CIIAP. I. — DISPERSION DES DISCIPLES
ralion, lui dont la vie a été retranchée de la terre ' ? » L'Éthiopien s'adressant à Philippe : Je vous prie, lui demanda-t-il, de qui le Prophète parle-t-il ainsi ? de lui-même ou d'un autre personnage?— Philippe, prenant la parole, commença par ce texte de l'Écriture à lui prêcher l'Évangile de Jésus-Christ. Chemin faisant, ils arrivèrent près d'une fontaine. "Voici de l'eau, dit l'étranger. Qil empêche que je reçoive le baptême ? — Rien, reprit Philippe, si vous croyez de tout votre cœur. — L'Éthiopien répondit : Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. — En même temps, il fit arrêter son char. Tous deux descendirent près de la source, et Philippe le baptisa. Étant sortis de l'eau, l'Esprit du Seigneur enleva Philippe; et l'étranger ne le revit plus. Il continua sa route, le cœur plein de joie. Pour Philippe, il se trouva transporté dans la cité d'Azoth. Passant de ville en ville, il continuait à évangéliser ce pays, jusqu'à ce qu'il vint à Césarée *. » 43. Gaza ^, l'antique capitale des Philistins, sur la côte phéni- Géographie
du livre dfia
cienre, était située au midi de Samarie et de Jérusalem, à l'extré- Actes. Mono. mité occidentale de la Palestine. Le pèlerinage du chambellan thenticité." éthiopien, venu des sources du Nil pour adorer Jéhovah dans son Temple, nous donne l'idée des longs voyages qu'un motif religieux faisait alors entreprendre aux Juifs. Pour retourner dans sa lointaine patrie, celui-ci allait vraisemblablement s'embarquer à Gaza, longer les rivages de la Méditerranée jusqu'à Alexandrie et remonter le Nil par delà les contrées alors soumises à la domination romaine. Peut-être était-il un de ces Hébreux de la d spersion, jetés depuis la captivité de Babylone sur tous les points de l'univers connu. Il est du moins certain, d'après le texte même de saint Luc,
* Isa., Lm, 7, 8. Voir, pour l'explication de ce verset, et la différence entre
le texte hébreu et la version des Septante suivie par saint Luc, Cornélius a \
Lapide, in Isa., lui, 8. Cf. tom. III de cotte Histoire, pag. 17. ^
« Act., vni, 26 ad ultim. >
' « Après avoir été pillée sous Nabuchodonosor, Gaza avait été prise de non- [
» Teau et détruite quatre-vingt quatorze ans avant Jésus-Christ, par Alexandre '
» Jannée, après un siège d'un an. (Cf. tom. IV de cette Histoire , pag. 48.) \
» Rebâtie et fortifiée par le général romain Gabinius et par le roi Hérode , elle ' » fut de nouveau réduite en cendres par les Juifs, l'an 65 après Jésus- Christ. » (Sepp, La Vie de Noire-Seigneur Jésus-Christ^ tom. III, pag. 167.)
qu'il professait la religion judaïque, et qu'après avoir accompli son pèlerinage, il s'entretenait, par la lecture des prophètes, des grandes espérances qui faisaient tressaillir le cœur des enfants d'Israël. C'est donc à tort qu'Eusèbe, dans son Histoire ecclésiastique ', voit dans la conversion de l'intendant éthiopien , « les prémisses de la gentilité conquises par le Verbe de Dieu. » L'étranger baptisé par saint Philippe n'était pas un païen. Le récit des Actes nous laisse ignorer son origine, mais il nous le présente comme un prosélyte, v^ fidèle à toutes les pratiques du culte hébreu, II lit les prophètes, mais il ne se croit pas, ainsi que les lecteurs des sociétés bibliques, le droit de libre examen et d'interprétation individuelle. 11 reconnaît une autorité doctrinale, dont la mission était de maintenir le ■véritable sens des Écritures. Cette autorité , au sein du judaïsme, était exercée par les Rabbi ou docteurs de la synagogue. Tel est le sens des paroles de 1 Éthiopien à saint Philippe : « Comment comprendrais-] e les Écritures, lui dit-il, si quelqu'un ne me les explique? » Il prend son interlocuteur pour un Rabbi hébreu; ii l'invite à prendre place à ses côtés, et l'Évangéliste ouvre au lecteur docile les mystères de rédemption et de grâce cachés sous la lettre morte des Écritures. On montre encore, non loin de Bethléem, sur le chemin du désert de saint Jean, vis-à-vis de Beit-Djalla, dans un étroit défilé qui porte aujourd'hui le nom de Wadi-Ahmed, le lieu où saint Philippe, conduit par l'Esprit du Seigneur, rencontra le char de 1 Éthiopien, « Après une heure de marche, dit M^ Mislin, on arrive à la Fontaine de saint Philippe Ain-Hanieh; elle est à la gauche du chemin, sortant du pied de la colline. Elle a dû être fort ornée autrefois; on remarque encore quelques ciselures et des débris assez considérables. Dans un champ voisin, il y avait une église, deux colonnes sont encore debout. Tout près on voit plusieurs tombeaux taillés dans le roc 2. » Lliisfoire monumentale des Livres saints confirme ainsi chacun des détails bibliques. Les fidèles des premiers âges sont venus prier au heu où l'Esprit-Saint avait miraculeusement transporté le diacre Philippe. Ils voulaient
» Euseh., Hist. eccles., lib. II, cap. I ; Pafrol. grœc, XX, col. 137. « M»' Mislin, Les Saints Lieux, tom. Ill, pag. 103-109.
