CONVERSION DE SAINT PAUL
n y avait certainement de l'habileté à lancer une telle calomnie contre l'apôtre de la virginité. Mais qu'importent les hallucinations du rationalisme et les outrages de la perfidie judaïque? La transitor- H mation de Saul le persécuteur en saint Paul l'apôtre demeure un miracle de premier ordre, qui défie toutes les expUcations de la haine et de l'incrédulité. Après sa conversion sur le chemin de Damas, l'envoyé du grand prêtre ne conserve plus rien de son ancienne vie. Le nom royal de Saul, que lui a donné l'orgueil hébraïque, disparaîtra sous le nom grec et romain de Paul {le Pacifique). Soit qu'il ait pris ce nom nouveau immédiatement après son baptême, ainsi que l'ont cru saint Arabroise et saint Augustin, soit qu'il ait commencé seulement à le porter après la conversion du proconsul Sergius Paulus, comme l'enseigne saint Jérôme *, le seul titre qu'il inscrira désormais en tête de ses immortelles épîtres sera celui-ci : « Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à l'apostolat non par les hommes, ni par un homme en particulier, mais par Jésus-Christ *. » 49. C'est ainsi qu'il se nomme dans une lettre adressée vingt saint Pani
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ans plus tard aux Eglises qu il avait tondees en ualatie. « Vous même sos
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savez tous, dit-il , comment j ai vécu autreiois au sem du ju- Arabie, daïsme. Je persécutais à outrance l'Église de Dieu et je la rava- jérusaicrà,
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geais. Plus exalte dans les croyances juives qu aucun de mes compatriotes et de mes contemporains, je déployais un zèle excessif pour les traditions de mes aïeux. Mais quand il plut à Celui qui m'a choisi dès le sein de ma mère, et m'a appelé par sa grâce, de révéler en moi son Fils, et de me faire porter son Évangile aux nations, alors je brisai soudain avec la chair et le sang. Je ne me rendis point à Jérusalem, près de ceux qui m'avaient précédé dans l'apostolat, mais j'allai en Arabie, d'où je revins à Damas. Enfin, après trois ans, je vins à Jérusalem voir Pierre, et je restai quinze
jiiflTpèç xaî "E).)y;voc ïtarpôç Tiaïôa. 'AvaêeêTjxsvai 5è elç ^Uooaolviia, xal xpo^'ov èxeî lAeiisvTixévai • ÈTiiTeeyjirjxévai 5è Ouyaxépa toù lepéw; Tipàç y«(Jlov àyayEaOat, xai toOtou Vsxa itpoiTiô^viTov Y£véa9ai, xal 7:£piT[AY)er)vai. Et-ra [i.i\ Xaêôvra t:?iv xôpriv wpYto0at, xaX xatà i7tiT0(Xïii; ysypaçévat, xaî xarà Sagêàxou, xal vo[/.o6ca(a;. (Epiph., Hœres.f tom. XXX, cap. xvi; Pair, grœc, tom. XLl, col. 433.)
* Voir sur ce point les détails donnés par Baronius. [Annal, eccles. , tom, I, pag. 188, 189.) — 2 Gai., i, 1.
jours près de lui, sans reneontrer aucun des autres apôtres, sinon Jacques, le trère du Seigneur. Je passai ensuite en Syrie et en Cilicie. Or mon visage même était inconnu aux Églises de Judée, fondées dans le Christ. Elles avaient seulement ouï dire : Cet homme qui nous persécutait naguère, évangélise maintenant la foi qu'il combattait alors. Et tous rendaient gloire à Dieu de ma conversion*. » Dans la seconde épître aux Corinthiens, l'apôtre fait encore une allusion à sa sortie de Damas. « Le gouverneur préposé à ce pays, par le roi Arétas, dit-il, avait fait garder les portes, dans l'espoir de m'arrêter. Mais on suspendit une corbeille h une fenêtre, et Ton me descendit le long des murailles du rempart. C'est ainsi que j'échappai de ses mains -. » Ces fragments autobiographiques, d'autant plus précieux que saint Paul est d'ordinaire plus sobre de détails purement personnels, fixent la chronologie des Actes, et en complètent le récit. « Après de longs jours, dit saint Luc, les Juifs de Damas se concertèrent dans une assemblée , pour faire mourir Saul. Les embûches qu'ils lui tendirent vinrent à sa connaissance. Ils avaient aposté, aux portes de la ville, des gau-des qui veillaient jour et nuit, avec ordre de le tuer. Cependant les disciples le descendirent durant la nuit, dans une corbeille, du haut des remparts. 11 se rendit alors à Jérusalem et cherchait à se joindre aux frères , mais tous le redoutaient , ne pouvant croire qu'il eût embrassé la foi. Alors Barnabe l'ayant pris avec lui , le présenta aux apôtres ©t leur raconta comment Saul avait vu le Seigneur sur le chemin, les paroles qu il en avait entendues et le courage avec lequel il avait prêché à Damas le nom de Jésus. Dès lors Saul fut admis dans la société des frères, il entrait et sortait librement pour leurs iissemblées à Jérusalem ; continuant à agir avec assurance, au nom du Seigneur. Il prêchait les Gentils et discutait avec les Hellénistes. Ces derniers songèrent alors à le tuer; mais les frères, mformés de leur dessein, le conduisirent à Césarée et de là le firent partir pour Ta; se ^. »
Iftwctère 50. Nous avons ainsi la série d'épreuves que saint Paul dut tj:a-
* Gai., I, 13 ad uUim. — > II Cor., xi, 32, 33. — 3 Act., IX, 23-2'J.
