‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 2)Chapitre 5 sur 97 · CHAP. VIII. — PARABOLES · texte numérisé non relu

CHAP. VIII. — PARABOLES

sur la terre. Quelle est donc ma volonté sinon de le voir allumé partout? Je dois être baptisé d'un baptême de sang, et quelles ne sont pas mes angoisses jusqu'à ce qu il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre? Non, je vous l'affirme, mais la division. Désormais, sur une famille de cinq membres, trois seront d'un côté, deux de l'autre : division du père contre le fils, du fils contre son père, de la mère contre sa fille, de la fille contre la mère, de la belle-mère contre la bru et de celle-ci contre la belle-mère '. »

36. Nous n'avons pas voulu couper par des réflexions importune'^ ''^ Jt""-^^ cette page évangélique. 11 faudrait en relever chaque parole, si fj',',|,' l'on voulait noter tous les traits de mœurs locales, qui en attestent l'autlienticité. La loi d'hérédité, chez le peuple juif, était éminemment protectrice de la famille. Les propriétés foncières, comme on dirait de nos jours, n'étaient presque jamais partagées ; elles étaient dévolues à l'aîné, qui avait droit en outre à la moitié des biens meubles. La civilisation hébraïque, dont la force exceptionnelle et la persistance vraiment phénoménale étonnent nos jurisconsultes modernes, dut beaucoup à ce principe éminemment conservateur. Peu importe que nous ayons^ sur ce point, des idées diamétralement opposées! Nous n'avons pas le droit de refaire le passé à notre taille. Au reste, un bras de mer sépare ici les deux plus puissantes nations de notre Europe, et s'il fallait juger les deux sj^stèmes contradictoires par leurs résultats, l'avantage social seraitil de notre côté ? Quoi qu'il en soit, Jésus éconduit llsraélite qui voulait le prendre pour juge, et l'Église catholique, héritière de l'autorité de son divin Époux, laisse aux législations civiles toute latitude à cet égard. Les biens, que le Verbe incarné apporte au monde, ne sont pas de cette nature. Le Sauveur est venu distribuer aux hommes l'héritage des cieux, il les laisse se disputer à leur fantaisie les héritages de la terre. Insenséf:, qui songent à agrandir leurs demeures, la nuit même oià Dieu va redemander leur âme'I Cependant le Verbe fait chair n'entend point exclure son Église du

» Luc, XII, 13-53. ; Mattli., xxiv, 42-46-

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domaine des choses d'ici-bas. 11 y a longtemps que le sophisme exploite ce préjugé, et qu'au nom de Jésus lui-même, il aspire à dépouiller la divine Épouse du Christ. Le Sauveur a léfuté d'avance ces doctrines mensongères. « Ne craignez pas, petit troupeau, dit-il, car il a plu à voire Père de vous donner un royaume. » Que n'a-t-on pas fait, depuis dix-huit siècles, pour arracher à l'Église son royaume? que n'a-t-on pas dit, pour reléguer le prêtre dans le confessionnal, l'évêque dans la sacristie et le Pape aux catacombes? «Ne craignez pas, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner un royaume. Cherchez d'abord le règne de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît. » Jamais prophétie ne s'est plus manifestement réalisée, et 'amais, en dépit de toutes les convoitises humaines, ne s'est plus solennellement maintenue. 11 faut le redire à notre siècle, comme on le disait au temps de Frédéric II, ou d'Henri IV d'Allemagne. L'expérience s'esi faite sur la plus large échelle qu'aucune commission scientifique puisse imaginer. Chaque tyrannie vulgaire a voulu découronner l'Église, la spolier, et remplacer le sceptre qu'elle porte à la main par un bâton de mendiant. Plus d'une lois des prétentions de ce genre ont trouve pour complice la plus haute des puissances de ce monde, le génie. Une teUe situation vaut la peine d'être sérieusement examinée. L'Église est touiouvslQ p7isillus grex, dont parlait le Sauveur. La force matérielle lui manque ; le plus mince des hommes d'État peut se donner la joie d'insulter à cette faiblesse, et de la iuuler aux pieds. Mais voilà le miracle. L'ÉgUse délrônée, vaincue, en apparence anéantie, se relève toujours, le diadème au front, et le sceptre à la main. Heureuse quand il lui est donné de bénir la tombe de son persécuteur repentant ! La soUdarité divine entre le gouvernement du ciel et celui de l'Église est un fait attesté par le témoignage le moins contestable, celui de 1 histoire. L'Eglise de Jésus-Christ est aujourd'hui le plus ancien des royaumes de l'Europe. Elle préexiste à tous les autres, comme elle a survécu à ceux qui sont tombés. A moins de nier l'évidence, on ne saurait le méconnaître. Elle a sur les autres l'immense avantage de croire, dune foi divine, à sa propre immortalité. Pourquoi donc

