‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 2)Chapitre 42 sur 97 · CIJAP. I. — FLAGELLATION DES APOTRES · texte numérisé non relu

CIJAP. I. — FLAGELLATION DES APOTRES

souffrir pour le nom de Jésus. Cliaque jour ils continuaient à monter au Temple et à parcourir les maisons, prêchant l'Évangile de Jésus-Christ *. »

26. Les deux partis rivaux, qui se disputaient depuis si longtemps Théodu rinflucncodiins la nation juive, le sadducéisme et le pharisaïsme étaient représentés au Sanhédrin, le premier par les grands prêtres Anne et Caïphe, le second par un petit-fils d'Hillei, l'illustre rabbi Gamaliel. a Ce docteur de la loi, dit saint Luc, était vénéré de tout le peuple. » Les traditions talmudiques nous fournissent une confu-mation du texte sacré qui ne saurait être suspecte. « Gamaliel, dit la Mischna, emporta au tombeau l'honneur de la loi. Avec lui, la pureté et la sainteté moururent 2. » Au moment où il tenait, devant le grand conseil national, le langage dune noble indépendance et d'une foi digne des plus beaux jours d'Israël, Gamaliel comptait près de mille disciples dans son école. A leur tête un jeune Cilicien, nommé Saul, se distinguait par son zèle, sa science et la pureté de sa vie. On le voyait chaque jour au Temple, avec le jeune Abibas, le fils bien aimé du Rabbi. Déjà Gamahel avait fourni à l'Église naissante deux de ses plus illustres néophytes ; xme antique tradition lui donne en effet pour disciples Barnabe 3,-le lévite Cypriote qui venait de vendre ses domaines, pour en déposer le prix aux pieds des apôtres, et Etienne *, dont noug raconterons bientôt le glorieux martyre. Quoi qu'il en soit, Gamaliel. don! l'intervention arracha les apôtres à la fureur des sadducéens, néiait pas encore chrétien lui-même, à cette époque de sa vie. Il le deviendra plus tard, ainsi que nous aurons l'occasion de l'établir. Mais , en ce moment , il parle comme un docteur pharisien pouvait le faire, avec l'espèce de fatalisme théocratique qui était le caractère propre de sa secte. Le Théodas, dont il cite l'exemple, était l'un de ces pseudo-messies qui parurent 1 Act., V, 17 ad ultiin.

'- Mortuo Rabin Gamalieli scne evunuit honor legis, simulgue munditles et sanc- Umomu mter,nortu<e. (Miscima, Traclatus de uxore adulieni suspecta, uum. 15, pars IFI, pag. 3(8. Sureuh.) '

3 Tme,.oi.t. W,«o,re, pour servir à l'Hist. ecclés. des six premiers siècles, lom. 1, pag. -iii Cornélius a Lapide, imnment. in Ad., y, 3i.

