‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 2)Chapitre 27 sur 97 · CIIAF, XI. — LA SÉPULTURE · texte numérisé non relu

CIIAF, XI. — LA SÉPULTURE

marche auprès de Pilate, un aveu de teneur suprême. Les convulsions de la nature ; le voile du Temple déchiré par le milieu, en deux parts égales, à l'heure où le prêtre commençait le sacrifice du soir * ; les ténèbres de ce jour sanglant; les tombeaux entr'ou- Terts; tous ces prodiges ont jeté dans leur âme une consternation indicible ! Ils ont hâte de faire disparaître les traces de leur forfait. Naguère ils s'écriaient : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » Ils ne se faisaient aucun scrupule de violer la sainteté du Jour de la Préparation! Maintenant ils ont peur de la croix silencieuse et du sang qu'ils ont versé ! Pour abréger les tortures des condamnés, les Romains avaient coutume de leur rompre les jambes avec une barre de fer, ou de leur assener sur la poitrine un coup de massue. Cela s'appelait \&coup de grâce. Mais Jésus était mort. Le soldat, pour mieux s'en assurer, lui perce le cœur du fer large et recourbé de sa lance romaine. De l'eau et du sang jaillissent de la blessure. Au point de vue physiologique, c'était un signe infaillible de la mort , puisque le sang décomposé laisse échapper la partie séreuse. Mais la blessure du cœur de Jésus avait une signification divine pour le salut du monde. Le sang divin, et l'eau de la grâce qui s'en échappent, sont deux sources d'immortalité, ouvertes à ïamais pour les générations fidèles! 27. « Vers le soir, dit l'Évangile, Joseph d'Arimathie vint pour Lasépuitnw

* « Dans le premier Temole, bâti par Salomorij il n'y avait qu'un rideau, suf le mur qui séparait le sanctuaire du Saint des saints. Mais lorsque, après la cajjtivité de Babyloae, on reLâtit le Temple sous Esdras, comme on ne savait, plus si le rideau était suspendu autrefois eu dedans ou en dehors du mui';, et si ce mur lui-même était posé sur le sol du sanrtuaire, ou sur celui du Saint des saints, on plaça deux rideaux , l'un intérieur, l'autre extérieur, en laissant vide l'espace intermédiaire. Sous l'action électrique du tremblement de terre, le prêtre qui entrait dans le hechal (sanctuairel pour le sacrifice du soir, au moment précis (trois heures) où Notrc-Seigneur expirait sur la croix j dut voir les deux rideaux se partager du haut eu bas, et le Saint des saints s'ouvrir; ce qui, dans le premier Temple, n'aurait pu arriver sans que le mur tombât. L'évangéliste saint Marc désigne le rideau qui se déchira, sous le nom grec de KaTaTté-cacrixa. Or, c'est précisémeut le nom du voile intérieur du Saint des saints, tandis que le rideau extérieur du sanctuaire s'appelait KàXy(ji[i,«. » (Sepp, La Vie de Noire-Seigneur Jésus-Chrùt^ tom. Il, pag. 48.)

260 msTOinE DE l'église. — I" ÉPOQUE (an J-312).

^ar Joseph enlever le corps de Jésus. Il était accompagné de Nicodème, ce i Kiwdème, docteur qui avait eu, dès la première année du ministère public, im entretien nocturne avec Jésus. Nicodème apportait pour la sépulture, environ cent livres d'une composition de myrrhe et d'aloës. Joseph avait acheté un suaire neuf, dont il enveloppa le corps de Jésus, après l'avoir détaché de la croix. Joseph et Nicodème l'entourèrent eu suite de bandelettes, avec les aromates, selon le rit d'ensevelissement des Juifs. Or, au lieu même du Calvaire, Joseph s'était fait creuser, dans le roc, un sépulcre où personne n'avait encore été déposé. Comme l'heure où finissait la Parasceve, et où le lever des étoiles allait marquer le commencement de la Pâque, était proche, Joseph se hâta de porter le corps dans le sépulcre, à l'entrée duquel il roula une grande pierre, et se retira. Cependant les femmes galiléennes, assises en face du sépulcre, virent déposer le corps dans le tombeau. Elles se retirèrent ensuite , dans l'intention de préparer les aromates et les parfums pour la sépulture définitive. Mais, afin d'obéir aux préceptes de la loi, elles demeurèrent en repos durant toute la journée du sabbat *. » Joseph d'Arimathie, un membre du Sanhédrin, Nicodème, un

» Matth., xxvii, 57-61; Marc, xv, 40-47; Luc, xxiii, 49 ad ultim. ; Joan., XIX, 38 ad ultim. « Ou arrive aujourd'hui, dit Ms' Mislin, à l'emplacement de la croix par plusieurs escaliers, qui ont de douze à dix-huit marches. En descendant du Calvaire, on trouve immédiatement la Pierre de ronction, sur laquelle Joseph d'Arimathie et Nicodème oignirent le corps de Jésus. Cette pierre, maintenant recouverte d'une table de marbre rougeâtre, n'a que quelques pouces d'épaisseur; elle est longue de huit pieds, et large de deux. Le saint sépulcre est à soixante-trois pieds de la Pierre de l'onction. En entrant dans le saint sépulcre, une petite porte conduit d'abord dans la ChO' pelle de l'Ange; une pierre qui est au centre indique le lieu où se tenait l'ange, quand les saintes femmes, portant des parfums, vinrent voir le •épulcre. Jusqu'à l'époque de Constantin, la Chapelle de l'Ange était une grotte naturelle, qui fut rasée pour faire place au monument qu'on y éleva. En a"vançant un peu, on se trouve dans une petite chapelle de deux mètres de largeur. La partie qui est à droite est occupée parle saint sépulcre, lequel est couvert d'une table de marbre, brisée par le milieu; quatre personnes peuvent se tenir agenouillées à côté. La voûte et les parois sont revêtues de marbre, ainsi que le tombeau. Une quantité de lampes d'or et d'argent brûlent constamment dans ce sanctuaire; et des fleurs toujours renouvelées y Répandent leurs parfums. » {.Les Saints Lieux, tom. II, pag. 260-270.)

