche ; lequel ils choisirent dans la grande boucherie, assise alors tout près de l'hôpital de Lautié *. » Les tolérer dans la ville fut un acte de timidité de la part des commissaires qui, selon l'édit, avaient ordonné de les réléguer dans les faubourgs. Ils fixèrent pour les ministres un traitement de 250 à 300 livres par an. Tachard, Constans et Delassus firent un grand apparat pour célébrer la cène le jour de Pâques 2 et prêcher publiquement, au grand contentement de leurs coreligionnaires. Les consuls, pour un bien de paix et l'observation de l'édit, durent leur imposer silence. De leur côté les commissaires Fumée et Viart firent emprisonner quelques séditieux qui avaient insulté le clergé pendant l'office divin, et ordonnèrent aux étrangers de sortir de la ville. Montluc ayant proposé de donner une compagnie de soldats pour la garde des ecclésiastiques, le consulat se porta garant de leur sûreté. Se contentant de cette promesse, et tremblant presque devant le parti protestant, les délégués royaux fermèrent les yeux sur bien des abus, et l'oreille aux réclamations des ecclésiastiques, touchant la restitution des tapisseries, ornements, croix, calices, chandeliers, châsses, cloches et autres objets semblables, estimés plus de 200,000 écus, et pour lesquels les consuls de 1561, 1562 et 1563 avaient été pris à parti. Les patentes des commissaires portaient cependant qu'ils feraient rendre les meubles et immeubles des ecclésiastiques, quand bien même ils auraient été adjugés par jugement du présidial.

* Histoire manuscrite, p. 375. — Ce temple nouveau des prolestants était situé sur l'emplacement occupé de nos jours par une partie de la place du palais de justice. (Cf. H. do France, Le Temple neuf, p. 15.)

3 Les livret des comptes du consulat (années 1504-1565) font foi que cette cérémonie fui renouvelée deux fois encore en celte année 1564. D'abord le « 21 may, feste de l'Ascension » où il est inscrit en dépense « un teston (12 sols) pour ceux qui ont aydé à porter les velles (tentes) pour couvrir la place. » Plus « payé 32 s. 8 d. pour 17 cars de vin claret pour cette cène. • Ensuite le 3 septembre « sous les couverts de la place. » Cf. Livre des comptes susdit aux Archives communales, f» 54, 56.

34. c Le clergé, selon l'bistorien-romancier, jeta de hauts cris. > Avait-il tort? Oui, sans doute, car « toute cette année 1564, ajoute cet écrivain, se passa dans l'angoisse, et la cène fut trempée de larmes; un grand deuil, celui de Calvin, s'ajoutait aux calamités du présent : pour mener plus facilement le troupeau en lui ôtant ses pasteurs, les consuls, dévoués corps et âme au parti modéré, chassèrent de la ville Constans et Tachard, dont le souffle énergique ranimait encore par moments l'enthousiasme et le patriotisme dans les cœurs '. * Malgré ces assertions, les faits sont là pour le prouver : la paix, qui dura jusqu'au mois de septembre 1567, ne valut aux catholiques que la possession de deux de leurs églises, et ne fut avantageuse qu'aux calvinistes. Les livres des comptes, témoins irrécusables, font foi de quantités de ventes faites, par les protestants, d'objets ou de biens qui ne leur appartenaient pas, et de nombreuses allocations de fonds qu'ils arrachaient aux consuls pour la propagande de leur religion. Tantôt c'étaient des pierres tombales qu'ils enlevaient aux églises, tantôt des matériaux de toute sorte provenant des ruines des édifices religieux. Vente d'objets sacrés, fermes de biens ecclésiastiques, pilleries de tout genre 2.

1 Histoire dune ville protestan te, p. 61 , 62 .

8 A. titra de preuve nous extrayons des Livres des comptes, années 1561-1565 (Archives communale* J, les articles suivants: « Me Aymery Comayras, ' appoticaire de Mon tau ban, doibt à la dite ville la somme de 7 1. 1 s. pour achapt de certaynes pierres dans le cueur dez Ja'-opins : lesquelles pierres luy demeurarent comme surdisanl en icelles. » (F° 7.)