CHAP. ï; «-. eONVERSION DE SAINT PAUL. 367
après la mort reposer non loin de la fontaine consacrée par l'atfouçhement d'un saint. La foi catholique s'échappe de toutes les traditions et de tous les souvenirs du passé. Portée par le néophyte éthiopien, elle franchit les déserts de la Nubie, et la première chrétienté foi fondée en ce pays par le chambellan de la reine Candace '. Strabon nous apprend que la ville éthiopienne de Méroê, en souvenir sans doute de la fameuse reine de Saba, était depuis un temps immémorial gouvernée par des femmes, auxquelles on donnait le nom générique de Candace 2.
§ IX. Conversion de satnt Panl.
46. « Cependant, continue l'historien sacré, Saul ne respirant vision a. encore que menaces et carnage contre les disciples du Seigneur, chémin'.i'e vint trouver le prince des prêtres. Il lui demanda des lettres pour ieu.'''s a.r les synagogues de Damas, afin que s'il y trouvait quelques membres ^"'1^^ f'f} cette secte, hommes ou femmes, il fût autorisé à les amener chargés de chaînes à Jérusalem. Il se mit donc en route, et déjà il approchait de Damas 3, lorsqu'il fut soudain environné d'une lumière du ciel. Tombant à terre, il entendit une voix qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu! — Qui êtes-vous, Seigneur? demanda-t-il. — Et la -voix répondit : Je suis Jésus, que tu persécutes. n est dur pour toi de regimber contre l'aiguillon. — Tremblant, saisi d'effroi, Saul dit : Seigneur, que voulez-vous que je fasse? —
« Eolland-, Act. sancf., UctoLr., lom. X, pag. 670. — » Strab., Hist. heb.,xvn.
3 « Le lieu où saint Paul fut renversé parla voix céleste, dit Mk' Mislin, est » à dix minutes de la porte du Midi. C'est maintenant le cimetière des chrétien* » de Damas. Autrefois on y avait construit une église . 11 n'en reste plus qu'une » douzaine de tronçons de colonnes, qui sont tous couchés dans le même sens. » Ce lieu, qui est tout à côté du chemin, est un peu élevé; il paraît être un » moûticule de décombres. Leschrétienss'yrendentchaque année proeession- » nelJement le jour de la conversion de saint Paul. Do là saint Paul entra dans » la ville, et alla dans la rue qu'on appelle Droite, dans la maison de Jude. La B [lorte de saint Paul (Bab-Douma) est appelée porte Orientale parles habitants. » L'ancienne porte est encore très-reconnaissable. Elle avait trois arcs qui reo posaient sur des piliers très-forts. Au-dessus s'élevait une tour. » {Les Saints Lieux, tom. L pag. 479.)
synagogues juives.
