CHAI', I. — SAINT PIERRE A I.A PORTA SPECIOSA. 3 H
yeux, il été guéri. Jésus-Christ est «la pierre rcjotée cle votre édifice et devenue le sommet de l'angle *. » En aucun autre ne se trouve le salut; parce que Dieu n'a donné nul autre que lui dont le nom puisse nous sauver. — L'intrépidité des apôtres déconcerta les juges; ils savaient que Pierre et Jean étaient des hommes illettrés, d'origine vulgaire ; ils les reconnaissaient pour avoir fait partie des disciples de Jésus. Cependant ils voyaient debout, près des apôtres, l'infirme miraculeusement guéri ; ils ne pouvaient le contester. Enfin ayant donné l'ordre de les faire sortir de la salle du Sanhédrin, ils délibéraient entre eux. Que ferons-nous de ces gens? dirent-ils. Le prodige accompli par eux est connu de tous les habitants de Jérusalem ; il est manifeste, et nous ne pouvons le nier. Cependant, de peur de le divulguer davantage, intimidons ces hommes par des menaces, et défendons-leur de parler à qui que ce soit au nom de Jésus. — Rappelant donc les apôtres ils leur intimèrent la défense absolue de parler ou d'enseigner au nom de Jésus. Mais Pierre et Jean répondirent : Est-il juste de vous obéir plutôt qu'à Dieu ? Jugez-en vous-mêmes, sous le regard du Seigneur. Pour nous, ne pas dire ce que nous avons vu et entendu, nous ne le pouvons ! — Les juges redoublèrent alors de menaces, et finirent par les mettre en liberté. La crainte de soulever le peuple ne leur permettait pas de sévir, car la foule exaltait unanimement le miracle qui venait d être opéré sur cet infirme, âgé de quarante ans, "^•t perclus dès le sein de sa mère ^. »
Le Non possumits apostoHqne, qui retentit pour la première fois aux oreilles d'Anne et de Caïphe, sera répété à toutes les puissances hostiles par les successeurs de saint Pierre. Ce n'est point une déclaration d'impuissance, une formule d'inertie ou de stérile immobilité. Dites àl'astre radieux de voiler sa lumière et de suspendre sa marche triomphante dans les régions du ciel! 11 répondra comme l'Église catholique : Non possumus ; et il inondera de clarté et de vie 3es frêles contradicteurs. L'Esprit-Saint, envoyé par Jésus-Christ pour gouverner l'Église, est le soleil des inteUigences, le principe
» Psalm., II, 1, 2. — « Ad., iv, 5-23.
de toute vie spirituelle, la force divine qui agit dans les unies. Pierre et Jean ne peuvent résister à son énergie, rétouJBTer dans le silence, l'éteindre dans la lâcheté d'un compromis avec les princes, les docteurs et les scribes. Chose remarquable ! On a toujours demandé à l'Eglise, au nom de la politique humaine, de se taire, de voiler son enseignement, de couvrir de son silence les projets coupables ou les faits accomplis. L'Église a invariablement et partout répondu par la même déclaration : Non possumus. Or, depuis dix-neuf siècles, cette réponse a suffi pour assurer le triomphe de l'Église et la ruine de ses ennemis. Le Sanhédrin d'Anne et de Caïphe a fait le tour du monde, il ne réussira jamais h enchaîner la libre action et la divine indépendance du catholicisme.
17. « Les deux apôtres revinrent trouver les frères, et leur dirent toutes les paroles du prince des prêtres et des anciens. En entendant ce récit ils élevèrent à Dieu leurs voix, dans une prière unanime. Seigneur, dirent-iis, c'est vous qui avez créé les cieux et Iff terre et les mers et tout ce qu'ils renferment ! Vous avez dit, pai l'Esprit-Saint et par la bouche de David notre aïeul et votre serviteur : « Pourquoi les nations ont-elles frémi ? pourquoi les peuples ont-ils médité de vains complots? Les rois de la terre se sont levés, les princes se sont réunis contre le Seigneur et contre sou Christ. » Voici qu'en effet, dans cette cité, Hérode et Ponce-Pilate, de concert avec les Gentils et le peuple d'Israël, se sont unis contre Jésus, votre Fils, votre Christ. C'est ainsi qu'ils ont accompli les décrets de votre Providence. Et maintenant, Seigneur, entendez leurs menaces, et accordez à vos serviteurs la grâce d'annoncer, sans fai» blir, votre parole. Étendez la main, pour que des guérisons, des signes et des prodiges s'opèrent au nom de votre Fils, le Saint, Jésus ! — Comme ils priaient ainsi, la terre trembla au lieu où ils étaient assemblés ; tous furent remplis de l'Esprit-Saint; et ils annonçaient la parole de Dieu avec un courage invincible *. »
La prière, telle est l'arme léguée à l'Église par les apôtres. Contre toutes les menaces, contre tous les envahissements, contre
^AcU, IV, 23-31.
