CIIAP. I. — VOCATION DES GENTILS
tous ceux que Cornélius avait convoqu(5s. Vous n'ignorez pas, leur dit-il, que c'est une abomination, aux yeux d un Juif, de communiquer avec un étranger, ou d'entrer dans sa demeure. Mais Dieu m'a révélé que nul homme ne doit être considéré comme profane ni impur. Voilà pourquoi, quand vous m'avez mandé, je suis venu, sans hésitation. Je vous demande maintenant de me dire poiu'quoi vous m'avez appelé. — Cornélius lui répondit en ces termes : Il y a quatre jours, je jeûnais *, et j'étais en prière dans ma maison, à l'heure de none. Soudain un homme aux vêtements éclatants de blancheur m'apparut debout en face de moi et me dit : Cornélius, tes prières ont été exaucées et Dieu s'est souvenu de tes aumônes. Envoie donc à Joppé, et fais venir Simon, surnommé Pierre. Il est en ce moment dans la maison de Simon le corroyeur, sur le bord de la mer. C'est lui qui t'instruira de mes volonlés^. Aussitôt j'ai envoyé près de vous un message, et vous m'avez fait la grâce de venir. Nous voici donc réunis devant Dieu^ et devant vous, pour entendre tout ce que le Seigneur vous a ordonné. Alors Pierre, ouvrant la bouche, parla ainsi : En vérité, je vois maintenant qu'il n'y a point en Dieu acception de personnes'^. Quiconque le craint et accomplit les œuvres de la justice ^, à quelque nation qu'il appartienne , celui-là est agréable au Seigneur. Dieu a envoyé son Verbe aux enfants d'Israël pour évangéUser la paix , en la personne de Jésus-Christ le souverain Seigneur. Vous savez l'histoire de son
^ *H(jLYiv vyiffxeûwv. Jejunus eram. Encore ia pratique du jeûne au siècle apostolique. La Vulgale n'a point reproduit dans sa traduction le mot vYjffTeuwv, que saint Cbrysostôme lisait cependant dans son exemplaire et qu'il reproduit dans Ihomélie sxiii. {Comment, in Act.; Patrol. grœc, tom. LX , col. 178.) Il est probable que celle expression ne se trouvait pas dans les exemplaires que saint Jérôme avait sous les yeux, comme elle manque en effet dans le manuscrit siaaïlique du Nouveau-Testament.
* "O; Ttapayivofjiîvoç ),a>,ria£t aoi. Ces mots ne se trouvent ni dans la Vulgate, ui dans le manuscrit siuaitique.
^ Le texte grec porte expressément : 'Evwtciov toO 0£Où. Celte leçon est égaleuieul celle du manuscrit siuaïtique. La Vulgate porte ces mot^ : In conspectu tuo adsumus.
* Deuer., \, 17; il Parai., xis, l;Jol>, xxxiv, 19; Sap.,vl, 8; Ecc/i., XXXV, 15. s Quicumque timet Deiim el operatur ^'ustitiam. Erl-ce là la doctrine luthérienne
de la justilication sans les œuvres ?
394 PONTIFICAT DE SXIST TIERUE (33-66).
avènement, qui commença au territoire galiléen, et se manifesta par toute la Judée, à dater de la prédication de Jean-Baptiste. Vous savez comment Jésus de Nazareth, le Christ, sacré par l'onction de l'Esprit-Saint et la puissance de Dieu, passa en faisant le bien, guéiissant toutes les victimes de Satan, car Dieu était avec lui. Or, nous autres, nous sommes les témoins de toutes les merveilles opérées par lui, au pays des Juifs et à Jérusalem. Ils l'ont suspendu à un bois infâme, et l'ont tué. Mais Dieu l'a ressuscité le troisième iour; il s'est manifesté vivant, non pas à tout le peuple, mais aux témoins préordonnés par la Providence, à nous qui avons mangé et bu avec lui, depuis sa résurrection d'entre les morts. C'est à nous qu'il a prescrit de l'annoncer au peuple, et d'alfîrmer par notre témoignage qu'il a été constitué, par Dieu même, juge souverain des vivants et des morts. Il est le Christ prédit par tous les prophètes, pour la rémission des péchés de ceux qui croiront en lui. — Pierre parlait encore, lorsque l'Esprit-Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole de l'apùtre ^ Les fidèles de la circoncision, venus avec Pierre, demeurèrent stupéf<iits, en voyant l'effusion des dons du Saint-Esprit sur les païens. Car ils les entendaient parler diverses langues et rendre gloire à Dieu. Pierre, s'adressant aux fidèles, leur dit : Qui donc refuserait l'eau du baptême à ceux qui ont reçu comme nous le Saint-Esprit? — Et il ordonna de les baptiser au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Tous ensuite le prièi^ent de rester quelques jours avec eux^. »
60. Pierre ordonne; il avait donc une autorité hiérarchique : il ordonne de bap'iser; il avait donc une juridiction sur les autres ministres des sacrements. On s'étonne, autour de lui, on se scandalise peut-être, comme on le fera bientôt à Jérusalem : Pierre tranche les controverses; met fin aux hésitations; réprime les scandales; définit, il juge, il ordonne. L'Esprit-Saint, par l'organe de Pierr
* Ici, comme à la Pentecôte, le Saint-Esprit descend snr les néophytes de Césarée, saus aucun miniitère humain. De même, pour l'eunuque de la reine Candace et pour saint Paul, nul ministère humain n'e^t mentionné pour la collation du Saiul-Esprit. Ces faits incontestables renversent toute la théorie protestante. — 2 Act., X, 24 ad ultim.