368 PONTIfICAT DE SAINT PIERRE (33-66).
Le Seigneur reprit : Lève-toi, entre à Damas, là on te dira ce qu'il te faut faire. — Or les compagnons de Saul restaient debout, plongés dans la stupeur. Ils entendaient la voix , sans apercevoir personne. Saul se releva, et ouvrit les yeux, mais il ne voyait plus. Ses compagnons le prirent par la main et le firent entrer à Damas, n y demeura trois jours, dans une cécité complète, et sans pouvoir prendre ni aliment ni breuvage '. »
L'histoire de Saul terrassé , sur le chemin de Damas , par une lumière céleste et parla voix formidable du Jésus quil persécutait, nous transporte au milieu même du surnaturel que le rationalisme moderne s'est épuisé à bannir des fastes de notre terre. Depuis Abraham, le père des Hébreux, que les visions divines illuminèrent sur le même chemin, jusqu'aux élus du peuple d'Israël, qui, en plein XIX* siècle, ont vu la gloire du Christ et entendu sa voix souveraine, c'est toujours le même surnaturel, triomphant des résistances humaines, des négations de la science, des hostilités du doctorat officiel. Il était donc sorti de Jérusalem, la bouche pleine de menaces, et le cœur avide de sang chrétien, ce Saul, l'exécuteur des vengeances de la synagogue , l'assesseur complaisant qui présidait au martyre de son condisciple Etienne *. « Mais, dit saint Augustin, Etienne avait prié, et l'Église devait avoir saint Paul'. »
* AcL, IX, 1-9. Le récit de la conversion de saint Paul a été reproduit à deux reprises différentes par saint Paul lui-même, dans le livre des,4c/e* (xxii, 3-17; XXYi, 9-19). L'apôtre y fait en outre de fréqueates allusions (Galat., i, 13; I Cor., XV, 9; I Tim., i, 12, 13) dans ses Épltres. La vision divine, avec ses caractères surnaturels, est partout la même.
* Notons en passant une erreur devenue classique parmi les peintres, dans leurs tableaux de la conversion de saint Paul, (la le représentent avec le costume d'un soldat romain, monté sur un magnifique cheval, pareil à celui que pouvait avoir Paul-Émile, vainqueur de Persée et recevant les honneurs cfa triomphe. Or, les Juifs zélés, et surtout les pharisiens, avaient horreur du cheval, et ne s'en servaient presque jamais. C'est donc une mule ou un àce qu'il faut donner pour monture à saint Paul. Son costume était celui d'un phri» risieu rigide, avec les phylactères au poignet et les textes mosaïques écrits sur les franges de son manteau. Ses compagnons, vêtus de même, n'étaient pas, ainsi qu'on les représente d'ordmaire, des légionnaires romains escortant ud préteur.
Si Siephanus non orasset, Paulum ecclesia non haberet. (S. August., Serm. I ée Sanciisj.
Les prières d'un saint sont plus puissantes que toute la rage clés persécuteurs. La mission que Saul avait instamment sollicitée Ja grand prêtre Caïptie n'était pas sans péril. Damas , capitale de la Calé-Syrie, était alors soumise au sceptre d'Arétas , prince arabe , allié du roi dÉdesse Agbar, et comme Ini, ennemi déclaré de Jérusalem *. Arétas était représenté dans celte ville par un gouverneur ou vice-roi, qui secondait la politique de son maître. Les fidèles de Jérusalem, poursuivis par la "haine du Sanhédrin et violemment dispersés, avaient trouvé à Damas un abri protecteur. Pour les atteindre, malgré l'autorité du gouverneur, Saul comptait sur les synagogues établies en cette ville , où le nombre des Juifs était si considérable que, dans une émeute populaire, dix mille d'entre eux, surpris et désarmés au milieu des Thermes, furent tués par les habitants *. On sait d ailleurs que le Sanhédria exerçait une autorité suprême sur les synagogues de la dispersion. Il jouissait, sous les Romains eux-mêmes, du droit d'arrestation et d'emprisonnement dans les causes religieuses ; Josèphe et Philon nous apprennent que ses décrets et ses statuts portés aux Juifs d'Alexandrie et des autres provinces de l'empire romain, y avaient force de loi pour les Juifs. Nous avons eu fréquemment l'occasion de signaler le maintien de l'autonomie hébraïque à travers toutes les vicissitudes de Ihistoire juive, et au sein même de la grande captivité. Mais il était évident que dans l'état présent des relations entre Damas et Jérusalem, la mission dont Saul avait revendiqué l'honneur trouverait une résistance énergique de la part du viceroi. Voilà pourquoi sans doute, Saul trouvait digne de lui d'aflronter ce danger. Saint Justin, dans son dialogue avec Tryphon, nous apprend qu'à la même époque le grand conseil de Jérusalem, adressa des délégués à toutes les synagogues du monde, avec un. sorte de circulaire conçue en ces termes : « Une secte professan. l'athéisme et le mépris de la loi a surgi parmi nous, sons la direction d'un imposteur gahléen, nommé Jésus. Nous eivocs fait périr sur la croix ce chef impie; mais ses disciples sont venus enlever
» Joseph., Antiq., XVUI, 7. — * Joseph, De Bell. jucL, lib. IV, cap. XXYs V. 24
nom.