CÎÎÎAP. r, — ANANfAS ET SAPIJIRÂ. 313
toutes les persécutions, les apôtres et leurs successeurs n'ont que la prière. C'est là un glaive que le rationalisme moderne dédaigne profondément. Toutefois, le sol tremble sous l'action de la prière catholique; l'Esprit-Saint descend du ciel, et donne, avec la force du martyre, l'assurance de la victoire aux opprimés. La grâce, fille de la prière, est l'auxiliaire céleste qui transforme la faiblesse humaine et enfante les héros de la foi.
§ IV. Ananias et Saphira.
18. (( Or la multitude des croyants n'avait qu'un cœur et qu une Mort d'Ana.
a riîis et
âme. Aucun d'eux n'appelait sien ce qu'il possédait, mais tout était deSaphira. commun entre eux. Avec une vigueur héroïque, les apôtres rendaient témoignage ' de la résurrection de Notre-Seigneur Jésus- Christ, et la grâce était grande parmi tous les fidèles. Nul, dans leur sein, n'était indigent; car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, en apportaient le prix et le déposaient aux pieds des apôtres. 11 était ensuite réparti entre les frères, selon les besoins de chacun. Un lévite, originaire de l'ile de Chypre, Joseph, surnommé par les apôtres Barnabe (c'est-à-dire : Fils de Consolation) avait un champ; il le vendit, en apporta le prix et le déposa aux pieds des apôtres ^. Or un Juif, nommé Ananias, de concert avec Saphira, sa femme, vendit un champ et, fraudant sur le prix, avec sa comphce, il en apporta seulement une partie, qu'il déposa aux pieds des apôtres. Mais Pierre lui dit: Ananias, pourquoi Satan s'est-il emparé de ton cœur, te portant à mentir à l'Esprit-Saint et à détourner une portion du prix de la vente? Ce champ, demeuré entre tes mains, n'était-il pas à toi, et, vendu, son prix ne t'appartenait-il pas tout entier? Comment donc as-tu pu concevoir un pareil artifice ? Ce n'est point aux hommes, c'est à
' 'AheSCôoijv to (iapruptov. Le témoignage apostolique s'appelle martyre. C'était le nom que Jésus-Christ lui avait donné. Nous faisons cette remarque une dernière fois pour que le lecteur puisse parfaitement se rendre compte de la langue nouvelle introduite dans le monde et perpétuée par l'Église catholique. — ^ Ad., iv, 32 ad ultim.
