Tome II. VIII
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autel. De là, le délégué de Tévèqoe monta en chaire, d'où il donna lecture des titres, en vertu desquels Mgr de Cheverus était appelé à l'évêché de Montauban, et de la procuration qui le chargeait 'de prendre possession de l'Église et du diocèse *. Alors l'administrateur célébra, dans un éloquent discours, les vertus épiscopales du nouveau pasteur, et montra les avantages inappréciables qui allaient résulter de la venue d'un prélat si digne de la vénération publique. Un Te Deum d'actions de grâces termina cette cérémonie, qui venait de se dérouler en présence des principaux fonctionnaires publics, de l'état-major, d'un détachement des troupes de la garnison et d'une foule très considérable de fidèles*. Dès ce moment on se disposa dans tout le diocèse à recevoir magnifiquement celui qu'on attendait avec tant d'impatience, et que la grande renommée de charité et de vertus éminentes avait précédé.
12. Parti de Paris le mercredi 2^ juillet pour prendre la route de sa ville épi sco pale, Mgr de Cheverus se dirigea vers Bordeaux. Le 27 il mettait le pied sur le sol de son diocèse, à Lamagi stère. La population, agenouillée sur les chemins, sollicita sa première bénédiction, et le pieux évêque, les larmes aux yeux, demanda à être reçu dans l'église de cette paroisse pour donner à ses diocésains les premiers témoignages de sa paternelle affection. Golfech, Valence et toutes les paroisses échelonnées jusqu'à Moissac, virent, entendirent leur nouveau Père, et apprirent à l'aimer. La ville de Moissac, convoquée par le son des cloches, courut à sa rencontre et fut heureuse de le posséder toute la soirée et la nuit qui suivit. « Ici comme ailleurs, écrivirent les chroniqueurs, la foule l'a suivi dans les églises, qu'il a toutes visitées, et dans lesquelles il a fait entendre à un
* Ces différentes pièces et les bulles sont aux Archives de VÉvCché*
' Le procureur fondé fut reçu û la porte de la cathédrale par M. le curé Fondomiô. délégué à cet effet parS. E. Mgr de Clermont-Tonnerre, métropolitain de Toulouse. Étaient présents : M. Delbreil, faisant fonctions de Préfet, absent; le duc de Laforce, général, comranndanl le déparlement: M. de Granès, maire; les chefs de corps, etc... (Voir procèsverbal aux Archives de VÉvcchè et Livre jaunet aux Archives communales J
auditoire profondément attendri, ces accens qui peignent la bonté de son cœur et d'où découlent, comme de la source la plus pure, des discours non moins remarquables par la simplicité et la vérité de l'expression que par la tendresse paternelle qui les a dictés *. » Le 28, a six heures du matin, après avoir célébré le saint sacrifice, Monseigneur prit le chemin de la ville épiscopale. Il parut sur l'avenue de Montauban, vers huit heures et demie, suivi de M. de Limairac, préfet du département, et de M. le général duc de Laforce, « qui empressés de voir un évêque si digne de tous les hommages, s'étaient rendus à sa rencontre pour lui exprimer la joie qu'ils ressentaient de sa présence. Arrivé à la promenade du Cours, où stationnait une population innombrable, Mgr l'évêque entra dans l'allée où l'attendaient le Corps municipal, le clergé et les députations des corporations religieuses réunies sous des tentes préparées pour sa réception. * Au moment où il descendit de voiture il fut salué par des salves d'artillerie, et le chevalier Dumoulinet de Granès, maire, accompagné de ses adjoints et de la municipalité, lui adressa le discours de bienvenue, t Dans Boston, lui dit-il en terminant, tous pleurent votre absence ; vous trouverez ici les mêmes affections que nous venons vous offrir en dédommagement. Heureuse cette cité, de posséder dans son sein un prélat dont chaque pensée est un sentiment généreux, chaque acte une belle action, et qui en parlant de la religion comme Bossuet, la fait aimer comme Fénelon2! * Au nom du clergé et du diocèse, M. de Trélissac lui offrit, dans un langage élevé et ému, les sentiments de respectueuse affection, que chacun était heureux de déposer à ses pieds. Lorsque l'évêque, dont les yeux étaient pleins de larmes, eut répondu à ces deux harangues, il revêtit les ornements pontificaux, et on se mit en marche vers la cathédrale.
* Journal de Tarn-et-Garonne, n° du 31 juillet 1824.