6on corps du tombeau où il avait été enseveli après le supplice. Et mainlenaiit ils vont partout, séduisant les multitudes , disant que leur maître est ressuscité d'entre les morts, et qu'il est monté aux cieux *. » Saint Justin nous a ainsi conservé la substance, sinon la formule textuelle, des lettres que Saul devait remettre aux Juifs de Damas. Mais la miséricorde divine a des coups de foudre aussi lapides que ceux de sa justice; le lion rugissant est soudain cliangé en agneau docile , le persécuteur renversé aux portes de Damas va se relever apôtre.
Le disicipie 47. « Or il y avait en cette ville un disciple nommé Ananias*. Le Bapiêma'de Scigueur lintcrpella dans une vision. Ananias! lui dit-il. — Me gcm'entde voici, Seigneur! répondit celui-ci. — Lève-toi, dit le Seigneui*; va dans la rue Droite ^, à la maison de Judas, et demande un Cilicien né à Tarse, nommé Saul. Il est en prières. — (Or en ce moment même, Saul avait une vision où lui apparaissait un homme du nom d'Ananias, qui entrait dans la maison et lui imposait les mains pour lui rendre ki vue.) Cependant Ananias, répondant au Seigneur, lui dit : J'ai appris, par de nombreux témoins, tout le mal que cet homme a fait à vos saints* de Jérusalem. 11 vient ici avec
* Voici le texte <Je saint Justin : 'Avôpaç xoipoxovTiaavTeç èyJ.exToiJî, elç Ttà^av xif' olxoy(Aévr,v è7t£[njiaT£, xïipûcjCTOVTaç, ôxi atpediç xiç âÛeoç xai àvo[j.o; èyriYepTai ànà 'It)<tou tivoç ra),i),atou Ti/âvou • ôv cTaupcocâvTwv ï1(xcjv, ol (iaÛ/iTai aÙTOÙ x),£i^avTeç aÙTÔv àizct ToO [JivTi|xaTOî vuktÔi;, ô-66£v xaTETÉÔr] àcpY)),toO£l; ànb toO craupoù, ic).av<î>9t TO'jç àvOproTTOvj; yEyôvTîç £-yriY£p9oa aÙTÔv ix VExpûv xat elç oùpavàv àv£Vïi).u6£vai. (Juft» tin., Bialog. cum Trypiione judœo, cap. cvni; Patrol. grœc,, Vlj 128.)
* « La maison de saint Anauie, qui a instruit et baptisé saint Paul, a été coQ- » vertie eu chapelle. Maintc^uant on y descend par un escalier qui a seize ou » dix-huit marches. J'ai eu, ajoute l'illustre pèlerin^ le bonheur d'y célébrer la » sainte messe; quoique ce fût de grand matin, la chapelle, l'escalier et une » partiede la rue étaient pleins de mo'ade.))(M8''Mislin,Le5Sam<5 I/ewx, pag.i79.}
' « A l'occasion de l'alliance que le roi Acbab fit avec Renadad, dit en ore » &!?"■ Mislio, nous voyons qu'il fut cédé aux Juifs un quartier dans la ville de » Damas (III Reg., x^, 34), sans doute pour y établir une colonie comnierciiile : i » c'était le Ghetto de celte époque. La rue Droite, où demeura saint Paul, était | » dans le quartier des Juifs. Elle porte encore le même nom aujourd'hoi.» [Le* Saints Lieux, tom. I, pag. 465, 466.)
* Tel est le premier titre que portèrent les disciples de Jésus-Christ. L'Église catholique s'appelle encore aujourd'hui l'Église sainte. Pourquoi le protestan» tisme a-t-il en horreur le nom même de Saint, et se refuse-t-il à le donner
CiiAP. I. — CONVERSION DE SAINT TAUL. 37t
un mandat des princes des prêtres, pour arrêter et charger de chaînes tous ceux qui invoquent votre nom. — Le Seigneur lui dit alors : Va sans crainte, car cet homme est le vase d'élection qui portera mon nom devant les Gentils, les rois de la terre et les enfants d'Israël. .Te Ini révélerai tout ce qu'il lui faut souffiir pour mon nom. — Ananias alla donc et vint à la maison indiquée. Saul, mon frère, dit-il en lui imposant les mains, le Seigneur Jésus qui vous est apparu sur la route, à votre arrivée, m'a envoyé pour vous rendre la vue et vous communiquer la plénitude de l'Esprit- Saint. — Aussitôt on vit comme des écailles tomber des yeux de Saul ; il recouvra la vue, et se levant, il reçut le baptême. Ensuite il prit de la nourriture et recouvra ses forces. Il demeura quelques jours, avec les disciples, à Damas, entrant dans les synagogues et proclamant que Jésus était le Fils de Dieu. Or tous les Juifs, stupéfaits en l'écoutant, disaient : N'est-ce pas cet homme qui persécutait à Jérusalem ceux qui invoquent ce nom? N'est-il pas venu ici dans l'intention de les arrêter, et de les conduire, chargés de chaînes, aux princes des prêtres? — Mais Saul redoublait d'énergie et de courage, et il affirmait à tous les Hébreux fixés à Damas que Jésus était le Christ *. »
48. Le rationalisme a voulu transformer le récit de la conversion d e Roman
rationaliste
saint Paul en un roman psychologique, dont il nous faut rcproduu^e an sujet dei»
^ '' <j i ' ^^ ^ conversion
ici auelaues traits. « L'imagination de Saul, dit-il, déjà surexcitée par de saint Paul.
