‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 2)Chapitre 56 sur 97 · CHAP. I. — SAINT PIERRE ET LES ÉGUSES DE PALESTINE · texte numérisé non relu

CHAP. I. — SAINT PIERRE ET LES ÉGUSES DE PALESTINE

de chrétiens, ils se sont perpétués jusqu'à ce jour '. » Et l'on voudrait que Pilate n'eût pas informé l'empereur d'un fait de cette importance ! mais l'empereur était Tibère, et Pilate en agissant ainsi eût joué sa tête. La justification du préteur qui avait condamné Jésus à mort était du reste bien facile. C'étaient les princes des prêtres et tout le peuple juif qui avaient séditieusement traîné le Christ à son tribunal, qui avaient résisté par trois fois, à ses remontrances, qui avaient couvert sa voix de leurs clameurs et exigé la mort de Jésus. Quand Pilate se lava les mains, et déclara à la populace qu'il voulait rester innocent du sang de cet homme, estce que Pilate ne préparait pas, à tout événement, sa justification à Rome, si la cause y était jamais portée? On s'étonne que Tibère ait Oommuniqué au sénat la relation de Pilate; mais toutes les relations de ce genre étaient communiquées au sénat. «Comment croire, dit-on, que Tibère ait eu la ferme volonté de faire inscrire Jésus au rang des dieux, et s'il l'avait eue réellement, quelle apparence que le sénat lui eût résisté ? » Mais ni Eusèbe, ni TertuUien ne parlent de cette détermination absolue de l'empereur. Le César transmet au sénat un rapport curieux, en ajoutant, soit avec l'indifférence qui lui était habituelle et dont nous parle Suétone, soit même avec un accent d'ronie qui ne lui était pas moins familier : Si vous voulez mettre cet homme au rang des dieux, je lui donne mon suffrage. Il n'y eut donc ni parti pris sérieux du côté de Tibère, ni l'ombre d'une résistance, de la part du sénat. Aussi, avec Pearsou, Mosheim, Havercamp et Larduer, qui eurent l'honneur de réagir les premiers, au sein du protestantisme, contre les lamentables tendances de l'école de Launoy et de Dupin, nous maintenons comme absolument vra

* rivetai xac xarà toùtov xpôvov Iriffou; ffoçà; àv:^p, elye âvSpa aù-rov Xeyetv y p^ 'Hv yàp TtapaôôÇwv IpyMV TtotïiT^lç, èiSiamaloz àvôptoTtwv twv yiSo-q -râlffiri 6exo|AÉvov xaî TîoXXoùç [lèv 'louSaiouç, uoW.ôuî 8è xaî 'EXXyjvtxoù; èitTifàyeTO. 'O XpiaTÔç ovIto; i^v • xaîaÙTov Èvâst^at tùv nponuty àvSpàiv uap' ri[^-ïv, ff-rauptô £THT£Tt[ji.Yix6To; lIiXdÎTOu oùx èira'jffavTO otys TipwTov àyaui^ffavTeç. 'Eçâvr; yàp aÙTOÎ? xpiTTiv è'/u>'^ yi[xépav itàXiv Çwv, Tûv ôeiwv TtpoçYiTaJv xà^ta xat àXXa [AÛpta Oaufiàffia irepi àutoO etprjxÔTMV (Joseph., Antiq. jud., lib. XVIII, cap.tv, n°"*.) L'auteur de la Vie de Jésus, dans Vlniroduaton de cet ouvrage, confesse que les paroles de Josèphe lui semblent aulliCûtiques, Uu tel aveu nou3 dispense de toute autre démonstralion.

le récit d'Eusèbe. 11 y eut très-réellement des actes officiels, coiicer»' nantNotre-Seigneur Jésus-Christ, envoyés de Jérusalem à Home par Pilate. Leur existence était un fait tellement connu auiii* siècle, que l'empereur Maximin en ordonna une contrefaçon, où Jésus-ChrisI et ses disciples étaient dépeints sous les traits les plus odieux, e fit afficher ce pamphlet par tout l'empire. Nous verrons au il® sièclf les quarto décimans fabriquer aussi de faux Acies de Pualc, poii. appuyer leur chronologie erronée. D'autres hérétiques les imitèrent. Aujourd'hui, le texte authentique de la relation envoyée ù Tibère par le gouverneur de Jérusalem ne nous est plus connu. Les divers Actes de Pilate, qu'on peut lire dans la collection d'apocryphes de Fabricius et de Thilo, sont tous de fabrique relativement récente, ou d'origine fort suspecte. Mais ces pastiches sont autant de preuves de l'existence, à une époque antérieure, du monument primitif.