* Oq trouvera le texte de cette harangue et des discours que nous signalons au sujet de cette réception, soit dans le Journal de Tarn-et-Qaronne, soit dans les Annales ecclésiastiques du diocèse de Montauban ,■ l'auleur de la Vie donne l'analyse ou quelques extraits des principaux.
13. Placé sous un dais porté par des ecclésiastiques, et entouré des autorités civiles et militaires, le prélat était précédé des corporations de femmes vêtues de blanc, puis venaient celles des hommes avec leurs bannières et insignes respectifs, enfin le clergé. Les troupes de la garnison, en grande tenue, formaient la haie dans les rues, tandis que la garde nationale, ayant à sa tête la musique, accompagnait le cortège. Parvenu au haut des degrés de son église épiscopale, l'évêque fut harangué par le curé, M. Fondomié, qui lui offrit les clefs du temple sacré. Après les prières et cérémonies d'usage faites au pied de l'autel, le nouveau pasteur monta en chaire et s'écria d'une voix profondément attendrie : t Mes chers enfants en Jésus-Christ, j'arrive enfin parmi vous. Que je goûte de bonheur de me trouver au milieu du troupeau chéri que la Providence a daigné me confier ! Votre empressement à me recevoir et à me donner des témoignages de votre amour filial, me fait éprouver les plus douces sensations. Oui, mes enfants, mes amis, je suis votre père; je viens veiller et pourvoir à vos besoins spirituels, et consoler votre diocèse du long veuvage de son premier pasteur. Pour alléger le fardeau de mon épiscopat, aimez-moi comme je vous aimerai toujours; votre attachement est pour moi un besoin nécessaire. Vous me l'accordez déjà, car j'en trouve la preuve dans la joie que ma présence vous cause à tous, dans votre empressement à accourir au devant de votre pasteur; j'en trouve aussi la preuve dans les expressions affectueuses qui m'ont été adressées, en votre nom, par le digne administrateur de ce diocèse, qui justement honoré de la confiance de trois prélats, mérite complètement la mienne. J'en reçois un témoignage éclatant de la part des chefs de cette ville, qui n'ont pas craint de transgresser les lois de l'étiquette pour voler à la rencontre d'un nouveau citoyen, d'un nouvel ami. Je vous porte dans mon coeur ; il est assez vaste pour vous contenir tous. Père de cette grande famille, vous êtes mes enfants, et avec plaisir je donnerais ma vie pour votre bonheur et votre salut. Il est une
portion intéressante d'habitants de ce diocèse qui, quoique étrangers à notre communion, ne sont pas moins dignes d'occuper une place dans mes affections. Pour eux aussi je veux être un père. Heureux s'il m'était donné un jour de les réunir tous dans notre foi, comme nous devons les confondre dans notre amour. » Le chant du Te Deum et du Domine sakmm foc Regem termina cette brillante cérémonie.
14. La journée fut, selon l'usage, consacrée à la réception des visites officielles. À chacun des chefs de service qui lui apportèrent leurs compliments, le bon évêque répondit en un langage plein d'à-propos les choses les plus gracieuses. Au maire de la ville: € J'ai un cœur excessivement aimant, lui dit-il, et je veux être aimé. » Pour les membres du Consistoire qui se présentèrent en corps, il eut ces paroles toutes de charité : < Je viens de quitter un pays où diverses croyances religieuses sont suivies. J'ai eu le bonheur pendant mon épiscopat dans ces contrées de vivre en bonne intelligence avec les ministres de ces différentes communions, et même d'emporter leurs regrets. J'emploierai tous mes soins, Messieurs, à établir entre nous des rapports de convenance et de société. Il me serait doux de voir s'en former de plus intimes et de plus précieux. » Ces devoirs officiels accomplis, le zélé prélat s'empressa d'aller visiter les pauvres de l'hôpital; il s'arrêta devant chaque lit, disant un mot de consolation et d'encouragement à chacun des nombreux infirmes et malades. Chaque communauté religieuse reçut aussi sa visite, et partout sa bienveillante paternité excitait l'enthousiasme le plus ardent.