CriAP. VIII. — PARABOLES. Çl

tout ce qui veut vivre, tout ce qui aspire à la durée ne comprendil pas l'absolue nécessité de s'appuyer sur la seule force qui ne passera jamais?

37. Cependant la royauté de l'Église est la seule qui ne connaisse Déinii?

, ^ de mœura

m repos, ni trêve, m transaction avec les passions conjurées. Les locaiea. autres pouvoirs vivent de compromis : mais Jcsus a fondé son éditlce immortel sur le principe opposé. « Pensez-vous, dit-il, que je sois venu apporter la paix sur la terre? Non, je vous lailirme, mais la séparation. » Étrange procédé de gouvernement! Cependant l'Eglise est debout. Qu'on veuille donc enfin y réfléchir, et, no fût-ce qu'au point de vue de l'intérêt politique, qu'on accorde à ce phénomène sans exemple l'honneur d'une attention moins superficielle. L'Évangile a inauguré dans le monde une lutte, qui commence au cœur de chaque individu, se prolonge dans chaque famille, et éclate au sein de ioutes les sociéiés. Lulte immortelle do la vérité contre le mensonge, de la vertu contre le crime, du dévouement et du sacrifice contre la mollesse et la sensualité, de rordre contre le désordre, du devoir contre la licence, de Tcsprii contre la chair, de Dieu contre Satan ! L'histoire, depuis Jésus- Christ, n'est que le champ clos de ce grand duel. Qui pourrait dénombrer tous les ennemis, dont l'épée, le génie, ou la plume se sont usés sur l'armure invincible de l'Église ? Voilà pourquoi Notre-Seigneur disait à ses Apôtres : « Portez la ceinture à vos reins. » La tunique orientale, large et flottante, avait besoin d'être relevée à la taille et serrée dans une ceinture, pour se prêter à l'activité d'un ministère vigilant et laborieux. Telle sera, jusqu'à la fin des âges, l'attitude de l'Église. Pierre, qui doit en être le chef visible, veut connaître, au juste, l'étendue de la responsabiHté qui lui incombera. Est-ce lui seulement, et les Apôtres, qui devront veiller et combattre? Le divin Maitre lui répond par une autre allégorie, empruntée à L'économie domestique de ce temps. Les riches propriétaires établis en Judée , depuis l'invasion romaine , employaient de nombreux esclaves à la culture de leurs champs. Ces exploitations rurales, véritables colonies serviles, étaient surveillées par un préposé, qui dirigeait les travaux et distribuait, chaque