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verser, avant de commencer sa mission. Trois ans de solitude dans v^l^^ les déçerts de l'Arabie, snr les rocher, de l'Horeb, où il retrouvait ^p-u.^-^ les traces de Moïse et d'Élie, le préparèrent h l'apostolat du monde, àeaint W Sa vocation ne venait « ni d'un homme, ni des hommes, » ainsi qu'il le dit lui-même. Mais dans sa retraite, le Dieu qui l'avait renversé sur le chemin de Damas parlait k son cœur, et lui révélait la science profonde de l'Évan-ile, les mystères de la loi nouvelle et leurs rapports avec le ^J^estament Ancien, qu'il développera plus tard en un langage dont la sublimité ne sera jamais égalée. C'est encore par le silence et les méditations d'une laborieuse solitude que l'Église cathohque forme aujourd'hui ses ministres pour les luttes de l'apostolat. Saul, de rétour à Damas, n'y trouve que la persécution, dont jadis il avait donné le signal. Le gouverneur cède aux instances des Juifs, et commande lui-même les mesures dirigées contre l'apôtre. Peut-être la synagogue de Damas avait-elle eu la perfidie de dénoncer Paul cà son tribunal, comme un délégué du Sanhédrin. Tout au moins elle dut le présenter au vice-roi comme un séditieux, qui troublait les consciences et la tranquillité publique. L'or juif, cet appoint de toute trahison, compensa sans doute le défaut de preuves. Les disciples durent suspendre, dans une corbeille d'osier, cet homme qui allait conquérir le monde et le descendre ainsi en dehors du rempart *. c 11 se rendit à Jérusalem pou7- voir Pkrre , dit Bossuet , et le voir , selon la force de l'original , comme on vient voir une chose pleine de merveilles et digne d'être recherchée ; le contempler, l'étudier , dit saint Jean-Chry-
• « Non loin de la porte orientale, dit m^ Mislia, on montre l'endroit des » remparts où les disciples descendirent saint Paul, durant la nuit, par la iiiu- B raille, dans une corbeille, pour le soustraire à la fureur des Juifs. Gomme il y n a une iuscription arabe assez moderne en ce même lieu , et que les pierres D de la muraille ne sont probablement plus dans le même ordre que du temps » de saint Paul, des auteurs protestants trouvent qu'il est raisonnable de r » moquer de cette tradition. Ou reconnaît à la vérité, dans les murailles d«. » Damas, des restaurations peu anciennes, mais il s'y trouve deablocflde pierw B si énormes, superposés sans ciment les uns sur les autres et taillés comme » ceux des monuments de la plus haute antiquité, que les habitants de Damas 9 attribuent la fondation de ces murs à Abraham, et les connaisseurs aux Phép nicieus. » [Les Saints Lieux, tom. I. pag. 480.)
sostôrae, et le voir comme plus grand aussi bien que plus ancien que lui, dit ^e même Père; le voir néanmoins, non pour être instruit, lui que Jésus-Christ instruisait lui-même par une révélation si expresse, mais afin de donner la forme aux siècles futurs, et qu'il demeurât établi à jamais que quelque docte, quelque saint qu'on soit, fût-on un autre saint Paul, il faut voir Pierre * ! » Cette entrevue de Pierre et de Paul, « la forme des siècles futurs, » est un des moments les plus solennels de l'histoire de l'Église. Entre le premier baiser des deux apôtres et leur dernier adieu sur la voie d'Ostie, quand ils se séparèrent pour aller au martyre, les deux frères auront fondé Rome chrétienne et fait adorer le nom de Jésus par tout l'univers. Cependant l'Église de Jérusalem avait ignoré jusque-là la conversion miraculeuse accomplie à Damas. Si quelques rumeurs lointaines en avaient été apportées par de rares voyageurs, l'absence prolongée de Paul avait dû les faire considérer comme un bruit sans consistance. Les disciples continuent donc à fuir l'ancien persécuteur; toutes leurs maisons, toutes leurs assemblées lui restent interdites, jusqu'à ce que Barnabe, comme lui ancien disciple de Gamaliel et ami de saint Etienne, lui ouvre sa demeure, entende de sa bouche le récit de tant de merveilles, et présente le nouvel élu du Seigneur à Pierre, le chef de l'Église, et à Jacques, l'évcque de Jérusalem. L'apôtre des Gentils commence aussitôt l'exercice de sa mission dans la ville sainte. Loquebatur Gentil/us, fi disfjulabat citm Grœcis. Mais les menaces de mort qu'il venait d'affronter à Damas, il les rencontre en Palestine. Les Juifs hellénistes, auxquels il avait jadis prêté son concours pour lapider le premier martyr, retournent maintenant leur rage contre lui-même. Il semble que, dans la vocation extraordinaire de saint Paul, Dieu ait rassemblé tous les contrastes, et que l'apôtre dût retrouver, dirigée contre sa poitrine, chacune des armes que le persécuteur avait aiguisées. Ainsi s'accomplissait la révélation faite à Ananias : «Je lui apprendrai tout ce qu'il lui faudra souffrir pour mon nom. » Mais parmi cette tempête des passions soulevées, Paul avait deux ap-
' Bossuet, Discour* sur l'unité de l'Église.