La paît 53. La paix inopinément rendue à l'Église naissante coïncida

rendoe à

\Egiise. Fin avcc la fin de la préture de Pilate en Judée. Un incident inattendu d'Anne, vint brusquement renverser le pouvoir de ce juge prévaricateur, PiJate. qui a pu laver ses mains devant les Juifs et même devant Tibère, mais dont la mémoire reste éternellement chargée d'un déicide, « Une émeute éclata sur le territoire samaritain, dit Josèplie. Un imposteur, auquel les mensonges ne coûtaient rien, et qui savait à tout prix se ménager la faveur populaire, fit prendre les armes à une foule crédule, et lui donna rendez-vous sur la montagne sainte du Garizim, où il promettait de retrouver les vases sacrés, que Moïse, disait-il, y avait enfouis autrefois. Cette multitude égarée s'établit en armes au boui'g de Tirabatha, attendant dans cette po- ■ition les renforts qui lui arrivaient de toutes parts, afin d'opérer en masse l'ascension sur le mont sacré. Cependant Pilate s'était empressé de faire occuper le versant du Garizim par sa cavalerie el ses légionnaires qui fondirent sur les Samaritains réunis à Tirabatha, en firent un effroyable carnage et les mirent en fuite. Le nombre des prisonniers fut considérable ; on les amena à Pilate, Celui-ci choisit dans cette foule les plus importants par leur naissance , ou leurs richesses, et les livra au dernier supplice. L'indignation

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éclata de toutes parts. Une députation composée des principaux Samaritains se rendit en Syrie, près du proconsul Vitellius *, et déposa entre ses mains une accusation officielle contre Pilate, coupable, dirent-ils, d un brigandage gratuit. Suivant eux, l'assemblée ùc Tirabalha n'avait nullement eu le caractère d'une révolte contre le pouvoir impérial, elle était seulement une protestation contre les fureurs sanguinaires de Pilate. Vitellius accueillit ces plaintes, e\ chargea Marcellus, son ami, de les porter à Rome. En même temps, il donnait l'ordre à Pilate de partir sur-le-champ , pour répondre en personne, au tribunal de César, des inculpations qui pesaient sur lui. Pilate, après dix an^ de préiure, fat contraint de quitter la Judée; il s'embarqua pour Rome où il n'arriva qu'après la mort de Tibère. Cependant Vitellius accourut en Palestine et se rendit à Jérusalem pour y pacifier les esprits. Il y arriva à l'époque de notre grande solennité que nous appelons la Pâque, et fut accueilli avec les plus grands hoimem*?. Voulant répondi-e par des bienfaits à l'allégresse causée par sa présence , il fit au peuple la remise de la taxe qu'on percevaitsur les fruits vendus au marché de Jérusalem, et rendit aux prêtres la permission de conserver dans le Temple, l'étole sacrée et les autres ornements du grand prêtre, déposés, depuis Hérode, dans le palais Antonia, sous la garde du pouvoir civil. Le proconsul ne mit à cette faveur qu'une restriction, celle de prévenir le gouverneur du lieu où ce dépôt, national serait placé dans le Temple, et de l'avertir chaque fois qu'on l'eîi sortirait pour l'usage des cérémonies religieuses. Cette mesure fut l'objet de la reconnaissance générale du peuple. Après avoiir déposé Caiphe du souverain pontificat, et investi de cette charge Jonathas, fils d'Ananus, Vitellius, à la nouvelle de la mort de Tibère,. reprit le chemin de la Syrie ^. a La main de Dieu frappait tous les déicides. Pilate trouva, au tribunal de Caligula, successeur de Ti-

1 Lucius Vitellius, trois fois consul, mourut à Rome, sous l'empereur Claude. Le sénat lui érigea une statue, devant la tribune aux harangues, avec cetla inscription : « Modèle d'une piété invariable envers César. » Son fils Aulus Vitellius succéda à Othon snr le trône impérial qu'il souilla, dit Suétone, « pAC... » deux vices monstrueux, la cruauté et la gourmandise. » "^

* Joseph-, Àntiq., Jud., lib. XVIII, cap. v et vr.

bère, un juge digne de lui. L'ancien gouverneur de Judée fut exilé

à Vienne, capitale des Allobroges, et se donna lui-même la mort*.