326 PONïiriCAï DE SAI^^T piehre (33-66).

eu si grand nombre , depuis le règne d'Hérode jusqu'à la ruine de Jérusalem. L'historien Josèplie a enregistré la tentative d'un aventurier du luême nom, qui reprit, sous le règno de Claude, le rôle du Théodas de Gamaliel. « Il se fit passer, dit Josèplie, pour le prophète atiendu. Il assurait qu'à sa voix, le Jourdain se diviserait, comme au temps de Moïse, pour livrer passage à son armée victorieuse. Séduite par ses discours, une troupe de re- Lelles se rangea sous ses drapeaux. Mais une cohorte romaine, envoyée par Cuspius Fadus, gouvernem- de Judée, sous l'empereur Claude, surprit et dispersa linsurreciion naissante. Théodas eut la tête tranchée, et ceux de ses adhérents qui survécurent au combat ne durent la vie qu à une prompte fuite •. » Évidemment le Théodas, contemporain de Josèphe, dont la fin tragique eut lieu l'an 43 de l'ère chrétienne, ne saurait être celui dont parlait Gamaliel au Sanhédrin, en l'an 34. C'est donc à tort que Baronius * a cru devoir les confondre en un seul et même personnage. Henri de Valois " suppose soit une erreur involontaire, soit un mensonge Ccdculé de l'historien juif, soit môme une interversion de saint Luc qui, écrivant dix années plus tard, aurait prêté à Gamaliel un anachronisme aussi flagrant. La crili'iue moderne a fait justice de cette exégèse forcée. Josèphe, qui vivait sous 1 empereur Claude, ne pouvait se tromper sur la date d'événements contemporains. Un mensonge calculé, dans le but de contredire la chronologie des Actes des Apôtres, est par trop invraisemblable, sous la plume d'un auteur qui nous a laissé de saint Jean-Baptiste et de Notre-Seigneur Jésus- Christ lui-même des témoignages d'ime sincérité irréprocliable. Enfin l'anticipation oratoire prêtée à saint Luc est presque un outrage à la majestueuse intégrité de la parole divine. Le Théodas de Josèphe était donc un successeur du Théodas de Gamaliel. Le sens étymologique de ce nom {Dieudonné) nous fait très-bien comprendre l'intérêt qui poussait les pseudo-messies à se revêtir d'uQ titre aussi solennel.

» Joseph., Antiq. jud., hb. XX, cap. il. — ^ Baron. ^ Annal, eccles., tom. I ad anu. 34. — 3 Euseb., Hist. eccles., Ub. Il, cap. xi; Patrol. yrac, tom. XX, col. 163, 164. Nota Henrici Valesii.

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27. Quant à Judas, le chef galiléen, qui voulut à son tour orga- ^^ jn^d« ^^ niseï' une insurrection pf>puluire contre l'autorité romaine, Josèphe nous en a conservé l'histoire. « Apros la destitution d'Archélaus, dit cet auteur, Coponius, avec le titre de gouverneur de Judée, et Quirinus, avec celui de préfet de Syrie, procédèrent au dénombrement de tous les citoyens de ces contrées. Ce fut alors que Judas le Gaulanite, originaire du bourg de Gamala \ s'adjoignit le docteur pharisien Saddoc, et appela le peuple aux armes. Le recensement, disait-il, est le stigmate de la servitude. Que toute la nation se lève pour défendre sa liberté ! Le succès ne saurait manquer de couronner nos efforts. Alors il nous sera permis de jouir en paix de nos biens, et nous laisserons à nos fils un nom glorieux et respecté. Le secours divin ne nous manquerait qu'autant que nous nous manquerions à nous-mêmes ! — Ces déclamations enthousiasmaient la multitude. Le soulèvement fut prompt. Il serait impossible d'énumérer les désastres et les calamités que ces factieux attirèrent sur leur patrie. Ce ne fut partout que meurtres et brigandages; amis et ennemis, tous virent leurs biens pillés; les plus illustres d'entre les Juifs tombaient sous le poignard des assassins. Sous prétexte de défendre la liberté publique, chaque sectaire songeait à faire sa iortune 2. ,, On sait quelle fut l'issue de la lutte. Judas le Gaulanite y perdit la vie; le fisc vomain s'établit triomphant en Judée. Mais le germe de la révolte, pour être comprimé, n'était pas détruit. 11 survécut, dit encore Josèphe, «comme la semence de nos derniers malheurs, » et ne devait mourir que sous les débris fumantn de Jérusalem. Ainsi, selon la judicieuse observation de Lardner 3, il y eut une dilï"érence profonde entre l'entreprise de Théodas et celle de Judas, le chef galiléen. La première, exclusivement personaelle, ne reposait que sur l'ambition d'un pseudo-messie. Quand rhéodas eut disparu, il ne resta rien après lui de son œuvre. C'est

i Gamala in Galilœa sita, urbs Eguitum dicta, ad montem Carmelum. (Reland, Palœst. illustrai., tora. IL, pag. 784.)