1 5. Apôtre avant tout, Mgr de Cheverus s'empressa de distribuer le pain de la parole divine, qu'on était si avide de recueillir. Dans les nombreuses prédications qu'il donna à sa ville épiscopale dès le lendemain de son arrivée, son langage paternel et amical était toujours l'expression la plus fidèle d'une bonté qui ne cherche qu'à se répandre, d'une charité sans limites, d'une foi vive et profonde. Ces précieuses qualités furent
particulièrement reconnues dans le sermon prêché le 1er août à l'église cathédrale. L'éloquent orateur parla de Jésus-Christ comme l'unique et parfait modèle, sur lequel le chrétien doit s'efforcer de régler tous les mouvements de son cœur et toutes les habitudes de son existence l. Huit jours après il prêchait à Saint-Jacques sur le respect dû aux temples saints. N'ignorant pas que dans l'auditoire les protestants étaient mêlés aux catholiques, le prédicateur s'attacha k venger notre sainte religion des reproches qui, plus d'une fois, lui ont été adressés sur la magnificence de son culte et la pompe de ses cérémonies. Quelques jours plus tard (13 août), le cardinal de Toulouse, revenant de Normandie, fit visite à son suffragant, et sur la réputation de son éloquence, il l'invita à prêcher cette année même dans sa ville métropolitaine, la fête de l'Exaltation de la sainte Croix. Dans un discours étincelant de beautés de premier ordre, notre prélat commenta ce texte de saint Paul : Absil mihi gloriari nisi in cruce Domini nostri Jesu ChiHstù Mais son éloquence fut encore plus admirable et mieux ressentie par son nombreux auditoire, dans les chaleureuses improvisations qu'il fit à chacune des stations du Calvaire, où l'assistance se rendit processionnellement en sortant de l'église des Récollets ?.
16. Avec l'instruction qu'il donnait à son peuple, Pévêque travaillait au bien de son clergé en réorganisant et le chapitre et le grand Séminaire. Le 8 juillet des ordonnances royales avaient approuvées les nominations de M. de Trélissac et de M. Turcq, ancien curé de Meauzac, aux deux vicariats généraux. A la même date étaient agréées les nominations de huit chanoines, pour lesquels l'évêque publia des statuts, le 6 du mois d'août3. La veille une ordonnance épiscopale avait réuni la cure cathédrale au chapitre, en ces termes \ « Art 1er. Le
* Envoir l'analyse et quelques extraits dans les Annales ecclèsia tiques, t. I, p. 11-13.
* On trouvera l'analyse de ces discours dans les Annales déjà citées, p. 26-29, 40-46. Voir aussi le Journal de la Haute-Garonne, n° du 15 septembre.
» Cf. Archives de l'Évécnè.
titre curial sera attaché au chapitre en corps. — 2. Le service de la paroisse sera spécialement confié à un archippêtre, dont la nomination sera faite avec les mêmes formalités que celles des curés. — 3. L'archiprêtre sera pris parmi les chanoines et révocable à notre volonté; dans le cas de révocation il continuera d'être chanoine... Il y aura onze membres, savoir : neuf chanoines et deux vicaires-généraux. > Cette réglementation fut approuvée par le roi le 18 septembre suivant, et peu de jours après le neuvième titre canonial était rempli. La cérémonie d'installation du nouveau chapitre fut faite solennellement le 8 de ce mois par l'évêque, assisté de Mgr de Rodez. Après avoir revêtu les titulaires de la mozette et les avoir conduits à leurs stalles, Mgr de Cheverus monta en chaire pour expliquer aux fidèles le sens de la cérémonie. Ayant donné un touchant souvenir à la mémoire de son prédécesseur, confesseur de la foi, et aux membres du chapitre dispersés par la Révolution, il rappela au peuple la grandeur du sacerdoce et les respects qui lui sont dûs l. Le 29 novembre il adressa à son clergé la liste des Casus reservalij et, peu de jours après, une circulaire relative au renouvellement des conseils de fabrique et aux présentations des comptes et budgets 2.
17. L'œuvre du Séminaire diocésain fut menée avec autant de zèle et de succès. Ancien élève de Saint-Sulpice, notre évêque désirait confier la direction de ses clercs aux prêtres de cette société. De longues correspondances furent échangées avec le supérieur général, M. Duclaux; mais les sujets manquant, il fallut s'adresser aux Lazaristes, qui déjà dirigeaient le petit Séminaire. Dans sa première circulaire au clergé, pour lui annoncer la visite pastorale, qu'il fixait au mois d'octobre, il traita la grande question de cet établissement. « Un Sémi-
* Nous renvoyons à l'analyse et aux extraits do ce discours, conservés dans le Journal de Tarn-et-Garonne, n» du 15 septembre.