Dieu que tu as menti ! — En entendant ces paroles, Anani.is tomba à la renverse et expira. Tous les assistants furent saisis d'efïroi. Or quelques jeunes gens prirent le cadavre, et l'emportèrent au lieu de la sépulture. Un intervalle d'environ trois heures s'écoula. L'épouse dAnanias, ignorant l'événement, entra à son tour. Pierre lui adressa la parole : Femme , dis-moi , est-ce tant que vous avez vendu votre domaine? — Oui, répondit -elle, tant. — Pierre reprit : Comment vous êles-vous ^- ncertés tous deux, pour tenter l'Esprit du Seigneur? Voilà que le p ed des jeunes gens qui ont enterré ton époux heurte le seuil; ils vont te porter toi-même au tombeau. — Subitemenî Saphira tomba aux pieds de l'Apôtre, et rendit l'âme. En cet instant, les jeunes gens rentraient ; la voyant morte, ils l'emportèrent et l'ensevelirent près de son époux. La terreur fut grande dans l'assemblée, et parmi tous ceux qui apprirent cet événement. »
19. « L'Église de Jérusalem, dit saint Chrysostôme, nous offre, à son berceau, le spectacle de la république des anges. » Le tien et le mien disparaissent de la langue chrétienne, et les apôtres, qui ont renoncé à tout pour Jésus-Christ, voient affluer à leurs pieds les trésors qu'ils apprennent à dédaigner. Le trait le plus saillant du caractère juif est l'attachement aux richesses. La race qui sacrifia jadis au veau dor a pu abjurer depuis les autels idolâtriques, mais elle a obstinément gardé le culte de l'or. La transformation absolue et instantanée des Juifs convertis est donc un miracle dans l'ordre moral, qui suffirait seul à prouver la réalité des autres prodiges opérés par les apôtres. Quelle n'eût pas été la destinée d'Israël, comme nationalité, si tout l'ensemble du peuple, imitant les huit mille chrétiens, fût venu se prosterner aux pieds de saint Pierre ! D un premier élan, les fils d'Abraham, les héritiers directs de la promesse, atteignent les sommets de la perfection évangélique. Un au n'était pas encore écoulé depuis qu'un jeune Israélite, de famille princière, aspirant à une fortune plus haute que celle de ses aïeux, à une félicité que la richesse et les honneurs de la terre ne donnent pas, avait consulté le Sauveur. « Si vous voulez être parfait, lui avait dit Jésus, allez, vendez tous vos biens, donnez-en le prix aux
CIIAI». T. — A^^'.^•IAc; ET SAniIiU. 31^
pauvres; vous aurez ainsi un trésor dans le cie]. Venez alors et suivez-moî. » Découragé par l'austérité de celte parole, le jeune homme s éloigna triste et ne revint plus. Toute une vie k briser, pour en faire le sacrifice absolu à Dieu et au prochain, avait épouvanté sa faiblesse. Et voilà que huit mille Hébreux, à la voix du chef des apôtres, accomplissent maintenant, dans l'allégresse et la simplicité du cœur, cet acte de vertu héroïque. Tant il y avait de ressort dans ces âmes trempées par la discipline mosaïque, et préparées par les merveilles du Testament Ancien aux prodiges de l'Alliance nouvelle ! Si le mouvement de conversion, en se généralisant, eût pu entraîner la nation entière, Jérusalem fût resiée la capitale religieuse du monde. Mais le déicide avait marqué du sceau de la réprobation la descendance de Juda. « Sauvez-vous de cette génération perdue, » disait saint Pierre, et ceux qui entendirent sa parole vendirent tout et suivirent Jésus. Ce lut le petit nombre. Gomme les passagers, menacés par la tempête, jettent leurs trésors à la mer, ainsi firent les premiers chrétiens de Jérusalem. Nous verrons bientôt leurs i/ères d'Asie et d'Europe multiplier les collectes, pour avenir au secours de cette pauvreté vo'ontaire.
20. Quoi qu'il en soit, la vie commune, dans le renoncement et ongino
^ . . 1 . "^^ ordre*-
l'obéissance, nous apparaît comme le premier fruit de :a doctrme -.eiigieux. évaugélique et de l'efiusion de l Esprit- Saint sur la terre. Telle est l'origine sacrée des ordres religieux, du cénobitisme, des couvents, des congrégations, des maisons de mortification, de retraite et de prière. Le rationalisme les injurie en les craignant; le protestantisme leur porte envie en les repoussant; la politique humaine les craint parfois, les combat presque toujours, et recherche particulièrement l'occasion de les dépouiller. Au nom de la liberté, car dans cette guerre les contradictions ne manquent pas, au nom de la hberté donc on refuse à des chrétiens le droit de disposer comme ils l'entendent de leurs biens, de leur vie tout entière, pour le service de Jésus-Christ et des pauvres. Au nom de la propriété, on dénie à un riche le droit d'user de sa fortune en faveur des indigents ses frères. Au nom de la société, ou proscrit les associations tlo prières, de jeûne et de charité. Au nom de l'autorité, on inteidit