• Le 2i jung a esté receu de.sire Jehan Murât, merchanl de Monlaulban, la somme de 50 1. pour achapt par luy faict pour cinq années des fruictr de deux pièces de terre, lesquelles sont des aparlenances du couvent des Frayres-Myneurs dudict Monlaulban, pour eoubvenir aux grandes affaires et nécessitez do la ville. « (F* 8.)

• item, nous avons receu de Jehan Lacroix, dicl Trobar, marenjer, pour ung calice d'argent qu'il avoict receu du temple de Sainct-Bartbôlemy, dudict Monlaulban, la somme de 16 1. .(F» 8.)

« Item plus, le 26 jung, avons receu de sire Malhias Dru val, merchant de Montaulnan, la somme de 301. pour achapt dez fruietz pour troys années dez predz et vigne du fort des Jacopins. » (F* 8.)

• Item, avons receu de M» Jehan Clément, dict le Lorrain, malstre fondeur de Tholoze, la somme de 232 1. 10 s. pour achapt de quinze quinlals et demy métail, qu'estoict tant sur le gril de la grande fornaysse de Saiuct-Loys, que parmy le compendis dudict Sainct-Loys, à 13 1. le quintal. «(F* 10.)

• Item, le20fôv. 1565, avons reçu du sire Pierre Noubel'Ia somme de 101. 10 s. pour

Se trouvant, en effet, les plus forts, ils éludaient la promesse qu'ils avaient faite de ne reconnaître que les ordres du roi et des gouverneurs ; de rompre tout commerce avec les chefs du parti ; de ne point porter d'armes ; de garderies fêtes de l'Église; de ne point chanter publiquement les psaumes ; de chasser les étrangers, les religieux et religieuses mariés ; et de commettre vingt-quatre habitants pour la garde et sûreté des ecclésiastiques. Si les commissaires avaient maintenu la compagnie établie par Montluc, elle aurait servi probablement à déjouer les menées qui précipitèrent notre ville dans la funeste rébellion où elle demeura jusqu'en 1629.

35. Pour des raisons de politique, Catherine détermina Charles IX, alors âgé de quatorze ans, a faire une visite aux principales villes de son royaume. Accompagné de sa mère, de ses deux frères et de plusieurs princes, seigneurs et chevaliers le roi se dirigea sur Toulouse, où il arriva le 31 janvier 1565. Notre évêque, suivi de quelques-uns de ses chanoines, vint l'y trouver dès les premiers jours de février, pour faire connaître à Sa Majesté l'état déplorable du catholicisme dans sa ville épiscopale. Ses doléances ayant été bien accueillies, Jacques Des Près en avisa les catholiques, les engageant à députer quclques-

venle do dcm y-quintal 39 1.' méfail, provenu d'une petite cloche des Jacopins, a 12 1. le •quintal. » (F» Il \#.)

« Item, avons receu do Raymond Déchô, agulieur do Montaulban, pouracliapt de 9 1. 1/2 fillot d'aran (fll de fer), à 6 s. G d. la livre, que ostoict dans le lieu de Saincl-Loys, la somme do 2 1. 12 s. 3d. »(FMl.)

• Donné 50 1. do traitement au ministre Jehan Genyes pour les mois avril, may et jung 15f>l. *(F«M.)

• Item, le 7 avril 15<w, a esté payé à Ramond Verdet, sergent et trompeté, la somme de 8 s. pour, de nostre mandement, avoir vacquô a la vente du boys provenu de la démolition du temple «les Jacopins. • (F« 109.)

« Item, lu 6 mars... pour avoyr faicl nppourter 11 milliers C60 ly eu lies canal du fort des Jacopins aux Esoolles de la ville. » (F° 125.)

Au mois d'octobre 1561, les consuls payent à Brassnc la somme do 78 l. 10 s. pour aller à Lyon auprès do Viret, lui demander doux ministres. (Id., f° 141.) — Le 3 do novembre suivant ils donnent à titre de frais de voyage 16 1. 15 s. au sieur Brandalac, pour aller chercher Jean Dupuy, ministre à Figeac. (F* 15t.) — Sept jours après ils comptaient à un envoyé 18 1. 9 s. 2 d! pour avoir ramené de l'Albigeois la femmo et les enfants du ministre Béraud. (F» 153.) Etc., etc..