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mois *, au nom du maître, la provision de blé correspondante aux besoins des diverses familles. Ce préposé n'était lui-même qu'un esclave; s'il faisait preuve de zèle et d'une véritable capacité, il pouvait devenir intendant gcnéral, et, ce jour-là, il voyait briser ses chaînes; l'afix-anchissement lui rendait la liberté. Telle est l'allusion renfermée dans la parole du Sauveur : u Heureux cet esclave, jue le maître trouvera ainsi fidèle à ses devoirs! En vérité je vous .8 dis, le maître lui confiera l'administration de tous ses biens. " Mais, le plus souvent, ces esclaves ne profitaient de leur élévation que pour se livrer à l'instinct brutal et aux appétits grossiers, que la servitude développe dans les âmes. Ils faisaient peser leur autorité sur leurs compagnons d'esclavage. « Le maître ne reviendra de longtemps! disaient-ils. Et ils accablaient de coups serviteurs et servantes ; passant les jours à manger, boire et s'enivrer. » Cependant le maître revenait en6n. Juge suprême, sur sa terre, ayant droit de vie ou de mort sur tous ses esclaves, il réservait, pour le préposé inQdèle, les rigueurs les plus dures de Vergastulum et les I;Ius nombreuses distributions de coups de fouet; ce qui ne l'empêchait pas de punir les délits des autres esclaves, mais avec moins de sévérité, car, dit Notre-Seigneur : « On exige beaucoup de celui à qui l'on a beaucoup donné, on demande davantage de celui à qui on a plus confié. » Donc la responsabilité, dans le gouvernement de l'Église, se proportionne à la grandeur des fonctions. Le maître qu'on sert, est Dieu; nul ne saurait tromper son regard, surprendre sa vii:ilance, ni égarer sa justice. "Voilà pourquoi les tentatives d'influence, ou de corruption Immaine, échoueront toujours devant les successeurs de Pierre, à qui il fut dit : « Que servirait à l'homme de gagner l'univers, s'il perd son âme ? » Le Maître viendra à l'heure la moins prévue. Il jugera le serviteur coupable, et lui infligera des supplices d'autant plus grands que l'administration dont il avait la charge était plus éminente.

' L'expression latine Mensura, dérivée de Mensis « mois, » se rattache éty« mologiquement à ces distributions mensuelles de vivres, faites aux esclaves. Le Denisnsu7n, mesure légale, équivalant à cinq boisseaux, représentait la quantité de blé mensuellement fourme à cliaaue esclave.

CHAP. VIlî. — LA FÊTE DES ENCÉNIES. 63

§ \. La f£te des Encénics.

38. « Or, continue l'Évaneéliste, on célébrait la fête des Encénies . Is&iji à Jérasalem. L'hiver était venu, et Jésus se promenait dans le Temple, sous le portique de Salomon. Les Juifs donc l'entourèrent et lui dirent : Jusques à quand tiendrez-vous notre esprit dans l'incertitude ? Si vous êtes le Christ, dites-le-nous ouvertement. — Jésus leur répondit : Je vous parle, et vous ne croyez point. Les œuvres que je fais, au nom de mon Père, suffisent à rendre témoignage de moi. Mais vous ne croyez point, parce que vous n'êtes pas de mes brebis. Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle; elles ne périront jamais, et nul ne les ravira de ma main. Mon Père qui me les a données est plus grand que tout; nul ne saurait rien arracher à la main de mon Père. Or le Père et moi nous sommes un. — Alors les Juifs prirent es pierres pour le lapider. Jésus reprit : J'ai accompli sous vos ux, par la vertu de mon Père, un grand nombre de bonnes uvres. Pour laquelle, en particulier, me lapidez-vous? — Non, s'écrièrent-ils. Ce n'est pour aucune de vos bonnes œuvres que nous voulons vous lapider. C'est à cause de votre blasphème. C'est parce qu'un homme, tel que vous l'êtes, se proclame Dieu. — Jésus leur répondit : Ne trouve-t-on pas, dans votre loi, cette parole : ^ « o ai dit : Vous êtes des Dieux *? » Si donc l'Écriture est un monument inviolable, et si elle appelle dieux ceux à qui la parole du Seigneur a été adressée, comment osez-vous accuser de blasphème celui que le Père a sanctifié, et envoyé dans le monde, parce qu'il vous dit : Je suis le Fils de Dieu? Si je ne fais point les œuvres de mon Père, ne me croyez pas; mais si je les fais, alors même que vous voudriez rejeter mon témoignage, croyez mes œuvres, et reconnaissez que le Père est en moi, et moi dans le Père. — Après ce discours, ils cherchaient à le mettre à mort, mais il 8'échappa de leurs mains, et sortant de Jérusalem, il se dirigea vers les frontières de la Judée, pour gagner l'autre rive du Jourdain *. »

» Psaltn., Lxxxi, 6. — > Joau., x, 22-39; Mdtth., xil.