2 Joseph., Antiq. jud., lib. XVHI, cap. I. - ' Lardner, CreddnMj of the Gospel historij, tom. I; Objections against Luke 11, pag. 309. EdiU William BaU. LondoD, 183S.

ce que Gaiiialiel fait admirablement ressortir en disant : « Ses adhérents s'évanouirent sans laisser de traces. /> Mais il n'en fut pas de même de l'insurrection de Judas le Gaulanite. La mor'c du chef fut impuissante à l'anéantir. Elle avait des racines dans les entrailles mêmes du peuple juif. L'asservissement à l'étranger pouvait être subi en fait, jamais en droit. « Jéhovah ton Dieu est ton unique maître. » Telle était la charte mosaïque, la plus libérale de toute l'antiquité. Aussi Gamaliel, le Rabbi pharisien, qui partageait encore tous les préjugés juifs, établit nettement ce caractère de l'insurrection galiléenne. «Ceux qui avaient donné leur foi à Judas le Galiléen, dit-il, se dispersèrent. » Les soldats avaient jeté leurs armes, mais le principe restait debout. Certes, rien n'est plus noble et généreux, au point de vue hébraïque, que cette protestation des vaincus contre la victoire de l'étranger. Elle nous initie à tout ce que renfermait de haines cachées et d'hostilités sourdes la démarche des docteurs pharisiens demandant à Jésus-Christ : «Est-il permis, ou non, de payer le cens à César? » Elle nous transporte au cœur même de la question, et nous ouvre dans le vif la conscience des juges du Sanhédrin , que la parole de Gamaliel ébranla si profondément. Ce serait faire trop d'honneur à un sénat présidé par Anne et Caïphc, de le croire tellement accessible à un sentiment exclusivement théocratique, qu'il renonce à ses projets de vengeance par le simple considérant que Dieu suffira seul à maintenir sa cause. Dans l'indulgence du grand conseil, vis-à-vis des apôtres, il y a une pensée politique* Peut-être Pierre, et les autres disciples de Jésus, seront-ils les vengeurs à main armée du droit juif. Peut-être sont-ils prédestinés à briser le joug de Rome. Laissons-les donc vivre. Telle est l'éventualité que le Sanhédrin ménage, tout en sauvegardant contre les échecs probables sa responsabilité morale à l'égard de Rome. On met les apôtres en liberté, mais on les flagelle auparavant. Ainsi César victorieux a son gage; et de quelque côté que le triomphe advienne, il tournera à l'honneur du Sanhédrin. Vaines pensées de la politique des hommes ! Le Christ détrônera les Césars, après que les Césars auront dispersé le Sanhédrin.

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§ ^I. Institution du fi>laconat.

28. «fEii ces jours-là, comme le nombre des disciples allait crois- Eieaion sant, des murmm'es s élevèrent, de la part des Hellénistes, contre les des sept fidèles de race hébraïque. Les Grecs se plaignaient que leurs veuves diacres. fussent méprisées dans le ministère quotidien.Les douze convoquèrent l'assemblée des fidèles, et dirent: Nous ne saurions négliger la prédication de la parole divine, pour vaquer au ministère des tables. Choisissez donc parmi vous, frères, sept hommes d'une réputation irréprochable, remplis de l'Esprit-Saint et de sagesse. Nous les constituerons dans cette charge. Pour nous, nous serons tout entiers h la prière et au ministère de la parole. — Cette proposition fut unanimement agréée. Les disciples élurent Etienne, homme plein de foi et de lEsprit-Saint, Phihppe ', Prochorus *, Nicanor ^, Timon*

1 Le diacre Philippe, différent de l'apôlre du même nom, est honoré le 6 juin. Voici la légende du martyrologe qui lui est consacrée : » A Césarée, » eu Palestine, fête du B. Philijipe, l'un des sept premiers diacres. Illustre » par les signes et les miracles qu'il opéra, il convertit à la foi de Jésus- » Christ la ville de Samarie, baptisa l'eunuque de Candace, reine d'Ethiopie, » et mourut à Césarée. Trois de ses filles , vierges et prophélf sses, reçurent » la sépulture dans son tombeau. La quatrième, également remplie de l'Es- » prit-Saint, mourut à Éjihèse. » [Martyr, rom. cum notis Baron., jiag. 250.) Au temps de saint Jérôme, on montrait encore à Césarée le tombeau du diacre Philippe et de ses trois filles. Sainte P.iule, eu se rendant à.Iérusalem, y fil un pèlerinage. (Hieron., Episiol. ad Eustochium; Patrol. lat., XX il, 882.)