uns d'entre eux, pour confirmer par leurs dépositions celles qu'il avait faites lui-même. Ils députèrent aussitôt les sieurs d'Àssalit, de Roux, de Bigorre et quelques autres des plus zélés et des plus qualifiés. Ces notables furent présentés au roi et à son escorte par le prélat. Ils obtinrent, dit Perrin, qui est le seul à avancer ce fait, t le rasement des boulevarts de la ville et du fort des Jacobins, pour l'assurance de ses ecclésiastiques et vrais fidèles ; ce qui les consola grandement. » L'ordonnance royale rendue le 10 février, Montluc arriva pour la faire exécuter; et, dès le 11, on mit la main à l'œuvre. Au bout de quelques jours tout était nivelé, au Moustier, aux Cordeliers, aux Carmes et aux Jacobins. Malgré leur mécontentement, les protestants faisaient t le bon visage, > car le roi allait venir dans la ville. On se mit en mesure de le recevoir dignement, lui et sa suite. Sur le conseil des hauts personnages qui avaient précédé Charles IX, on décida de mi-partir le consulat qui, depuis l'année 1561, était exclusivement composé de protestants. Les catholiques y obtinrent la deuxième, la quatrième et la sixième place. Mais cette ordonnance ne fut exécutée que pendant trois ans. De 1567 à 1632, les catholiques n'eurent aucune part dans l'administration de la commune.

36. Le 25 mars, sur les neuf heures du matin, arriva le roi de Navarre, Henri de Bourbon, venant tout disposer pour la réception de Charles IX. Il fut reçu sous le dais de damas violet aux portes de la ville. Puis, suivi des officiers et seigneurs qui l'avaient devancé, ainsi que des magistrats, il se rendit en cortège jusqu'à Bressols pour y recevoir le roi. t Douze petits enfants à cheval, vêtus de taffetas violet, le saluèrent en vers français faits à sa louange. > Au bout du pont de Montauban les consuls l'attendaient, parés de leur robe et de leur chaperon. Ils le reçurent « sous un poêle de velours bleu parsemé do fleurs de lys d'or, et entouré d'une crespine de soie blanche, bleue et incarnate, et lui mirent en main les clefs communes de la ville. » Bonencontre, l'un d'eux, le harangua, demandant

liberté pour le Calvinisme, et promettant Tespect aux catholiques, obéissance au roi. Au milieu des acclamations de la foule, à travers les rues pavoisées et sablées, le roi est conduit à. relise Saint-Jacques, où l'évêque le reçoit à la tête de son clergé. Au-dessus du porche il put admirer une toile représentant l'histoire du roi Josias, écrite au XXII® chapitre du livre de Samuel. C'était le complément du tableau placé à la tête du pont et sur lequel était représenté Salomon, élu roi par son père. Le lendemain 26, la cour visita les fortifications el les restes informes des églises détruites, principalement de la cathédrale, dont la reine-mère fit emporter trois colonnes de marbre1. Au matin du jour suivant Charles IX, prêt à partir pour Moissac, d'où il devait continuer sa route jusque dans le Béarn, se rendit de nouveau à l'église Saint-Jacques et, dit Perrin, « apnl ouï partie d'une messe, s'en sortit et monta à cheval, aprts avoir recommandé aux consuls et habitants de lui vouloir e(re fidèles et de vivre entre eux en bonne paix 2. *

37. Vaines recommandations, fausses promesses. La cour ne fut pas plutôt sortie de la ville, que les ministres, mécontents de (a paix, firent tous leurs efforts pour chasser les catholiques. Ils le demandaient dans leurs prêches avec tant d'emportement que, le petit peuple s'étant mis de leur côté, on eut beaucoup de peine à empêcher le massacre des ecclésiastiques et des vrais fidèles. Sa dignité épiscopale étant compromise, Jacques Des Près quitta presque aussitôt la ville. En même temps il faisait appel au bras de Montluc. « Le 25 décembre dudit an (1565), de mandement de messieurs les députés dudit clergé, monsieur de la Croix et moy (Élie Giraud) allasmes à Cheurs (Cahors), Ik où estoient assemblés les Estats du pays de Quercy, pour

1 Y y ir ci-dessus, p. 33-J4.

- HftHire manuscrite, p. 378-379. Pour pins anJples détails sur la réception faite au roi * :ii i • i ■•- tX1 et avoir le texte des discours qui furent prononcés, consulter Matériaux pour ifentàr a l'histoire de Montauban , l'édition annotée par Le Brot, t. II, p. 371-376 , el le Livre finirai, frCLIX.

