‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 2)Chapitre 22 sur 97 · CHAP. XI. — PONCE-PILATE · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — PONCE-PILATE

ruisselante de sang-, avait pour un instant désarmé, par le spectacle de ses souffrances, la férocité de la fodle. Mais la haine des gens du Temple était implacable, et le peuple va bientôt imiter leur fureur. « Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes et crucifiezle ! Pour moi je ne trouve aucun crime en lui. — Nous avo! p notre loi, répondirent-ils, et d'après cette loi, il doit mourir, par > qu'il se prétend Fils de Dieu ! — En entendant cette parole, les appré- ^r»,nsions de Pilate redoublèrent '. »

19i Tant que les Juifs n'avaient articulé contre Jésus que des remier

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griefs politiques,- évidemment imaginaires, Pilate s'en était raedio- toired-^Je^a?

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crement soucié. Un coup d'œil avait suffi au Romain pour se con- Piiaie, vaincre que le sceptre de Tibère ne pouvait être sérieusement menacé par un tel compétiteur. « Voilà riionime ! » dit le gouverneur, en montrant la victime épuisée, couverte de sang et de plaies. Oui, c'était l'homme tel que le péché l'a fait ! Mais le prcLeur ne songe pomt aux mystères de grâce et d'amour divin, que recèle son ironique interjection . Il espère désarmer, par le spectacle de tant de douleurs, la haine des Juifs. Un moment il crut avoir réussi; la foule, jusque-là si acharnée, garde le silence. Les prêtres seuls et leurs valets : Pontifices et ministri, vocifèrent de nouveau des cris de mort. Pilate leur répond : « Prenez-le vous-mêmes, rrucifiez-le. » Il savait bien, tout en leur accordant cette permissionj qu'ils ne voudraient point en profiter pendant la solennité pascale déjà commencée. Quoi qu'il en soit, cette concession est un second pas dans la voie d'iniquité, où le gouverneur s'engage honteusement. La fureur des Juifs, rallumée par les excitations des prêtres, lui arrachera bientôt un arrêt de mort. « Nous avons notre loi, disent-ils, et, d'après cette loi, il doit mourir, parce qu'il s'est fait 7ils de Dieu î » Sous cette parole, Pilate aperçoit des émeutes, des

i^ne Pilate montra Jésus au peuple, en disant : « Voilà l'homme! » Li galerie est haLitée aujourd'hui par je ne sais quel derviche musulman. Les chrétiens ne peuvent y avoir accès ; mais ou comprend sans peine l'émotion avec laquelle ils se prosternent au-dessous, et comme ils se représentent vivement cette scène déchirante de la Passion, » {Les Sauits Lieux, tom. 11^ pag. 213.) ' Joau., xix, 7, 8.

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rébellions, et de nouvelles guerres, pareilles à celles que, depuis trente ans, les passions religieuses n'avaient cessé de soulever en Palestine. « Ses terreurs redoublent, » dit l'Evangile : Pilatus magis timuit. Il n'est plus qu'un instrument aveugle , dans la main des grands prêtres. Leur accusation de lèse-majesté césarienne n'a pas produit le résultat qu'ils en attendaient. C'est maintenant au nom de leur loi, dont Rome a garanti rinviolabilifé; c'est par la perspective d'un soulèvement national, qu'ils vont triompher du dernier obstacle. Cependant Pilate veut interroger encore une fois l'accusé, oïl rentra au prétoire, continue l'Évangéliste, et dit à Jésus : D'où es-tu? — Mais Jésus ne lui lit point de réponse. Tu refuses de me parler? reprit Pilate. Ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te mettre en croix, ou de te renvoyer libre? — Jésus lui dit alors : Vous n'auriez sur moi aucun pouvoir, s'il ne vous eut été donné d'en haut. C'est là ce qui aggrave le péché de celui qui m'a livré entre vos mains. — Pilate cherchait toujours à le mettre en liberté; mais les Juifs poussaient de nouvelles clameurs, disant : Si vous l'élargissez, vous n'êtes pas l'ami de César. Quiconque se fait roi est lennemi de César M »

20. Une menace de dénonciation à la cour de Tibère, après la menace d'un soulèvement national, devait effrayer Pilate. La perfidie des prêtres suit, dans la manifestation populaire qu'elle dirige, une gradation savamment calculée. Pilate sait qu'un soupçon d'infidélité, transmis à Tibère par le dei'nier des espions, peul lui coûter la vie. 11 n'est pas homme à courir un tel danger, pour sauver ua innocent. « 11 fit donc sortir Jésus du prétoire, continue l'Évangile, et vint s'asseoir sur son tribunal, au lieu appelé en grec Lûhostrotos, et en hébreu Gabbalfia *. Or on approchait de la sixième

1 Joan., XIX, 9-12.

* Les Romains avaient importé, aans les villes soumises à leur sccpLrc quelques-unes de leurs habitudes militaires. On sait que César, au milieu de Bon camp, faisait paver eu mosaïque le lieu où il plaçait son tribunal. Les gouverneurs imitèrent ce luxe, dans les cités où ils régnaient. Le Lilhoslrotos (lieu pavé de pierres), en hébreu Gabbatha (lieu élevé),, était le Xyslum, d'où Pilate prononçait, du haut d'un tribunal, les sentences de mort. Cette place

CIIAP. XI.

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