le vœu d'obéissance ; au nom de la morale, celui de chasteté ; et pendant que le paupérisme ronge à la racine nos modernes civilisations, on croit tout sauver en persécutant la pauvreté volontaire I n faut en vérité l'aveuglement d'une haine irréfléchie, et qui depuis longtemps ne se raisonne plus, pour ne pas voir que si les ordres religieux n'entraient pas essentiellement dans le plan de la consti^ tution évangélique, ils eussent succombé sous reffort d'une cons» piration aussi persévérante et d'une réunion si étrange d'ennemis. Que dis-je? N'aurait-elle jamais eu d'autres adversaires que lea faiblesses de la nature et les penchants mauvais du cœur, cette avant-garde du catholicisme, qui a maintenu jusqu'à nous l'étendard de' la perfection évangélique, noblement arboré par l'Église primitive de Jérusalem, se fût affaissée depuis longtemps sous ses propres ruines ! Mais la parole de Jésus-Christ est aussi efficace aujourd'hui qu'elle l'était du temps de saint Pierre. Il y a maintenant et il y aura jusqu'à la consommation des siècles « des propriétaires de maisons et de champs qui les vendront, et en apporteront le prix aux pieds des apôtres. » — « A leurs pieds, dit encore saint Chrysostôme, non pas entre leurs mains. Aux pieds ! C'est ainsi qu'ils entendent manifester leur foi, leur amour, leur respect pour la majesté apostolique; estimant mille fois plus l'honneur d'être reçus par elle qu'ils n'estiment la valeur de ce qu'ils lui offrent. Allez donc vous prosterner aux pieds des saints! Toucher leurs pieds est plus honorable que de baiser les autres hommes à la joue. Quoi ! un coupable se réfugie aux pieds de la statue impériale, pour obtenir sa grâce, et vous n'irez pas, pour obtenir le salut, embrasser les pieds de celui qui porte en soi le Christ ! » Ainsi deux mots du livre des Actes suffisent à condenser tous les sentiments généraux qui ont perpétué dans l'Église, avec l'héroïsme du renoncement absolu, l'institution vraiment catholique du respect. Un religieux de nos jours se prosterne aux pieds de son supérieur, comme les fidèles de Jérusalem se prosternaient aux pieds des apôtres. De tous les points du monde, le successeur de saint Pierre voit accourir des multitudes qui s'honorent en baisant les pieds du vicaire de Jésus-Christ. Luther et Calvin ont beau crier à l'idolâtrie papiste ;
CnAP. I. — ANANIAS ET SAPHIRA. 317
I leurs clameurs ne sauraient efifacer la page immortelle où saint liuc a retracé les actes de foi et de piété viriles des premiers I chrétiens.
I 21. La notion de l'autorité apostolique, si clairement exprimée ^^^^^^^^f^;;,^
Idans le récit des Actes, échappe au protestantisme *. Elle n'est '•pyj^^J'^f
pas mieux comprise par notre école rationaliste : mais par delà ces ^^jF°^\';
deux courants, quasi fraternels, qui s'unissent pour renverser j^^*;j« j'^^^^^
l'œuvre de Jésus-Christ, un bruit s'élève, pareil à celui des grandes moJerne
i vouTxu vi'o u^ , y 1. -^ communisme,
eaux, le jour des inondations. Le communisme social , cette traduction, à l'usage des masses, de la doctrine de la raison pure et de l'examen individuel, domine de sa voix formidable les arguties scolastiques de Luther et les théories des libres penseurs. Le communisme, voilà le grand ennemi de nos civihsations actuelles. Il épouvante aujourd'hui les mains qui ont libéralement nourri son enfance. Le lion populaire fait peur à ses premiers maîtres. Et ce n'est pas sans motif. Que répondrait toute la dialectique des universités protestantes à un raisonnement comme celui-ci : Vous m'avez appris que la parole biblique est la seule règle de notre conduite ; vous m'avez enseigné que ma conscience individuelle est l'unique interprète de cette parole. Or je lis, au hvre des Actes des Apôtres : « La multitude des croyants n'avait qu'un cœur et qu'une âme. Nul n'appelait sien ce qu'il possédait : tout était commun entre eux. Plus de pauvres dans leur sein; car tous les propriétaires vendaient leurs champs et leurs maisons, ils en apportaient le prix et le déposaient aux pieds des apôtres. On partageait ensuite, selon les besoins de chacun. » Voilà la règle de conduite que j'adopte : elle est claire. Je la traduis par le système du commnisme universel, du partage absolu et immédiat de toutes les H.rtunes; et ma conscience n'est pas seule à interpréter ce texte Biblique, d'ailleurs si lumineux. Je m'appelle légion! — «Cette
1 M Écartons d'abord, dit M. de Pressensé, toute notion sacerdotale... Le » christianisme ne reconnaît d'autre prêtrise que celle du Chrisl, coiiunuuiquée » par la foi au chrétien. » (E. de Pressensé, Histoire des trois premiers siècles de l'Église chrétienne, 1860, ouvrage couronné par l'Académie française, toiût I^ pag. 375.)