trouver M. de Montluc, luy apportant lettres de Monsieur de Montauban, pour le prier faire ordonner aux dits Estats que le scindic du pays supplieroit le roy mettre garnisons en la ville de Montauban ; lequel seigneur nous respondist qu'il fereit son devoir, et que partant de là viendroit à Montauban, ce que fist. * » Avant son arrivée, les portes de l'église furent indignement salies 2. Ces nouvelles parvinrent aux oreilles royales. Sur le champ Montluc reçoit ordre de se saisir des ministres Tachard et Constans, principaux auteurs du désordre, factieux incorrigibles, qui déjà avaient été interdits par lettres de cachet. Montluc n'osant pas frapper ce coup dans Montauban, en écrivit aux consuls, qui lui députèrent Pogeti, l'un d'eux, avec le syndic Malroux. Le généralissime leur signifia les ordres qu'il avait reçus de la cour, et les chargea de les transmettre à la communauté ; celle-ci lui renvoya le même consul et un autre syndic, avec la procédure faite contre les deux ministres. Le consistoire intervint aussitôt, et fit assembler, le 12 juillet, un conseil général, où l'on rédigea des règlements, auxquels Tachard et Constans reçurent ordre de se soumettre. Ils refusèrent et furent bannis de la ville ; cependant ils y demeurèrent cachés jusqu'au 26 mai 1566. Les catholiques ayant alors découvert qu'ils sortaient toutes les nuits, et inspiraient au peuple leurs passions haineuses, les obligèrent enfin de s'éloigner. Un an après, Tachard surpris à Foix dans un déguisement qui le rendait méconnaissable, fut amené à Toulouse et pendu sur la place Saint-Georges, comme faux-monnayeur. Ce crime empêche Théodore de Bèze de le ranger parmi les Martyrs de la Réforme 3.

58. Durant toutes ces agitations, le Saint-Siège était occupé par un pape aussi cher aux fidèles que redoutable aux hérétiques, le glorieux saint Pie V. Toujours sur la brèohe pour les

* Livres des Comptes du chapitre. (Archivos départementales, série G, 107.)

1 Perrin dit le mot, • mirent de la fiente à la porto de l'église * et le cite d'après \e journal de Pogeti.

* Cf. Le Bret annoté, t. II, p. 48, 49.

60 HISTOIRE DE i/ÉGLISE DE KOlfTAUBAN.

intérêts de la catholicité, il va faire passer dans les mœurs et appliquer dans toute son étendue la magnifique théorie de la vraie et grande Réforme religieuse formulée par le Concile de Trente. D'une austérité effrayante pour la nature humaine, il voulait surtout triompher du Protestantisme par la régularité et la moralité des clercs. Le 2 mars 1566, péconisé depuis trois mois à peine, il adressa à Pépiscopat une lettre qui visait principalement les diocèses où l'hérésie avait fait le plus de mal. Celui de Montauban ne pouvait être oublié; aussi les archives du clergé ont-elles soigneusement conservé le texte de la copie qui fut envoyée à notre évêque, Jacques Des Près. Il n'y a de remède, contre le fléau et le débordement occasionné par la peste hérétique, écrivait le vertueux pontife, que dans la fidèle observance des décrets du Concile de Trente. Clercs et laïques doivent être fortement excités à les observer. L'évoque, comme un pasteur vigilant, préservera de tout son pouvoir son troupeau de la contagion de l'hérésie, et recherchera avec soin les remèdes les plus propres à guérir ceux qui en ont été infectés. Enfin, comme le pontife de l'Église universelle doit avoir connaissance et souci de tous ceux qui relèvent de son autorité, Pie V enjoint aux évèques de lui faire connaître nommément tous les clercs de leur diocèse qui ont conservé la foi et les mœurs. Il exige que, sans acception des personnes, leurs noms et leurs demeures soient consignés dans une lettre signée de la main de l'évêque et scellée de son sceau.

