‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 2)Chapitre 55 sur 97 · CIIAP. 1. — SAINT PIERRE ET LES ÉGLISES DE PALESTINE · texte numérisé non relu

CIIAP. 1. — SAINT PIERRE ET LES ÉGLISES DE PALESTINE

décret : Qa'aucun tiieu ne soit consacré par Vùnperator, s'il n'a été approuvé par le sénat. Marcus ^milius se conforma à cette règle, à oropos de son dieu Alburnus. C'est un triomphe pour noire cause ie vous voir soumettre la divinité à un suffrage humain. Si le dieu ne plait pas à l'homme, il ne sera pas dieu ! C'est l'homme qui devra tendre au dieu une main compatissante! Tibère donc, au temps où le nom chrétien fit sa première apparition dans le monde, reçut di! Palestine une relation qui l'informait de la véritable Divinité, celle du Christ. Il en déféra l'examen au sénat, et, pour sa part, il se déclarait prêt à accorder un suffrage favorable. Le sénat ne fut point de l'avis impérial, et repoussa la motion. Le César n'en persévéra pas moins dans son premier sentiment, et menaça de la peine capitale quiconque accuserait les chrétiens '. » Ainsi parle Tertullien. La Providence divine inclina en ce sens l'âme du césar Tibère, afin que 1 Évangile qui commençait à naître pût se répandre sans obstacle dans toutes les parties de l'univers ^. »

52. On ne conçoit rien de plus circonstancié, de plus positif, de véracité da plus net que ce récit d^Eusèbe, attesté en l'an 180 par TerluUien d'Eusèbe. et confirmé vers l'an 98 par saint Justin, qui renvoie les Romains incrédules au texte officiel des Actes de Pilate, conservés dans les archives du règne de Tibère ^. Cependant l'école critique, issue aa xvn* siècle du double courant protestant et janséniste qui entraînai^ alors les esprits, rejeta ces précieux témoignages, comme des légendes fabuleuses. « Est-il vraisemblable, disait Élie Dupin, que Pilate ait écrit de pareilles choses à Tibère, au sujet d'un homme qu'il avait lui-même condamné à mort? et quand il les eût écrites, est-il probable que Tibère eût proposé au sénat de mettre cet

i Le passage de Tertullien, cité par Eusèbe , se trouve eu effet textuellement reproduit au chapitre iv de l'Apologétique. (Palrol. lat., l, 290.)

8 Euseb., His(. écoles., lib. II, cap. u; Patrol. grœc, XX, 140, 141 . Nous appelons ratteniion du lecteur sur cette dernière expression d'Eusèbe : Ilavxaxéae Yviî, doDt la portée nous apparaîtra plus loin, dans la discussion relative à la propagalion de l'Evangile, au siècle apostolique.

3 Voi>i les paroles de saint Justin : Kai xaÛTa ôti yérove, Suvaffôs (laôeïv è% tûv iTtl novTÎou riiXâtoy -cevoixévwv à/.Twv. (S. Just., Apol. I pro Chris itnus, § 35, 'Oti te xaùTa sTrotïj'jev, ex xwv èirt IIovTtou IltXàtou Y£VO[A£vwv àxxwv (Aaôeïv Suvaffôl. (Ibid., 72; Patrol. grœc, VI, col. 384-399.)

homme au nombre des dieux, sur l'absurde relation d'un gouverneur de province? et si Tibère eût fait cette proposition, comment mettre en doute que le sénat ne l'ait immédiatement acceptée? Donc, si tout ce récit n'est pas absolument faux, il faut du moins reconnaître qu'il est fort suspect *. » Est-il vraisemblable, dironsnous, que Pilate, gouverneur de la Judée, n'ait pas informé la cour impériale du mouvement d'opinion qui se produisait alors en Palestine et qui constituait un événement si remarquable dans sa province? « Il est certain, dit Lardner, que l'usage de tous les préteurs était de dresser des relations , actes ou mémoires de chacun des faits un peu importants qui se produisaient dans leur gouvernement *. )) En vérité , quand nous n'aurions pas la preuve de cet usage dans tous les historiens romains, le simple bon sens suffirait seul à en démontrer l'existence, à moins peut-être que l'infatuation de notre époque n'allât jusqu'au point d'imaginer que la centralisation romaine aurait eu besoin d'apprendre de la nôtre un mécanisme que celle-ci lui a emprunté. Ce qu'on exige aujourd'hui en France d'un préfet, on l'exigeait d'un préteur, au temps de Tibère. Qu'on veuille bien remarquer que l'irruption de la doctrine évangélique en Judée ne nous est pas seulement attestée par les Livres Saints. Voici le témoignage de Josèphe. Il a maintenant d'autant plus de force que le moderne rationalisme s'est vu contraint d'en reconnaître l'authenticité : « Sous l'administration de Pilate , dit Josèphe , parut un homme sage nommé Jésus , si toutefois on le doit appeler homme. Car il accomplissait des œuvres prodigieuses, et se fit le Maître de ceux qui embrassent avec joie la vérité. 11 eut de nombreux adhérents , non-seulement parmi les juifs, mais parmi les païens. C'était le Christ, que, sur l'accusation des princes de notre nation, Pilate fit mettre en croix. Ses disciples qui s'étaient attachés à lui dès le commencement, ne cessèrent point pour cela de l'aimer. H leur apparut vivant le troisième jour après son supplice , selon les prophéties qui avaient prédit de lui cette particularité et beaucoup d'autres merveilles. Sous le nom

• El. Dnpin, Bib. des auteurs ecclésiast., tom. I, pag. 24. — ' Lardner, Credibility of the Gospel, tom. VI, pag. 608.

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