CHAP. XI. — LA SÉPULTURE
plus fîai.bles. Ici, c'est tout autre chose ; le roc est partagé transversalement ; la rupture croise les veines, d'une façon étrange et surnaturelle. U est démontré, pour moi, que c'est l'efifet d'un miracle, que ni l'art ni la nature ne pouvaient produire. Je rends grâces à Dieu de m'avoir conduit ici, pour contempler ce monument de son merveilleux pouvoir, ce témoin lapidaire de la divinité de Jésus- Christ*. » Quel livre que l'Evangile! Les pages en sont gravées «ur les rochers; les preuves en sont enregistrées par l'histoire du monde; les prodiges qu'il raconte ont pour témoin l'univers entier! Tertullien, pour convaincre l'incrédulité païenne de son temps, disait aux Romains ; « Vous avez, dans vos archives publiques, le récit de la catastrophe qui marqua la passion de Jésus * 1 » Saint Cyrille de Jérusalem, un siècle plus tard, s'écriait ; « Si l'on veut nier qu'un Dieu soit mort ici, qu'on regarde seulement les rochers déchirés du Calvaire ^ ! » Nous comprenons maintenant pourquoi le rationalisme actuel ne parle point des prodiges qui accompagnèrent la mort du Sauveur I
§ Yli. Ia «époltiire.
26. Aussitôt après la mort de Jésus, continue l'Évangéliste, « le LeCruH décurion, Joseph d'Arimathie, homme riche et considéré pour sa ^aie'ducœM piété el sa justice, celui des anciens qui n'avait pas voulu prendre ' *** part aux dernières délibérations du Sanhédrin, parce qu'il attendait le royaume de Dieu, vint courageusement trouver Pilate , et lui demanda le corps de Jésus. Pilate, étonné que Jésus fût déjà mort, manda le centurion. Jésus est-il mort? lui dit-il. — Sur la réponse affirmative de l'officier, Pilate fit donation du corps à Joseph *. » Il pouvait le lui vendre. Les préteurs et les proconsuls romains faisaient d'ordinaire payer aux parents ou aux amis des suppliciés la faveur que Pilate accorde ici gratuitement. D'un seul
* Addison, De la religion chrétienne, tom. H; Mt* Mislin, Les Saints Lieux^ tdiD. Il, pag. 264. — »Tertull., Apologetic, cap. xxi; Patrol. latin., tom. I, col. 401. — a g. Cyrill. HierosoL, Calèches, xviii, Patrol. grœc. , tom. XXXIII, col. 820. — * Matth., Xivn, 57-58; Marc, xv, 43-45; Luc, xxill, 50-52. V. 17
238 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — l'* ÉPOQUE (AN 1-312).
mot : Vonavit, «il en fit la donation, » l'Évangile nous retrace tout un système de jurisprudence et de tyrannie oubliées. Une autre expression de l'écrivain sacré n'est pas moins remarquable. Joseph d'Arimathie avait jusque-là , dit saint Jean, soigneusement dissimulé ses relations avec Jésus, de peur d'encourir la haine et la vengeance des Juifs : Discipulus Jesu, occuUus autem, propter meium Judœmwn. Maintenant il est plein de courage ; il s'avoue hautement disciple du crucifié , et se présente comme tel chez Pilate : Audacter introivit ad Pilatum. Les prodiges du Calvaire avaient relevé le cœur des amis de Jésus, en même temps qu'ils consternaient ses ennemis. « Comme on était au jour de la Parasceve, reprend l'Évangeliste, et que le lendemain était le grand sabbat, les Juifs ne voulurent point que les corps demeurassent suspendus à la croix, pendant la solennité. Ils demandèrent à Pilate de faire rompre les jambes aux condamnés, pour qu'on pût les enlever. Les soldats vinrent donc ; ils brisèrent d'abord les jambes des deux larrons, pour les achever. Mais, remarquant que Jésus était déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes. Toutefois, l'un deux lui ouvrit le côté d'un coup de lance ; de l'eau et du sang jaillirent aussitôt de la blessure. Celui qui raconte ce fait l'a vu de ses yeux, et son témoignage est véritable. Ainsi furent accompHes les paroles de l'Écriture : « Vous ne briserez point les os de l'Agneau pascal *, » et cette autre* : « Ils verront celui qu'ils ont transpercé '. »
Qu'est-ce que ce nouveau scrupule des pharisiens et des prêtres? Pourquoi craignent-ils maintenant le cadavre de celui dont ils ont voulu la mort? Il y a, dans leur précipitation, et dans leur dé-
1 Exod., XII, 46; Numer., ix, i2. — s Zachar., xil, 10.
^ Joan., XIX, 31-36. Une des chapelles de l'église du Saint-Sépulcre, à Jé« usaleni; porte le nom de chapelle de Saiut-Longin. Le nom du soldat romain, lont la lance perça le cœur du divin Maître, était Longinus. On lit au Mar- .yrologe romain, sous la rubrique du 15 mars : Cœsareœ in Cappaclocia, passio tancti Longini, militis, qui latus Domini lancea perforasse perhibelur. [Martyrol, tom., 25 martii; BoUand., eodem die; Valmer, tom. X, Tract. 48.) La lance, ou hasta romaine, qui perça le cœur de Jésus, est aujourd'hui conservée i Rome, dans la l}a6ilique de Sainte-Croix de Jérusalem.