2 f( A Antioche , fête de saint Prochorns, l'un des sept premiers diacres. » Célèbre par sa foi et ses miracles, il reçut la couronne du martyre. » {Martjjrol. rom., 9 april., pag. l.")8.) On croit que saint Prochorus fut le premier évêque de Nicomédie. (Cf. BoUand, Ada sanct., tom. I April., pag. 818.)

" u Dans l'île de Chypre, fête du B. Nicanor, l'un des sept premiers diacres ; » admirable par sa foi et ses vertus, il remporta glorieusement la couronne. » {Martyrol. rom., 10 Januar., pag. 21.) L'époque du martyre de saint Nicanor est fixée au règne de Vespasien. (Cf. Bollaud , Act. sanct., tora. i Jan., pag. GOl.)

' « Fête de saint Timon, l'un des sept premiers diacres. Il vint d'abord » prêcher l'Évangile à Bérée. Plus tard il passa à Corinthe. Là, il fut jeté par » les Juifs et les Grecs dans les flammes d'un bûcher, d'où il sortit miracu- » IcuJemeut sain et sauf. Enfin il fut crucifié et termina ainsi son martyre, » {Martyr., 19 April., pag. 171; Bo*!^^. rît^. .^.. , tom. H April,, pag. 619.)

Parménas* et Nicolas 2, prosélyte d'Antioche. On les présenta aux apôtres, et ceux-ci, après avoir prié, leur imposèrent les mains '. »

La communauté des biens, réalisée par la foi héroïque des fidèles de Jérusalem, entraînait directement, pour les apôtres, une administration temporelle d'autant plus étendue que le nombre des croyants s'augmentait davantage. Ainsi se réalisait la prophétie faite par le Sauveur à saint Pierre : « Quiconque abandonnera pour moi maison, frères ou sœurs, père ou mère, épouse, enfants, champs et domaines, recevra tout cela au centuple*.» La propriété ecclésiastique se trouve donc constituée, au berceau même de l'Église. Elle prend sa source dans la charité hbre et spontanée des fidèles. Il en est de même aujourd'hui. Elle est le patrimoine des pauvres, et relève de l'autorité immédiate des apôtres. On ne saurait trop insister de nos jours ?ur de tels faits, que les passions modernes ont tout intérêt à laisser dans l'ombre, et à couvrir d'un silence calculé.

29. Dans un autre ordre d'idées, l'institution du diaconat, l'élection des sept premiers diacres, leur présentation aux apôtres par toute l'assemblée, la prière solennelle qui précède l'imposition des mains, ont une importance capitale ^. Ces actes hiérarchiques et

1 H A Philippe, en Macédoine, fête de saint Parménas, l'un des sept premiers » diacies. Fidèle à la grâce de Dieu, il remplit, avec une foi entière, l'office » de la prédicatiou qui lui avait été confié par ses frères, et obtint, sous » Trajan, la gloire du martyre. » {Martyr., 23 Jau., pag. 45; Cf. BoUand, Acf. sanct., tom. II Jan., pag. 453.)

