‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 2)Chapitre 50 sur 97 · GHAP. I. — DISPERSION DES DISCIPLES · texte numérisé non relu

GHAP. I. — DISPERSION DES DISCIPLES

du bouddhisme indien , de l'ésoterisme d'Egypte , de la cabale juive, du platonisme alexandrin et des mytbologies polythéistes. Au moment où Philippe vint prêcher à Samarie, le mage se hâta de se faire initier à la prédication évangélique, comme il s'était fait initier précédemment à la doctrine des hiérogrammates de l'Orient. Nul doute qu'en offrant à Pierre une somme d'argent, il ne continuât son procédé habituel vis-à-vis des autres chefs d'écoles. Quoi qu'il en soit, Simon conçut de prime abord l'influence qu'allait exercer la prédication évangélique sur le monde; il sa flatta de pouvoir la confisquer à son profil, et de la présenter, en la dénaturant, comme le couronnement de son œuvre. L'audace de sa pensée aura lieu de nous surprendre, quand nous l'analyserons en détail, et que nous la verrons précéder, à la distance de tant de siècles, les témérités de la philosophie transcendantale de Schelling et de Hegel. Le mage de Gitta était loin de la pénitence et du repentir que lui prêchait saint Pierre. Après le départ des apôtres, ■ il eonceutra toutes les facultés de son intelligence dans le champ nouveau pour lui de la révélation chrétienne. A mesure que les textes de l'Évangile et les Épitres des apôtres furent publiés, Simon s'en empara pour les adapter à sa gnose. Les Philosophumena nous fourniront ainsi une nouvelle preuve de l'authenticité des Évangiles cl de l'intégrité de leur publication sous leur forme actuelle, dans le cours du i" siècle.

43. La rencontre des apôtres à Samarie fut donc pour Simon le La magie point de départ d'une nouvelle évolution théosophique. Jusque-là, exploitant l'attente universelle d'un Messie qui tenait toute la Palestine en suspens, il se proclamait « la grande puissance de Dieu. » En lui s'incarnait le Rédempteur d'Israël, promis par les prophètes. Le schisme samaritain trouvait une satisfaction nationale à voir surgir de son sein le Désiré des nations. Mais il fallait soutenir ces hautes prétentions par des opérations extraordinaires, et tenir en éveil la créduhté publique. Ce fut à la pratique des sciences occultes et aux traditions mystérieuses du spiritisme ancien, renouvelées de nos jours avec des procédés analogues, que Simon demanda cet élément de succès. Le texte sacré est formel sur ce point : « Il avait

de Simon.

séduit les Samaritains par les prestiges de son art magique, n dit saint Luc. Les Philosophumena nous apportent le commentaire leplus explicite de cette parole du texte sacré. « Simon, disent-ils, était profondément versé dans la connaissance des arls magiques, et dans les formules de Thrasymède, que nous avons précédemment exposées. Ces secrets 1 aidèrent à séduire les multitudes. Il recourut aussi aux interventions démoniaques , et les résultats qu'il obtint de la sor^e aidèrent puissamment, dans ses tentatives d'apothéose personnelle, cet imposteur orgueilleux et pervers *. Ses disciples ont appris de lui les procédés de la magie et des iacantalions. Ils savent troubler l'esprit de ceux qu'ils veulent séduire, en les livrant aux démons des songes, ainsi qu'ils les nomment, et en faisant apparaître une autre sorte d'esprits qu'ils appellent démons familiers '. » 11 est donc évident que l hérésiarque samaritain employait un double moyen de réduction, le premier, spécialement destiné aux masses et emprunté aux ressources de la physique telle qu'elle était connue alors, le second, , réservé plus particulièrement à un auditoire d'élite, et pris dans les systèmes d incantation, dont les castes sacerdotales de l'Egypte et de la Perse avaient le secret. L'auteur des Philosophumena nous apporte sur ce point les révélations les plus curieuses. On comprendra, sans nul doute, l'importance qui s'attache à un sujet actualisé chez nous par l'invasion du spiritisme dans nos vieilles sociétés, a Le mage, dit cet auteur, faisait écrire sur une feuille de parchemin la demande qu'on voulait adresser au démon. La feuille phée en quatre était jetée dans un brasier ardent, pour que la fumée allât révéler au démon ce qu'on lui demandait. L'encens était jeté à pleines mains sur les charbons, le mage y ajoutait sur des morceaux de papyrus les noms, écrits en caractères hébraïques, des démons auxquels il s'adressait, et la flamme dévorait le tout. Bientôt l'Esprit divin semblait envahir le mage, qui poussait des cris inintelligibles, invoquant les génies supérieurs. Un sacrifice commençait où tous les assistants apportaient leur oblation, et le mage répoii-

» Philosophumena, lib. VI, § 7. — « Ibid., lib. VI,§ 20.

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