64 HISTOIRE DE l'ÉGLISE. . I"® ÉPOQUE ( AN 1-312).

Koni 39. Le récit évanerélique est étroitement lié aux détails les plus

et origine <.^ j i

e la fête des intimes de l'histoire juive. Le Testament Ancien constilue une sorte

Cncénies.

de commentaire perpétuel, qui illustre le Testament Nouveau. CetiC connexion,, entre le passé d'Israël et les faits de l'époque messianique, est lune des preuves les plus manifestes de l'authenticité dt l'Évangile. Voilà pourquoi il est absolument indispensable aujour d'ûui de reprendre l'étude trop négligée de l'histoire biblique. La génération actuelle, en France, ne connaît l'Ancien Testament que par des manuels, appelés « classiques, » et qui, en réalité, sont des résumés de résumés. On dirait que la révélation divine a fait peur à notre siècle; on l'a réduite en doses inGnitésimales, comme ces poisons énergiques qu'une science récente a trouvé le secret de résoudre en granules presque impondérables. La vérité s'eflace, dans les intelligences, au moyen de ces dilutions systématiques. On a fait disparaître de la sorte les preuves les plus direclemen' appréciables de l'authenticité des Évangiles. Qu'on demande à l'ur des milliers de jeunes Httérateurs à brevet, qui sortent chaque année de nos écoles, ce qu'était, à Jérusalem, la fête des Encénies. Aucun n'en saura même le nom. Heureux s'il ne songe pas à se glorifier de son ignorance, et s'il n'accueille pas, avec un sourire de mépris, un terme aussi évidemment légendaire que celui d'Encénies! 11 est temps de sortir enfin les âmes, rachetées par le sang de Jésus-Christ, de cette pédagogie étroite et incomplète. Quand mie époque se montre si orgueilleuse de sa propre science , il ne lui est pas permis de demeurer aussi profondément étrangère à la seule science indispensable , celle du salut. La solennité des Encénies rappelait aux Juifs une date mémorable de leur existence religieuse et nationale. La persécution d'Antiochus-Épiphane avait banni Jéhovah de son Temple. Le culte mosaïque avait cessé dans la ville sainte, et l'on sacrifiait à Jupiter et à Vénus, sur l'autel du Dieu vivant. Les prêtres égorgés, les Hébreux fidèles réduits en esclavage, le nom même de la loi interdit comme un cri de rébel lion; tous les massacres, toutes les violences, toutes les atrocité( avaieat rempli la Judée de terreur et de larmes. Au milieu de 1î défection, ou du découragement génJral, un héros s'était levé sur