communauté des biens, répondrait timidement quelque ministre, n'avait rien d'absolu, ni d'obligatoire : elle était basée sur un libre consentement. Les paroles de Pierre à Ananias montrent que tout ici était libre. Et cette communauté des biens n'était pas absolue, car nous voyons l'Église réunie dans la maison de Marie, mère de Marc*. » (Act., xii, 12.) Il vous plaît, dirait le communiste, selon l'instinct naturel à tout prorriétaire conservateur, de mitiger une doctrine qui vous effraie. Mais pour juger que cette communauté des biens n'avait pas le caractère obligatoire, où est votre critérium ? 11 vous semble que cela résulte de la réponse de Pierre à Ananias. Pierre, en efifet, s'exprime ainsi '. « N'étais-tu pas libre de garder ton cbamp? Et même, après que tu en eus fait la vente , n'étais-tu pas libre d'en retenir tout le prix? » Mais il me semble, à moi, que cette réponse n'a nullement le sens que vous lui prêtez. Pierre ne forçait personne à se faire chrétien, Ananias pas plus que les autres. Ananias pouvait donc garâer son champ, ou le vendre à son gré, pour en placer le prix comme il l'entendrait. Mais Ananias ne pouvait entrer dans la société nouvelle, dont Pierre était le chef, sans vendre tout son bien, ni sans en apporter intégralement le prix à la communauté. La preuve, c'est que Pierre punit de mort la soustraction frauduleuse faite par Ananias. Vous ajoutez que la communauté des biens n'était pas absolue parmi les chrétiens de Jérusalem. 11 vous semble que cela résulte d'un verset des Actes (xii, 12) où je lis : « Pierre se rendit à la maison de Marie, mère de Jean surnommé Marc. Là il trouva un grand nombre de frères réunis et priant. » 11 me semble à moi que ce s^erset ne détruit en aucune façon la thèse du communisme obligatoire et absolu. Pierre ne prétendait pas, sans doute, que les chrétiens vécussent en plein air : le fonds commun fournissait aux fidèles le logement comme la nourriture. Nous prétendons bien un jour faire de même. Que signifie donc votre exégèse? Avez-vous, pour me l'imposer, un droit supérieur à celui qui
* Ces paroles sont textuellement extraites de l'ouvrage précité. (E. de Pressensé, Hist. des trois premiers siècles, tom. I, pag. 379.)
CIIAP. r. — ANANIAS ET SAPIIIRA. 319
m'appartient de ne la pas recevoir? Vous interprétez en faveur de la Ibrtune privée; j interprète en faveur de la fortune publique et de l'humanité tout entière. Votre examen individuel n'a pas plus de valeur théologique que le mien. Qui donc décidera entre nous? La force ? Ah ! celle-ci est à moi !
22. En nous rejetant de quelques années en arrière, nous re- L'EgUse
, catiiùliqne ^
trouverions debout et armé le communisme, qui se proclamait le 'e c&mmu-
nisme.