Caïphe, qui avait déchiré sa robe de grand prêtre, en s'écriant :

« Jésus a blasphémé!» se vit dépouillé par un proconsul romain de

la pourpre pontificale, et dans son désespoir, il mit fin à sa vie '.

Anne son père termina de même ses jours par le suicide ^. Ces

trois noms, s'inscrivent successivement, après celui de Judas Isca-

riote, au tragique nécrologe des persécuteurs.

!nt Pierre 54. Profitant de la paix rendue à l'Eglise, «Pierre parcourut,

igiifes de dit saint Luc, toutes les communautés des fidèles. Dans ce voyage,

ée, le p"a- 11 arriva chez les saints qui habitaient la ville de Lydda. Il y

lyl!que de i r r\ r , 1 . . , .

Lydda. trouva uu hommc appelé Lnee, qu une paralysie retenait depuis

surrGctiOD '

Tabithà sept ans sur son grabat. Pierre lui dit : Enée, le Seigneur Jésus- "^^ ' Christ te rend la santé. Lève-toi et fais toi-même ton lit. — Sur-lechamp, le paralytique se leva. Tous les habitants de Lydda et de Saron connaissaient ce malade. Témoins de sa guérison miraculeuse, ils se convertirent au Seigneur. Or, parmi les disciples de Joppé, on remarquait une femme appelée en hébreu Tabith , nom que les Grecs traduisent par Dorcas *. Sa vie était pleine de saintes œuvres et d'abondantes aumônes. Il arriva qu'en ces jours elle tomba malade et mourut. Après avoir lavé son corps, selon la coutume usitée pour les funérailles, on déposa la morte dans la salle haute de la maison. Cependant les disciples avaient appris l'arrivée de Pierre à Lydda, dont Joppé est voisine ; ils envoyèrent à l'apôtre deux hommes chargés de lui transmettre cette prière : Veuillez vous hâter de venir à nous. — Pierre, se levant, revint avec les messagers. Quand il fut arrivé , les frères le conduisirent à la salle haute, et les veuves réunies autour du corps entourèrent l'apôtre en pleurant, et lui montraient les tuniques et les vêtements

* Voir dans ce volume , chapitre xi. — * Clément, Constit. apostol., lib. Vin, cap. Il; Patrol. grœc, tom. I, col. 1057. — • Niceph. Cail., Bi$t. eccles., Ub. H, cap. X.

» Tabith, en hbhren; Dorcas, en grec, avaient la même signification, et représentaient le mot d'origine arabe : Gazelle. Ce nom, donné à des femmes, était «omoiun chez les Juifs. Le Talmud nous apprend que toutes les servantes de Gamaliel portaient le Dom de Tabith.

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que Dorcas leur avait faits de ses mains. Pierre fît sortir tous les assistants, se mit à genoux et pria. Se tournant ensuite vers le corps, il dit : Tabilli, levez-vous. — A ces mots, la morte ouvrit les yeux, ies fixa sur Pierre et se redressa sur son séant. Pierre lui tendit la main et la tit lever. Appelant ensuite les saints et les veuves , il la leur rendit vivante. Or ce prodige fut bientôt connu de toute la ville de Joppé, et une multitude d'habitants crurent au Seigneur. Ainsi Pierre demeura assez longtemps en cette ville, logé dans la maison d'uncorroyeur nommé Simon *. »

« Gomme un général inspecte son armée, dit saint Jean Ghrysostôme , ainsi Pierre parcourait les Églises , observant leur ordre , leur discipline, attentif à tout ce qui réclamait sa présence. Voyezle se montrer partout, et partout occuper le premier rang ^. » Lorsqu'aujourd'hui les pèlerins d'Europe mettent le pied sur le sol de la terre sainte, c'est à Joppé, le port actuel de Jatîa, qu'ils débarquent, rencontrant ainsi, aux avant-postes de la Palestine, les traces de l'apostolat et de la primauté de saint Pierre. Les jardins de cette ville justifient encore, malgré l'incurie du gouvernement turc et la paresse non moins désastreuse des habitants, les éloges que l'Écriture sainte prodigue à la fertilité de la plaine de Saron, où ils sont situés. « Qu'on se figure, dit M^' Mislin, une enceinte d'une étendue de deux milles, toute plantée des plus beaux arbres. C'est une forêt, verte et odorante, d'orangers chargés de tleurs et de fruits, de grenadiers dont les pommes le disputent en éclat aux fleurs qui les ont produites , de bananiers au feuillage large et satiné , de figuiei's de toute espèce , d'amandiers , de pêchers , d"abricotiers, de pruniers et de palmiers s'élevant au-dessus de cet Éden , enfermé dans des haies de nopals , et arrosé par de nombreuses fontaines. Depuis quelques années le mûrier a été planté sur une grande échelle, et l'on espère pour l'avenir de belles récoltes de soie. Ces jardins sont en grande partie cultivés par des Maronites qui viennent du Liban ^. n Lydda n'est qu'à deux heures et demie de marche de Joppé, et à quarante-cinq