* Saint Irétiée [Adv. hœres., lib. I, cap. xxvi ; PatroL grœc.., VII, 687), saint Épipliaue (Hœres., xxv; Putrol. grœc, XLl, 320), et TerLulIieu [De prœscript., cap. XLVi; Patrol. lat., H, 53) affirment que lo diacre Nicolas se fit sciemment hérésiarque, et qu'il fut bien réeliemeut le chef de la secte ignominieuse dite des Nicolaïles. Cependant CJémeut d'Alexamlrie {Strom., lib. 111, cap. iv; Patrol. grœc., Vlil, 1129), Kusèbe de C'isarée (ffi'vto*. cccles., lib. III, cap. xxix; Patrol. grœc, XX., 276) et saint Augustin (De hœresibus, cap. v; PatroL lat., XLII, 26), prétendent que les Nicolaïles abusèrent iadignemeut du nom de ce diacre, et travestirent une de pes paroles pour étnyer leur Li-résie. Quoi qu'il en soit, le nom d ; Nicolas ne figure dans aucun martyrologe groc ou latin. Ce silence absolu laisse craindre que le sentiment de saiut Irénée et de saint Épiphane ne soit trop fondé.

» Ad., y, 1-6. — * M.ilth., xix, 27-30. » Ou nous pardonnera d'insister particulièrement sur ce fait, de même que

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sacramentels résistent à toutes les prétentions du système proies^ tant. « Des murmures s'élevèrent, dit le texte sacré, de la part des Hellénistes, contre les Hébreux. Les Grecs se plaignaient que leurs veuves fussent méprisées dans le ministère quotidien. » Les fidèles désignés ici sous le nom dOellénisles étaient des Juifs deludspersion, parlant la langue grecque, nsitée dans les diverses provinces de l'Asie où ils étaient nés. La plup:irt, issus de famille depuis longtemps fixées à l'étranger, n'auraient pu prouver, comme sain'. Paul, leur descendance directe d'Abraham, sans aucun mélange de race. Us n'auraient pu se dire Hébreux, fils d Hébreux, ni faire remonter leur arbre généalogique à l'un des patriarches, pères des douze ti'ibus d'Israël. Un grand nombre étaient d'ailleurs soit des prosel3tes récemment convertis au judaïsme, comme le diacre Nicolas, que saint Luc appelle « prosélyte d'Antioche ', » soit les descendants d'anciens prosélytes. Le pharisaïsme juif professait oiliciellement son mépris pour ces Grécisants , qui vivaient parmi les nations étrangères, sans cesse en contact avec 1 s impurs Gohn. La différence de langage constituait aux yeux du peuple une véritable barrière. LeTalmud attribue à Gamaliel la première réaction contre cet exclusivisme étroit. L'illustre Rabbi aurait, dit-on, permis aux Juifs d'écrire la Bible et de l'étudier en langue grecque. Quoi qu'il en soit, l'antagonisme de race, si profond chez les Hébreux, se manifeste au sein de l'ÉgUse naissante. Le nombre des fidèles, en s'accroissant, développera plus tard ce germe de division. «Les veuves des Grecs sont méprisées dans le ministère quotidien 2, »

sur tous les actes de la primitive Église. Si quelque chose pourait étonner le lecteur, ce serait l'absence presque complète de renseignements sur cette période historique, qui se remarque dans les histoires de l'Église, puliliées Jusqu'ici eu France.

1 npo^riÀuTov 'Av-rtoj^ea. La Vulgate traduit celte expression par : Advenam Antioc/tenum. En s'en tenant à la version latine, on pourrait confondre l'épithète ({'Advenam, donnée ici au diacre Nicolas, avec les Advenœ Romani mentionnés plus haut. [Act., Il, 10; cf. u» 8 de ce préseut chapitre.) Mais le texte original établitclairementla différence des deux termes: 'ETriSri[xoOvTeç'Pa)(Jio'.ïot, dit saint Luc, eu ()arlaut des Advenœ Romani, témoins du miracle de la Pentecôte: npO(7if)),uTov 'AvTioj^éa, dit l'écrivain sacré, en pirlaut du diacre Nicolas.