CllAP. XI. — LA SÉPULTURE. 261

docteur de la loi, ensevelissent de leurs mains le supplicié du Calvaire. Qu'était-ce donc que Jésus? Ces deux illustres personnages, qui s'étaient tenus cachés pendant la vie de Jésus, se montrent courageusement à sa mort. Les apôtres s'effacent au sépulcre. L'Évangile ne les mentionne même pas. Ils étaient là pourtant; puisque saint Luc, quelques lignes plus haut, nous a dit : o Les amis de Jésus se tenaient à quelque distance de la croix, avec les femmes de Galilée, et observaient de loin tout ce qui se passait *. » Mais les apôtres expient la lâcheté de leur fuite à Gethsémani ; avec Pierre, ils se taisent et ils pleurent. Au milieu des femmes assises à l'entrée du sépulcre, était Marie, la mère de Jésus,;devenue en ce jour la mère des douleurs. Elle reçut, dans ses bras défaillants, le corps ensanglanté qu'elle avait adoré à la crèche de Bethléem. Les sept paroles de son Fils sur la croix, comme sept glaives, avaient transpercé son cœur. Mais ses angoisses sont silencieuses, comme l'avaient été ses joies. Le fils adoptif, qui lui a été légué sur le Calvaire, ne soulève pas lui-même, dans son Évangile, le voile de douleur sous lequel s'enveloppe la compassion de Marie. La reine du ciel traverse l'océan d'amertume qui doit sauver le monde, sans qu'une parole révèle la sublimité de son sacrifice. Seuls, 'es prophètes ont décrit à l'avance ce martyre de l'amour maternel : «0 vous qui passez sur le chemin, contemplez et voyez s'il est une douleur semblable à ma douleur ' ! » Le manteau d'humihté de la Vierge-Mère est aussi impénétrable que les ténèbres qui s'e'lendaient, en cette lugubre nuit, sur la cité déicide !

28. Le silence du tombeau de Jésus inquiétait encore la haine et la lâcheté des Juifs. Sans craindre de violer le repos légal, en ce jour où la Pâque coïncidait avec le sabbat, et les princes des prêtres et les pharisiens, continue l'Évangéliste, se réunirent le lendemain chez Pilate. Seigneur, lui dirent-ils, nous nous souvenons que ce séducteur, lorsqu'il vivait, a dit : «Je ressusciterai le troisième jour. » Veuillez donc faire garder son tombeau pendant les trois premiers jours; autrement ses disciples viendraient enlever secrè-

« I.uc, xxiii, 48-49. — * Thren., i, 12.

262 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — I^* ÉPOQUE (aN 1-312).

tement le cadavre, et diraient au peuple : Il est ressuscité d'entre les morts! Ce serait une seconde erreur, pire que la première! — Pilate leur répondit : Vous avez une garde. Allez. Placez vos satellites comme vous l'entendrez ! Ils allèrent donc au Golgotha , apposèrent leur sceau sur la pierre du monument, et y placèrent des gardes *. n

a Détruisez ce Temple, avait dit le Sauveur, et je le rétablirai en trois jours. » Telle fut la parole que le Sanhédrin avait recueillie comme un blasphème, et voulait faire passer pour une conspiration contre la souveraineté de Jéhovah. Aujourd'hui, les bourreaux reconnaissent eux-mêmes le véritable sens du prétendu blasphème. Mais Pilate s'indigne de leur mauvaise foi. « Allez, leur dit-il, placez vos gardes comme vous l'entendrez! » Ils espéraient que le gouverneur romain leur éviterait le scandale public qu'ils durent donner, en allant eux-mêmes, le jour du sabbat deux fois saint, enfreindre la loi du repos mosaïque, et contracter ostensiblement l'impureté rituelle, au contact du tombeau d'un supplicié. Mais Pilate se repent déjà d'avoir cédé une première fois à leurs suggestions perfides. Les prodigieux événements dont la mort de Jésus avait été le signal, troublent la conscience du préteur. La garde du Temple était à la disposition des princes des prêtres. Ils s'en étaient servis, sans autorisation, pour arrêter Jésus; ils peuvent l'employer, comme ils l'entendront, pour surveiller la tombe de leur victime. C'est le sens de la réponse de Pilate. Ils allèrent donc, ces scrupuleux pharisiens, qui défendaient à Jésus de guérir un paralytique ou un aveugle-né, le jour du sabbat; ils allèrent, en ce sabbat pascal, le plus auguste de tous, sceller du cachet authentique de leur haine déicide, le tombeau du Golgotha! Ils y postèrent des sentinelles, afin que la résurrection divine fût eniom-ée de témoins plus irrécusables! -

tMatth., zxvir, 62 ad altiuie '.

Page 1