' Act., IX, 32 ad ultira. — ^ Joaa. ClirysosL, In Act. , homil. xxi, 2; Palrol.y grœc, tom. LX, col. 166. — » Les Saints Lieux, tom. H, pag. 139.

minutes de Ranileh, la cité de Joseph d'Ariraathie. Saint Pierre donna pour évêqne à Lydda, le bienheureux Zeno, l'un des soixantedouze disciples de Notre-Seigneur *.

oo. Ici nous rencontrons à propos de la constitution hiérarchique de l'Eglise, au siècle des apôtres, les dénégations ironiques du protestantisme. « Quant aux qualités de prêtre ou d'évêque, dit-il, on sait ce que l'on en doit penser à cette époque ^î » D'un autre point du monde intellectuel nous arrivent les réclamations de certains rationalistes, au sujet des miracles si fréquents sous la main des apôtres et des premiers disciples, a La sève thaumaturgique, disent-ils, déborde au sein de l'Église naissante? Pourquoi s'est-elle tarie dans le cours des siècles. Le même Esprit tout-puissant ne circule donc plus au sein du catholicisme décrépit? Ou il n'y eut pas de miracles du temps de saint Pierre, ou il doit y en avoir encore au siècle de Pie IX. » Nous trouvons dans un des monuments les plus anciens de la littérature chrétienne, une réponse péremptoire à cette double objection. « Les signes opérés par ceux qui croiront en moi , dit Notte-Se'igneur , seront tels : Ils chasseront les démons; ils parleront des langues nouvelles; ils toucheront impunément des serpents venimeux; ils boiront des breuvages empoisonnés, sans en éprouver aucun mal; ils imposeront les mains aux infirmes et les guériront ^. Ces grâces ou dons nous furent d'abord accordés à nous apôtres , qui devions prêcher l'Évangile à toute créature *. Ensuite ils durent être concédés à ceux qui reçurent de nous la foi , non point pour l'utilité personnelle des thaumaturges , mais pour déterminer la conversion des infidèles , en sorte que la puissance du miracle courbât les esprits superbes qui résistaient à la persuasion de la parole. Les signes en efî'et ne sont point produits directement pour nous autres fidèles, mais en vue des incrédules juifs ou gentils. En réalité, ce n'est point à nous que profite l'expulsion des démons , mais aux malheureux qui en sont délivrés par l'opération du Seigneur. Et c'est

• Lequiea , Oriens christ., tom. III, pag. 582. — 2 m. de Pressensé, Hist. des trois premiers siècles, tom. I, pag. 441, noie 2.-3 Marc, xvi, il, 18. — * Id., ibid., 15.

Ci!.'-:. . — SAINT PIERRE HT LES ÉGLISES DE PALESTINE. 387

ce que notre Sauveur, quand il nous donnait ses instructions, nous faisait entendre par ces paroles : Ne vous réjouissez pas de 3e que les esprits vous obéissent , mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans le ciel *. Eu efïet si les démons nous jbéissent, c'est le pouvoir de Jésus-Christ qui obtient ce miracle; nais si nos noms sont inscrits au ciel , cest le fruit de notre zèle et de notre amour aidés par Jésus-Christ. Il n'est donc pas nécessaire que chaque fidèle chasse les démons, ressuscite les morts ou parle des langues nouvelles. Il suffit de celui qui a été jugé digne de posséder ces dons divins , pour une cause utile, pour le salut des infidèles qui sont appelés à la foi et qui résistent souvent à toules les démonstrations, tandis qu'ils s'inclinent à la vue des miracles. Les prodiges d'ailleurs ne convertissent pas tous les impies. Les Egyptiens , témoins des signes opérés par Moïse , ne crurent point en Dieu; hi multitude des Juifs refuse de croire au Christ. Nous rappelons ces principes , afin que ceux qui ont reçu le don des miracles n'en prennent point occasion de mépriser ceux qui ne l'ont pas reçu. Ainsi que nul d'entre vous, quoique prophète, quoique thaumaturge, ne s'élève en son esprit au-dessus de ses frères. Car le jour où il n'y aura plus d'infidèles, le pouvoir d'opérer des miracles deviendra superflu. Être pieux dépend de la volonté de chacun; faire des miracles est l'œuvre de la puissance divine; l'un nous regarde tous; l'autre appartient à Dieu seul qui opère les prodiges pour les motifs exposés plus haut. Donc que le chef ne méprise pas les officiers placés sous ses ordres, ni les otïiciers les soldats. Car s'il n'y a personne à qui commander, les chefs deviennent inutiles; et si une armée n'a pas de chefs, l'empire ne pourra subsister. Ainsi que l'évéque ne s'enorgueillisse point de son pouvoir sur les diacres ou les prêtres ; que les prêtres ne s'enorgueillissent pas de leur pouvoir sur les laïques. C'est de la réunion de tous ces ordres que se compose l'assemblée des fidèles. Car évêques et prêtres sont constitués pour un certain nombre de laïques , et les laïques sont les ouailles