* Nous traduisons ici littéralement le texte original : 'Ev x/i ôtaxovti^ x%

\ teî est le murmure des Hellénistes. Le seas de celle plainte est complexe. Pom' le saisir dans son ensemble il faut se faire une idée exact de l'état des veuves, de leurs attrlbulions, de leurs droits et v^e leur ministère, dans l'Église primitive. Saint Paul, dans sa première Epître à ïimotbée, nous donne à ce sujet des renseignements don' l'autorité est incontestable. <i Honore les veuves, qui restent daub l'isolement complet de la viduité, dit le grand apôtre à son disciple. Si quelqu'une d'entre elles a des enfants ou des petits enfiints, son devoir est de leur apprendre à régir leur maison, el à prendre soin de leur famille . Telle est la volonté de Dieu. Mais celle qui est complètement veuve et délaissée, doit placer en Dieu son espérance, el persévérer jour et nuit dans les supplications et les prières *. Pour celle qui prétendrait s'entourer de délices, vivante, elle esi morte. Tels sont les ordres à leur donner, pour quelles soient irréprochables. La veuve qui sera choisie pour le ministère ^ ne doit pas avoir moins de soixante ans. Il faut quelle n'ait été mariée qu'une fois, qu'on puisse rendre publiquement témoignage de ses bonnes œuvres, qu'elle ait bien élevé ses enfants, pratiqué l'hospitahlé, lavé les pieds des saints, servi les frères souffrants, et qu'elle se soit dévouée à toute bonne œuvre. Mais écarte les jeunes veuves, car celles-ci, trahissant le Christ, veulent bientôt se remaiùer ; elles attirent sur elles-mêmes la condamnation, en violant leur foi première. Oisives, elles s'habituent à courir de maison en maison ; non pas seulement oisives, mais curieuses, loquaces, et imprudentes dans leurs discours. Je veux

xa6/î|iepiv^. La Vulgate est aussi précise : In ministerio quotidiano. On peu remarquer que l'expression : Staxovîa, minisferium, est la même doutse servent les Douze, aux versets suivants, pour désigner l'office de la prédicition : 'H[x.£î; Sa tt) ôtaxovt'cf tow Xôyou 7rpo'7-/tapx£prj70[jL£v. La plupart des traducteurs français oui négligé cette observation et rendent fort imparfaitement le sens de la phrase, en disant : « Leurs veuvea étaient ûégligées dans la distribution de chaque jour. »

1 Taïç ôvri'7£Gi xai Taïç itpo-euxatç. Obsecrationibus et oratiomlus. L'expression de saint Paul n'est point ici un pléonasme. L'Àpôtre distingue entre les obsécrations ou prières publiqi;es, auxquelles la veuve chrétienne doit prendre part, et l'oraison particulière et personnelle.

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donc que les jeunes veuves se puissent remarier, et devenir mères de foraille, sans prêter jamais un prétexte à la médisance de nos adversaires. Car déjà quelques-unes sont ainsi retournées ù Satan. Du reste, si quelque fidèle a des veuves dans sa famille, qu'il les assiste selon son pouvoir, et que l'Église ne soit point surchargée •. »

30. Toute rorgar»isation relative aux veuves de la primitive Diaconesses. Église nous est révélée dans ce passage. Rendues à la liberté par la. mort de leur époux, les veuves chrétiennes aspiraient à l'honneur de se consacrer uniquement à Jésus-Christ et à l'Eglise, dans la chasteté et la pratique des b.onnes œuvres. Cela résulte clairement des paroles de l'Apôtre : « Écarte les jeunes, qui trahissent bientôt le Christ, veulent se remarier, et scellent leur damnation en violant leur foi première. Je veux que les jeunes veuves puissent contracter une nouvelle alliance, car déjà quelques-unes sont ainsi retournées à Satan. » L'Église adoptait toutes les veuves qui étaient dénuées de ressources. (( Celles-là doivent placer en Dieu leur espérance, » c'est-à-dire compter qu'elles trouveront dans l'Église de Jésus-Christ une vérilable mère ; à la condition, toutefois, que jour et nuit elles persévéreront dans les supplications et la prière ^. » Cette loi apostolique, qu'on pourrait appeler la grande charte de lu charité chrétienne, n'a jamais cessé d'être en vigueur dans l'Église. En l'an 250, le pape saint Corneille, dans le dénombrement du clergé romain qui vivait sous sa direction , inscrit quinze cents veuves, « que Dieu, dans sa grâce et son amour pour 'gs hommes, dit-il, nourrit toutes au sein de l'Église ^. » En 383, l'Église d'Antioche, dont cependant les revenus étaient assez modiques, alimentait chaque jour trois mille veuves et vierges*. Quelques années plus tard (398), lorsque saint Jean-Chrysostôme

