‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 2)Chapitre 17 sur 97 · CUAP. XI. — LA SUEUR DE SANG · texte numérisé non relu

CUAP. XI. — LA SUEUR DE SANG

terrompt trois fois pour venir à ses apôtres. Son sang s est écoulé, dans une transsudation qui mouille la terre ; et ses membres n'ont rien perdu de leur élasticité, de leur souplesse et de leur énergie. Rationalistes, vous trouvez cela tout naturel? Quelle capacité de foi ne suppose pas votre incrédulité ! Si le miracle est quelque part visible, manifeste et palpable, à coup sûr, c'est dans la grotte de Gethsémani. Les apôtres, malgré tant de prédictions, croient si peu au danger « qu'ils dorment. » Jésus-Christ seul veille et prie dans l'attente du traître. L'Homme-Dieu qui sait tout, qui révèle tout, et qui lit à travers les ténèbres de la nuit, comme dans les replis les plus cachés du cœur, suit tous les mouvements de la troupe envoyée à sa recherche ; il voit venir Judas le traître ; il compte chacun de ses pas sur la route, et il attend! Mais, si Jésus était un homme, faible, timide et lâche, comme vous osez le croire, est-ce qu'il attendrait? Sur douze de ses défenseurs, un l'a trahi ouvertement ; les onze autres dorment, et Jésus ne fuit pas ! Qui le retient donc ? L'obscurité le protège. Ses ennemis ont été obligés d'allumer des lanternes et des flambeaux. Cette circonstance se prête, on ne peut mieux, à une évasion. Sous l'ombre des oliviers, qui couvrent la montagne, il se dérobera facilement à touies les investigations. A l'autre versant, commence le « désert de Jéricho. » Dans cette soUtude nul ne pourra l'atteindre. Le lendemain sera la veille de la Pâque. Les Juifs, occupés à l'immolation de l'agneau mystique, ne pourront continuer leur poursuite. Pendant les huit jours de la fête, le fugitif aura tout le temps de gagner la Galilée, de traverser le lac de Tibériade, et d'aller, s'il lui plaît, demander au roi d'Édesse l'asile qu'il lui offrait naguère. Et pourtant Jésus ne fuit pasi Durant une heure, il prie; il sue le sang; il souffre l'agonie, mais il ne fuit pas! Où est l'homme, en tout cela? Croyez-vous pa^j hasard que, depuis dix-neuf siècles, pendant lesquels Jésus n'a cessé d'être adoré comme Dieu, on n'ait pas réfléchi à chacune de ces circonstances? Avant de se prosterner devant le Fils de l'homme, TertuUien était idolâtre, Épiphane était juif, Augustin était disciple de Manès Ils se connaissaient en hommes, ces grands génies; et comme nous, dans l'agonisant de Gethsémani, ils ont adoré leur Dieu!

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3. « Qu'elle a été, cette agonie, dit Bossuet, différente infiniment de celle que nous voyons dans les autres hommes! Là une âme qui fait effort pour n'être point séparée du corps, en est arrachée par violence; et ici Tâme prête à en sortir y est retenue par autorité. L'âme combat dans les moribonds, poui ne point quitter cette chair qu'elle aime : la mort ayant déjà gagné les extrémités, la vie se retire au dedans ; poussée de toutes parts, elle se retranche enfin dans le cœur; et là elle se soutient, elle se défend, elle lutte contre la mort, qui la chasse enfin par un dernier coup. Et voici qu'aa contraire, dans notre Sauveur, l'harmonie du corps étant troublée, tout l'ordre déconcerté, toute la vigueur relâchée jusqu'à perdre des fleuves de sang, 1 âme est arrêtée par un ordre exprès et par une force supérieure! Vivez donc, ô pauvre Jésus! vivez pour d'autres tourments qui vous attendent! Réservez quelque chose aux Juifs qui s'avancent, et au traître Judas qui marche à leur tête ! C'est assez d'avoir montré aux pécheurs que le péché suffisait tout seul, pour vous donner le coup de la mort *. n

§ II. Le baiser de Judas Iscariote*

Jndas 4. a Comme Jésus parlait encore, reprend l'Évangile, Judas

ihJémaDl^ Iscariote parut. 11 s'était fait accompagner d'une cohorte. Les princes des prêtres et les pharisiens lui avaient donné leurs satellites. A l'instigation des scribes et des anciens, une foule nombreuse, armée d'épées et de bâtons, portant à la main des lanternes et des torches, s'était jointe au cortège. Le traître leur avait donné ce mot d'ordre : Celui que j'embrasserai sera Jésus. Assurez-vous de sa personne, et prenez vos précautions pour l'emmener. — Judas marchait donc en avant de cette escorte. Il s'approcha de Jésus, et l'embrassa, en disant : Salut, Rabbi! — Mon ami, répondit Jésus, qu'êtes-vous venu faire? Judas, vous trahissez le Fils de l'homme par un baiser ! — Or le Seigneur n'ignorait rien de

• Bossuet , m» sermon pour le vendredi saint , sur la Passion de Notre' Seigneur Jésus-Christ.

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