CHAP. I. — VOCATION DES GENTILS
Coijelius, arrivés à Joppé, s'enquéraicnt de la maison du corroyeur. Ils arrivèrent à la porte, et, s'adressant aux personnes de la famille : N'est-ce point ici, dirent-ils, que Simon surnommé Pierre, a reçu l'hospitalité? — En même temps l'Esprit-Sainî dit à Pierre : Voici trois hommes qui te demandent. Lève-toi, descends, et suis-les sans crainte, car c'est moi qui les ai envoyés, — Pierre descendit, et s'adressant aux étrangers : Je suis, leur dit-il, celi?> que vous cherchez. Quel motif vous amène? — Us répondirent : Le centurion Cornélius, homme juste et craignant Dieu, estimé de toute la nation juive, a reçu d'uu ange l'ordre de vous appeler dans sa maison, et d'entendre de votre bouche les instructions que vous devez lui donner. — Pierre fît entrer ces hommes et leur offrit l'hospitalité. Le lendemain, il partit avec eux pour Gésaiéu, et six d'entre les frères de Joppé ' l'accompagnèrent ^. »
58. La révélation faite à saint Pierre , dit fort judicieusement Attitude do M. de Pressensé, « semble au premier abord se rapporter unique- 1^51°^ mol ment à la distinction des animaux purs et impurs. Mais tout, dans iaqnosti'on°Je les instituions judaïques, était étroitement lié. La distinc ion entre des^GeniX les animaux reposait sur le même principe que celle entre les jours, entre les lieux et entre les hommes. Le peuple ju^f se considérait comme la seule fraction de l'humanité qui ne fût pas profane. La distinction entre les animaux purs et impurs symbolisait donc une distance plus importante : celle entre les hommes. La réponse de l'ange substitue l'alliance nouvelle à l'exclusion de l'ancienne loi. Dieu, par le sang de la rédemption, a purifié tout ce qui était souillé. La distinction entre un peuple saint et une humanité profane est abrogée comme celle entre les animaux purs et impurs, et Pierre a le droit et le devoir d'aller prêcher l'Évangile au païen Corneille ^. » Il y a lieu de s'étonner qu'après avoir ai nettement reconnu le sens de la vision de saint Pierre, M. de Pressensé, quelques pages plus loin, insiste pour reporter à saint Paul
* Le nombre des frères qui voulurent, escorter le prince des apôtres dans ce voyage est déterminé par saint Luc. {Act., xi, 12.)
* Act., X, 1-23.
3 M. de Pteèaensé , Hist. des trois premiers siècles ^tom.. I, pag. 408, iÇfà,
l'honneur exclusif de la vocation des Gentils. « Toute grande vérité, dit-il, doit pour triompher s'incarner dans un homme, et puiser dans un cœur ardent cette vie puissante et cette passion qui entraînent et subjuguent. Les vérités de l'ordre religieux n'échappent pas à cette loi. Aussi Dieu avait -il préparé l'homme qui était chargé de représenter dans l'Eglise primitive la grande cause de l'émancipation du christianisme, et qui avait pour mission de l'affranchir complètement des liens de la Synagogue. Cet homme fut saint Paul *. » L'ampleur oratoire de la forme ne fait ici que rendre la contradiction plus saillante. Laissons les modernes protestants essayer, en haine du siège de saint Pierre, un paulini-me exagéré. G est en vain qu'on tentera de séparer les deux colonnes de l'Église et les deux frères dans lapostolat. Qu'on nous permette seulement une observation : Vous rejetez, dironsnous, la primauté de saint Pierre dans l'Église primitive, pour l'attribuer à saint Paul. Si nous admettons votre principe, saint Paul avait dès lors une autorité hiérarchique supérieure à celle des autres disciples. Pourquoi donc rejetez-vous absolument toute autorité hiérarchique, comme incompatible avec la constitution de l'Église?
59. « Après deux jours de marche, continue l'historien sacré, Pierre, avec ses compagnons, entrait à Gésarée. Cornélius les attendait, et avait réuni sa famille et ses amis les plus intimes. Aussitôt que Pierre fut arrivé dans sa demeure, Cornélius vint à sa rencontre, et se prosternant à ses pieds, il l'adora. — Pierre, en le relevant, lui dit : Levez-vous, moi aussi je ne suis qu'un homme ^. — Et s'entretenant avec lui, il pénétra dans la maison et y trouva
1 IJ., ibid., pag. 425.
2 Adoravit. U ne faut point entendre cette parole dans le sens d'un acte idolàlrique, par lequel Corneliui eût adoré saint Pierre comme une divinité. Le texte sacré nous prévient contre cette interprétation erronée eu répétant, à deux reprises, que Cornélius était « un Lomine craignant Dieu. » Par cette prostration encore aujourd'hui usitée dans tout l'Orient, le centurion voulait seulement rendre hommage à l'envoyé du roi, au chef des apôtres. La touchante scène de Césarée se renouvellera jusqu'à la fin des siècles pour les successeurs de saint Pierre, dont les vrais fidélcs baiseront toujours les pieds avec un filial amour, sans commettre en cela l'ombre d'une idolâtrie.