1 I Timoth., V, 3-16.

« Un décret du quatrième concile de Carthage (398) s'exprime ainsi : Viduœ quœ sUpe^ïdio Ecclesice sustentantur, tam assiduœ in Dei opère esse deberd , ui et merdis etondionibus suis Ecdcsiam adjuveid (Labbe, Concil., toui. II, pag. 1 190.) Ce décret est passé dans le corps du Droit canonique. {Viduœ, 34, fin., disl. 81.)

3 Euseb., HIst. eccles., lib. YI, cap. XLiii ; PairoL grœc, XX, 621. — * joan.

hrysost., Homil. LXVll in Mcdth.; Patrol. grœc, LVIlf, G-âO.

fut appelé au siège patriarcal do Constantinople, il comptait au nombre des responsabilités formidables qui elTi'ayaient sa modestie. le devoir épiscopal de nourrir les veuves *. Qui pourrait énumérei aujourd'hui les institutions que la charité catholique a créées, et maintient sur tous les points du monde, pour l'entretien des veuve» indigentes? Parallèlement à leurs droits, l'Église imposait aux veuves des devoirs, des charges et un véritable ministère. Le texte de saint Paul nous les indique non moins formellement. Sous prétexte de servir le Christ « les jeunes veuves, dit-il, s'habituent à courir les maisons. » Il y avait donc pour les veuves prudentes et éprouvées, un ministère qui les obligeait, pour des motifs légitimes, à visiter les maisons des frères. En effet nous trouvons, dans les Constitutions apostoliques^ l'indication précise de ces motifs. <(I1 arrive parfois qu'il est impossible d'envoyer un diacre, dans les maisons habitées par des femmes. Les infidèles y trouveraient une occasion de scandale. Vous destinerez donc des diaconesses pour ce ministère. Car nous avons besoin de leur concours en plusieurs circonstances, et surtout pour le baptême des femmes, où la décence doit être respectée '. Aux diaconesses incombe la charge de pourvoir aux femmes, de leur annoncer les assemblées, ou de les contremander, de leur prêter tous les secours de leur ministère. Qu'elles ne rougissent donc pas de servir leurs sœurs indigentes, comme les diacres le font pour les hommes '. » Ainsi il est incontestable qu'outre leurs droits à la charité de l'Église, les veuves avaient des fonctions spéciales et un ministère défini et caractérisé, qu'elles exerçaient sous la direction des apôtres et des évoques. Tel est le sens des conditions détermmées par saint Paul

' .loan. Chrysost., De sacerdotio, lib. III, cap. xvu; Patrol. prœc, XLVIII, 658. — * Constit. apostoL, lib. 111, cap. xv ; Patrol. grœc , tom. I, 79i, 79o.

8 IdeiU; ihid., cap. xix; Patrol. grœc.,\, 802. Ou prétendrait vainemenl rejeter ce témoignage des Constitutions apostohrjues, sous le prétexte que ce monunieni.cilé par toute l'antiquité chrétienne, et priiuitivemcnt rédigé par saint Clément et saint Hippoîytc, fut depuis inteipolé par l'hérétique Paul de Samosiite. Les textes que nous en ex' rayons sont contirmés par saint Épiphane {Uœres. , Lxxix; et par tous les Pères de l'Église. (Cf. Cornélius a Lapide, Comm. in I Ep. ad Timoth., cap. v, 9.)

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