^ Luc, X, 10.

de prêtres et d'évêques déterminés. Or il dépend de nous d'être chrétien; mais d'être apôtre, évêque ou prêtre, cela n'est point le fait de notre volonté, mais de la vocation de Dieu, l'auteur et le distributeur de tons les dons *. n Dans cette page d'où s'exhale un parfum irrésistible d'authenticité, et le protestantisme et le rationalisme modernes trouvent leur réfutation.

§ XI. Vocation des Ctentils.

La maison 56. Saint Pierre était demeuré a Joppé, « dans la maison de corroveur SimoD le corroveur. » Cette profession était alors fort commune "^^^' dans les viiles du littoral phénicien, où elle avait été inventée, dit le docteur Sepp. Les souliers de Lydda avaient une véritable renommée. Cependant il est remarquable que les métiers de corroyeur et de fondeur en métaux étaient considérés comme peu honorables par les Juifs. Le Talmud permettait à la femîue de demander le divorce, si, avant le mariage, on lui avait dissimulé que l'une ou l'autre de ces professions fût celle de son futur époux. Vraisemblablement le discrédit qui tombait sur les fondeurs en métaux tenait à lliorreur pharisaïque pour toutes les représentations d'hommes ou d'animaux, qu'on croyait absolument interdites par le premier article du Décalogue. Les corroyeurs, exposés à travailler la peau des victimes immolées sur les autels idolâtriques, devaient partager cette défaveur. Quoi qu'il en soit, le séjour du prince des apôtres dans la maison d'un corroyeur de Joppé était une protestation accusée contre les préjugés juifs, et l'on peut v apercevoir un certain rapport avec la vision des animaux purs ei impurs, qui préluda miraculeusement à la vocation des Gentils. Jusque-là la parole évangélique s'était circonscrite dans l'enceinti. des synagogues, et navait été adressée qu'aux Hébreux d'origine, ou aux prosélytes juifs. Non pas que les apôtres aient cru un seul instant que cette sphère d'action ne dût jamais être dépassée ; Jésus-Christ leur avait commandé « d'enseigner toutes les nations.

» Cotuiitut. apostoL, lib. Vlll, cap. i; Pàtrol. grœc, lom. I, col. 1062 et sci

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et de prêcher l'Évangile à toute créature; » mais il leur avait en même temps indiqué lortlre de cette prédication, qui devait commencer « par la Judée et la Samarie, » avant d'être portée, comme il le dit lui-même, a jusqu'aux extrémités de la terre. » C'est donc visiblement une erreur du moderne rationalisme, de prétendre que l'idée catholique, consistant à appeler tout l'univers à la foi, n'appartient point à Jésus-Christ, ni à l'Évangile, et qu'elle est le produit de l'ambition tout humaine des apôtres. Le protestantisme n'est pas mieux fondé à présenter saint Paul comme l'auteur et le propagateur exclusif de l'idée catholique, en ce qui concerne la vocation des Gentils. Le texte des Actes fait justice de ces vains systèmes.

