CIIAP. XI. — LA SUEUR DE SANG
possible. Otez celte coupe d'amertume. Et pourtant, qu'il soit fait non comme je veux, mais comme vous voulez ! — En ce moment, il fut couvert d'une sueur pareille à des gouttes de sang, qui coulaient sur le sol. S'étant levé, après sa prière, il vint aux disciples, et les trouva endormis. Dans leur accablement, le sommeil les avait gagnés. Quoi! vous dormiez! dit-il. Levez-vous, priez, de peur de succomber à la tentation. L'esprit est vaillant, mais la cbair est faible ! — Et s'adressant à Pierre, il lui dit : Simon, tu dors! Ainsi tu n'as pu veiller une heure avec moi 5 — U s'éloigna une seconde fois, et recommençant sa prière, il disait la même parole : Mon Père, si ce calice ne peut s'éloigner, s'il me faut le boire, que votre volonté soit faite ! — Puis il revint aux disciples, qu'il trouva de nouveau plongés dans le sommeil ; car leurs yeux étaient appesantis, et ils ne savaient que lui répondre. Les laissant donc, il s'éloigna encore, 3t pria pour la troisième fois dans les mêmes termes. Alors il revint aux apôtres et leur dit : Dormez maintenant, et reposez en paix ! II suffît. L'heure est venue. Le Fils de l'homme va être livré aux mains des pécheurs ' ! »
2. Tertullien, Origène, saint Epiphane, les premiers apologistes du dogme chrétien, invoquaient cette page de l'Évangile, pour convaincre les disciples de Marcion que Jésus-Christ était réellement un homme, et que la divinité, dans sa personne auguste, n'avait point absorbé l'élément humain. L'apologétique actuelle doit retourner la thèse, et prouver à nos modernes sophistes que l'agonie du Sauveur, à Gethsémani, est celle d'un Dieu. Une sueur de sang! Combien de fois n'a-t-on pas déclaré ce phénomène complètement impossible, au nom de la science physiologique ? Mais aujourd'hui des exemples nombreux , saisissants , authentiques, sont venus prouver qu'en certains cas de frayeur extrême, d'angoisses terribles et d imminent danger, le cœur, en se contractant, pousse avec violence le sang jusque dans les artères capillaires, d'où il transsude par les pores, et se forme sur la peau en gouttelettes, pareilles à celles d'une transpiration ordinaire. Le rationa-
>■ Matth., XXVI, 36-46; Marc, xiv, 32-42; Luc, xxii, 39-46; Joan.,xvui, i.
lisme ne nie donc plus, comme une impossibilité physique, la sueur de sang du Fils de l'hommje. Mais il s'arrête devant cette suprême manifestation « d'effroi, de dégoût, de tristesse et d'angoisses, n II s'écrie : Est-ce là un Dieu? Un Dieu qui craint ; un Dieu qui tremble; un Dieu qui se débat dans l'agonie d'une faiblesse inénarrable, en face de la mort! Tout n'est-il pag humain, dans les frayeurs, le trouble et l'amertume de la grotte des Oliviers? — Vraiment, il faut répondre à ces arguties! Au heu de nous prosterner îe front dans la poussière arrosée par le sang rédempteur ; au lieu de pleurer le poids des péchés et des fautes de l'humaine n?ture, sous le pressoir desquels gémissait la victime innocente , il nous faut prouver à ce siècle incrédule que le Jésus du Gcthscmani est Dieu ! Eh bien oui, c'est jusqu'à cet excès d'amour que l'Homme- Dieu a porté sa tendresse pour nous! Tout d'abord, et d'un premier coup d'œil, comment ne voit-on pas que la souffrance ici porte éminemment le caractère de la divinité? L'agonie, chez les mortels, n'est pas, et ne saurait jamais être un phénomène volontairement produit, dont on se fixe l'heure à soi-même. Quand elle arrivera, pour chacun de nous, après la lutte d'une longue et douloureuse maladie, nous la subirons; elle s'imposera comme l'avant-courrièrc de la mort, sans nous laisser ni la faculté de la retarder, ni la force de la vaincre. Mais Jésus choisit spontanément l'heure de son agonie. Il l'appelle à lui, plein de santé, de jeunesse et de vigueur. n veut la boire, comme un calice dont chaque goutte empoisonnera ses lèvres. Nous autres, nous redoutons d'avance cette heure formidable; mais, quand elle est venue, notre faiblesse est telle que nous n'en avons plus conscience. Jésus-Christ, le Dieu fait homme, mesure jusqu'au fond toutes les douleurs de l'humanité. II sort du cénacle, et, en pleine vie, il sonde les mystérieux épouvantements de la mort. Qu'elle est terrible, cette fille du péché, enfantée sous l'arbre du Paradis terrestre, et luttant avec l'Adam nouveau, dans le jardin de Gethsémanil Jésus la verra de plus près sur la croix ; mais, comme il est Dieu, il mourra dans toute sa force, en poussant « un grand cri. » De même, parce qu'il est Dion, il choisit l'heure de son agonie; il l'avance à son gré; ill'in-