* Documents extraits de la collection dont nous parlons ci-après à propos des Mandements; voir la note 1 du | 24, p. 65.
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naire, écrivait-il, est le besoin le plus pressant de ce diocèse. Je ne doute point que cette vérité ne soit sentie par le Conseil du département, et qu'il ne vote des fonds suffisans pour cet objet. Le gouvernement fera pour nous ce qu'il a fait pour les autres diocèses. Mais un local et des bâtimens ne nous serviront qu'autant que nous aurons des sujets. Vous savez que ceux qui se destinent au service du sanctuaire sont presque tous hors d'état de payer leur pension. C'est pour venir à leur secours que nous devons tous nous réunir, et trouver des ressources même dans notre pauvreté... Soyez auprès de vos chers paroissiens les interprètes de nos sentimens, en attendant que je les leur exprime moi-même. Je les conjure aussi de nous aider à préparer des pasteurs pour eux et leurs enfans. Je désire donc, et je vous demande par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, de contribuer vous-mêmes, et en faisant une quête dans vos paroisses, à cette œuvre si intéressante, cette œuvre qui vous procurera des coadjuteurs et des successeurs, cette œuvre qui seule peut perpétuer la religion parmi nous ! . » Cet appel fut entendu : dans l'espace de quelques mois, de nombreuses donations et des fondations de bourses et demi-bourses furent faites selon le désir de l'évêque. Parmi les principales générosités nous pouvons signaler celles de dame Tristan Godaille, veuve du marquis de Bellissens ; la rente annuelle du baron Maurice-Jean-Jacques de Scorbiac; les legs de Pierre Espieute, de Duval de Monmillan, du curé de Lavaurette, M. l'abbé Galan, de Jacquette Ayral, originaire de Saint-Nicolas et religieuse de Sainte-Claire de la maison de Moissac, etc. *... Grâce à ces bienfaits et aux secours accordés par l'État, il fut possible de racheter l'ancien couvent des Capucins, appartenant
* Extrait de la circulaire, non datée, gui se termine par ces mots : • Votre Évoque, votre Frère et votre Ami, f Jean, évoque de Montauban. • Exemplaire unique à la bibliothèque de FÉvôchô. Elle est rapportée intégralement dans les Annules ecclésiastiques du diocèse, p. 17-19,
' D'après les originaux ou copies conserves aux Archives de PÊvcché.
pour lors à Pierre Garrisson, qui y avait établi une filature de laine. L'acte sous-seings privés fut passé, pour le prix de 55,000 francs, le 22 novembre 1824; le 24 février 1825 le préfet fut autorisé à régler définitivement celte vente. Une circulaire épiscopale du 1 1 août annonça au clergé la conclusion heureuse de cet achat, et le projet d'ouverture de l'établissement pour le jour de la Toussaint. Il demandait avec insistance qu'on multipliât les quêtes en faveur de cette œuvre, et engageait ses curés à aller solliciter des grains et des fruits pendant la saison de la récolte 1 .
18. Peu de jours après son arrivée les élèves de philosophie du petit Séminaire donnèrent a Sa Grandeur une séance publique d'argumentation sur divers points de logique, de morale et de métaphysique. Le neveu de M. Perboyre, le futur martyr de la Chine, fut chargé du discours d'ouverture. Dans la belle langue de Cicpron le jeune élève rendit un éclatant hommage aux vertus évangéliques du vénérable prélat, dont la présence, disait-il, était le meilleur encouragement et le plus digne prix de leurs travaux. L'évêque ne dédaigna pas d'argumenter avec les élèves, et on remarqua que ceux-ci avaient à faire à un habile jouteur. Au collège, où peu de temps après il présidait la distribution des prix, il tint à honneur de lutter contre le défenseur d'une thèse philosophique; là encore notre évêque parut aussi précis dans la discussion, qu'il fut brillant et chaleureux dans son allocution finale. Chaque communauté se faisait une joie de posséder le nouveau pasteur pour ces fêtes de fin d'année scolaire ; partout il fut acclamé et des élèves et des parents, qui ne se lassaient d'exalter l'immense bonté de son cœur. La triste nouvelle de la maladie qui devait conduire Louis XVIII à la tombe, lui parvint alors que venant de prêcher à Toulouse la fête de l'Exaltation de la sainte Croix, il présidait dans cette ville une prise d'habit au cou-
* Circulaire des collections de Pévèchê et de Negrepelisse.
vent Notre-Dame. Il rentre en toute hâte dans sa ville épiscopale, et arrive au moment même où le chapitre célébrait une messe solennelle de supplications. L'évêque entonna les prières prescrites en ces circonstances, et plusieurs fois, dans la journée, pour s'unir à cette oraison de quarante heures il se rendit au pied de l'autel, d'où il faisait monter à haute voix de touchantes invocations, auxquelles la foule répondait. Quand l'annonce officielle delà mort lui parvint, il adressa (19 septembre) un Mandement prescrivant à chaque prêtre une messe basse de Requiem et un service solennel dans chaque paroisse pour le premier jour libre x.
