‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 2)Chapitre 25 sur 97 · CHAP. XI. — LA CROIX DU GOLGOTIIA · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — LA CROIX DU GOLGOTIIA

jeté ma tunique au sort '. n Voilà ce que Jésus disait, dans son agonie divine, rattachant les prophéties d'Israël aux réalités du Calvaire, et récitant, le premier, le bréviaire de la croix, que les prêtres de TÉglise catholique répéteront sans fin, Le rationalisme, et le siècle qu'il a façonné à son image, savent-ils toutes ces choses, quand ils osent dire : « Jésus ne vit que l'ingratitude des hommes ; il se repentit peut-être de souffrir pour une race vile, et il s'écria . Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné*? » C'est à ce point d'ignorance religieuse que la France en est venue aujourd'hui ! « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font! » — « Jésus, continue l'Évangéliste, voyant que les prophéties étaient réalisées, en accomplit une dernière ^, et dit : J'ai soif! — Or, il y avait, au pied de la croix, un vase plein de vinaigre. L'un des sol- -iats accourut, y trempa une éponge qu'il attacha à une tige d'hy- 5ope, et l'approcha des lèvres de Jésus. » J'ai soif! dit Jésus. Ils m'ont abreuvé de fiel et de vinaigre ! avait écrit David. « Cependant les Juifs dirent au soldat : Laissez , voyons si ÉUe viendra le délivrer. Or Jésus, ayant pris le vinaigre, ajouta : Tout est consommé ! — Et de nouveau, poussant un grand cri, il dit : Père, je remets mon esprit entre vos mains ! — En proférant ces paroles, il inclina Ja tète, et expira*. »

24. «f Et voilà que le rideau du Temple se déchira par le milieu, nodîges Jepuis le haut jusqu'en bas; la terre trembla; les rochers se fen- mort dirent; les tombeaux furent ouverts; de saints personnages ressuscités, vinrent dans la Ville sainte, et apparurent à plusieurs. Or, le centurion, placé en face de la croix , en entendant le cri que poussa Jésus avant d'expirer, et en voyant ces prodiges,

1 Dcus. Deus meus, quare me dcreliquisli ? Ego autem sum vermù et non homo, opprobrium hominum et abjecAio plebis. Omnes videntes me deriserunt me; locuii sunt labiis et moverunt caput. Speravit in Domino, eripiat eum, salvum faciatcurn, quoniam vult eum. Sicut aqua effusus sum. Aruit tanquam testa virtus mea , et '.ingua adhœsit faucibus meis. Foderunt manus meas et pedes meos : dinumeraverunt omnia ossa mea. Diviserunt sibi vestimenta mea; et super vestem meam miserunt soriem. (Psalm., xxi, passim.)

* Vie de Jésus, pag. 424. — ^ Psalm., L.\.viii, 22.

* Maltli., x.wii, 4S-.10: Marc, xv, 33-37 ; Luc, xxni, 46; Joau., xix, 28, 30.

2o4 HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — l''"' ÉPOQUE (aN 1-312).

rendit gloire au Seigneur. Ce juste, dit-il, était vraiment le Fils de Dieu ! — La multitude, réunie sur le Calvaire, retourna à Jérusalem, en se frappant la poitrine. Cependant tous les disciples, et les amis de Jésus, considéraient de loin ce qui se passait. Avec eux, se trouvaient les femmes qui l'avaient suivi depuis la Galilée : Ma rie-Magdeleine ; Marie, mère de Jacques le Mineur et de Joseph . Salomé, la mère des fils de Zébédée '. — « Or, ajoute saint Pierre le Christ était mort suivant la chair; mais, toujours vivant dan? son âme, il alla porter la bonne nouvelle de la délivrance aux esprits captifs *. »

25. La souveraineté divine, dans la mort sur une croix, tel est le pendant de la naissance du Verbe incarné, dans la crèche de Bethjfàrc'."' léem. Nul ne ravit son âme au Fils de l'homme ; la sueur de sang à Gethsémani ; un jeûne de près de vingt heures ; les fatigues d'une marche continuelle, du jardin des Oliviers à la maison de Caïphe, de la maison de Caïphe au prétoire de Pilate, du prétoire au palais d'Hérode ; le retour au prétoire pour la flagellation ; la voie douloureuse au Golgotha ; les torrents de sang qui s'écoulent des mains et des pieds percés par les clous, des blessures ouvertes sur la tête, par les épines de la couronne, sur la poitrine et les épaules, par les crochets de fer du fouet romain ; trois heures d'agonie sur la croix, n'ont pas épuisé les forces de la victime volontaire, qui choisit elle-même l'instant de sa mort, et qui l'annonce par un grand cri : « Tout est consommé ! » — Les deux larrons, crucifiés à côté du divin Maître, n'avaient point subi cette interminable série de tortures, à laquelle nulle constitution humaine n'aurait pu si longtemps résister. On les avait tirés de leur cachot, pour les conduire au Calvaire. C'est en présence de ces réalités évangéliques, que nos lettrés n'ont pas rougi d'écrire : « L'atrocité particuhère du supplice de la croix était qu'on pouvait vivre trois ou quatre jours dans cet horrible état, sur l'escabeau de la douleur. L'organisation délicate de Jésus le préserva de cette lente agonie.

» Malth., XXVII, 51-57; Marc, xiv, 38-41; Luc. xxiil, 47-49. « Petr., Einst. i, cap. m, 18-19.