CHAP, VIII. — LA fêtî: des encénies. 65

les rochers de Modëïn. Avec une poignée de braves, Judas Macliabée o?a arborer le drapeau proscrit de Jëhovah. Sans alliés , sans espérance humaine, sans antre appui, sur la terre, que son grand cœur et une épée mise au service d'une cause sainte, il lutta contre la puisï^ance triomphante d'un monarque qui régnait sur les trois quarts de l'Asie. Or trois ans, jour pour jour, après que le premier .sacrifice idolâtrique avait été offert à Jupiter Olympien sur l'autel des holocaustes, le vingt-cinquième du mois de Casleu (27 novembre), Judas Machabée, vainqueur du tyran de sa patrie, efTaçait les traces des profanations impies dont le Temple avait été le théâtre. Tous les Juifs fidèles remplissaient les parvis. Au chant des hymnes saints, aux sons harmonieux du kinnor, de la lyre et des cymbales, l'autel nouveau fut consacré. L'holocauste et les sacrifices furent accomplis, selon le céi'émonial mosaïque. La foule prosternée adorait le Seigneur; les cantiques d'allégresse et de reconnaissance s'élevaient jusqu'au ciel *. Les fêtes se prolongèrent durant huit jours, et cette rénovation si soudaine et si inespérée emprunta à la langue même que les Syriens hellénistes avaient importée en Palestine son nom significatif d'Fncénies ('Eyxalvta « Renouvellement, » en hébreu : Hanucca). L'ennemi n'avait pas eu le temps d'user, en l'honneur des idoles, toute la provision d'huile, tenue en réserve pour les usages du Temple. Cette circonstance avait redoublé les transports de la joie nationale. Pendant les huit jours de la fête, l'illumination de l'édifice sacré fut permanente. La ville entière voulut s'associer à cetle démonstration pieuse, et des lampes allumées brûlèrent nuit et jour aux far.ides de toutes les maisons. De là, le nom de Fête des Lumières, donné aussi à la solennité des Encénies. Judas Machabée et ses frères, réunis en assemblée nationale , avec les descendants d'Aaron , ordonnèrent qu'à l'avenir Israël célébrerait, pendant huit jours, cet anniversaire sacré. Telle était cette Dédicace du Temple de

> Mach , IV, 36 ad ullimuin. Nous avons reprofhiit, pourTorigiae de la fè^«i des Encénies et la description du portique de Salomon, les détails préeédemmeut donnés par nous dans l'Histoire générale de PÉglise, tom. III, pag. 664- 6GG, et tom. IV, pag. 147, 148.

Le portique de Salomon.

Jérusalem, image de la Dédicace des Églises chrétiennes, célébrée aujourd'hui dans tout l'univers.

40. Chaque mot de l'Évangile est un trait d'authenticité. « On était en hiver, » dit le texte saint. En effet, la saison des pluies commence, pour la Palestine, vers le milieu de novembre '. « Jésus se promenait sous le portique de Salomon. » Voici , d'après l'historien Josèphe, la description des parvis, élevés par Hérode autour du Temple de Jérusalem. C'est un témoin oculaire, un prêtre juif, qui nous retrace les magnificences dun monument qui fut le berceau de son enfance, Tasile respecté de sa jeunesse, et dont le souvenir, survivant aux désastres de la ruine, arrachait des larmes à sa vieillesse. « Les portiques du Temple, dit-il, furent l'ouvrage le plus étonnant dont les hommes aient jamais. entendu parier. Les portes extérieures, ouvrant sur les parvis, formaient de grands et magnifiques arcs de triomphe, auxquels étaient suspendues des tentures de soie, décorées de fleurs brodées en pourpre, et de colonnes fîgm"ées dans le tissu. Au-dessus des corniches courait une vigne d'or massif, dont les grappes pendantes émerveillaient le spectateur, plus encore par leur admirable travail que par la richesse de la matière. Tout le périmètre de l'enceinte sacrée était entouré d'un mur de pierre de taille , soutenant, sur la face orientale, un double portique, aussi long que le mur lui-même, et faisant

1 Les Juifs, dit le docteur Sepp, partageaient l'année en six saisons; « la moisson » (avril et mai); « l'été » époque des grandes chaleurs (juin, juillet et août); « les semailles » (septembre, octobre); « l'hiver » ou les mois des pluies depuis le 13 Casleu (novembrej jusqu'au 13 Sebeth (janvier) ; enfin « la saisou des froids secs » (février et mars). (Sepp, Vie de Notre-Seigneur Jésus- Christ, tom. M , pag. 191.) Voici du reste le tableau des mois hébraïques, de l'année sainte :

1 Nisan ou Abib, 30 jours = Mars.

2 Ijar 29

3 Sivan 30

4 Tammus 29

5 Ab 30

6 Elul. 29

7 Tisri 30 jours = Septembre

id.