19. Monseigneur tint à pontifier lui-même au service funèbre, qui fut célébré dans son église cathédrale le mercredi 22 septembre, t Après le premier évangile, dit un rapporteur officiel, ce prélat, dont le zèle fervent ne connaît point de bornes, est monté en chaire. Il a prononcé sans préparation le panégyrique le plus vrai et le plus touchant du feu Roi. Malgré sa modestie, qui lui a fait donner un titre beaucoup plus simple à son discours, tout le monde a trouvé que cet éloge, au fond comme dans la forme, était l'un des plus dignes monuments élevés à la mémoire de ce bon Roi, et méritait, sous tous les rapports, de figurer au rang de ce que la chaire apostolique a produit de plus parfait en ce genre. Chacun en cite les morceaux qui l'ont le plus frappé, et il n'est pas un passage qui n'ait été répété et justement loué... Monseigneur s'est attaché à faire ressortir les principaux actes de la vie et des derniers moments de Louis XVIII. Il a tracé a grands traits les vertus de ce Roi, qu'il a montré tour à tour, dans l'exil comme sur le trône, pieux et sage comme saint Louis, juste comme Louis XII, magnanime et bon comme le grand Henri, doué, enfin, de toutes
< Mandement de la collection do Tôvôché; il est aussi reproduit dans les Annale*, p. 29, avec la lettre d'avis adressée par Charles X. Pour le détail des solennités funèbres qui furent célébrées à cette occasion dans notre cité, Cf. Journal de Tcurn-et-Garonne* n* du 22 septembre et suiv. — Cf. collection de Nègrepelisse,
les qualités du cœur et de l'esprit qu'exigeaient le siècle difficile où il a vécu, les circonstances graves où il a régné. Après avoir, avec l'accent d'un cœur vivement pénétré, représenté ce monarque comme le juste objet de l'amour de son peuple et de la vénération de l'Europe, l'orateur a fait la peinture la plus fidèle des sentimens religieux; de la noble résignation et du courage héroïque de ce prince, au milieu des maux qu'il a soufferts et qui ont mis fin à sa vie. 11 a dit avec l'onction la plus touchante, qu'un Roi si dévoué au bonheur de ses sujets, et qui a donné, en mourant comme pendant sa vie, l'exemple des plus éminentes vertus, devait exciter au plus haut degré la douleur publique. Entraîné par l'émotion qui agitait son âme, Mgr de Cheverus, vivement attendri, a demandé comment on pourrait ne pas regretter un Roi si chrétien, comment la perte d'un si excellent monarque pourrait ne pas être pleurée. Vous êtes, s'est-il écrié en s'adressant aux autorités, aux fonctionnaires et au reste de l'auditoire, vous êtes trop bons Français, trop dévoués à vos souverains légitimes pour ne pas donner des larmes à la mort de ce tendre et auguste père. C'est à vous aussi que j'en appelle, a-t-il dit a l'état-major et aux troupes; des braves militaires tels que vous, qui ont servi avec gloire le prince et la patrie, ont le cœur trop sensible pour ne pas pleurer sur la tombe du meilleur des Rois... Tous les yeux mouillés de larmes attestaient à la fois combien on partageait les sentiments de l'orateur, et combien on était pénétré de l'expression vraie qu'il leur donnait l. * Il avait pris pour texte ces paroles du prophète : Vox audita est in Rama, etc. Son début fut vraiment saisissant lorsque, des sanglots dans la voix, il fit entendre ces mots : « J'ai des larmes pour une telle circonstance, et je n'ai point d'expressions ! » Dans le corps du discours, s'appropriant les paroles de saint Ambroise aux cendres de l'empereur Valentinien, il s'écria avec une pénétrante dou-
« Relation du Journal de Twn-et-Garonne, n» du 25 septembre.