Ces dernières clauses peuvent nous surprendre aujourd'hui ; elles n'ont rien que de légitime. Le malheur et la dépravation des temps rendaient ces mesures nécessaires l. Plusieurs ecclcsias-

1 Ou trouvera lo lexle de celto lettre poutificale dans l'Histoire manuscrite do Perrin, p. 381-383. Nous nous contenions d'en rapporter les principaux passages. « Vide, frater, quain longe la toque mannverunt herelicaj pestis vouena... Alque ila ad placandum Deum cum omnino constat reliquum esse remediura ut sancta generalis synodi Tridentini décréta fideliterot diligooter a b omnibus observenlur,proinde fra terni talera tuam horlamur ut quee in ea synodo... A commissis libi ovibus haerelicorum tanquam luporujn grassantium insidias pervigili cura custodioque repolie; et ad illas quoe jam morsibus oorum sauciaUo fuerunt

tiques faiblissaient devant la persécution ; d'autres se laissaient prendre aux offres de l'hérésie ; dans les chapitres, où il s'agissait de tout réorganiser pour le temporel et le spirituel, des bénéficiers, des chanoines, plutôt mercenaires que vrais serviteurs de Dieu, se querellaient pour quelques droits ou émoluments. La collégiale Saint-Étienne se scinda pour de misérables intérêts: le parti le plus influent obtint du parlement des décisions préjudiciables aux inférieurs. Par suite, le service divin fut suspendu, le chœur déserté; l'évêque fit d'inutiles efforts pour les ramener aux lois ecclésiastiques et à la vie prescrite par le saint Concile. Des faits prodigieux, que le ciel permit, ne parvinrent pas davantage à leur dessiller les yeux. Au milieu d'une abondance de vin, à laquelle toutes les caves et tonneaux du pays ne purent suffire, survint, après une sécheresse de trois mois, c sans nul secours de pluye » (rapportent de vieux Mémoires) , un tel débordement du Tarn, que le 1 5 septembre les eaux montèrent à des hauteurs où on ne les avait jamais vues. Les ponts, les moulins emportés, la plus grande partie des quartiers de Sapiacou et Sapiac détruits, des familles entières éteintes ou ruinées, tristes et éloquentes leçons, incomprises de ces populations séduites par le Protestantisme '. « Le moine quittait son froc, le prêtre séculier sa soutane,' et plusieurs catholiques et des plus grands abandonnaient leur religion 2. »

sanandas, quœcumque potes ex péri re, adhiborcquo remédia, illud assidue cogita et meditare. .. Sedulo curare te volumus ut ootiliam habeamus clericorum, non solum ci vi ta Us sed etiam dioecesis tua?, quos constat esse catholicos, quique vit» ac raorura honestale et doctrine ad serviendum Deo et huic sancta sedi idonai, ac delectu quodam coruui, et sine acceptione pereonarum habito, nobis iudicem mittes sigillo tuo observatum et manu tua subscriptum, cum eomm nominibus et locisubi habitant. Nos omm, ut communis, omnium parons proborum virorum ubicumque sint, ralionem habere debemus. . . »

* Rapporté par le chanoine Perrin, d'après les Mémoire* de Jullia, notaire des Bar thés. Ceat 1A où il raconte que les eaux du Tarn étaient si terreuses et si troubles, que les enfants et lea femmes prenaient le poisson avec les mains sans difficulté, et jusqu'à des carpes de 30, 40 et ou livres, tant il était abondant.

1 Perrin, p. 387. - Faisant gorge chaude de ces désordres, M. Mary-Lafon, qui cependant met au bas de page la source où il puise ces renseignements, ajoute que la religion catholique était délaissée par tout le monde. Cf. Histoire d'une ville protestante, p. 09.

39. Que s'était-il passé a Montauban depuis le départ de la famille royale? Là, comme dans toutes les villes tenues par les protestants, le voyage du roi en Béarn avait été traité de complot préjudiciable au Calvinisme. Après en avoir informé leur parti, Condé et Coligny se mettent à la poursuite du roi depuis Meaux jusqu'à Paris. Dès la veille (28 septembre 1567), Montauban était sous les armes. Les catholiques se sauvent en toute hâte; les ecclésiastiques s'enfuient avec précipitation: ce n'est qu'au bout de plusieurs mois qu'il est possible de réunir le chapitre à Villemur ; les protestants l'y poursuivirent et s'emparèrent de la ville par trahison. Au mois de juin 1568, l'évêque le transfère dans l'église des Carmes de Castelsarrasin, puis dans celle de Saint-Sauveur. Le clergé se vit, pendant trois semaines, obligé de vivre à discrétion, sans asile, sans secours d'aucune sorte.

