‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 2)Chapitre 4 sur 97 · CHAP. VIII. — PARABOLES · texte numérisé non relu

CHAP. VIII. — PARABOLES

valu dans la Synagogue. Il nous est ordonné d'aimer nos amis, disaient les rabbins ; donc, par une raison inverse, il nous esl prescrit de iiaïr nos ennemis. En conséquence, le nom de (jentils^ indistinctement donné par les Juifs h toutes les races étrangères, exprimait dans leur bouche un sentiment de mépris identique à celui que renfermait le mot de Baibare chez les Romains et les Grecs. En dehors de la descendance d'Abraham, un Hébreu professait pour le reste du genre humain une invincible horreur. En outre, il y avait, de Juif à Juif, une distinction sophistique, dont le pharisien de l'Évangile nous donne la clef. Un vrai serviteur de Jéhovah ne considérait comme Rea, ou prochain, qu'un homme au moins aussi juste que lui-même. La mesure de l'affection fraternelle d'un pharisien, établie ainsi sur la base de l'égoïsme, se trouvait en fait ne s'appliquer jamais à personne. Tel est le sens réel du dialogue qui s'établit entre le divin Maître et le docteur de la loi. Cet hypocrite débute par professer qu'il aime Jéhovah « de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces et de tout son esprit. » Qui donc sera le prochain d'un adorateur si fidèle, d'un si parfait disciple de Moïse, d'un si vertueux enfant d'Abraham? Évidemment, en adressant cette demande à Jésus, le docteur de la loi « faisait parade de sa justice, » comme dit l'Évangile ; mais il formulait en même ieraps une interrogation captieuse. Si le Sauveur répondait que tous les Juifs étaient le prochain d'un tel juste, il fournissait un prétexte plausible de renouveler contre lui l'accusation de flatter les pécheurs, dans une pensée vulgaire de popularité. S'il répondait que le prochain d'an juste ne pouvait être qu'un autre juste dun mérite égal, il perdait sa réputation de bienveillance et de charité miséricordieuse, qui lui attirait les bénédictions de la foule.

34. Le Verbe incarné renverse en se jouant cet échafaudage de La Mùntêi perfidie étroite et vindicative. Dans le désert qui séparait Jérusa- la'routVdo lem de Jéricho, environ à quatre lieues de celte dernière ville, se àJériabo. trouvait un passage tristement fameux par les sinistres dont il était le théâtre. On le nommait Adommim on « Montée du sang. » Les rochers qui l'entouraient offraient une retraite inexpugnable aux

56 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — l" ÉPOQUE (AN 1-312).

bandes de brigands, qui fondaient sur les voyageurs isolés et rc nou^elaient chaque jour leurs attentats impunis. Les Romains clo vèifent plus tard en ce lieu une forteresse, où un poste de soldat veillait à la sécurité publique. C'est là que le Sauveur transporte rimagination de ses auditeurs, dans la parabole du bon Samaritain. Le choix d'un fils de Samarie, exerçant la miséricorde sur un Juif blessé, n'est pas moins significatif. Entre un enfant d'Abraham et un païen, il y avait encore une possibilité de contact. Le Temple de Jérusalem recevait les offrandes des Gentils, mais il repoussait absolument celle d'un Samaritain. Tel est le prochain que Jésus donne à ce docteur de la loi, si orgueilleux de sa vertu, si profondément retranché dans ses haines de secte et dans ses antipathies nationales. Dès qu'un Samaritain pouvait être le prochain d'un Juif, et réciproquement, toutes les barrières de séparation entre les races étaient brisées. La charité universelle, ce mot et cette idée si inconnus alors, rapprochait toutes les distances, réunissait toutes les âmes, et fondait sur la terre le règne de l'amour des hommes en Dieu. « Allez et faites de même, » dit Jésus au pharisien. Parcourez le monde, vous n'y trouverez que des frères. Dans la communauté des misères d'ici -bas , apportez l'effusion d'une miséricorde universelle. Le genre humain était vraiment ce blessé de Jéricho, abandonné sur le chemin des siècles, couvert de plaies par la violence de Satan. Jésus venait panser ses blessures, avec l'huile de sa grâce et le vin fortifiant de son sang rédempteur. Et pourtant Jésus n'était aux yeux des Juifs qu'un Samaritain, un excommunié, un maudit. Combien de fois n'avaientils pas répété au Fils de l'homme les injurieuses dénominations de Samaritain et de démoniaque ! Voilà pourquoi sans doute le divin Maître voulut se représenter lui-même sous les traits du bon Samaritain.

Lhériingc 35. "Or, quelqu'un d'entre la foule, reprend le texte sacré, dit à

entre dtui n • i

frèrts. Jésus : Maître, ordonnez a mon frère de partager avec moi son

Paraboles des . , . .

serviteurs héritage. — Hommc , répondit Jésus , qui m a constitué , entre

vigilaiilf, et i (. • r^ -,

ju dispensa- VOUS, pour être votre arbitre ou faire vos partages? Et s adressant

teor ioCdèle.

au peuple, il dit : Voyez à vous mettre en garde contre tout senti-

CIIAP. VIII.