leur: « Je vous ai aimé durant votre vie, et mes prières ne cesseront de vous accompagner dans la tombe, et de vous suivre jusque sur la montagne sainte. » Ce passage fournit à l'orateur une transition bien naturelle pour rappeler à tous l'objet de cette funèbre cérémonie : « A peine la quatrième semaine s'est écoulée, dit-il, depuis que, dans cette enceinte, nous demandions à Dieu de prolonger les jours du prince, pour lequel nous prions aujourd'hui : vains desseins ! vaines espérances humai* nés ! » Ces extraits, les . seuls qui aient été conservés, font regretter qu'on n'ait pas songé à recueillir les discours de l'éloquent évoque.
20. Son zèle d'apôtre avait trouvé, avant ces fêtes funèbres, une occasion de se manifester. Un mahométan, M. Stéphani, artiste dramatique qui s'était retiré dans notre ville, frappé de maladie, demanda à être instruit des vérités de la religion catholique. M. de Cheverus se chargea lui-même de ce soin, et le 26 août, accompagné d'un nombreux clergé, il lui administra les sacrements de baptême et de confirmation, Quelques jours après il bénissait son mariage et lui donnait la sainte communion. Désireux d'étendre ce zèle a travers les paroisses de son diocèse, il ouvrit ses visites pastorales de confirmation le 2 octobre. Il débuta par Monclar, accompagné du vicairegénéral, M. de Trélissac. Une mission du P. Passenaud avait préparé la paroisse à la cérémonie. Harangué par le maire, par le curé et par le missionnaire, il répondit à chacun avec un cœur de père et d'ami ; à l'auditoire il adressa un discours plein de piété et d'éloquence. Le lendemain, jour de dimanche, le prélat administra les sacrements d'eucharistie et de confirmation à 800 personnes environ. Chacune de ces cérémonies fut précédée d'une instruction du pontife; le soir, à l'issue des vêpres et après la procession du Rosaire, au pied de la croix de la mission, il fit entendre de nouveau cette voix pénétrante qui remuait si tendrement les cœurs. Le lundi, 4, toutes les paroisses du canton se rendirent processionnellement
à leur chef-lieu, et un nombre plus considérable de fidèles participa à la réception des deux sacrements. Après avoir suivi les exercices de la retraite ecclésiastique, prêchée par M. Boyer, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, le saint évêque partit le samedi 16 octobre pour le canton de Beaumont. Cinq jours durant il eut à donner la confirmation aux fidèles de cette contrée, et à sa rentrée a Montauban il se délassa dans la compagnie de Mgr r évêque de Cahors, qui vint le visiter. Le samedi 30 de ce même mois il arrivait à Moissac, vers midi. Son entrée fut un vrai triomphe ; et quand les discours d'usage furent prononcés par le maire et le curé de Saint-Pierre, Monseigneur monta en chaire. Faisant allusion à sa première visite, il s'écria : c En paraissant au milieu de vous pour la seconde fois, mon cœur palpite de joie, de tendresse... Je n'ai pas perdu le souvenir ! C'est sur cet autel que pour la première fois j'offris la Victime sainte ; c'est sur cet autel que j'offris à Dieu les prémices de mon ministère. * Chacune des paroisses de la ville fut visitée successivement dans les journées qui suivirent, et partout de nombreux confirmants se présentèrent au sacrement. Le dimanche matin il fit la cérémonie dans l'église Saint-Pierre ; à Saint-Jacques il pontifia à la grand'messe; aux vêpres il y donna une prédication. Le lendemain, 1er novembre, jour anniversaire de son sacre, il officia pontificalement dans l'église principale, et le soir son discours roula sur ce thème : c Nous devons être des saints ; nous pouvons être des saints. > Le jour des Morts, M. de Cheverus se rendit à la paroisse Saint-Martin, et y donna la confirmation aux fidèles de trois paroisses réunies. Le soir il prêcha dans l'église Saint-Jacques. Il visita, le jeudi, l'église Sainte-Catherine, et y fit une instruction sur le mystère de l'Eucharistie. Après cette cérémonie l'infatigable prélat conféra le sacrement aux fidèles de la banlieue réunis à Saint- Pierre ; et, tandis qu'il se rendait au dîner officiel donné à la sous-préfecture, il s'arrêta sur son chemin pour confirmer une jeune fille malade, qui avait été administrée la veille. Le jour
62 histoire di l'église de montaubàn.
de la Saint-Charles, Monseigneur pontifia dans l'église Saint- Pierre, pour demander à Dieu la conservation du roi, et, prêcha de nouveau : le sujet fut la légitimité. Il se rendit ensuite à Saint-Benoît, où il arriva par le nouveau pont, et sa voiture fut la première qui en fit la traversée. Vers 3 heures de l'aprèsmidi le prélat quittait Moissac et prenait la route de Lafrançaise.