Durant ce temps, le plus effroyable désordre régnait dans la ville épiscopale. Le consulat mi-parti fut aboli, et les douze chaperons passèrent de nouveau aux protestants. On abattit la voûte de Saint-Jacques ; on porta aux forts les matériaux réunis pour la réparation de la collégiale. Sous la conduite de Montbartier, les plus ardents parcouraient les villages circonvoisins qui étaient alors sans défense, et en rapportaient, un immense butin. Jacques Des Près les tenait cependant en éveil, venant jusqu'aux portes de la ville l'épée à la main ; de sorte, dit la chronique, qu'ils « n'osoient pas paroître devant lui, parce qu'il ne faisoit pas de quartier à ceux qu'il rencontroit. Un grand nombre d'habitants de la Gascogne, de l'Armagnac et d'autres quartiers, ayant formé le dessein de se rendre à Montauban, pour y grossir le nombre des voleurs, furent surpris au passage de la Garonne par notre prélat et par Lavalette, suivis de bonnes troupes, qui les chargèrent si vivement et les battirent si fort, qu'ils restèrent tous sur place, tués et noyés1. > Les

4 Cf. HUtoire manutcrite, p. 387.

échecs que Jacques lui fit éprouver en plusieurs rencontres, valurent au gouverneur Montbartier d'être destitué de sa charge, comme mauvais défenseur ; on nomma pour lui succéder Philibert de Rapin. C'était tomber de fièvre en chaud. Il rançonna les catholiques avec âpreté ; lit vendre jusqu'aux matériaux de leurs maisons, dans la ville et dans la banlieue, et jusqu'à la robe de Tondu, ancien membre du consulat mi- parti. Sa rapacité exaspéra ses propres partisans * ; ils le chassèrent et ne voulurent plus relever que du commissaire de l'amiral de Coligny, dont ils eurent bientôt la visite (20 décembre 1569).

40. Les sorties des Montalbanais avaient semé partout de terribles et irréparables désastres. Espérant forcer les habitants de Moissac à se rendre, ils mirent le feu à la partie du pont que l'inondation de 1566 n'avait pas emportée. Mais les Moissagais se hâtèrent de fortifier leur ville, « et dans là crainte qu'on ne se saisît de leurs églises, qui étaient hors de l'enceinte, ils les démolirent, et bâtirent, avec les matériaux, des boulevarts tout au tour des murailles 2. > Lafrançaise leur est livrée par trahison ; ils la pillent, massacrent les habitants, et, sur le bruit qu'on vient porter du secours aux catholiques, mettent le feu aux portes de la ville, et s'en prennent c en enragés aux masures mêmes. » Par trahison encore la petite ville de Molières tombe aussi en leurs mains. Plus de 400 habitants, de tout âge, de tout sexe sont massacrés, t Ils firent prisonnier le capitaine Lampèze, qui y commandait, et beaucoup de ses soldats ; on les mit en chemise et on les conduisit en cet état à Montauban, le capitaine en tête, ayant une corde au col et une couronne de lauriers3. » Ces 47 soldats ainsi conduits a Montauban, y sont indignement assassinés. « Rien de plus digne à la fois, d'honneur, de pitié et de consolation, dit M. de Latomi,

* Outre sa rapacité ce nouveau gouverneur avait à réaliser une somme de 950 livres, que la ville devait pour sa part à l'entretien des troupes luthériennes allemandes. 1 Perrin, p. 388.

» Id.,t«rf.

que ce que l'on vit alors en cette ville de Montauban. Le ministre proposait au capitaine Lampëze la vie, de l'argent et une compagnie s'il voulait renier sa foi et entrer, comme ils disent, dans la maison de Dieu. Lampèze lui répondit avec ce courage viril qui distingua saint Sébastien, quand il alloit estre percé de traits et de dards, et les soldats de la légion Thébaine alors qu'ils alloient tous mourir pour la croix et la vérité. Il en feust de mesme des soldats et aucun d'eulx ne se montra faible, indécis et peu résolu à la mort; et pendant que les ministres, hommes, femmes et enfans les insultoient et leur portoient des coups de dague et d'espées, eulx, les yeux fichés au ciel, disoient toujours aussi hault qu'ils pouvoient: Vive le Roi, vive V Église Romaine!... Et quand tous furent morts et allongés sur le pavé de la place, les femmes venoient encore les insulter et faire actions qui dénotoient absence de toute pudeur, respect humain et compassion pour les morts *. »