PARAliULES. 57

ment d'avarice. Car la vie ne dépend, en aucune sorte, de l'abondance des biens que l'homme possède. — Il leur proposa a'ors celte parabole : Un riche vit un jo^ir ses campagnes chargées de fruits : et il s'entretenait dans son espérance, se disant à lui-même : Que vais-je faire? Je n'ai pas un emplacement assez vaste pour contenir une récolte si abondante! — "^ oici ce que je ferai, ajoutat-il. Je vais abattre mes greniers et en construire de plus grands. J'y entasserai tous les produits de mes champs et tout ce que je possède. Ensuite je dirai à mon âme : Ame, tu as en réserve des biens suffisants à plusieurs années, repose-toi, bois, mange, et jouis du plaisir des festins ! — Or Dieu dit à cet homme : Insensé, cette nuit on va te redemander ton ûme ! A qui appartiendra tout ce que tu as amassé ? Telle est l'image de l'avare, qui thésaurise pour soi et n'est pas riche selon Dieu. — Aussi, continua-t-il, en s'adressant à ses disciples : Je vous le dis : N'ayez nul souci de la vie matérielle, ne vous préoccupez ni de votre nourriture ni de vos vêtements. La vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement. Considérez les corneilles des campagnes: elles ne sèment ni ne moissonnent; elles n'ont ni granges ni celliers. Cependant Dieu leur donne leur pâture. Or combien ne leur êtes-vous pas supérieurs? Est-il un seul d'entre vous qui puisse, avec tous ses soins, ajouter seulement une coudée à sa taille? Si donc votre sollicitude est impuissante pour les moindres choses, pourquoi vous inquiéter des autres? Comment croissent les lys des vallées? Ils ne travaillent ni ne tilent. Cependant Salomon, dans toute sa gloire, ne fut pas vêtu comme l'un d'eux. Mais puisque Dieu décore ainsi une plante qui sera coupée demain et jetée au four, combien plus ne fera-t-il point pour vous, hommes de peu de :'oi? Ne vous mettez donc pas en peine de ce que vous aurez à manger ou à boire, et ne vous perdez point en calculs superflus. Tels sont les vains soucis des nations de la terre. Pour vous, votre Père sait que vous avez besoin de toutes ces choses. Cherchez donc d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît. Ne craignez pas, petit troupeau; car il a plu à votre Père de vous donner un voyaume. Allez donc, vendez ce que vous aveï

58 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — l" ÉPOQUE (AN 1-312).

eJ distribuez-le en aumônes. Faites-vous des bourses que le temps ne consume point; amassez des trésors impérissables pour le Ciel, là où les voleurs ne sauraient avoir d'accès, ni les vers exercer leur ravage. Cai cù est votre trésor, là aussi sera votre cœur. Portez la ceinture à vos reins et tenez en main la lampe allumée. Vous êtes semblables à ces hommes qui attendent le moment où leur maiire revient de la cérémonie nuptiale, afin de lui ouvrir la porte aussitôt qu'il sera revenu et qu'il aura frappé. Bienheureux les serviteurs que le maître trouvera éveillés! En vérité je vous le dis, le maître se ceindra lui-même, les fera asseoir à sa table, et passant de l'un à l'autre, les servira de sa main. Qu'il soit revenu à la seconde ou à la troisième veille, il n'importe. Heureux seront les serviteurs vigilants ! — Si le père de famille savait l'heure à laquelle le voleur doit venir, il veillerait de même et ne laisserait point envahir sa maison. Soyez donc prêts et veillez vous-mêmes, car lo Fils de l'homme viendra à l'heure où vous n'y songerez pas. — Seigneur, demanda Pierre, est-ce à nous seulement ou à tous en général que s'adresse cette parabole? — Jésus répondit : A quelle marque pensez-vous qu'on reconnaîtra un dispensateur fidèle et ;sùr, établi par le maître pour avoir la direction des esclaves, et distrilmer à chacun, au temps prescrit, sa mesure de froment? Heureux le serviteur que le maître, au retour, trouvera occupé à :ses fonctions! Je vous le dis, en vérité, le maître lui confiera l'administration de tous ses biens. Mais si l'infidèle dispensateur se dit : Mon maître sera longtemps sans revenir! s'il commence à frapper serviteurs et servantes, à manger, à boire, à s'enivrer, le maître reviendra au moment où nul ne l'attendait. Il fera mettre à ]>art l'insolent dispensateur, et le jugera avec les autres esclaves mfidèlcs. Ceux qui auront reçu directement les instructions du .maître, et ne les auront pas remplies, seront flagellés plus rigoureusement. Les autres, à qui le maître n'avait pas transmis directement ses ordres, et dont la conduite aura été répréhensible, -fieront punis, mais avec moins de sévérité. Car on exige beaucoup de celui à qui on a beaucoup donné ; on redemande davantage à qui on a plus confié. Pour moi je suis venu jeter le feu

Page 1