21. De retour à Montauban, le 6 novembre, Sa Grandeur présida le 11, dans la chapelle des religieuses Ursulines, la cérémonie de vêture des demoiselles Delbreil de Scorbiac, de Fajole, Saint-Avit et Viguier. Le texte de son discours était emprunté à Isaïe : « Gaudebo in Domino et exultabil anima mea in Deo nieo, quia induit me vestimenlis salutis} et indumento justitiœ cireumdedit me. » Ce texte lui fournit de magnifiques pensées pour démontrer la dignité, l'excellence et les félicités méconnues de la vie religieuse. Dans les splendides tableaux qu'il fit des vertus de la vie de perfection, l'orateur sut faire vibrer la corde pathétique, en rappelant certains épisodes de diverses communautés de femmes pendant la dernière Révolution l. Trois jours après le prélat installait le nouveau curé de la paroisse Saint-Étienne du Tescou, et prêchait devant cet auditoire sur la sainteté de la maison de Dieu, c sanctifieavi domum islam; » sainteté qu'il fit ressortir principalement du ministère sanctifiant que le prêtre y accomplit au nom du Très-Haut. Le 23, le canton de Caussade recevait la visite de son premier pasteur; le 3 du mois suivant c'était le tour de la paroisse de Montbeton, où se rendit aussi le métropolitain de Toulouse. Quelques jours après Monseigneur ouvrait la retraire préparatoire qu'il prêcha aux premiers ordinands, auxquels il conféra les saints Ordres, le 18. Depuis trente-six ans l'église cathédrale n'avait plus vu se dérouler sous ses voûtes semblable cérémonie. Le consécrateur en tira
< Cf. ira Annote du diocèse, p. 155-159.
partie pour rappeler les promesses de la perpétuité du sacerdoce catholique, et aux fidèles leurs devoirs vis-à-vis des ministres de l'autel. En terminant il supplia humblement son auditoire de prier pour que dans ce jour, trente-quatrième anniversaire de sa prêtrise, Dieu lui pardonnât ses fautes et ses négligences. Le lendemain il se rendait à Moissac et y bénissait le pont, qui fut baptisé du nom de Marie-Thérèse, dont on célébrait le jour anniversaire de sa naissance. Là encore il prononça un remarquable discours qu'il tira du commentaire de ces paroles du psalmiste : « Beatum dixerunt populum, eut hœç sunt; beatus popalus, cujus Dominus Deus ejus est*. »
22. Malgré ces multiples occupations, Mgr de Cheverus s'était imposé, dès son arrivée, une tâche à laquelle il resta fidèle. Tous les dimanches qu'il passa dans sa ville épiscopale, il se chargeait du prône de la messe paroissiale. Depuis son retour en France, ayant remarqué l'ignorance profonde où sont des premières vérités de la religion, même les personnes instruites dans les sciences humaines, même parfois celles qui font profession d'une certaine piété, il résolut de les instruire par des prônes suivis sur le catéchisme. Il le fit avec tant de charme et d'intérêt, que protestants et catholiques, lettrés et ignorants se serraient avec empressement autour de sa chaire. Quand il se vil maître de son auditoire et sûr de ne pas compromettre le succès de ses instructions, il leur révéla son innocent secret : « Si je vous avais annoncé en commençant, leur dit-il, que je ferais le catéchisme tous les dimanches, vous auriez regardé comme au-dessous de vous d'y assister, pensant que cela n'était bon que pour les enfants ; cependant voilà six mois que je ne fais pas autre chose, et ces instructions vous ont intéressés. Apprenez donc que le catéchisme est le livre des vieillards
* En voir le compte-rendu dans le Journal de Tarn-el-Garonne, n* du 24 décembre 1H21 ■ — Soit dans cette feuille publique, soit dans les Annales on trouvera analysés la plupart des discours adressés à l'évoque dans los différentes réceptions qui lui furent faites.