CflAP. XT. — LA Cr.OIX DU GOLGOTIIA. 255

Tout porte à croire que la rupture instantanée d'un vaisseau au cœur amena pour lui, au bout de trois heures, une mort subite < !» Ainsi parlent nos rationalistes. Du reste, ils gardent un silence absolu sur les prodiges qui signalèrent la mort de l'Hommc-Dieu ! C'est quelque chose, pourtant, qu'une obscurité soudaine, répandue, de midi à trois heures, sur la nature entière, un jour de pleine lune, où toute éclipse de soleil était inexplicable par les phénomènes naturels ! Des rochers, qui se fendent, doivent laisser une trace de leur fissure. Un tremblement de terre qui déchire le voile du Temple, é'^arte Ja pierre des tombeaux, et jette dans la consternation une foule comme celle qui remplissait alors Jérusalem, ne saurait être un fait inaperçu. En évaluant à cinq cent mille âmes ia multitude réunie dans la Ville sainte, pour la solennité pascale, on resterait au-dessous de la vérité '. Mais cette masse de témoins vivait encore, quand les évangélistes ont écrit. H a donc iallu que la notoriété des prod'ges fût parfaitement avérée, pour que les évangélistes les aient signalés, en face d'une génération contemporaine, sans craindre un seul démenti. Enfin, si tous ces prodiges étaient des fables, sauraît-on nous expliquer comment les apôtres auraient converti un seul habitant de Jérusalem à la divinité de leui' Maître? Dans quelques jours, les Juils, au nombre dteinq mille à la fois, tomberont aux genoux de Pierre, et adoreront le crucifie du Golgotha. Sans les piodiges qui entourèrent la croix du Sauveur, est-ce que ces merveilles de transformation auraient pu être si instantanées et si générales. D'ailleurs, la réalité des faits miraculeux, qui accompagnèrent la mort de Jésus, défie tout l'effort du scepticisme le plus obstiné. « En la quatrième année de la deuxième olympiade (année de la mort de Jésus-Christ), dit l'écrivain païen Phlégon, eut lieu la plus grande éclipse de soleil dont les hommes aient gardé le souvenir. Les ténèbres furent telles

I Vie de Jésus, pag. 425. L'auteur ne dit pas un mot des phénomènes qui suivirent la mort du Sauveur, et qui sont attestés par les quatre Êvangéliste*. Le silence pourrait être ici une preuve d'habileté, mais non de bonne foi.

* Sepp, La Vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, chapitre intitulé : Du nombrt des témoins de la mort du Sauveur, lom. 11, pag. 39.

2o6 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — l" ÉPOQUE (aN 1-312).

qu'on vit los étoiles au milieu du jour; l'horreur de cette longue obscurité fut redoublée par un tremblement de terre *. » — a Sous le règne de Tibère, dit Pline l'ancien, un tremblement de terre, tel qu'on n'en vit jamais de mémoire d'homme, renversa douze villes en Orient*. » Témoin oculaire d"une échpse qui déconcertait toutes les règles de l'astronomie, Apol'ophane, observant ce phénomène, en Égj'pte, où il se trouvait alors, sécriait : a Ce sont là des changements surnaturels et divins ^1 » Aujourd'hui encore le rocher du Golgotha, qui se tendit, à la mort du Sauveur, présente à tous les géologues une preuve palp.ible de la vérité du récit évangélique. « Cette déchirure, que j'étudiai avec le plus grand soin, dit M. de Saulcy, est verticale. Elle forme une ligne ondulée, dans la direction de l'est à l'ouest. Ce qu'on peut en apercevoir, en longueur, a environ un mètre soixante centimètres. La plus grande largeur est. de vingt-cinq centimètres. Il y a une preuve matérielle que cette déchirure n'est pas une veine naturelle, entre deux couches parallèles de rocher ; c'est que, selon la loi des corps divisés violemment dans la direction verticale , la largeur de la fente va en diminuant, depuis le haut jusqu'en bas. S'il était possible de rapprocher les deux parties séparées, elles se rejoindraient parfaitement, les angles saillants correspondant aux angles rentrants*. » Un géologue anglais disait à son tour : « J'ai fait une longue élude des lois physiques, et je suis assuré que les ruptures de ce rocher n'ont jamais été produites par un tremblement de terre ordinaire et naturel. Un ébranlement de ce genre eût séparé les divers lits, dont la masse est composée ; mais c'eût été en suivant les veines qui les distinguent, et en rompant leur liaison, par les endroits le.s

» Hieron, In Chronicon Eusebii, Patrol. latin., tom. XXVII, col. 572.

* Hist. nat., lib. II, cap. Lxxxiv. Ou peut joindre au témoignage de Pline, i.elui de Tacite : Sedisse immensos montes, visa in arduo que jjlana fuerint, effulitsse inter ruinain ignés memorant. (Annal., 11^ cap. XLVii.j Suétone s'exprime de même : Asiœ, disjectis terra molu duodecim civitatibus. (Suoton., Tiherius. cap. XLViii,) Les témoignages identiques de Thallus et de Philoponus ont ité conservés par Georges le Syncelle. (Africau apud Syncel., pag. 322.)

3 Dionys., Ep. vu, ad Polycaiyum, Patrol. grœx.. om. III, col. 1081. —♦Do Saulcy, Dict. des Antiq. bibl., col. 772.

Page 1