41 . Partout où les protestants se trouvaient les plus nombreux avaient lieu des scènes semblables. Ceux de Saint-Antonin, entre autres, après avoir martyrisé la plupart des chanoines de cette ville, démoli jusqu'au fondement les lieux réguliers où le clergé vivait en commun, allèrent, le 13 décembre 1567, brûler les églises de Lavaurette et de Servanac. Quelques jours après ils s'acharnèrent à la destruction des reliques du saint patron de la ville, et élevèrent un temple pour leurs prêches 2. « Le 16 du mois de février 1568, un samedi, jour de marché, les huguenots ayant brisé la châsse où étaient renfermés les restes du saint, les promenèrent par la ville et les portèrent sur la principale place, au milieu de laquelle ils avaient dressé un bûcher. Cette place porte depuis lors le nom de place du feu, place du Buoc.

* Voir dans YHistoire de Languedoc, t. IX, additions et notes par Du Mège, p\ 14, 15. Cf. Mémoires inédits du président Latomi. Voyez Histoire des institutions religieuse, civile, . . de Toulouse, t. III.

1 Cf. Saint-Antonin, par M. l'abbô Vaissiôre, p. 194, 195, et Notes sur Caylus, par M. Devais, p. 87.

TROISIÈME PÉRIODE. — JACQCES II DES PKÈS-MOXTPEZAT (4556-89). 65

Avant qu'ils fussent consumés, les ossements roulèrent en bas du bûcher. Un cordonnier huguenot les repoussa du pied dans la braise. Soudain on vit une flamme en sortir pour s'attacher à ce profanateur. 11 cria tout haut : A mort ; je suis tout feu ! Et, ne pouvant parvenir a l'éteindre, fou de douleur, de désespoir et de rage, il descendit en courant la rue qui mène de la place droit à TAveyron, par une pente assez rapide. Il se précipita dans l'eau, et il y trouva une misérable mort *. »

42. Les consuls de Caylus envoyèrent au mois d'octobre un messager à Varen et à Cordes d'Albigeois, pour connaître la direction qu'avait prise l'armée calviniste, commandée par le vicomte de Bruniquel. Ils surent bientôt qu'elle s'était rendue à Montauban, accompagnée du seigneur de Montclar. Elle allait favoriser l'agitation occasionnée par la conduite de Rapin, et empêcher l'évêque de se rendre maître de la ville. Force fut aux troupes catholiques de se retirer devant l'indiscipline et l'indépendance des Montalbanais impatients de tout frein. Grâce à leur intervention, cependant, fut conclue la nouvelle paix de 1568, qui trouva les habitants occupés à l'achèvement des fortifications et au ravitaillement de la ville. Paix boiteuse et mal assise, ainsi qu'on la nommait, elle ne tint que six mois à peine.

Ce temps servit aux deux partis à préparer les armes pour une troisième guerre civile. Condé et Coligny refusent de rendre Montauban. Les Montalbanais affectent de s'assembler au nombre de 10,000, sous prétexte de célébrer la cène, et sur les pre-

« Saint-Anto7iin, par M. l'abbé Vaissières. • Ces circonstances, ajoute-l-il, transmises par toutes tes traditions du pays, sont ainsi consignées dans un manuscrit latin du siècle dernier, intitulé : Vila Uivi Antonini, appartenant à M. Boite], chanoine de Montauban. Ce manuscrit porte a la deuxième page les lignes suivantes, écrites de la môme main, en français : » Ce qui suit est tiré d'un petit livre de la Semaine sainte, fort vieux :

t L'an 1568, et le 16 du mois de février, un samedi, jour de marché, furent brûlés les ossements du vénérable saint Antonin, au milieu de la place du Buoc, étant greffier Griffel Coloffié. Un cordonnier bailla un coup de pied à la tète dudit vénérable saint. U crie tout haut: A mort, je suis tout feu. 11 s'alla jeter dans la rivière (p. 1J7-158.) • Cette scène a été représentée dans le vitrail de la cinquième fenêtre du sanctuaire de la nouvelle église, avec cette légende : In platea Buoc, sacrU reliquiii rogo impotitis, erumpent ignis impium corrvpit calvinistam.

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