^ ^ " . Calomnies
le mouvement et la fatigue du voyage, s'exaltait encore aux ap- juives, proches de Damas, sous l'influence de sa haine contre les chrétiens, passée à l'état d'idée fixe. Les rayons du soleil, à l'heure de midi, dardant sur sa tête, achevèrent de le plonger dans un de ses inexplicables accès de mélancolie, qui prédisposent à l'hallucination. L'image des victimes déjà tombées sous sa vengeance à Jérusalem se dressa devant lui. Qu'avaient fait tant d'innocents
aux apôtres, aux pères et aux docteurs 1 UalTectede dire : Pierre, Paul, Augustin, Clirysostome. C'est avec la même logique qu'il interprète la marque de l'unité, imposée à l'Église par les fameuses paroles : Vymm ovile el unus pastor , dans le sens qu'il n'y a point de pasteurs et que cliaque brebis forme a elle seule un troupeau. — ^ Ad., ix, 10-22.
massacrés par ses ordres? Ils interprétaient autrement que lui le texte des Ecritures. Cela méritait-il la mort? En ce moment, la prière d'Etienne, son ancien condisciple, l'ami de sa jeunesse, retentit dans son cœur, comme un testament d'amour suprême. 11 se rappela le discours du premier martyr. Attentif alors au sens spirituel qu'Etienne avait donné à la loi de Moïse, Saul éprouva une impression vive, (jui fut, pour un esprit aussi élevé que le sien, un trait de lumière. Ce nouveau point de vue élargissant devant lui l'horizon étroit dans lequel il s'était renfermé, par l'étude de la lettre seule et les interprétations matérielles du pharisaïsme, il conçut des doutes poignants sur la légitimité de sa conduite. Ces perplexités de conscience finirent par le jeter dans un état extatique; il lui sembla voir Jésus, dans l'azur embrasé du ciel ; il crut l'entendre dire : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? » Le cri intérieur du remords trouvait ainsi un écho extérieur et se formulait dans les accents d une voix imaginaire. La pitié succéda au fanatisme de la haine, dans l'âme de Saul ; l'idée de réparer le mal commis le jeta dans le parti des persécutés ; il apporta à ce nouveau rôle le même enthousiasme qu'il avait déi)loyé pour la vengeance. ») Voilà les fables que la crédulité du rationalisme substitue aux grandes réaUtés de l.i foi. Les Juifs connaissaient mieux le caractère de Saul; ils ne le prirent jamais pour un halluciné. Cependant comme il leur fallait trouver un motif quelconque k sa conversion instantanée, voici celui qu'ils inventèrent; s'il n'est pas plus vrai que celui de nos rationalistes, il est du moins beaucoup plus habilement imaginé : « Paul, disent-ils, né à Tarse d'une famille païenne, était païen lui-même. Venu jeune à Jérusalem , il y passa plusieurs années, rencontra la fille du grand prêtre et se berça de l'ambitieux espoir d'en obtenir la main. Pour y parvenir, iL n'hésita pas à se faire prosélyte et à recevoir la circoncision. Malgré ces avances > le pontife lui refusa sa fille et dès lors Paul , dans sa rage , ne cessa d écrire contre la circoncision, le sabbat et la loi de Moïse*. »
* C'est saint Épiphane qui nous a transmis cette calomnie judaïque, dont EbioD et ses disciples s'emparèrent plus tard. Nous croyons utile de reproduire ici ce texte peu connu : 4>aTy.ojo(v aOtàv eïvai 'EXXTiva, xaî 'EX).rjvi5o;
CIIAP. I.