= Avril.

8 Markesvan..

id.

= Octobre.

id.

= Mai.

9 Casleu

id.

= Novembre.

id.

= Juin.

10 Tebeth . . . .

id.

= Décembre.

id.

= JuUlet,

11 Sebeth

id.

= Janvier.

id.

= Août.

12 Adar

id.

= Février.

Tous les trois ans, l'année avait treize mois. Le mois supplémentaire était de treize jours, et s'appekit Vé-Adar, ou second Adar.

CnAP. Vlir. — LA FETE ' £S ENCÉNIES. 67

face à la porte d'cnlrde du Temple proprement dit, dans l'axe de laquelle rayonnaient tous les parvis extérieurs. Le côté sud-est servait d'appui au portique de Salomon, qui était triple, et s'étendait dans toute la largeur de la vallée du Tyropéon. Le mur de quatre cents coudées de hauteur (216 mètres), qui soutenait ce portique , avait été construit par Salomon. Voilù pourquoi le nom de ce prince fut conservé au nouvel édifice, bâti par Hérode. De ce point, la vue plongeait dans un véritable précipice. A cette hauteur naturelle, déjà si considérable, Hérode ajouta l'effrayante surélévatii n du parvis, en sorte que, si, de la plate-forme supérieure, on cherchait à mesurer du regard la profondeur totale, la tête était prise de vertige '. Quatre colonnades- parallèles régnaient d'un bout à l'autre du portique de Salomon. Le diamètre de chaque colonne était tel qu'il fallait trois hommes pour les embrasser; leur hauteur était de vingt-sept pieds, et leur fût, couronné de chapiteaux corinthiens, portait vers la base une double spirale. Elles étaient au nombre de cent soixante-deux. En raison même du parallélisme des colonnes, disposées quatre par quatre, le portique était triple ; les deux arcades latérales étaient de proportions semblables, et avaient chacune trente pieds de large, un sîade ^ de long, et plus de cinquante pieds de haut. L'avenue centrale avait le double, en hauteur et en largeur, de sorte qu'elle dominait complètement les deux autres. Le faîte était orné de sculptures sur bois, en haut relief, et de dessins variés. Celui de la travée du milieu était fortement relevé, les murs supérieurs étant coupés par l'architrave et divisés par des colonnes engagées; le tout d'une architecture si merveilleuse, que ceux qui iront pas vu cet édifice ne peuvent croire ce qu'on en rapporte ; tandis que ceux qui l'ont vu

1 C'est le faîte du portique de Salomon que l'Évangile nomme le Pinnacuhim Templi, sur lequel Satan trausporUi le divin Maître, en lui proposant de se précipiter sans crainte parce qu'il est écrit : «Jéhovaha donné à ses anges l'ordre de vous soutenir sur leurs ailes. »

'^ Le stade olympique dont Josèphe parle ici représentait dans notre système métrique actuel 184", m". La coudée hébraïque valait 20 pouces ou 0,540 millimètres de nos mesures actuelles.

68 HISTOreE DE L'ÉGLISE. — l'* ÉPOQUE (aN 1-312).

trouvent toules les descriptions au-dessous de la réalité. Le sol étai*

entièrement pavé en mosaïques *. »

Harmonie 4j . Nous Comprenons maintenant pourquoi le portique de Saloévan.5 lique mou , à l'exposition sud-est du Temple, était fréquenté de préfémœurs et les renco par les Juifs dans la saison d'hiver. Les moindres particula-

!cis juives.