64 HISTOIRE DB L'ÉGLISE DE MONTAUBàN.
comme des enfants, des savants comme des ignorants ; tons y trouvent à s'instruire, à admirer, à méditer, et il n'y a qu'un absurde préjugé qui regarde le catéchisme avec dédain. • L'éminenl catéchiste poursuivit ainsi la série de ses instructions, et tous y assistaient avec la même avidité.
23. Parmi les œuvres de prédilection qu'il se plaisait à bénir dans son église épiscopale, Mgr de Cheverus mettait au premier rang la Congrégation de jeunes filles, qui subsiste encore sous le vocable du Saint-Enfant Jésus. Le 2 décembre il avait tenu à célébrer lui-même l'anniversaire de l'installation de cette pieuse association. Devant les membres de celte assemblée, auxquels s'était joint un nombreux auditoire, il commenta cette parole de saint Paul: « Exerce autem teipsum ad pietatem... Pielas ad omnia utilis est, etc. > L'éloquent prélat en tira de magnifiques développements sur les caractères et les moyens de la vraie piété. Aux fêtes de Noël qui suivirent, Sa Grandeur présida à tous les offices de la nuit et du jour. Le soir il adressa le discours d'usage, qu'il fit précéder d'une émouvante allocution sur la mort foudroyante qui avait frappé un des chanoines, M. Gavaillé, au moment où il sortait de la sacristie pour célébrer la sainte messe. Avec la nouvelle année qui s'ouvrit, révoque reprit ses tournées de confirmation. Ainsi, le 5 janvier 1825 il partit pour le canton de Gastelsarrasin, et y passa une semaine. Le 26 avril il présidait dans cette ville aux grandes fêtes annuelles de saint Alpinien. De là il se rendit a Labastidedu-Temple, puis dans le canton de Saint-Nicolas de la Grave, et sur la fin du mois il visitait celui de Nègrepelisse, paroisse qu'il avait honorée en nommant son curé vicaire-général honoraire. Ces pérégrinations à travers le diocèse ne l'empêchaient pas de prêcher chaque vendredi du carême dans son église cathédrale. En cette occasion il s'attacha à démontrer combien la religion est raisonnable et propre à satisfaire un esprit juste, un sens droit, combien surtout elle est aimable et faite pour ravir tous les cœurs. L'auditoire, dans lequel étaient confondus
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catholiques et protestants, sortait émerveillé et ému de ces fortes et touchantes prédications.
24. Ses Mandements, dont, hélas ! il ne reste que de bien rares exemplaires *, étaient non moins éloquents et persua^sifs que ses discours. Celui pour le carême de Tannée 1825 (5 février) traitait de la loi du jeûne. Il y passe en revue les traditions universelles, qui depuis le Paradis terrestre révèlent et imposent ce grand précepte de pénitence et de satisfaction. Parmi les exemples qu'il apporte a l'appui de sa thèse il cite ceux de Louis XVI, qui « dans sa prison refusa, un jour de jeûne, de manger de la viande, et dit avec un sourire aimable, qu'il ferait son dîner d'un morceau de pain qu'il trempa dans du vin 2; et, après sa mort, sa sœur angélique, Mmc Elisabeth, dans sa prison, refusa les mets prohibés par l'Église, et passa tout un carême sans autre nourriture que du pain et du café 3. Nos T. C. F., ajoutait le prélat, nous ne ferons point de réflexions sur de pareils exemples... Quel sermon sur le jeûne! Comme chrétiens, comme Français nous bénirons le Dieu de saint Louis, qui' nous présente, dans les morts et les vivans de cette auguste et si chère famille des Bourbons, des modèles si sublimes de foi et de piété ; et comme chrétiens et comme Français nous nous ferons un devoir et une gloire de les imiter. * Engageant ses diocésains a sanctifier le jeûne par la prière et par Pautaône, il est amené à parler de son œuvre de prédilection et. à faire connaître l'état du clergé. « Nous sollicitons particulièrement, dit-il, vos aumônes en faveur du Séminaire et des aspirants à l'état ecclésiastique. La charité de plusieurs paroisses a abondé pour cette bonne œuvre ; mais grand nombre n'ont montré que bien peu de zèle et de générosité. La disette
* Nous n'en connaissons qu'une collection à peu près complote, elle fait partie dos archives de Nègre pelisse. M. l'abbé Marty, curé et chanoine honoraire, a bien voulu la mettre a notre disposition.
' Journal de Clery.
» Éloge historique de M»« Elisabeth.