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truisez ce Temple, et je le rebâtirai en trois jours. Or, ajoute l'Évangéliste, il entendait parler du Temple de son corps'. » Les faux témoins cherchent à dénaturer cette parole. L'un la travestit en ces termes : « Je renverserai le Temple. » Or, Jésus n avait point prononcé cette affirmation menaçante; il avait dit hypothétiquement : « Détruisez ce Temple. » Le second témoin vient ensuite, et sa déposition établit nettement que le Sauveur parlait d'un tout autre Temple que de celui de Jérusalem, puisqu'il avait dit : « J'en rebâtirai un autre qui ne sera point l'œuvre d'une main d'homme. » Cette double déposition, mensongère et contradictoire, fut écartée. L'Evangile le dit en termes formels : Non erat conveniens testimonium illorum. Caïphe en proclame un instant après la nullité : Quid adhuc egemns iestibus? Où donc le rationalisme moderne a-t-i! trouvé des monuments inconnus, attestautque «'emot imprudent, contre le Temple, figura parmi les considérants de l'arrêt de mort? » Ce qui est, dans l'Évangile, aussi éclatant que la lumière du soleil, c'est la déclaration solennelle de Jésus : «Je suis le Christ, Fils du Dieu vivant. » Le Sauveur a gardé le silence, lant qu'il s'est agi d'accusations calomnieuses, ou de dépositions contradictoires, placées sur les lèvres vénales des faux témoins. Dans cet accusé, qui se tait, nos rhéteurs ne voient qu'un homme! Un homme, devant ce tribunal d'iniquité, aurait protesté contre i:n jugement aussi illégal. Il aurait invoqué les textes mosaïques, qui défendaient dinstruire un procès criminel la nuit; qui interdisaient absolument toutes les séances de ce genre, pendant la durée de la solennité pascale; il aurait récusé surtout, comme juge, ce Caïphe, qui s'était précédemment constitué son accusateur. Quand un témoin lui reproche d'avoir conspiré, pour détruire le Temple, Jésus se tait. Mais sait-on bien la valeur d'une telle accusation, chez le peuple juif? Le Temple de Jéhovah, c'était la aitionalité hébraïque tout entière, la loi div'^e et humaine, résumées en un monument que tous les fils d'Abraham croyaient immortel ! Pour
1 Celte remarque, fort judicieuse, est de M. Dupin : Procès de Jérns-Chrinif édit. in-32, pag. 54, 55.
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le défendre contre les légions romaines, ce Temple impérissable, onze cent mille Juifs se fixent massacrer. S'il eût été prouvé que Jésus avait songé seulement à détruire le Temple, témoins, juges, satellites et valets, l'eussent égorgé à l'instant même ! Cependant, Jésus garde le silence. D'un seul mot, il pouvait dissiper l'équivofpie et rétablir le véritable sens des paroles qu'on incriminait faussement. Ce mot ne tombe pas de ses lèvres. Quand il ouvrira la bouche, ce sera pour affirmer sa divinité, qu'il n'a cessé de proclamer, pendant les trois années de son ministère public. Il faut que le Sanhédrin sache le nom de sa victime : « Je suis le Christ Fils du Dieu vivant. Vous me verrez un jour, assis à la droite du Tout-Puissant, descendre sur les nuées du ciel. » Caïphe peut maintenant déchirer sa robe de grand prêtre. Elle ne sera jamais recousue ! Le sacerdoce d'Aaron s'en est allé en lambeaux, avec elle. C'est un Dieu, que les scribes ont jugé; c'est comme Dieu qu'ils l'ont condamné; l'unique (( considérant qui figure dans l'arrêt de mort, » c'est le titre de Dieu, que Jésus s'attribue hautement. Après cette manifestation de la divinité, le Fils de l'homme se livre aux outrages de la horde qui l'entoure. Il en est encore ainsi, et le divin Maître ne cesse de tendre la joue à qui veut le souffleter, ou l-Éi cracher au visage ! A ce signe on reconnaît toujours l'Homme- Diea !