fruit légitime de l'Evangile. Tant il est vrai qu'en etïaçant du cœur des peuples la notion catholique de l'autorité, encreuse des abîmes où les sociétés viennent s'engloutir. La donnée protestante du libre examen en matière de foi et d'interprétation individuelle des Écritures, est donc aussi fausse que désastreuse. « Non, disait Tertullien, ce n'est point aux seules Écritures qu'il faut en appeler, mais ;i l'autorité de ceux qui ont reçu la mission d'interpréter les Écritures et de garder le dépôt des traditions chrétiennes. » Saint Augustin formulait plus énergiquement encore la même pensée. « Je ne croirais pas à l'Évangile, si l'autorité de l'Église ne déterminait ma foi ! » Luther et Calvin ont effacé de leur symbole les deux noms de tradition et d'autorité. Ils ont livré les divines Écritures, comme une proie vulgaire , au sens individuel et à la dérision des plus ignorantes exi'gèses. Qu'on ne s'étonne doue point si le protestantisme est impuissant à défendre la majesté de la parole sainte contre l'invasion d'im communisme sauvage. En fait, l'interprétation du passage des Actes, que donnait tout à Iheure un ministre du culte réformé, est l'interprétation traditionnelle de l'Église catholique. Mais si l'on ne reconnaît pas d'autre juge que la conscience de chacun dans l'appréciation des Écritures, une interprétation n'a pas plus de force qu'une autre. En dehors de l'autorité, en dehors de la tradition, rien ne saurait se tenir debout, pas plus dans le domaine religieux que dans celui de la politique, de lu morale ou des législations humaines Si les révoltés du socialisme osaient s'adresser à l'Eglise catholique et revendiquer l'honneur d'être les interprètes de l'Évangile, l'Église leur répondrait : Je vous connais bien avant votre naissance. Au premier siècle, vous rous appeliez Ébion ; et les apôtres, dont vous travestissiez la doc-
trine, vous ont jeté l'anathème. Au deuxième siècle, vous avez poussé l'arrogance jusqu'à vous donner le nom d'Apostoliques; vous proclamiez que la propriété est un crime social. En disant aujourd'hui que la propriété c'est le vol, vous pillez, sans le savoir, des sectaires oubliés. Les successeurs immédiats des apôtres ont secoué la poussière de leurs pieds sur les prétendus Apostoltgues. La même .■éprobation frappa successivement les Cathares, les Patarins, les Vaudois vos ancêtres. Le droit de propriété remonte à l'investiture que Dieu fit è l'homme, en l'établissant « pour régner sur toute 'a terre. » Ce droit fut maintenu et consacré après la chute, par la grande loi du travail. Il fut inscrit au Décalogue, constitution immortelle qui ne sera jamais abrogée. Jésus-Christ, le Verbe incarné, descendu des cieux pour accomplir toute la loi, ordonna « de rendre à César ce qui est à César, — de payer sa dette jusqu'à la dernière obole. » En même temps qu'il sanctionnait, par ses préceptes et son exemple, le droit absolu de la propriété, il promulguait le devoir parallèle de la charité. « Il recommandait de placer les richesses de ce monde à intérêt pour le ciel. » Il prescrivait de donner à manger à ceux qui ont faim, à boire à ceux qui ont soif, de couvrir la nudité de l'indigent et d'abriter la misère sans asile. Ce n'est pas tout. Il y a des âmes qui ont faim et soif de sacrifice, de renoncement, de mortification et de pauvreté. Jésus leur ouvrit une voie jusque-là inconnue. « Si tu veux être parfait, leur dit-il, vends tout ce que tu possèdes, donne le prix aux pauvres, puis reviens et suis-moi. » Par ce chemin tracé sur les sommets évangéliques s'élancèrent les prémices de l'Église naissante, les fidèles de Jérusalem, si véritablement pauvres que les autres Églises, fondées par les apôtres en Europe et en Asie, durent les nourrir. Sur cette voie royale s'engagèrent plus tard les familles religieuses des cénobites en Orient et en Occident ; car à cette perfection absolue, Jésus-Christ n'appelle pas l'universalité des hommes. S'il en était autrement, à qui donc vendre son héritage, dans une société exclusivement chrétienne? Qui le voudrait acheter, et quel pauvre daignerait en recevoir le prix ? Socialiste, est-ce la soif du renoncement, de la
CriAP. I. — ANANIAS ET SAPIIIRA. 321
mortification, de l'obéissance et de ta pauvreté qui brûle ton Ame 2 La vie commune, mstituée par Jésus-Christ, existe toujours dane mon scm. Frappe à la porte de l'une de ces maisons où l'on prie où I on espère, où l'on soufifre, où l'on obéit, où l'on est pauvre en commun. Mais non : entre la communauté des frères dans Ja paix de Jesus-Ghrist et les rêves du communisme social, il y a Ja dislance du ciel à l'enfer. La communauté évangélique, c'est l'abnégation de la volonté propre, la soumission complète, absolue, sans reserve à l'autorité, l'immolation continuelle de la chair, de l'orgueil et du sang. Le communisme est l'exaltation jusqu'au délire de tous les appétits matériels, de toutes les convoitises conjurées dans la hame ijnpiacable de l'autorité.