57. ((Il y avait à Césarée*, dit saint Luc, un officier nommé Cofueiius,

. centurion de

Cornélius, centurion dans la cohorte dite Itahque ''. Celait un la légion

' Césarée, à 31 milles au uord de Joppé, avait été, comme nous l'avons dit plus haut, construite par Hérode le Grand, sur l'emplacement de la forteresse appelée Tour de Straton. Le nom de Straton paraît avoir été celui du général qui y commandait les troupes de Darius, lor^qu'Alexandre l'attaqua et s'en rendit maîlre. Hérode avait donné au port de Césarée la forme et les dimensions de c l',' du Pirée. La nouvelle cité devint bientôt l'une des plus importantes d 11 Judée. On l'appelait Césarée de Palestine, pour la distinguer de la Césaréii do Philippe , bâtie par le tétrarque de ce nom , près du lac de Tibériade. Elle eut pour premier évêque Zachée, le publicain converti par Notre- Seigneur Jésus-Christ. Le centurion Cornélius lui succéda sur ce siège, qui fut nlus tard occupé par Eusèbe, le père de l'Histoire ecclésiastique. Il n'y a plus aujourd'hui un seul habitant à Césarée. Les caravanes fixent leurs tentes sur son emplacement désert, et réveillent seules l'écho de ses solitudes. L'espace occupé par ses ruines forme un parallélogramme de 540 pas de long, sur 350 de large. Mais, à l'exception dune porte assez bien conservée et de quelques pans de murailles encore debout, tous les monuments de Césarée ont été détruits. En cesderniôres années, on a achevé la démolition pour en transporter les débris à Saint-Jean d'Acre et à Jaffa. (Ms"" Mislin, Les Saints Lieux, tom. II, pag. 93-107.) * Le nom de celte cohorte lui venait de ce qu'elle était exclusivement composée de soldats italiens. (Cf. Baron., Annal, eccles., tom. I, pag. 103.) Le centurion Cornélius devait, selon toutes les vraisemblances historiques, appartenir, soit par son origine directe, soit par les liens de la (l/('ert/e/a romaine, à l'illustre famille de ce nom, dont les diverses branches étaient représentées par les Scipions, les Lentulus, les Cenna, les Balbus, les Merula , les Cetliegus, les Dolabella, les Severus, etc. (Cf. Anton. Augustin,, De familiis Romanorum , vf Cornel. a Lapid., Comment, in Act., x, 1.)

homme plein de religion, et donnant avec toute sa famille Vexemple de la crainte de Dieu. Il faisait d'abondantes aumônes au peuple, et priait Dieu sans cesse. Vers la neuvième heure du jour*, il eut une vision, dans laquelle un ange du Seigneur lui apparut distinctement et l'appela par son nom : Cornehus! — Saisi de frayeur à la vue de l'ange, il répondit : Qu'y a-t-il, Seigneur? — Tes prières et tes aumônes, reprit l'ange, sont montées au trône de Dieu, comme un mémorial de tes bonnes œuvres. Envoie maintenant des hommes à Joppé, et fais venir près de toi Simon, surnommé Pierre. II est en ce moment l'hôte de Simon le corroyeur, dont la maison est située sur le port de Joppé. Pierre te dira ce qu'il te faut faire. — Ayant ainsi parlé, l'ange disparut. Cornélius appela aussitôt deux de ses serviteurs et un soldat craignant Dieu, qui faisait partie de sa colioiie. Il leur raconta sa vision et les envoya à Joppé. Or le lendemain, comme ils poursuivaient leur voyage et qu'ils approchaient de la ville, Pierre était monté sur la terrasse de la maison, pour la prière de la sixième heure ^. Ensuite il éprouva le sentiment de la faim, et voulut prendre quelque nourriture ^. Pendant qu'on lui apprêtait à manger, son esprit fut ravi dans une extase. Il vit le ciel ouvert, et comme une grande draperie de lin, rattachée aux quatre extrémités, s'abaisser du ciel sur la terre.

Dans ce{t« nappe immense étaient réunis des quadrupèdes, des reptiles et des oiseaux de toutes sortes. Une voix se fit alors entendre, et lui dit : Lève-toi, Pierre. Tue et mange. — Non, Seigneur, répondiMl, jamais je n'ai mangé dahments impurs et flétris par l'interdiction de la loi. — La voix reprit : N'appelle point impur ce que Dieu a purifié. — Or celte vision se reproduisit trois fois de suite, avec les mêmes détails, et la draperie de lin disparut dans le ciel. Pierre demeura plongé dans ses réflexions, cherchant quel pouvait être le sens de la vision divine, lorsque les envoyés de

* Trois heures de l'après-midi. — ' Littéralement : La prière de Sexie, répondant à notre heure de midi.

' Pour éprouver si impérieusement le sentiment de la faim, à l'heure de Sexte, il fallait que saint Pierre fût à jeun depuis le matin. Nous ucuvona donc ici en action la pratique du jeûne si odieuse au protestantisme.

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