rites du texte saint s'adaptent ainsi merveilleusement dans le cadre de 1 histoire. L'impossibilit' absolue d'une supposition apocryphe de l'Évangile ressort manifestement de la perpétuelle harmonie d'ensemble et de détails, entre le récit de l'écrivain sacré et les réalités contemporaines de la civilisation hébraïque. L'attitude de plus en plus embarrassée des Juifs, en face de la personnalité auguste du divin Maître, n'est pas moins significative. D'après la théorie du rationalisme moderne , Jésus n'a fait aucun miracle. Ainsi, l'éclatante guérison de l'aveugle-né n'avait point alors ému l'opinion des habitants de Jérusalem. Les pharisiens et les princes des prêtres n'avaient eu aucun prétexte de manifester leurs craintes et leurs antipathies vis-à-vis du Sauveur. Comment donc les Juifs se pressent-ils sous le portique de Salomon , entourant Jésus et disant: a Jusques à quand tiendrez -vous notre esprit dan? l'incertitude? Si vous êtes le Christ, dites-le-nous sans détour! » Le Christ que les Juifs attendaient devait faire des miracles. Le; prophètes l'avaient ainsi annoncé. « Jéhovah, votre Dieu, viendri. lui-même, avait dit Isaïe, et il vous apportera le salut. Alors les yeux des aveugles seront ouverts; l'oreille des sourds entendra; le boiteux bondira comme le cerf agile; la langue des muets sera déliée. Les hommes rachetés par Dieu se convertiront^. » Tel était le signalement prophétique du Messie. Tout le monde le savait à Jérusalem. Si donc Jésus n'eût fait aucun miracle; s'il n'eût point ouvert les yeux de l'aveugle-né; s'il n'eût point opéré un seul dea prodiges de miséricorde dont l'Évangile contient le récit, nul n'aurait songé à voir en lui le Christ tant désiré. Cependant les Prophètes eux-mêmes avaient été thaumaturges. Le signe du miracle n'était pas le seul auquel on dût reconnaître le Messie. La descrip-

> Joseph., Antiq. judaic, lib. XV, cap. xiv. — ^ Isaï., xxxv, 4, 6, 10.

CIIAP. YITI. — LA FÊTE DES ENCÉNIES. 69

tion des splendeurs de la royauté du Fils de David, si éloquemment Iracée à l'avance par les écrivains inspirés, s'accordait fort peu alors avec l'humililé du Fils de l'homme, qui n'avait point où reposer sa tête.' Les Juifs hésitaient donc. « Jusques à quand, disent-ils, prolingerez-vous notre anxiété et nos incertitudes? Si vous êtes réellement le Christ, déclarez-le ouvertement! » Jésus répond à cette demande catégorique, avec une majesté souveraine. Il affirme, pour la vingtième fois, sa divinité. Mais les Juifs voulaient bien d'un Chx^ist, fus de David; ils ne voulaient pas d'un. Christ, Fils de Dieu. Encore aujourd'hui les enfants de Jacob répètent, comme une accusation d idolâtrie dirigée contre les chrétiens, la parole de Moïse : a Écoute, Israël. Jéhovah, notre Dieu, le Seigneur est un '. » Le mystère de l'unité divine, dans les splendeurs fécondes de la Trinité, demeure fermé à leurs regards, comme il l'était à ceux de leurs ancêtres. « Quoi ! vous êtes un homme, et vous osez vous proclamer Dieu ! » s'écrient-ils, et toutes les mains s'arment de pierres pour lapider le blasphémateur. Or, le seul heu du monde où l'apothéose fût alors regardée comme un crime était Jérusalem. Rome, Athènes, Alexandrie, toutes les cités de l'Orient et de l'Occident, depuis Antioche jusqu'à la Lugdunum des Gaules, étaient peuplées d'autels érigés en 1 honneur du dieu Tibère. César, assassiné par sou propre fils, était dieu; Auguste était dieu, Livie était déesse; faites donc composer 1 Évangile par un auteur étranger aux lois et aux mœurs juives ! Imaginez , pour les récits évangéliqnes, un autre théâtre que celui de la Judée; d'autres acteurs que les fils d'Abraham; un autre milieu que la civilisation mosa'ique !

* Deuteron.. Vî, 4,

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