CHAP. I. — INSTITUTION DU DIACONAT
nesses de la primitive Église succédaient immédiatement aux saintes femmes de l'Évangile, qui « suivaient Jésus, et le servaient. » dtaxovoùaai aijTôi ', dit saint Matthieu, employant l'expression même de Diaconesses, olliciellement maintenue par les apôtres; car, dans l'Église fondée par le Verbe Incarné, la tradition conserve les mots eux-mêmes, pour mieux sauvegarder l'essence des choses.
32. Mais si rÉ,2:lise conserve la tradition disciplinaire, elle ne s'y Caraaûre emprisonne pas. L'Esprit-Saint, toujours vivant, domine la tradi- n.cnt'Sli aon. L'institution des diacres en est une preuve que le protestan- linsiiiVtion tisme ne saurait récuser. Si, comme le disent Luther et Calvin, l'unique antoiilé dans l'Église est la parole divine, qu'on nous ex~ pHque comment un des premiers actes des Apôtres fut de substiluer les diacres aux femmes de l'Évangile, « qui suivaient et servaient Jésus. » Le divin Maître n'avait jamais parlé de cette substitution. Vainement chercherait-on à incidenter sur le fait que l'Évangile, comme rédaction bibhque, n'était point alors écrit. L Évangile était gravé dans le cœur de saint Pierre, puisque ce fut saint Pierre qui le dicta à Marc. Il était gravé dans le cœur de saint Matthieu et de saint Jean, qui le formulèrent depuis en un texte biblique. Il était gravé dans le cœur des neuf autres, puisque ce fut sur leurs récils que saint Luc écrivit plus tard son Évangile 2. Or saint Pierre, saint Jean, saint Matthieu et les neuf autres membres du Collège apostolique, sont précisément les douze qui instituent au Cénacle le diaconat. Donc il y a, dans l'Éghse de Jésus-Christ, une autorité vivante , complètement distincte et de l'Écriture et de la tradition, interprétant la première et suppléant à son silence, dirigeant la seconde et l'appliquant, avec une souveraine indépendance, selon les besoins des temps. Les apôtres exercèrent cette autorité, en vertu de la double promesse de Jésus-Christ, « Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles K L Esprit-Saint, que le Père •vous enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous mggérera le véritable sens de tout ce que je vous ai enseigné *. »
1 Mattli., XXVII, 55. L'Évangile selon saint Luc reproduit la même formula Sinxovûuv aùX4i.^(Luc, VII, 3.) - 2 Luc, i, 2. - » Matlli., xxviif, 20. - * JoaR.
Mais la promesse du Sauveur s'étend à toute lr\ durée des âges. Par conséquent, si les apôtres modifièrent au Cénacle l'institution des diaconesses, les successeurs des apôtres eurent également le droit de modifier la modification elle-même. En fait, quand la foi chrétienne eut pénétré au cœur des sociétés, le catéchiiménat et le baptême des femmes adultes, qui rendaient auparavant indispensable le ministère des diaconesses, disparurent. Dès lors l'institution ne répondait plus à aucun besoin. Elle fut supprimée, sous sa forme et son nom antiques '. Cependant l'éducation des jeunes filles, le soin des vierges, les otllces extérieurs de mi-éricorde et de charité envers les veuves ne furent point pour cela abandonnés. L'Église vit se multiplier dans son sein les ordres religieux de femmes, qui héritèrent du dévouement et de la maternelle sollicitude des diaconesses primitives, et continuèrent h servir Jésus- Christ, dans la personne des pauvres de l'un et de l'autre sexe. Sens réel 33. Ci'S uotious préliminaires nous aident à pénétrer le sens des
des plaintes .
formulées par plaintes élcvées par les fidèles hellénistes, au sujet de leurs veuves,
ieslidfclc.5 i- 1 ) J
ti.riiéniMiî (( méprisées, disaient-ils, dans le ministère quotidien, n II ne s'a-
T.u sujet de . .
karg veuves, gissail pas Uniquement d'une injuste répartition de secours, dont les veuves d'origine grecque eussent été exclues. Le texte sacré implique une seconde signification , correspondante au ministère actif des veuves. On conçoit que des étrangères, parlant la langue grecque, et ne pouvant que diliicilement comprendre les Hébreux de race ou en être comprises, durent être exposées à ce mépris. U semblait assez naturel de leur préférer les veuves juives, plus aptes à se faire entendre des habitants de Jérusalem. «Nous ne pouvons, disent les apôtres, servir nous-mêmes aux tables, n Cette première observation, adressée aux murmurateurs, indique bien qu'il s'agissait de régulariser un ministère actif. « Le service des tables » désigne ici d'abord la distribution de l'eucharistie, et ensuite l'ordonnance des agapes, ou repas ordinaires, pris en commun par les
* En 383, le deuxième concile d'Orlé.ins formulait un décret ainsi conçu : Placuit ut nulli postmodum feminœ diaconalis benedictio, pro condilionis liufus frU" gililate, credatur. (Labbe, Concil., tom. IV, col. 1782.) Toute l'Église latine ceMa, ▼ers la même époque, d'inîtituer des diaconesses.