23. Ainsi parle l'Ég-Iise catholique, ou plutôt l'Esprit-Saint, qui Por.éc réo: anime la vivifie et l'inspire. Tel était son langage à Jérusalem, A'n'^Sf. lorsque Pierre disait à Ananias : « Ton argent t'appartenait. Tu ''^''^'"" étais libre de le retenir en entier. » Plus tard le centurion Cornélius i intendant de la reine Candace, seront admis au sein delÉoliseet on ne leur imposera pas le sacrifice de leur fortune. Pourquo'i donc Ananias et Saphira furent-ils foudroyés aux pieds de l'apôtre ' Pourquoi cette première excommunication, portée parle premier des papes, fut-elle miraculeusement ratifiée sous le coup de l'Ano-e de la mort? Le texte sacré nous l'apprend. Ananias et Saphira vo^'ulaient romper, par une libéralité hypocrite, le regard de l'Esprit-Saint La vente ostensible de leurs biens, dont ils affectaient d'apporter le prix aux pieds des apôtres, n'était qu'une spéculation. Riches de ce qu lis retenaient par devers eux, ils le devenaient bien davantane en acquérant le droit de partage au trésor commun. Tel f.t le premier attentat contre les biens de l'Église, qui sont les biens des pauvres. Sauf la violence, on y retrouve tous les autres caractères clos attentats de ce genre : 1 habileté cauteleuse, la complicité et oJ^stination dans le mensonge, la prétention d'enrichir l'Éghsc en "t spoliant. Que sont toutes ces industries de la cupidité humaine en lace de l'Esprit-Saint? Est-ce que l'homme peut mentir à Dieu^ On comprend toute la portée de ce grand fait, placé comme une divine sauvegarde au berceau de.VF.^Use naissante, amud on songe
à rinnombrahle génération des Ananias et des Saphira qni doivent se succéder dans Thiptoire.
§ V. Flagellation des Apôtres.
Brades 24. « Cependant, continue le texte sacré, les prodiges et les signes
■tatPierreà opérés par la main des apôtres, au milieu du peuple, étaient nombreux. Les fidèles, animés d'un même esprit, s'assemblaient sous le portique de Salomon ; aucun autre n'osait se mêler à leur compagnie, mais le peuple les exaltait par raille louanges. Chaque jour voyait croître la multitude des hommes et des femmes qui embrassaient la foi au Seigneur. On apportait les malades dans les rues, on les posait sur des lits ou des nattes, là où Pierre devait passer, afin qu'au moins son ombre, en tombant sur eux, les guérît. Des villes voisines de Jérusalem, les multitudes accouraient, apportant les malades et les possédés du démon : tous étaient guéris. »
Partout éclate la divine primauté de Pierre : dans le gouvernement, lors de l'élection de Matthias; dans l'apostolat, le jour de la Pentecôte; dans la persécution, devant le Sanhédrin; dans la magistrature suprême , lors de l'excommunication des deux spoliateurs. Pierre est le premier, comme chef, comme docteur , comme juge et comme pasteur. Tl est encore le pi;emier comme thaumaturge. Sans doute quand l'ombre du pêcheur de Bethsaida multipliait les guérisons à Jéiusalem, Pierre dut se rappeler la prophétie de son divin Maître : « En vérité, en vérité, disait Jésus , celui qui croit en moi opérera les merveilles que j'accoraplià moi-même, et il en fera de plus grandes encore, après que je serai remonté vers mon Père *. » La c;,é de David voyait maintenant se réahser la prédiction. Mais les disciples avaient aussi présentes à la mémoire les promesses solennelles dont Pierre avait été l'objet : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; tout ce que tu délieras sur la terre sera délié au ciel et tout ce que tu lieras
^ Joao., XIV, is.