CIIAP. r. — VOCATION DES GENTILS. 395
dilate l'Église naissante, fait irruption dans le monde idolâtrique Sa première conquête est une famille romaine ; les Sci pions, qui on', leurs tombeaux païens aux portes de la ville éternelle, ont leurs premiers chrétii'ns dans la maison de Cornélius, à Césarée. De cette main à qui le Sauveur a remis les clefs du royaume des cieux *, Pierre ouvre la porte de la vocation des Gentils. Elle ne sera plus fermée. C'est parla qu'entreront, jusqu'à la fin du monde, toutes les races humaines. Ils y sont venus les Césars, dont TeituUien disait de son temps qu'un César ne saurait être chrétien. Ils y sont venus les essaims nomades des forêts de la Germanie et des Gaules, des steppes de la Scythie, des glaces-du pùle, des brûlants déserts de l'Afrique et des extrémités de l'Asie. A l'heure où nous écrivons ces lignes, lempire d'Aimam, la Chine, l'Inde et depuis longtemps les deux Améjiques ont vu s'ouvrir sous leurs pas la porte de la vocation des Gentils. « Dieu m'a révélé que nul homme ne doit être considéré comme profane ou impur. » Telle est la formule que lancien pêcheur tleTibériade oppose à tous les exclusivismes de nation, de parti, de pédantisme philosophique et lettré. Car ce n'était pas seulement le préjugé juif que cette large doctrine de l'Évangile heurtait de front. Le monde grec et romain, on l'oubhe trop, était mille fois plus dédaigneux que la civilisation mosaïque, pour le reste de l'humanité. Aux yeux de Platon, quiconque n'était pas Grec était un barbare. Il faut lire, dans les auteurs classiques, tous les outrages que la plume des philosophes et des poètes déverse sur tout ce qui n'avait pas l'honneur de remonter par son origine à la poignée de brigands latins, réunie par Romulus. L'humanité cessait, pour Rome, aux frontières de l'itahe. Par delà croupissait la barbarie, le servum pecus 2. Il en fut ainsi jusqu'aux jours où
* Tibi dabo claves regni cœlorum. (Matth., xvi, 19.)
* Citons ici quelques chiffres, qui et iblironl la statistique morale de l'humanité »ux beaux jours de la Grèce et de Rome païennes. On ne saurait trop insiste» sur les faits de ce genre. Au temps de Démétrius de Phalère, il y avait dani l'Attique 20,000 hommes libres et 400,000 esclaves. Pour 36,000 citoyens, la glorieuse république de Sparte comptait 2uO,000 ilotes. A Corinthe, les esclaves élaient au nombre de 460,000. A Rome, on ne permettait pas de les compter, de peur qu'il ne leur vînt à la fantaisie d'écraser sous leur taloa l'imperceptible
Pierre proclama la grande charte de la rédemption de l'iiamanité. L'Évangile de Jésus-Christ, prêché par les apôtres, a rétabli la dignité de l'homme. A mesure que la, lumière évangélique s'éteint, parmi les individr.s ou les nations, le respect de l'homme diminue; le savant méprise l'ignorant ; le riche méprise le pauvre ; le puissant opprime; le fort tyrannise; la haine se fait le lien social. Où trouvet-on, ailleurs qu'au sein du catholicisme, les maternelles tendresses qui se dévouent au service des misères humaines, les génies de l'humilité qui s'épuisent dans un amour infini, pour relever les ignorances humaines? Ces miracles de charité universelle prirent naissance sous Timpulsion de saint Pierre et de ses successeurs. PP'.siiion 61. (, Les apôtres et les frères, demeurés à Jérusalem, apprirent
ijndaisaDts
Jérusalem que les païcus eux-mêmes avaient reçu la parole de Dieu. Quand lérictilc. Pierre fut de retour, ceux qui maintenaient l'observance légale de la circoncision, murmurèrent contre lui. Pourquoi, lui dirent-ils, êtes-vous entré sous le toit des incirconcis, mangeant avec eux? — Piéride leur exposa tout l'ordre de sa conduite. J'étais en prières, dit-il, dans la ville de Juppé, lorsque j'eus une vision céleste. Je voyais comme une immense draperie de lin, rattachée aux quatre extrémités, descendre du ciel et s'abaisser jusqu'à moi. Mes regards étaient fixés sur cette nappe mystérieuse ; elle était remplie de quadrupèdes, d'animaux, de reptiles et d'oiseaux de toute espèce. Une voix se fit entendre et me dit : Lève-toi, Pierre. Tue et mange. — Non, Seigneur, répondis-je; rien de profane ou d'impur n'est jamais entré dans ma bouche ! — Et la voix reprit du haut du ciel : N'appelle point impur ce que Dieu a purifié ! — Trois fois cette vision se reproduisit ainsi à mes regards , et elle disparut dans le ciel. Or, en ce moment même, trois étrangers arrivaient à la maison où je recevais l'hospitalité. Ils m'étaient envoyés de la ville de Césarée. L'Esprit-Saint me dit de les suivre tans crainle. Les si? frères qui sont ici vinrent avec moi, et ensemble nous sommes '
entrés dans la demeure de Cornehus. Il nous raconta comment un
minorité de leurs maîtres. Le mot de Javiical achève le tableau de ces sociétés antiques, véri(:r les types dn bagne : « Eit-ce qu'un esclave est un boturne î 0 0 démens. I ila servus liomo est ? (Juveiial., Saiyr. VI, vers. 221.)