11. « Pierre était demeuré assis dans l'atrium, dit l'Évangéliste, parmi les valets et les satellites, qui se chauffaient autour du brasier ardent. La servante du grand prêtre qui l'avait fait entrer, le considérant, à la lumière du foyer, qui se reflétait sur son visage, s'écria : Cet homme était avec Jésus ! — Et s'adressant h Pierre : Nes-tu pas, lui dit-elle, un dos disciples du Galiléen? — Non! répondit lapôtre, devant tous ces témoins. Je ne le connais pas! Femme, je ne sais ce que vous voulez dire! — Pierre se rapprocha îilors du vestibule, et en ce moment le coq chanta. Une autre servante le reconnut, et dit aux valets : Cet homme était réellement avec Jésus de Nazareth ! — Pierre étant donc revenu près du foyer, et se tenant debout, ils 3ui dirent : N'es-tu pas un de ses disciples? — Pierre le nia, une seconde fois; il en fit le serment, et dit : Non,
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je ne connais pas cet homme! — Environ une heure après, un des valets du grand prêtre, parent de celui dont Pierre avait coupé l'oreille à Geihsëmani, le reconnut à son tour. Très-certainement, s'écria-t-il , celui-ci était avec Jésus! D'ailleurs il est Galiléen. — Et s'adressant à Pierre, il lui dit : Ne t'ai-je pas vu au jardin des Oliviers avec lui? — Je ne sais ce que tu veux dire, répondit Pierre. — Sans aucun doute, reprirent les assistants, tu es l'un de ses disciples! ïu es de Galilée; ton langage te trahit! — Alors, avec des imprécations et des anathèmes, il jura encore : Je ne connais pas celui dont vous me parlez! — Aussitôt le coq chanta pour la seconde fois, et le Seigneur, se retournant, jeta un regard sur Pierre. Celui-ci se rappela la parole dite au Cénacle : « Avant le second chant du coq, tu me renonceras trois fois. » 11 sortit de l'atrium, et pleura amèrement*. »
C'est Marc, le disciple de saint Pierre, qui enregistre avec le plus de détails les circonstances de cette triple négation. Les autres évangélistes indiquent brièvement le fait. Mais la main que le prince des apôtres guide, insiste sur la chute , en note tous les incidents, en inscrit chaque phase. Quand il s'est agi des prérogatives de souveraineté, données à Pierre ; quand il était question des actes de dévouement, des élans d'amour, dont Pierre, durant trois années, avait toujours pris l'initiative, au milieu du collège apostolique, le récit de saint Marc s'arrêtait brusquement. Mais ici, c'est Pierre qui s'accuse, parla bouche de son disciple. Les pleurs, qu'il commença a verser en cette nuit, ne tarirent jamais. La tradition nous apprend qu'ils creusèrent, sur son visage, un sillon toujours humide. Rome le vit ainsi, sur la chaise curule du sénateur Pudens ; et quand on lui demandait pourquoi ses yeux étaient changés en une fontaine de larmes, il répondait par l'histoire de sa chute. Pierre pleure toujours dans l'Église; mais il n'en est pas moins le chef suprême de l'Église. Tlnous fallait, dit saint Gbrysostome, un chef qui sut, par l'expérience d'une chute personnelle,
1 Matth., XXVI, 69 ad ultim. ; Marc, xiv, 66 ad ultiio.; Luc^ XXJI, S4-62j Joaa., xYin, 25-27.
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tempérer, dans la miséricorde et la patience, la rigneur de ses justes arrêts. La voix d'une servante fit tomber le premier des papes; le tonnerre des batailles, ni la menace des conquérants, n'ont pu réussir à ébranler un seul de ses successeurs! Telle fut la divine puissance du regard fixé sur Pierre, alors que les valets de Caïphe, las de frapper leur victime, conduisirent Jésus dans le cachot du palais pontifical, pour être libres de se reposer eux-mêmes jusqu'au malin.
§ IV. Ponce-Pilate.
12. Une sentence capitale ne pouvait être rendue la nuit. La loi juive s'y opposait. Cependant la haine du Sanhédrin ne s'était point arrêtée devant cet obstacle. Clandestinement et dans l'ombre, la peine de mort venait d'être prononcée contre Jésus. Caïplie et ses scribes auraient voulu profiter des dernières heures de Ja nuit, pour consommer leur forfait; mais, libres de juger et de condamner, ils n'avaient plus le pouvoir juridique de faire tomber une seule tête. Rome, dominatrice du monde par le glaive, s'était partout réservé le droit souverain du glaive. Il fallait donc faire ratilier par le préteur romain, Pilate, la condamnation de Jésus. Or, d'après le droit romain, aucun jugement ne pouvait être rendu, avant le lever de l'aurore. « Dès qu'il fui joui-, continue 1 Évangéliste, tous les princes des prêtres, avec les anciens du peuple, les scribes et le Sanhédrin, s'assemblèrent, pour livrer Jésus ù la mort *. Toutefois un des anciens, le décurion Joseph d'Arimathie, homme juste et irréprochable qui vivait dans l'attente du royaume de Dieu, refusa son concours à leurs déhbérations et à leurs démarches ^. Jésus fut ramené dans la salle du conseil. Les juges lui dirent : Si tu es le
* u L'assemblée précédente, qui s'était tenue vers minuit daus la maisri de Caïphe, n'était composée que du Cullége des prêtres, c'est-à-dire du Cou- •eil des vingt-trois. M.iinteuant le Sanhédrin, ou grand Conseil des soixantedouze, composé des trois états en Isr.iël, va confirmer la première sentence, pour lui donner plus de poids au tribunal de Pilate. » (Sepp, La Vie de Notre' Beigneur Jénus-Christj tom. II, Dag. 400.)
s Lac, zxni, 50-51.