CHAP. r. — FLAGELLATION DES APOTRES.
sur la terre sera lié dans le cie] '. J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point. Il t'appartiendra de confirmer tes frères 2 „ Le récit de saint Luc n'est que le coramenlaire en action des parole» de Jésus-Christ 3. a côté des triomphes annoncés par le divin ftlaitre, les persécutions avaient été également prédites. Elles ne fardèrent point.
jtZ ^' l^f • ^''*'' '* '"'"'' '" ''''' ^'' Sadducéens dont il F.age«.«on
par ageaui hérésie, se levèrent dans une fureur jalouse. Ils mi- p^J/X
bhque Mais la nuit suivante, l'Ange du Seigneur ouvrit les portes du cachot, fit sortir les apôtres et leur dit: Allez au Temple, et prêchez hardiment au peuple tontes les paroles de vie - Fidèles a cel ordre, ils entrèrent au Temple, dès le point du jour, et enseignaient le peuple. Cependant le grand prêtre, ignorant ce qui s'était passé, avait convoqué le Sanhédrin et tous les anciens disraël On envoya chercher les prisonniers. Mais les soldats ayant ouvert le cachot, n'y rencontrèrent point les captifs; ils revinrent en disant: Aous avons trouvé la prison soigneusement fermée, et les gardes debout devant la porte. Cependant, après avoir ouvert, il ne s'est trouve personne à l'intérieur. - Le capitaine du Temple et les
» Matth., XVI, 18, 19. - ï Luc, xxrr, 32.
avoir coast te q /p^Jdtrtou?'" • ''"" ''"^ ''''^^^^°^- ^^'^^ ^ ^P^és cation : TZr!^î:^':^" Tr^' P"'^"' '^'''''' ^«"^ '^'^^^ -P'-
» qu'avec' e on ours de leff ''''''' '' ''''''' apostolique. Il n'agit
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princes des prêtres, à ce récit, tombèrent dans une étrange perplexité, ne sachant ce qu'étaient devenus les captifs. En ce moment ou vint leur dire : Les hommes, que vous aviez incarcérés hier, sont dans le Temple, et enseignent la multitude. — Le capitaine s'y rendit aussitôt avec ses gardes, et amena les apôtres, sans user de violence, car il craignait d'être lapidé parle peuple. Introduits au railieu du Sanhédrin, les apôtres furent interrogés par le grand prêtre. Nous vous avions expressément défendu, dit-il, d'enseigner en ce nom maudit, et voilà que vous avez inondé Jérusalem de votre doctrine ; vous prétendez faire retomber sur nous le sang de cet homme ! — Pierre prenant la parole, répondit au nom de tous : C'est à Dieu qu'il faut obéir plutôt qu'aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous avez cloué à une croix et mis à mort. Le bras de Dieu a exalté ce prince, ce Sauveur, pour accorder par lui aux enfants d'Israël le bienfait de la pénitence et la rémission de leurs fautes. Nous en sommes témoins, nous et l'Esprit-Saint que Dieu donne à ceux qui lui obéissent. — A ces mots, frémissant de rage, les juges songeaient à rendre une sentence de mort. Mais jn pharisien, nummé Gamahel, docteur de la loi et vénéré de tout le peuple, se levant, donna l'ordre de faire sortir les accusés, et prit la parole en ces termes : Hommes d'Israël, prenez garde à la sentence que vous allez porter. Précédemment nous avons vu surgir Théodas, qui se proclamait une puissance. Il réunit environ quatre cents ad'iiérents; mais il fut tué et tous ceux qui avaient cru en lui s'évanouirent sans laisser de traces. Plus tard, à l'époque du dénombrement, le galiléen Judas, se mit à la tète d'une faction et séduisit le peuple. Il périt à son tour, et ses adhérents se dispersèrent. Maintenant donc je vous dis : Ne vous occupez point de ces gens; lai=sez-les. Si leur œuvre vient des hommes, elle se dissoudra d'elle-même; si elle vient de Dieu, vous ne la ruinerez point. Ne vous exposez pas au danger de lutter contre Dieu même. ^— Ce conseil prévéJut. Les apôtres furent de nouveau introduits ; le Sanhédrin les fit flageller; on leur défendit ensuite de prêcher au nom de Jésus, et on les renvoya. Ils sortirent donc du Conseil, manifestant leur joie , parce qu'ils avaient été trouvés dignes de