CHAP. XI. — ANNE ET CAIPIIE
trois jours. — Le second parla ainsi : Nous l'avons entendu dire : Je renverserai ce Teaiple, bâti par la main dos hommes, et, eu trois jours, j'en élèverai un autre, qui ne sera point l'œuvre d'une main d'homme. — Ces deux témoignages ne s'accordaient pas entre eux. Le grand prêtre, se levant alors au milieu de l'assemblée, dit à Jésus': Ne répondras-tu rien à ces accusations? — Mais Jésus gardait le silence, et ne proféra pas une parole. Le grand prêtre lui adressa une nouvelle interrogation : Au nom du Dieu vivant, dit-il, je t'adjure! Dis-nous si tu es le Christ, Fils de Dieu!
— Vous lavez dit, je le suis, répondit Jésus. — Et il ajouta : Je vous le déclare : Un jour vous verrez le Fils de l'homme, assis à la droite du Dieu tout-puissant, descendre sur les nuées du ciel. — A ces mots, le grand prêtre déchira ses vêtements : Il a blasphémé ! s'écria-t-il. Qu'avons-nous encore besoin de témoins ? Vous venez d'entendre le blasphème sortir de sa bouche! Que vous en semble?
— Tous les juges répondirent : Il a mérité la mort ! — En ce moment, les valets se ruèrent sur Jésus, lui crachant au visage : ils l'insultaient, en le frappant. Ils lui mettaient un bandeau sur les yeux, et, le soufiQetant, ils disaient : Christ, prophétise ; devine qui t'a frappé! — fis multiplièrent ainsi les blasphèmes et les outrages, au gré de leur férocité *. »
10. « Voilà le grand sentiment d'ordre et de police conservatrice, qui présida à toutes les mesures ! » On cherche en vain l'ombre d'une justice quelconque, dans cet appareil hypocrite de tribunal. Toutes les prescriptions du code juif, et toutes les notions de la jurisprudence générale y sont outrageusement V'olées. Pourquoi cette première halte de la Voie Douloureuse, dans la maison d'Anne? De quel droit, ce beau-père du grand prêtre, qui avait payé les Romains pour transmettre à son gendre Caïphe la pourpre d'Aaron, se fait-il amener l'auguste victime? Le texte de 1 Évan^ giie, dans sa divine isimplicité, en dit plus que tous les commentaires : <( Ils lemmeoèrent chez Anne, car Anne était le beau-père de Caïphe. » Singulier motif pour faire comparaître devant lui ur»
' Jlattli. XXVI, K9-CS; Marc, xiv, 53-63.
226 EISTOIRE DE L'ÉGLISE. — l" ÉPOQUE (AN 1-312).
accusé! La loi mosaïque n'était plus qu'une affaire de famille, elle procès de Jésus commence par une dérision. Mais il fallait donner le temps aux scribes de rassembler leurs faux témoins, dans le palais du grand prêtre. La maison d'Anne était située sur la montagne de Sion, à lentrée de la cité, à un mille de la grotte de Gelhsémani. Pour y arriver, Notre-Seigneur avait dû descendre la vallée de Josaphat ; traverser le Gédron *, vis-à-vis le tombeau d'Absalom ; monter la colline du Temple, et pénétrer dans la ville par la porte Sterquiline. Quatre jours s'étaient écoulés, depuis son entrée triomphale. A peine les palmes, dont on avait jonché la route, avaientelles eu le temps de se flétrir! A Vhosanna du peuple, avaient succédé les cris de mort d'une horde infâme. Cependant, c'était toujours un roi, qui rentrait à Jérusalem. Les chaînes, dont on avait cliargé ses mains, ne sauraient étouffer sa puissance. Quel rayon de majesté divine éclate soudain, en face du tribunal de Caïphe ! « Je suis le Christ, Fils du Dieu vivant. Vous me verrez un jour, assis à la droite de Jéhovah, descendre sur les nuées du ciel! » Voilà le coup de tonnerre qui sillonne les ténèbres de cette horrible nuit, et retentit dans la conscience des juges iniques. Un lettré écrivait naguère : a Jésus n'eut jamais l'idée de se présenter aux Juifs comme Dieu. Sa mauvaise humeur contre le Temple, qu'il avait toujours détesté, lui inspira un mot imprudent, qui tigura parmi les considérants de son arrêt de mort*. » Le lettré, qui tient ce langage, a-l-il réellement lu l'Évangile? Le a mot imprudent contre le Temple » ne figura point « dans les considérants de l'arrêt de mort. » Jésus avait dit aux Juifs : « Dé-
• a Une tradition locale rapporte que notre Sauveur, en traversant le Cédron, tomba sur une pierre, qui conserva l'empreinte de ses genoux. » (M^f Mislin, Les Saints Lieux, tom. II, pag. 199.) L'impression de t^es vestige» est pea distincte aujourd'hui. Mais le lieu même de la chute s'est conservé dans le souvenir des habitants, qui le montrent encore aux pèlerins. Cette circoustance traditionnelle rappelle encore à la méraoiie la prophétie da David : De torrente in via bibet. proiAerea exaltabit caput. — Une église, appartenant aux Arméniens, occupe aujourd'hui l'emplacement de la maison d'Anne.
* Joan., XI, 18.