CHAP. r. — INSTITUTION DU DIACONAT. 339
fidèles, après la célébration des saints mystères et la participation au sacrifice eucharistique '. Or, dans la distribution des espèces eucharistiques, comme dans celle des aliments destinés aux agapes, on tenait compte des absents, des malades, des voyageurs, qui ne pouvaient assister à l'assemblée, et auxquels on portait la part mise en réserve. Les apôtres ne pouvaient négliger, pour ces soins purement matériels, les devoirs éminents de leur charge, la prière ou oblation du sacrifice, et la prédication évangélique. Tel est donc le double ministère qu'ils confient à l'institution du diaconat. Dans la plénitude de l'autorité qu'ils tiennent de Jésus-Ghiis£, ils établissent un degré nouveau de l'ordre sacerdotal. « Sept hommes, d'une -éputation irréprochable, remplis de foi et de l'Esprit-Saint, sont choisis par l'assemblée. « C'est ainsi qu'aujourd'hui encore, l'Église cathohque exige, pour les jeunes lévites qu'elle destine aux ordres sacrés, le témoignage public d'une conduite sans reproche et d'une vie pleine de piété et de foi. Les sept élus « sont présentés aux apôtres; » c'est ainsi que les ordinands sont encore aujourd'hui présentés aux pontifes «. La prière solennelle commence an Cénacle; c'est-cà-dire, ainsi que l'entendent tous les Pères, le sacrifice eucharistique, la prière par excellence. L'imposition des mains, confère ensuite aux sept diacres le caractère sacramentel de l'Ordre.
34, En présence de ce grand acte hiérarchique, le protestantisme lo rrotc.ian. essaie timidement quelques réserves. « Si cette première charge, dJrnTen fa'ce dit-il, émane de l'apostolat et s'en détache comme un rameau du îfonï'u'."
1 Cf. I Cor., 18-22. C'est en souvenir des agapes de la primitive Église qu'on offre et distribue le p-iiu bénit, dans l'assemblée des fidèles, aux messes paroissiales. Cornélius a Lapide établit très-neltemeut la double significalion du texte des Acte^ : Ministrare mensis. Voici ses paroles : Nota mensas lias parhm fuisse sacras, partim profanas et communes. Primo enim hi primi fidèles celehrubant Eucharisliam. deinde agapm, id est comivium commune omnnm fidehum m signum charitatis. et ad utrumque ?mnis(erium deputaii, imo ordinati sunt diacom. (Coruel. a Lap., Comment, m Act., vi, 2.)
» On peut remarquer dans la collation des divers degrés du sacerdoce, la formule invariable : Postulat sancta mater Ecclesia ut hune prœsentem iaooU Ihum, subdiaconum, diaconum, preshyteruro) ad onus (subdiaconatus, oia conatus, presbyteratus, episcopatus) sublevetis. - Sets illos esse dignes^ - Qmntum humana fragilitas nosse sinit, et scia, et tesii/icor illos essedian»s (M»niiale Ordtnandorum.) » v
340 l'ONTIFICAT DE SAINT PIERRE (33-66).
menteiicet tronc qui l'a porté, elle n'est pas imposée par les apôtres à Je» diacrls, l'Église, ni conférée par voie de transmission sacramentelle. Les sept diacres n'ont pas été désignés par les apôtres, mais ils ont été élus par l'assemblée entière. L'imposition des mains qui leur est donnée ne ressemble en rien à une consécration sacerdotale. C'est le signe de leur entrée en charge , après nne prière solennelle *. » Ainsi parlent les disciples de Luther et de Calvin. Mais le texte de saint Luc est précis, et l'on ne saurait en altérer la force divine par une équivoque aussi simple que celle de confondre l'institution du diaconat avec la forme d'élection employée pour le choix des sept premiers diacres. « Il n'est pas juste, disent les apôtres, que nous négligions la prière et le ministère de la parole, pour servir aux tables. » IVon est œquwv. Ce qui n'était pas juste au temps des apôtres, ne saurait l'être devenu parmi nous. Par conséquent « l'institution du diaconat est tr<'s-réellemeat imposée à l'Église par les apôtres. » Ceux-ci, en effet, ne consultent pas l'assemblée sur l'opportunité, la convenance, la possibilité de l'inrtitution en elle-même. Ils affirment que cette créatidn est juste. L'élection seule est confiée à l'assemblée. De même que Pierre avait précédemment ordonné aux fidèles de choisir parmi les disciples un douzième apôtre, ainsi on ordonne u. l'assemblée de choisir les futurs diacres. Quant à <( la transmission sacramentelle, « dont le protestantisme ne trouve ici nulle trace, il n'est pas facile de concevoir comment saint Luc aurait pu l'exprimer plus éuergiquement. « On les présenta aux apôtres qui, après la prière solennelle, leur imposèrent les mains. » Tel est le texte sacré. Or l'imposition des mains était le signe sacramentel par lequel Jésus-Christ avait conféré la plénitude du sacerdoce aux Douze. L'imposition des mains était le signe sacramentel employé par les apôtres pour la confirmation. Si donc saint Luc avait voulu nous faire entendre qu'il n'y eut pas de transinission sacramentelle pour les diacres, les expressions qu'il emploie seraient en opposition absolue avec sa pensée. Mais ce que les protestants du xix® siècle
* Pressensé^ Histoire des trois premiers tiècies, tom. J, pag. 384.